‹ Histoire des vicomtes et de la vicomté de LimogesChapitre 15 sur 130 · D'autres attribuent ces constructions à Charles VII · texte numérisé non relu

D'autres attribuent ces constructions à Charles VII

ET DE LA VICOMTÉ DE LIMOGES. tf

de ses opérations, courait jusque dans le Quercy et dans l'Auvergne. Un jour, quelques aventuriers de sa garnison, au nombre de quarante lances, sous le commandement d'un nommé Géronnet, se dirigèrent du côté de Mont- Ferrand, cherchant quelques captures à faire. Ils trouvèrent devant eux messire Jean Bonne-Lance. Vingt-deux furent pris et seize tués dans un rude combat. Le vainqueur les conduisit à Mont-Ferrand, comme pour célébrer sa victoire. Les dames et les demoiselles se réunirent pour mieux « le conjouir et festoyer. » Le chevalier fut généreux; il les mit à rançon et dit à Géronnet : « Vous demeurerez ici pour vos compagnons, qui iront chercher votre rançon. » Dix d'entre eux allèrent donc à Châlusset. Perrotle-Béarnais les reçut mal : « Vous êtes venus ici pour quérir de l'argent? — Oui, répondirent-ils; on ne gagne pas toujours. — Je n'en suis de gain ni de perte, répliquat-il; mais de moi n'auront-ils rien, car je ne les y fls pas aller. Or, leur dites qu'aventure les délivre.. » Cette dure réponse rapportée à Géronnet ne l'émut guère; il les renvoya à Châlusset avec des menaces pour son capitaine, en ajoutant : « Dites-lui qu'il nous délivre d'ici, et un mois après ma délivrance, je le mettrai à tel parti d'armes qu'il gagnera avec ses compagnons cent mille francs. » Cette fois le Béarnais ouvrit une arche contenant plus de quarante mille francs, et paya la rançon. Géronnet, de retour à Châlusset, concerta avec lui le projet d'enlever la ville de Mont-Ferrand, ce qui fut exécuté.

Des murs de Ventadour, situé dans la partie la plus montueuse du pays, sortaient aussi les bandes d'Aymerigot-Marcel, qui venaient parfois jusque sur les bords de la Vienne planter leurs bannières et crier : « Saint-Georges et Guyenne ! » Ces aventuriers occupèrent sans obstacle un château démantelé, appelé la Roche-Vendois, arrière-

fief du Limousin, près du château de la Tour. Le comte de Meaux vint les y assiéger par l'ordre du roi de France; mais, pendant qu'Aymerigot allait solliciter des secours du roi d'Angleterre, la place fut prise. Un autre chef, Geoffroi- Tôte-Noire, qui Je premier s'était logé dans Ventadour, y fut assiégé par Guillaume de Lignac et Jean Bonne- Lance, qui construisirent quatre bastides pour loger leurs soldats et bloquer la place. Malgré les travaux des assiégeants, les routiers sortaient souvent et battaient les champs. Le siège durait depuis assez longtemps, lorsque Geoffroi fut blessé à la tête : comprenant que sa blessure était mortelle, il réunit ses compagnons, leur indiqua pour ses successeurs Alain et Pierre Roux, qui furent acceptés. Il mourut deux jours après, et fut enseveli dans la chapelle de Saint-Georges de Ventadour. Après lui ses deux successeurs perdirent la place par un trait de perfidie qui tourna contre eux. Ils proposèrent de se rendre moyennant dix mille francs. Les assiégeants acceptèrent et se rendirent à une entrevue avec la somme convenue; mais se défiant des assiégés, ils avaient posté à une petite distance une force considérable prête à accourir au premier son du cor. Entrés dans le fort presque sans suite, Bonne-Lance et Le Bouteiller, son compagnon, s'aperçurent qu'ils étaient trahis. Ils se placèrent dans la porte qu'on voulait refermer sur eux, sonnèrent du cor et virent accourir la troupe de l'embuscade, qui pénétra dans le château et tua tout ce qui voulut résister. Alain et Pierre Roux, envoyés au prévôt du Chàtelet de Paris, furent exécutés comme traîtres et larrons 1 .

La démence de Charles VI, dont la cause accidentelle se produisit à l'occasion de la Bretagne, toujours agitée par

t, Froissart, t. H.

la haine des deux maisons rivales, et par les factions qui divisaient la cour, paralysaient les forces de la France. Les provinces, ruinées par les princes, perdaient toute énergie et n'opposaient qu'une faible résistance à l'ennemi. Quelques villes seulement, restées sur la défensive, aussi bien contre les attaques des détachements anglais que contre les intrigues de la noblesse, jouissaient d'une paix apparente, mais non réelle; leur commerce était presque nul, parce que les habitants des campagnes n'osaient plus s'éloigner de leurs villages, pour vendre ou pour acheter. Les populations avaient bien autrefois bravé les Normands, pour venir à Limoges vénérer les reliques; mais alors la piété n'avait plus les mêmes élans. Les grandes ostensions, qui furent publiées à cette époque par toute l'Aquitaine, ne virent accourir qu'un petit nombre d'étrangers autour du tombeau de saint Martial. L'élection de Bernard de Bonneval au siège épiscopal ne releva pas la foi et les espérances de ce pauvre peuple, qui ne demandait qu'à croire pour être consolé. La reine des abbayes du Limousin pleurait ses pertes; Aymar, abbé de Grandmont, venait de mourir : son successeur, Aymeri Fabri, homme savant en droit canon et en droit civil, obtint de Charles VI que son monastère fût exempt, vu sa pauvreté, des impôts exigés de toutes les maisons religieuses reprises aux Anglais. Le prince ne fit que lui rendre justice, car il n'y avait plus de religieux pour faire les offices dans ce sanctuaire naguère si riche, si vénéré. Les soldats qu'on y avait logés, pour se défendre contre de nouvelles attaques des Anglais, y avaient causé tant de dégâts que le nouvel abbé ne put pas y venir habiter 1 . Aymeri du Breuil, abbé de Saint-Martial *, n'avait pas laissé son abbaye en meilleur

\. Lrgros, rasa., au séminaire de Limoges.

état, quand il fut remplacé par Gérard Gouvion, né dans un village près de Treignac.

Le nouvel évôque n'eut pas les qualités nécessaires pour ramener la confiance et la prospérité dans son diocèse : son ambition et son orgueil lui firent des ennemis dans le peuple et dans le clergé. Après avoir pris possession de son siège par procuration, il ordonna qu'à son arrivée à Limoges tout le clergé vint le recevoir. Gérard, Pierre et Étienne, alors abbés de Saint-Martial, de Saint- Augustin et de Saint-Martin, raccompagnèrent dans sa cathédrale, dont l'entrée était ornée des reliques empruntées à tous les autels; et, en présence du peuple, ils lui mirent au doigt l'anneau de sainte Valérie, la première martyre de l'Aquitaine. Aussitôt qu'il fut installé, il s'attacha à délruire les privilèges des chanoines, dont le doyen, comme tout le chapitre, ne relevait que du pape, depuis qu'Urbain II avait accordé ce privilège lors de la consécration de l'église. Clément VII reconnut les mêmes prérogatives, en s'en déclarant le protecteur contre les prétentions de l'évôque : Bernard de Bonneval refusa d'obéir à la bulle du pontife. Alors s'éleva contre lui l'indignation générale; les prêtres eux-mêmes maudissaient publiquement son ambition. On disait partout qu'il était le persécuteur de l'Église, que sa tyrannie l'avait fait chasser de Bologne, qu'accusé dans un consistoire, il aurait été livré à la juridiction canonique, si les cardinaux limousins n'avaient pas intercédé pour lui, par égard pour sa famille, qui tenait le premier rang dans le pays.

A la fin, le chapitre et le doyen acceptèrent une transaction qui livrait à l'ambitieux prélat la plus grande partie des revenus de la cathédrale *. Mais l'ordre ne devait pas

1. L'Église de Limoges, outre les droits de l'abbé de Saint-Martial, jouissait de privilèges très-importants dans l'ordre ecclésiastique, comme dans

encore se rétablir dans les rangs de l'Église ; le schisme régnait à Avignon , comme à Rome ; U cour de France, dominée par les factions, ne pouvait y mettre fin. Le Limousin se fit médiateur par un de ses plus illustres enfants, Simon de Cramaud, patriarche d'Alexandrie 1 , qui entreprit de réconcilier le catholicisme d'Avignon et le catholicisme de Rome, présida le synode réuni à Paris en 1395, où il traita toutes les questions avec un immense talent. Il avait voulu aussi être le médiateur dans la querelle d'Antoine de Bonneval contre le clergé *.

Aux troubles occasionnés par un évêque ambitieux ou par le grand schisme, se joignirent des fléaux de plusieurs genres qui semèrent partout la frayeur et la désolation. La famine et la peste firent de grands ravages. On voyait entassés dans les rues de Limoges les cadavres de ceux qui, désertant les campagnes, voulaient mourir sur le seuil des principales églises. Le clergé fit de sublimes efforts pour secourir tant de misères ; des processions d e moines sortirent des églises de Sainl-Êlienne, de Notre-Dame de la Rè-

l'ordre politique. Eu 1229, les ecclésiastiques, véritables seigneurs féodaux, levaient des tailles sur leurs hommes et sur leurs tenanciers. Ceux de Saint- Étienne jouissaient d'une juridiction haute, moyenne et basse. Le chautre exerçait cette juridiction sur les clercs du chœur en connaissant des crimes ou délits commis par eux ; il avait, ainsi que l'official, un sceau particulier. En 1329, le clergé tenait ses assises à la Chapelle-Blanche. (Nadaud : Poui/lé, aux archives du séminaire.)

1. Le cardinal Simon de Cramaud, patriarche d'Alexandrie, naquit au chi* teau de Cramaud, dans la paroisse de Bienuac. On voit dans le chœur de l'église de cette paroisse une inscription gothique, perpétuant le souvenir d'une fondation pieuse faite par le cardinal. (L'abbé Texier : Inscriptions du Limousin.) Dans le cimetière est aussi une pierre tumulaire que la tradition dit être celle de Simon de Cramaud, alors qu'il est certain qu'il fut enterré dans la cathédrale de Poitiers. Peut-être son cœur ou ses entrailles furent-elles portées à Biennac.

2. Antoine de Bonneval fut enseveli dans l'église cathédrale, dans la chapelle de Saint-Martial, à gauche de la grande porte. Il fut remplacé par Hugues de Magnac, que ses vertus et ses talents firent admettre aux conseils de Charles V et de Charles VI.

gle, de Saint-Pierre-du-Queyroix, et parcoururent la ville pendant plusieurs jours, précédées des ordres mendiants, étalant les signes de la pauvreté et'de la pénitence aux yeux de la population désespérée.

Jeanne-la-Boiteuse mourut sur ces entrefaites dans le comté de Penthièvre, pour ainsi dire exilée de sa vicomté de Limoges que lui avait rendue Charles V. tout en conservant sa suzeraineté sur les consuls 1 . Que pouvait-elle venir chercher sur cette terre si chère à ses ancêtres ? Ses anciens vassaux auraient à peine reconnu son autorité ; la vieille capitale des Gui et des Adémar aurait renié les privilèges de sa race. Sa bannière n'aurait pas flotté à son approche sur les tours des hauts barons. D'ailleurs l'Angleterre avait presque tout envahi. Ségur, d'où était sorti le premier vicomte, était devenu un manoir anglais. Ses autres châteaux retentissaient du bruit des orgies des soldats de l'étranger, ou tombaient en ruines ; les tenanciers ne payaient plus leurs rentes ; tout au plus si ses officiers pouvaient rendre la justice en son nom dans quelques petites localités*. Les bourgeois de Limoges la rendaient au nom du roi, et les consuls gouvernaient, comme au temps du municipe romain. La démocratie, dont le flot montait toujours, apportant des tempêtes pour l'avenir, préparait les

1. Jeanne-la-Boiteuse mourut le 10 septembre 1384, et fut enterrée aux Cordeliers de Guingamp, en Bretagne. Elle avait eu de son mariage avec le comte de Blois : Jean, son successeur dans la vicomte de Limoges; Henri, mort en 1400; Marguerite, dame de l'Aigle, femme de Charles d'Espagne, et Marie, femme de Louis, duc d'Anjou, second fils du roi Jean-le-Bon ; Gui, qui mourut prisonnier en Angleterre.

2. On lit dans le compte des dépenses des officiers de la seigneurie de Thiviers, qui dépendait de la vicomté : « Item compte ledit Johan Dupont recevoir de Thiviers (1374-1376), pour un homme qui, à mal taraps, avoit mangié sa sor crestienne, et fust pris et mené à Thiviers, et mis en grief prison, en laquelle demora per l'espace de xxi semaines. En ceste prison mourut; et compte por ses despens et fers, de qui ectoit enferré, la somme de vu livres, x sols, v deniers. •» (Arch. de Pau : B. n» 1760, f* v.)

règnes de Charles VII et de Louis XI, qui devaient l'enrichir des dépouilles des races nobles, mais lui inspirer en môme temps des instincts de haine et de violence toujours pressés de faire des ruines, cherchant la liberté et presque toujours trouvant le despotisme.

Jean de Blois, dit de Bretagne, était encore prisonnier en Angleterre, quand il apprit la mort de sa mère. Il aurait pu, ainsi que son frère, recouvrer sa liberté sans rançon, mais en sacrifiant Fhonneur à des intérêts de fortune. Le roi d'Angleterre, irrité contre le duc de Bretagne, qui avait fait la paix avec le roi de France, offrait aux deux frères de leur rendre la liberté, de les rétablir dans toutes les terres que leur avait enlevées le traité de Guérande, et dans celles qui s'étaient données à la France, s'ils se déclaraient pour lui. La noblesse, il faut bien le dire, put bien quelquefois prendre par passion le parti de l'étranger, mais rarement par cupidité. Si Jean de Blois eût accepté ces propositions, il pouvait reparaître, comme un maître, dans la vicomté de Limoges : soutenu par le roi d'Angleterre» il aurait repris les droits de sa famille, abaissé les bourgeois qui s'étaient faits les seigneurs de ses domaines. Il aima mieux rester prisonnier plus longtemps que de renier le parti de la France. La mort de son frère lui causa une grande douleur, augmentée encore par l'impossibilité d'acquitter sa rançon de cent vingt mille livres. Mais, en 1387, un illustre Breton, comme en a produit souvent la Bretagne, dont le père et la mère avaient été les ennemis de sa maison, Olivier de Glisson, connétable de France, pour humilier Jean-le- Vaillant, duc de Bretagne, paya la rançon du captif, et lui fit épouser Marguerite, sa fille

Après cette union, qui promettait une haute fortune à la

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