‹ Histoire des vicomtes et de la vicomté de LimogesChapitre 27 sur 130 · II. G · texte numérisé non relu

II. G

sommes empruntées pour sa rançon, et une pension de dix mille livres, pour soutenir le rang de sa maison. Les moines de Saint-Martial lui avaient offert l'hospitalité; mais il refusa tous les honneurs qu'on voulait lui rendre, tant il avait hâte de gagner la Guyenne, suivi de Lahire, de Xaintrailles et de Jean de Bretagne, qui semblait oublier enCn ses prétentions contre les bourgeois de Limoges pour illustrer dans les combats livrés pour la France et pour son roi les dernières années de sa vie.

A peine le noble cortège avait-il quitté la ville pour parcourir le Midi, si fidèle à Charles Vil, si heureux de ses victoires, que la reine arriva accompagnée de vingt dames les plus distinguées de la noblesse et de cent hommes d'armes, tous brillants chevaliers, parés comme s'ils allaient à un tournoi (28 mars). A leur approche, à quatre heures après midi, au bruit de toutes les cloches, sortit tout le clergé, avec tous les religieux des abbayes, excepté ceux de Saint- Étienne, qui, conduits par l'abbé de Saint- Augustin, par le prieur de Saint-Gérard et par l'abbé de Saint-Martial, allèrent en procession au-devant de la reine jusqu'à Mont- Jauvy. Le môme cortège l'accompagna à l'église de Saint- Martial, où elle pria quelques moments devant le grandautel, puis elle alla, avec toutes les femmes de sa suite, loger dans la maison de Guillaume Julien. Elle partit quelques jours après, suivie de ses bagages, de ses chevaliers et de ses dames d'honneur, pour faire un pèlerinage à la Sainte-Baume de la Madeleine, dont elle désirait vénérer les reliques. A son retour, les chevaliers, qui ne prenaient pas part aux batailles, les riches châtelaines, qui n'aimaient plus la vie des manoirs depuis que la cour de Charles Vil avait de belles fêtes, vinrent en grand nombre grossir son cortège. Le clergé ne partagea pas tout cet enthousiasme; il parut blâmer la reine de rechercher plutôt les distrac-

îions du monde que la majesté des cérémonies religieuses. Il voyait avec peine quelle n'avait point demandé de visiter le chef de saint Martial : aussi ne vint-il pas au-devant d'elle comme la première fois. L'abbé de Saint-Martial seulement et les bourgeois, tous à cheval, l'accompagnèrent en dehors de la ville, à son départ pour Poitiers. La cour, quoique ayant encore sous les yeux les ruines qu'avait faites l'Angleterre dans toute la France, ne rêvait que trop fêtes et plaisirs. Les passions voluptueuses de l'Italie attiraient à elles, pour les dominer bientôt, les grandes dames de cette noblesse qui allait se ruiner par son faste. Cependant l'éclat dont brilla la cour de la reine à Limoges excita l'admiration de tous. Les émailleurs couvrirent leurs magnifiques émaux des riches et éblouissantes couleurs qui rehaussaient les parures du cortège royal. Le clergé, que cette visite n'avait pas enrichi, eut, après le départ de la cour, qui peut-être y contribua en ne rendant pas à chaque ordre religieux les préséances qui lui étaient dues, des différends à l'occasion de quelques privilèges méconnus. Pour mettre fin à ces prétentions rivales, le pape Nicolas V institua Guillaume de Fumel, abbé de Grandmont, juge perpétuel et conservateur des droits du doyen et de l'église cathédrale. Il usa bientôt de son autorité en réprimant celle de l'évêque Pierre de Montbrun qui, pour punir Audier, archidiacre de Combraille, d'avoir assisté, malgré lui, à une procession, l'avait excommunié et se disposait à le priver des honneurs dus à sa charge.

Si la reine n'avait pas laissé de riches présents à Limoges, Charles VII, devenu, comme la nation le désirait, sage politique et guerrier, sut s'attirer l'affection et la reconnaissance des bourgeois, et aussi le dévouement cîe Jean de Bretagne, qui, tout en servant la France, redemandait toujours les privilèges dont avaient joui ses prédécesseurs dans

la ville et dans toute l'étendue de sa vicomté. Pour qu'il renonçât à l'exercice de la justice, dont les consuls étaient en possession, le roi érigea le comté de Nemours en duebépairie et le lui donna. Dès lors le vicomte employa toute son autorité, tout son courage à chasser les Anglais, et se montra partout le rival de gloire des Dunois, des Xaintrailles et des d'Armagnac. C'était bien la France surtout qu'il servait, et non Charles Vil, qui n'avait presque rien fait pour relever la puissance de sa maison et qui ne protégea jamais dans le Limousin l'autorité de son vassal. Jean de Bretagne, élevé au rang de lieutenant-général, accompagna le maréchal de Culan, fit sous ses ordres le siège de Bergerac et eut une grande part à la capitulation de cette ville. On le vit ensuite, avec Xaintrailles, courir au siège de Gensac, sur la Dordogne, qui succomba au premier assaut. Après ce beau fait d'armes, il conduisit ses troupes devant Montferrand, força le seigneur de ce nom à se rendre prisonnier et à remettre la place ; puis, rejoignant Xaintrailles au siège de Sainte-Foi, ce fut lui qui eut l'honneur de recevoir les clefs de la ville des mains des habitants. Agissant de concert avec les comtes de Dunois, de Foix et d'Armagnac, il acheva bien vile la conquête de toutes les places situées sur la Dordogne et alla ensuite avec ses compagnons de gloire se faire ouvrir les portes de Bordeaux.

Les triomphes de la France ne laissaient plus dormir les grands seigneurs de l'Angleterre, qui crurent qu'une autre femme de France ruinait leur fortune. Marguerite d'Anjou fut forcée d'envoyer sur le continent de nouvelles troupes, qui parvinrent à rentrer dans Bordeaux et dans d'autres places de Guyenne et de Périgord. Le vicomte de Limoges fit alors une dernière campagne. Si l'on s'en rapporte à la tradition, aux souvenirs qu'on- retrouve en-

core dans les populations des campagnes, depuis Montbron en Angoumois, d'où il chassa les Anglais, jusque sur les frontières de la Marche, partout où des ruines se rapportent à la guerre de Cent ans, jamais il n'avait déployé plus d'activité que dans la dernière année de sa vie. Il n'est pas de château, de petite ville qui ne conserve son nom comme celui d'un libérateur. Partout les détachements anglais se retirèrent devant lui effrayés ou vaincus. Toute la noblesse du Limousin qui s'associa à ses efforts en fut récompensée par de grandes libéralités. A Hugues de Bayli, le jour de son mariage avec Marguerite de Lubersac, il donna la châtellenie de Razac, en Périgord, récompensant ainsi deux familles pour leurs bons et loyaux services *. Pour se procurer de l'argent, il avait vendu la terre de Saint-Aulaire, dans la châtellenie d'Ayen, à Julien de Beaupoil, écuyer (26 mat 4445) 2 ; à Guillem de l'Ermite, damoiseau, capitaine du château de Ghâlusset, tous les droits qu'il avait sur cette châtellenie. Son nom n'est pas encore oublié dans le Limousin , où il reste comme un lointain écho de la haine de cette province contre l'Angleterre et de sa joie des triomphes de la France. Après lui 3 , les terres de la maison de Penthièvre passèrent à une nouvelle dynastie qui trahit la France à Pavie 4 , et qui ne se releva de son humiliation et de sa

1. Mss. de Don Go], à la Biblioth. nationale : année 1451, n° 135.

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