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CHAPITRE XX

GUILLAUME DE BLOIS, FRANÇOISE DE BRETAGNE ET ALAIN D'ALBRET, VICOMTES DE LIMOGES

Guillaume de Blois, ou de Penthièvre, vicomte de Limoges. — Le peuple du Limousin sympathique à ses malheurs. — Sa mort : ses dispositions testamentaires; ses donations aux églises. — Jean, vicomte de Comboru, tuteur de ses enfants. — Isabelle de la Tour, sa veuve, réprime les violeuces de ses vassaux. — Note sur le monastère de Saint-Yrieii. — Faiblesse de l'autorité vicomtale; la bourgeoisie et la moyenne propriété; les progrès de l'industrie à Limoges. — Isabelle de la Tour marie sa fille à Alain, sire d'Albret. — État des abbayes. — Les consuls de Limoges empiètent sur les droits de l'Église. — Les quartiers de la ville et la population qui les occupe : les artisans, le clergé et la noblesse. — Louis XI reçu à Brive, à Donzenac, à Uzerche. — Séjour du roi à Limoges. — Il se fait rendre compte de l'état du commerce; son pèlerinage à Saint- Junien. — Note sur la famille Disuematin. — Note sur Saint-Junien.

— Plaintes des consuls de Limoges. — Louis XI autorise des quêtes pour réparer l'abbaye de Saint-Martial. — La commende ruine les abbayes.

— Marguerite de Ghauvigni-Brosse à Ségur : sa sépulture. — État social à i'avénement de la maison d'Albret. — Louis XI modifie l'administration des consuls. — Note sur la chapelle de saint Aurélien. — Institution d'une mairie à Limoges; appréciation do cette magistrature. — Foucaud de Rochechouart et Louis XI. — La noblesse du Limousin au secours de Pierre d'Aubusson. — L'Église s'associe aux réformes. — Mécontentement des bourgeois. — Recherches pour découvrir la croix de Grandmont : elle est apportée à Louis XI. — Ravages de la peste. — La foudre renverse la flèche du clocher de Saint-Étienne. — Note sur ce clocher.

Guillaume de Blois ou de Penthièvre, par la mort de son frère, que nous avons presque toujours nommé Jean de Bretagne, devint vicomte de Limoges, de préférence à Nicolle, sa nièce, fille de Jean de Brosse, qui aurait pu être appelée à succéder au dernier vicomte dans cette partie de sa succession qui n'était pas un fief masculins Mais Guillaume méritait bien cette exception à la loi de

fiefs, par son dévouement à ses frères, par sa longue captivité chez le duc de Bretagne, pendant laquelle tous les ressentiments, toutes les haines de la maison de Montfort contre celle de Blois avaient retombé sur lui, sans qu'il eût pris aucune part aux déloyautés dont avait usé sa famille pour rentrer en possession du duché de Bretagne. Ses vingt-huit ans de prison, ses souffrances morales lui avaient fait verser tant de larmes , qu'il était presque aveugle quand il hérita de la vicomté de Limoges.

Le peuple se montra sympathique à ses malheurs quand il vint visiter ses vieux manoirs qu'il n'avait jamais vus, conduit par quelques serviteurs fidèles, qui ne pouvaient que lui rappeler l'illustration et la fortune de ses ancêtres, lui énumérer les fiefs dont se composait la vicomté, sans pouvoir lui en faire connaître les revenus, tant les longues guerres avec l'Angleterre avaient apporté de perturbations dans les maisons féodales. Le pauvre aveugle, vieilli avant l'âge par l'infortune, ne songeait pas d'ailleurs à relever sa fortune par des revendications, mais à la laisser telle qu'elle était à ses trois filles. Les quelques jours de son autorité furent troublés par les réclamations de sa nièce et de Jean de Brosse; il était menacé d'être dépouillé de son héritage lorsque la mort lui épargna cette dernière humiliation (U55).

Par testament, fait à Ségur le 24 août de Tannée précédente, il demandait d'être enterié, revêtu de l'habit des moines, avec quelques-uns de ses ancêtres, dans le couvent des frères Mineurs de Guingamp ou dans celui des religieux du même ordre d'Excideuil, et dans le même tombeau où reposait son frère Jean de Bretagne, dans le cas où il décéderait dans ses terres de Périgord ou dans la vicomté de Limoges. Pour cela, il léguait aux religieux d'Excideuil cent écus pour réparer le couvent. Quelques

églises du Limousin reçurent aussi des marques de sa libéralité : celle de Bessenac, dix écus; celles de Saint- Julien et de Saint-Léger, près de Ségur, chacune dix livres. Comme pieux hommage rendu à la mémoire de son illustre aïeul Charles de Blois, il recommanda à ses héritiers d'employer lous leurs soins à obtenir du saintsiége la béatification de Charles de Blois. Par ce môme testament, sa fille Françoise de Bretagne devait lui succéder, niais seulement dans le cas où sa veuve ne se trouverait pas enceinte et ne mettrait pas au monde un fils, qui serait alors son héritier principal. Pour tuteurs de ses autres enfants, il choisit Jean, vicomte de Comborn, seigneur de Treignac, Jean de Pierre-Buffière, Gauthier de Pérusse, qu'il appelait ses trôs-chers cousins et fidèles

Contrairement à ces dernières dispositions, et sans doute avec le consentement des tuteurs , Isabelle de la Tour eut la tutelle de sa fille Françoise de Bretagne, dont elle s'attacha à protéger la fortune et l'autorité contre quelques vassaux de ses terres qui se montraient peu soucieux d'y faire régner la justice. Ainsi, les serviteurs de Jean II de Pompadour ayant battu et mutilé plusieurs habitants de la Cellerie, elle ordonna une enquête et fit punir les coupables 2 . Plusieurs furent contraints de venir à Ségur lui faire hommage, entre autres les syndics de l'église collégiale de Saint-Germain de Saint-Yrieix, en présence de Guichard de Comborn, abbé d'Uzerehe, de Geoffroi de Saint-Angel et de Pierre de Rosiers (26 juillet 1435) 3 .

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