registre consulaire
aux dépens du procès et à plusieurs restitutions, « au grand préjudice du pays et dommage des habitants qui avaient été châtelains. » Cette sévérité souleva contre lui l'indignation : on oublia bientôt la beauté, l'amabilité et les talents de la vicomtesse, car on attribua à son influence sur son frère, François I", le succès du procès intenté par son mari. Le mécontentement fut bien plus grand encore, lorsque, quelques jours après, on apprit que François I er ordonnait de lever sur la ville une taille de dix mille livres, alors que la misère menaçait d'être grande, car les gelées de cette année avaient nui aux récoltes et fait enchérir les vivres dans tout le pays. Plusieurs personnes qui tentèrent de se soustraire à la perception de l'impôt, furent emprisonnées par l'ordre des commissaires royaux.
Le clergé éleva bien quelques réclamations en faveur des plus pauvres des habitants, mais ne se montra pas trop mécontent, soit qu'il ne fût que faiblement atteint par l'impôt, soit qu'il ne vît pas avec peine amoindrir les privilèges et la fortune de la bourgeoisie, dans les rangs de laquelle s'introduisaient des idées nouvelles. En effet, la bourgeoisie, plus éclairée ou plus égoïste, manifestait ses antipathies contre tout ce que faisait le clergé pour contenir dans de justes limites le grand épanouissement intellectuel de l'époque et qui, mal compris, faisait dire à un moine prédicateur du haut de la chaire : c on a trouvé une nouvelle langue, qu'on nomme grecque : défiez-vous-en, car elle enfante l'hérésie. » La représentation des • mystères, des soties, » ces amusements offerts naguère à la foule comme moyens d'édification, n'étaient plus que des occasions de scandale; mais, n'osant pas encore défendre d'une manière absolue ces fêtes populaires, le clergé se borna à attribuer à l'impiété, à l'irrévérence des acteurs les calamités dont le pays
eut à souffrir , les orages qui ravagèrent les campagnes , la peste qui fit dix-huit cents victimes dans la vicomté. La foule fut si émue de ces explications, qu'un jour qu'on représentait sur la place publique les douleurs de Job sous t des formes inconvenantes, un terrible ouragan ayant éclaté sur la ville, elle courut sonner toutes les cloches des églises, malgré Tordre du lieutenant criminel. Le désordre était si grand, les esprits tellement surexcités, qu'on se disait partout qu'on avait entendu des légions de diables hurler dans les nuages 1 . L'art s'était fait païen avec la Renaissance; la muse scénique désertant les tréteaux, renonçait aux inspirations du moyen âge, pour tenter de nouveaux essais, mais pour errer longtemps à l'aventure, avant de trouver Polyeucte et Athalie.
Dans l'ordre politique, les transformations n'étaient pas moins sensibles. Le règne de François I er , avec les longues luttes de rivalités contre Charles- Quint, ouvrit aux États européens de nouvelles relations, qui fortifièrent les uns, "\ affaiblirent les autres; à l'intérieur de la France, quoique les provinces conservassent une certaine autonomie, l'administration fut plus équitable pour toutes les classes de la société. La monarchie mixte faisait place à la monarchie absolue qui seule, en ramassant de se.:, mains puissantes les débris du vieux monde, pouvait devenir le foyer d'où devaient rayonner toutes les libertés ; à côté d'elle, la Réforme organisait le développement intellectuel qui, plus tard, pouvait être le contre-poids du despotisme et peut-être la cause de nouvelles erreurs. Longtemps opprimé, tourmenté par les vicomtes ou par ceux qui les représentaient, petits vassaux nés d'hier, et qui ne s'en croyaient pas moins les descendants des conquérants, le Limousin apprit avec joie que
i. Mss. de Nadaud, au grand sémmaire de Limoges.
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François I er voulait qu'on fît à ses sujets prompte et bonne justice, que la fortune ou la naissance n'abritât plus de coupables ambitions.
L'institution des Grands Jours , remise en vigueur, donnait aux opprimés un tribunal devant lequel toutes les doléances pouvaient se produire. Les Grands Jours de Limoges appelèrent le vassal qui avait à se plaindre du suzerain, le bourgeois et l'artisan de la justice de leurs consuls (1541). Durant près de deux mois (août et septembre), la grande salle de la maison consulaire fut occupée par cette haute cour de justice, où siégeait le troisième président du parlement de Bordeaux, avec douze conseillers, entourés de procureurs et d'avocats. Les consuls de la ville assistaient aussi aux audiences, revêtus des marques de leur dignité. Plusieurs seigneurs de la vicomté s'y présentèrent, demandant justice contre leurs tenanciers qui, invoquant la prescription, ou l'absence de titres écrits, refusaient de payer les cens auxquels ils avaient été soumis. Plusieurs ordonnances du roi reconnurent les prétentions des seigneurs, entre autres celles de celui de Lubersac. Le peuple ne retira pas de ces grandes assises ce qu'il en attendait et se montra mécontent des «emprunts, décimes et exactions * levées par le roi.
A peine les Grands Jours eurent-ils clos leurs séances (31 octobre), après avoir jugé un grand nombre de procès, que Limoges eut de nouvelles fêtes en l'honneur d'Éléonore , sœur de Charles-Quint , que venait d'épouser François I er , et dont la présence semblait faire craindre à la reine de Navarre , Marguerite de Valois, vicomtesse de Limoges, que François I er ne s'attribuât les droits de justice sur la ville, malgré la défense faite l'année précédente au lieutenant criminel de connaître des causes criminelles en première instance au préjudice des officiers du roi-
vicomte 1 . Les consuls n'avaient pas les mêmes appréhensions; préférant l'autorité royale à celle de Henri de Navarre, ils allèrent recevoir à Saint-Léonard la nouvelle reine « vêtue de salin blanc échiqueté , » entourée des plus grandes dames de France et d'Espagne, et dont les poètes du temps, entre autres Théodore de Bèze, célébraient la beauté et la paix qu'on attendait de sa puissante intervention *. Ils l'accompagnèrent jusqu'à l'église de Saint-Étienne , où elle fut complimentée par le doyen entouré de tous les chanoines (31 octobre 1542). A la porte Manigne, transformée en arc de triomphe aux fleurs de lis , surmonté de deux personnages symboliques représentant «Limoges et son commun peuple, » un orateur lui fit une harangue au nom de la bourgeoisie, et après lui un des principaux notables en fit autant au nom des autres habitants. Le niveau de l'égalité des sujets devant les rois n'était pas encore admis. Quatre consuls la reçurent ensuite sous un dais de velours rouge, orné de fleurs de lis et de lettres d'or, et l'accompagnèrent ainsi jusqu'à l'entrée de l'église abbatiale de Saint- Martial, où elle fut reçue par le chapitre. Elle logea avec les dames de son escorte chez messire Ghantois, le lieutenant criminel, et partit le lendemain pour rejoindre la cour, emportant une coupe d'argent doré et une chaîne d'or pesant cent écus, l'une et l'autre artistement travaillées par les argentiers de la ville, offertes par les consuls.
Peu de jours après, on rendit à peu près îes mômes honneurs à François de Pontbriant , nommé récemment gou-