‹ Histoire des vicomtes et de la vicomté de LimogesChapitre 45 sur 130 · Montluc, L. XX, p · texte numérisé non relu

Montluc, L. XX, p

tiers. Pendant ces préparatifs , on apprend que les aventuriers, sous la conduite du baron de Bèze, sont à deux lieues de là, à Beaubreuil et à Rilhac, où ils ont massacré vingtcinq villageois, et où leur fureur aurait fait un plus grand nombre de victimes, si les paysans n'avaient, pour les arrêter , creusé de profonds fossés, créé des embuscades partout où ils pouvaient passer. Cependant le gros de la troupe ne tarde pas à parattre sous les murailles de la ville (12 septembre 1544). Plusieurs personnes sont égorgées, les champs voisins ravagés. Comme rien n'arrête les pillards, le peuple, malgré la défense des consuls, tire sur eux l'artillerie à la porte de la Cité et devant la maison de l'offîcial. Alors, les assaillants, mis en déroute, décimés par l'artillerie, gagnent le pont de Saint-Martial, et, après avoir tout ravagé dans les environs, renoncent à leur entreprise el s'enfuient du côté de Solignac.

Peu de temps après on apprit que dix mille hommes étaient dirigés sur la ville. Aussitôt, pressés par les habitants de pourvoir à des moyens de défense, les consuls, d'accord avec le cardinal de Bellay , alors évêque de Limoges, qui, parmi les gens de sa maison, comptait le sceptique et ordurier Rabelais 1 , firent travailler en toute hâte à la fortification des murailles. Le chapitre offrit de contribuer à tous les frais ; mais les gens de guerre annoncés ne se présentèrent pas. La ville eut bientôt d'autres préoccupations ; le roi de Navarre, en sa qualité de vicomte, réclamait toujours les droits dont avaient joui ses prédécesseurs. Le parlement, après de longues contestations, donna contre les consuls un arrêt qui rendait à Henri d'Albret la haute justice, ne laissant à la commune qu'un faux-semblant de franchises municipales (1345). Un conseiller du

i. Le cardinal du Bellay, évèque de Limoges dès l'année 1541, fut remplacé en 1&47 par Antoine Sanguin, dit le cardinal de Meudon.

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parlement vint faire exécuter la sentence au nom du roi. Le chapitre de Saint-Étienne dut aussi renoncer à certaines coutumes et même à quelques droits de proprié Lé. Henri d'Albret s'était toujours montré ambitieux de rétablir partout dans la vicomté l'autorité amoindrie sous ses prédécesseurs, et, pour y parvenir , faisait rechercher avec le plus grand soin tous les anciens titres, à l'aide desquels il pouvait justifier ses prétentions ; il s'aida surtout de l'inventaire de 1542, fait dans les archives du château de Montignac, en Périgord, et de celui de 1544, fait par Jean Fabri, évôque d'Aure 1 . Mais, quelque vigilance qu'il pût mettre à ne rien perdre de ses revenus, il fut souvent obligé de recourir à des ventes de terres seigneuriales, soit pour ses besoins personnels, soit pour donner leur part d'héritage aux membres de sa famille. C'est ainsi que furent détachées de la vicomté i.a seigneurie de Châlus, cédée à Louise de Valentinois, fille de César Borgia et de Charlotte d'Albret 2 ; celle de Saint-Yrieix, au prix de dix-huit cents livres au chapitre collégial, et une rente de quatre mille livres sur celle de Puynormand , pour la dot d'Isabelle de Navarre , mariée à René , vicomte de Rohan , prince de Léon 3 .

Pendant que le roi de Navarre imposait son autorité aux habitants de Limoges, ceux-ci étaient encore en proie à des maladies contagieuses : le clergé abandonnait les églises; des familles entières se réfugiaient à la campagne, et l'on ne put procéder à l'élection des consuls qu'en réunissant quelques personnes en plein air, sous les arbres de la place Saint-Martial. On compta bientôt jusqu'à quatre mille victimes, et la désolation devint si générale qu'il fallut renon-

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