‹ Histoire des vicomtes et de la vicomté de LimogesChapitre 30 sur 130 · Ibid., E, no · texte numérisé non relu

Ibid., E, no

3. (Ibid. y E, n<> 850.) L'antique monastère de Saint-Yrieix comprenait autrefois trente-deux canonicats, dont les titulaires devaient être gradues et nobles. En 1423, le chapitre exposait au pape Martin V, que leur église, immédiatement soumise au saint-siége, était la seconde du diocèse après Limoges.

Pendant la minorité de la jeune vicomtesse de graves différends eurent lieu à Limoges entre l'évêque et les consuls. Ces derniers furent condamnés à payer dix mille livres destinées à orner l'église de Saint-Etienne, à rebâtir les cloîtres, et principalement la demeure épiscopale, dont ils avaient ordonné la destruction pendant les dernières guerres des Anglais.

Malgré toute son activité à faire reconnaître les droits de sa fille, Isabelle de la Tour ne put pas toujours imposer l'obéissance à ses tenants de fiefs. Désormais l'autorité des vicomtes ne sera guère plus qu'un pâle reflet des temps passés. La puissance féodale, que les guerres ont ruinée, ne s'exercera que sur quelques domaines de l'ancien apanage, sur quelques manoirs possédés par quelques petits vassaux, nouveaux venus dans les rangs des privilégiés; à côté des descendants de la noblesse des croisades a grandi une autre classe qui possède une partie du sol. La moyenne propriété s'est augmentée avec la population; la bourgeoisie, qui a ramassé à son profit les débris des grands fiefs, s'efforce d'anéantir les lois du privilège, qui bientôt ne seront plus que des coutumes surannées que le progrès du droit civil fera disparaître, ne leur laissant qu'une place dans l'histoire pour expliquer le passé. A Limoges, dans cette ville si fière de ses libertés démocratiques, si longtemps tourmentée par les guerres étrangères, par les attaques de l'aristocratie féodale, s'agite une population nombreuse sortie des ruines du dernier siècle, plus active que jamais, toujours à l'œuvre pour maintenir ses franchises, pour étendre son commerce, qui la fera la plus riche des villes* du Midi. Les vicomtes n'oseront bientôt plus rien réclamer de la bourgeoisie enrichie par l'industrie, de ces artisans qui travaillent les métaux comme du temps de saint Éloi, de tous ces habiles artistes qui n'ont

pas de rivaux dans Part de couvrir l'or, l'argent et le cuivre des plus beaux émaux 1 ; de ces confréries de tous états dont chacune est presque une république, et dont la principale tissait ces riches étoffes si recherchées des villes d'Italie *.

Isabelle de la Tour d'Auvergne administrait depuis cinq ans la vicomté de Limoges au nom de sa fille, lorsqu'elle vit une foule de grands seigneurs rechercher la main de la jeune héritière, et parmi les plus empressés, Amanjeu d'Albret, sire d'Orval et de TEsparre. On lui préféra cependant Alain, dit le Grand, sire d'Albret (1460). Ainsi s'allièrent deux grandes familles, l'une qui avait fait naufrage dans ses prétentions au duché de Bretagne, l'autre qui allait chercher sa fortune au-delà des Pyrénées, pour être ensuite rejetée dans la Navarre française, qui devait être le berceau de Henri IV.

Au moment de celte union, la ville de Limoges était encore troublée par les prétentions du clergé à amoindrir les droits des consuls. L'Église jouissait encore d'une immense influence, dont elle se servait au profit des âmes, au soulagement des misères publiques; car alors la peste, ce fléau presque continuel au moyen âge, faisait de nombreuses victimes : elle appelait les fidèles à la vénération des reliques de ses saints renfermées dans de magnifiques châsses d'or émaillé. Mais ses grandes abbayes, ses monastères avaient perdu une grande partie de leurs richesses : celle de Bénévent, si célèbre deux siècles aupa-

1. Le plus ancien titre relatif aux Argentiers, conservé aux Archives du département, est de 1374. Leurs œuvres sont ainsi lour à tour indiquées : Opus de Limogia; opiis Lemovicense, Lemovicinum; labor de Limogia.

2. On tissait à Limoges des étoffes d'or et de soie avant le xnr* siècle, comme le prouve un inventaire du trésor de la Sainte-Chapelle de Ghambéry, donné en 1483. On y lit : « Uua pala Limogiatu auro et cyrico. Sox Limoginturis multum bene operatis de auro ».

ravant, et qui dépendait de Saint-Étienne de Limoges, était presque déserte. Les douze religieux conventuels qui lui restaient ne pouvaient entretenir ni chantres ni musiciens. Les prébendes ne rapportaient que vingt livres tournois, malgré la sage administration de Guillaume de Fumel, son abbé, qui, par sa science et ses vertus, avait su mériter la confiance du pape et celle de Charles VIL

La plus grande partie de la fortune publique était dans les mains de la bourgeoisie, défendant à outrance les franchises municipales, soutenant toujours les consuls, qui venaient de faire dresser sur la colline de Saint-Priest six fourches patibulaires où ils envoyaient les coupables condamnés par leur juridiction. Ces magistrats, malgré les réclamations de Pérôque, voulurent aussi s'arroger le droit de juger les hommes d'église. Ils firent conduire en prison par leurs sergents, précédés du bourreau, un prêtre qui, disaient-ils, avait été surpris à un rendez-vous scandaleux. On était bien loin, comme on le voit, du temps où ces mômes consuls avaient été si humiliés par la sentence du parlement de 1327, comme violateurs du droit d'asile des abbayes. Sur les plaintes du clergé portées au tribunal du roi, un procès eut lieu, et sur la demande de Jacques de Bartbon, vicaire général de l'évêque, les consuls furent condamnés à ne plus s'attribuer de juridiction sur les clercs, surtout quand ils résidaient dans la Cité.

Depuis les atroces vengeances du prince de Galles, qui avait détruit presque entièrement la Cité, cette partie de Limoges reconstruite était encore la ville des prêtres et des grandes familles nobles, tandis que les artisans de tous les métiers, les hommes de négoce, les orfèvres, les marchands de drap et de toile, habitaient hors de celte enceinte les faubourgs de Saint-Paul, de Saint-Martin et de Saint-André. Au centre de la Cité, qui pouvait encore, par

ses fortifications, être regardée comme une place forte, se trouvait la place dite des Chanoines, où ceux-ci, aux jours des émotions politiques, se promenaient, comme l'aristocratie de Venise sur la place Saint-Marc; sur les côtés étaient rangées les magnifiques habitations, aux portes crénelées, des familles illustres du pays, des Châteauneuf, des Maumont, des Comborn et des Ventadour. Au milieu dominait de tout l'orgueil de ses maîtres la haute tour de Maumont, si longtemps l'objet des défiances du peuple. De l'autre côté, l'hospice dû aux libéralités de la maison de Rochechouart ; la demeure presque encore mondaine des religieux de Bénévent et de ceux de Grandmont, qui venaient à Limoges étudier de plus près les changements Survenus dans le monde politique; le palais des chevaliers de la Porcherie et le logis de l'abbé de Tulle; tous grands édifices religieux ou féodaux qui conservaient des noms illustres dans l'histoire, et au-dessus desquels s'élevait la vieille tour d'Amblar, dont la tête, couronnée de créneaux, semblait protéger la cour de l'official de Limoges

Riche bourgeoisie, qui voulait marcher l'égale de la noblesse; démocratie allant à l'émancipation pour ne plus s'arrêter, ou pour se perdre dans les révolutions; clergé ambitieux de reprendre ce que la force des événements lui avait fait perdre; blasons incrustés sur les vieilles constructions; c'est ce que put voir Louis X[ quand il vint à Limoges, où l'on se rappelait le jeune adolescent suivant la cour de

1. Limoges possédait encore dans le dernier siècle plusieurs maisons du moyen âge que l'art de construire a fait disparaître. Ou y voit encore la maison Marraignon, sur la place des Bancs ; la maison Beauvieux, rue du Consulat; une troisième, de l'époque de la Renaissance, rue des Combes. Des inscriptions commémoratives désiguent une maison de la rue du Consulat, où naquit le chancelier d'Aguesseau ; une autre où est né le maréchal Bugeaud ; une troisième, qui a vu naître le maréchal Jourdan.

son père, dont il jalousait déjà l'autorité, en attendant d'empoisonner ses derniers jours par des révoltes. Il arrivait de Bayonne, où il avait trompé deux rois par les ruses de sa politique. Le Limousin lui fit un accueil empressé ; à Brive, les consuls allèrent le recevoir à une des principales portes de la ville, le conduisirent en grande pompe, par les rues ornées de draperies et de feuillage, jusqu'à l'hôtel du consul Raynal, qui, au nom de ses collègues, lui offrit deux douzaines de gros flambeaux de cire blanche, six douzaines de poulets, deux douzaines d'oies, autant de chapons, et de plus, six cents setiers d'avoine pour les chevaux de sa suite, et au duc de Berry, son frère, deux énormes saumons. Le même jour, il entendit la messe à l'église Saint-Pierre, vieux monument du moyen âge, dont il ne reste plus rien. Au moment de son départ, les mêmes consuls lui offrirent deux saumons et d'autres poissons, qu'il devait manger à Donzenac, car c'était un jour d'abstinence. 11 prit ensuite la route d'Uzerche, accompagné du consul Prolhac, qui obtint de lui des lettres patentes, rédigées à Limoges par quatre bourgeois licenciés, ordonnant que les assises du sénéchal du Bas-Limousin seraient tenues désormais à Brive et à Uzerche, et non à Tulle, comme le demandaient les habitants de cette dernière ville. Alors commença, entre les trois principales localités du pays, une longue suite de prétentions rivales, dont nous verrons plus tard les incidents (1463-1584).

A la nouvelle de l'arrivée de Louis XI, les consuls avec les bourgeois notables allèrent au-devant de lui jusqu'à Uzerche. D'autres l'attendirent à Boissel, suivis d'une foule nombreuse, désireuse de voir le prince qui n'aimait pas la noblesse, mais inquiète des impôts qu'il demandait aux villes, et effrayée des supplices infligés à quelques localités rebelles à ses volontés. Louis XI, qui avait besoin de la bour-

geoisie, commençait à la flatter, pour s'en faire un instrument dans l'exécution de ses projets contre les principaux représentants de la féodalité. — «Vous vous êtes bien gouvernés jusqu'ici, dit-il aux consuls ; faites toujours de mieux en mieux. • Sur le penchant de la colline de Saint-Lazare était rangée la foule, et sur le premier plan, des enfants portant des cierges blancs au bout desquels flottaient des panonceaux aux armes de France, criant : < Vive le roi! » Derrière eux et devant, sur les deux côtés de la place, campaient les processions avec les gens d'église, qui défilèrent devant le cortège. Après avoir traversé le pont de Saint- Martial, le roi, arrivé devant le couvent des Dominicains, s'arrêta en face de la chapelle de la cathédrale, où il fut reçu par l'évêque et introduit dans Uéglise. Après y avoir fait sa prière, il se dirigea vers la porte Manigne. Les consuls l'y reçurent sous un dais aux franges d'or, et l'accompagnèrent ainsi à l'église de Saint-Martial, dont les moines lui montrèrent les précieuses reliques. Tous les habitants riches, pour lui faire honneur, avaient fourni ce qu'ils avaient de plus beau; aussi les rues étaient-elles tapissées de riches étoffes de soie.

Pendant son séjour, il eut de longs entretiens avec les consuls, se fit rendre compte des besoins du commerce, flatta ceux qui s'y livraient. « Sachant que les Limousins étaient gens de trafic et de commerce, il demanda à ceux de Limoges de lui fournir quelques marchands qui pussent s'habituer et établir le commerce dans la ville d'Arras, i pour faire concurrence aux villes industrielles de la Flandre *. Deux riches négociants, qui entretenaient des relations avec les principales villes du Midi, André Rougier et

i. (Chron. MSS.) D'autres documents attestent que les officiers du rot choisirent dans le Haut-Limousin 150 familles de marchands pour peupler la ville d'Arras, mais cette assertion se rapporterait à l'année 1479.

9l> HISTOIRE DES VICOMTES

Hélic Disnematin, promirent d'y envoyer leurs enfants ! . II parlit le lendemain (juillet 1463), se dirigeant vers Saint- Junien, où il coucha, et fit un pèlerinage à la chapelle de Notre-Dame, située sur les bords de la Vienne, un des plus gracieux sanctuaires du Limousin, autrefois visité par un prince qui ne connut pas, comme lui, les artifices de la politique 8 . Au moment de son départ, les consuls lui avaient fait présent de deux cerfs et de trois bihces, qu'ils nourrissaient dans les fossés de leurs remparts, et que, par ses ordres, ils firent conduire à Âmboise. Saint-Junien lui dut aussi la confirmation des privilèges octroyés par Charles VII.

Quand la ligue du bien public, cette levée de boucliers qui avait pour but d'abaisser l'autorité royale et de fractionner le royaume en souverainetés indépendantes, menaça Louis XI, Limoges, comme d'autres villes, se déclara contre elle, comprenant qu'elle pouvait bien être, comme on l'appelait, la ligue du mal public. Les consuls, cependant, voulurent se faire payer leur dévouement : ils se plaignirent de ce que, malgré les concessions faites dans le dernier siècle, et qui leur accordaient la noblesse, on voulût les contraindre, comme possesseurs de fiefs nobles, à payer des

, î'i i L h f *™^ P isueraaliQ ^ faisait surtout remarquer par les aumônes qu elle distribuait aux pauvres. Un de ses membres fut enterré à Saint-Yrieix, avec cette inscription tumulaire : « hic. jacet. d. ant. disnematin. decan. (decanus) sti. aredii. obut. iii novem. 1714. non est. oblitus

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