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LE PREMIER BERGER

Je le veulx bien, j'en suys tout appresté.

Alors tous les acteurs, s'avançant vers Limoges, « personnage gris et aagé, habillé à l'ancienne mode, qui tenait contenance de prendre repos, » l'un d'eux lui dit :

Sus Limoges! que faictz-tu là? dors-tu?

Ors te veoidz-je de tous biens revestu,

Quand ton seigneur, si noble et si magnanime,

T'est venu voir, qu'est de si bon régime

Que puys le temps tu as été construict

N'as heu pasteurs que fusse mieulx instruict

En bonnes mœurs, et telle en est la famé

Qui defens bien ses subjects de difame.

Te veoidz là donc ton guydon, ton rampart,

Qui surmonte des vertus la plus part

De ceulx qui sont ores soubz la machine

Du monde rond, lequel te monstre signe

De grand amour quand pour le veoir prent peine.

Le vieux Limoges, cette personnification d'une fiction historique qui, remontant dans les siècles, plaçait, comme fondateur de la ville, son origine dans des temps inconnus, levant la tête, comme s'il sortait d'un long sommeil :

0 seigneur Dieu, ta bonté souveraine Je doibz louer, puys que mon trèscher syre M'est venu veoir, lequel tant je désire.

Or sus doncques, amys! faites-moy place, Que je voye de vertu l'oultrepasse.

Puis, se mettant à genoux :

0 puyssant roy, bénin et charitable,

Fleur de toute noblesse honnorable,

Grâces te rendz de genoux, teste nue,

Puys qu'il t'a pieu faire ta bien venue

En ce pays, qui ne méritoyt pas

Qu'eussiez prins peine de faire tant de pas,

Pour venir veoir ceste petite ville.

Elle est à toy, mais par trop est débile

Pour recepvoir ung prince si afable,

A qui est deu honneur innestimable.

Veoidz Limoges, qu'a heu beaulcoupt d'affaires

Qui sont esté à luy fort improspères.

Car les Angloys et aultre nation

L'ont quasi mise en désolation,

Veu qu'aultres foys, en grand prospérité,

A heu grand bruict tant ville que Cité;

Mais, après Dieu et le bon roy de France,

En toy seul git toute son espérance

De parvenir en aussi grand haultesse

Qu'à présent est l'ancienne Lutesse.

Me veoidzcy donc, et tout ce populaire,

Qui te retient pour défenseur et père,

Criant trèstous, grand, petit et menu :

t Fleur de noblesse, tu soys le bien venu ! »

D'habiles mécaniciens avaient aussi travaillé aux sur-

prises théâtrales de la fête, a Limoges, se relevant, monstra de sa main un grand cueur rouge, couvrant une pomme, dans laquelle estoit ung enfant de l'aage de dix ans, accoustrée en fille et déesse, teste nue, ayant sa chevelure blonde, longue, crespelée et esparse sur ses épauJes, revestue de veloux et satin blanc, parée de diamans, piarres orientales et grosses perles brillans vivement par le moyen de la clarté du soleil, qui rayonnoyt sus. Ledict cueur fut miparti et ouvert, et, la pomme étant au dedans escartellée, s'apparut ladicte fille, tenant en sa main une clef d'argent. » A cette apparition, le vieillard reprend :

Voyci ma fille, qui, de amour fervente, Trèshumblement service te présente.

Et la jeune fille, portée par un ressort secret devant le prince :

Je loue Dieu de m'avoir faict la grâce De me donner ung si noble seigneur Que vous, estant ores en ceste place, Et dont vous plaict me faire cet honneur Me venir veoir en liesse et bon heur; Car, si je suis désormais affligée, Par vous seray grandement soulaigée.

Par quoy je veulx employer mon pouvoir, 0 roy heureux, de vous bien recepvoir.

Reconnoissant estre votre servante, En tous endroictz j'en fayray mon debvoir.

Voici ma clef qu'humblement vous présente.

Après cette représentation, Antoine, avec son cortège, rentra dans la ville, a avec une joye indicible et exultation de tout le peuple, sonnans les cloches de toutes les esglizes; » il suivit la rue Manigne, tendue de tapisseries, et garnie des deux côtés par la foule. Arrivé à la porte Pou-

ne

lalière, il se plaça sur une estrade, pour assister au jeu de nouveaux acteurs; l'un représentant la Vertu :

Honneur je doibz pour chacun sien mérite De ses haultz faictz à ce prince royal, Qui s'est monstré mon amy tresloyal :

Je le luy rendz, car très-bien le mérite.

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