‹ Histoire des vicomtes et de la vicomté de LimogesChapitre 65 sur 130 · Heg. consulaires · texte numérisé non relu

Heg. consulaires

2. On la nomme aussi Notre-Dame-des-Àides, du nom d'une confrérie.

commune, on décida que Martial Deschamps, secrétaire des consuls, se rendrait en toute hâte auprès du roi de Navarre, alors à Nérac, pour l'avertir de ce qui avait lieu. Celui-ci, déjà partisan de la réforme, comme la reine Jeanne d'Albret, ne fut pas grandement ému de ces nouvelles : il se contenta de mander à ses officiers « de tenir l'œil sur les passans et repassans, s'ilz estoient armés; de quelles armes; s'il y avoit congrégations et monopoles, de l'avertir du tout. » On décida alors que vingt personnes veilleraient chaque jour à la garde de chacune des portes de la ville.

Ces précautions ne purent ni calmer les esprits des catholiques, ni effrayer les ennemis de leur culte. Des plaintes partirent de tous côtés contre les calvinistes, dont l'audace se manifesta par de nouveaux outrages. Une autre image de la Vierge qui se trouvait à une des portes de la Cité, du côté des Vimières, fut aussi arrachée, traînée dans la boue et mutilée.

François de Pontbriant, alors gouverneur de la ville, pour ralmer l'agitation des esprits, accusa de ce nouvel attentat deux enfants que leurs familles eurent beaucoup de peine à sauver du supplice, mais qui furent pendus en effigie. Quelque temps après, furent aussi brisées pendant la nuit les croix et les images des saints, placées depuis des siècles dans les vignes des environs et dans des niches sur divers points des murs de la ville.

Au dehors, les protestants tenaient des assemblées dans les petites localités, où la force ne pouvait les contenir. A la nouvelle que quelques-uns d'entre eux « avaient mené au présent païs ung homme prédicant, incogneu, qu'ils firent prescher doctrines faulses, pernicieuses, libertines à leur plaisir à une demy lieue des environs de la ville, » dans la crainte de nouveaux scandales, on renforça la garde

qui veillait aux portes. On envoya de nouveau vers le roi de Navarre pour l'avertir de ce qui se passait. Bientôt les consuls annoncèrent que le vicomte-roi se disposait à envoyer à Limoges le seigneur de Thermes avec huit compagnies d'ordonnances pour <c chastier et punir les sédicieux rebelles et désobeyssans aux commandemens de Dieu et de l'Église; » mais qu'auparavant, il enverrait le seigneur de Ventadour, gouverneur et sénéchal du Limousin, chargé de s'enquérir de ce qui s'était passé, notamment de la destruclion de l'église de Saint-Etienne et de l'assassinat du grand vicaire de l'évêque. En effet, le seigneur de Ventadour arriva bientôt après, fit appeler le grand vicaire, les principaux chanoines des églises de Saint-Étienne, de Saint-Marlial, les officiers du roi, les bourgeois et marchands notables, et s'assura de la fausseté des rumeurs qui avaient couru au loin, car l'église de Saint-Étienne n'avait point été détruite, ni le grand vicaire mis à mort.

Cependant l'audace des calvinistes croissait; l'indignation des catholiques devenant plus grande que jamais, cent vingt des principaux d'entre eux accourent à la maison commune, pour prêter main-forte aux consuls. Un médecin allemand, habitant la ville depuis quelque temps, fortement soupçonné d'hérésie, est arrêté et gardé à vue par des gens armés. Les consuls, sommés de veiller plus attentivement à l'ordre public, choisissent pour capitaine de la ville François Colomb, catholique exalté, qui donne des ordres en conséquence. Le jour et la nuit des patrouilles parcourent les rues, menaçant d'arrêter tous fauteurs d'hérésie.

Les calvinistes, car leur nombre s'était augmenté d'étrangers venus les jours précédents, fatigués de cette surveillance, mais n'osant pas résister par la force, recoururent à de honteux moyens : ils enfoncèrent dans les pavés des rues des pointes de fer qui devaient blesser les patrouilles,

et même, pendant la nuit, ils tirèrent de leurs maisons des coups de feu sur les soldats. Un soir, plus audacieux à braver les catholiques, ils se présentèrent, en bon ordre et en assez grand nombre, à la porte des prisons, demandant qu'on mit en liberté le médecin allemand. Plusieurs furent arrêtés, mais protégés secrètement par le vicomte de Limoges et surtout par la vicomtesse Jeanne d'Albret, ils ne tardèrent pas à recouvrer leur liberté.

Sur ces entrefaites, comme des plaintes partaient de toutes les provinces, demandant au roi de remédier aux troubles, François II fit annoncer que les étals généraux se réuniraient à Orléans le 10 décembre prochain. Le vicomteroi fut invité à s'y rendre, et aussitôt les consuls envoyèrent vers lui Martial Essenault, avocat au siège présidial, Jean Verrier et Pierre Boulhon, leurs collègues, pour le prier de se charger de leurs cahiers de doléances. Ne l'ayant pas trouvé, comme ils l'espéraient, à La Rochefoucauld, ils se seraient remis en route et l'auraient rejoint à Ghaunai en Poitou, où il leur aurait promis tout son dévouement. Selon d'autres, il aurait passé par Limoges, où sept à huit cents gentilshommes bien armés seraient venus offrir, à la même époque, aux princes de la maison de Bourbon, dix mille hommes bien équipés, au nom des réformés du Midi, s'ils voulaient entreprendre de s'emparer de la personne du roi, ce qui aurait été refusé. Cette dernière assertion est sans fondement et ne saurait être acceptée, car le tiers-état de Limoges choisit, pour ses représentants à l'assemblée, Jean du Boys, maître de la monnaie, et Jean Bernard, chargés de faire valoir leurs doléances; ce qui semble prouver que le tiers-état comptait peu sur le •vicomte, qu'on regardait généralement comme engagé dans toutes les entreprises contre les princes de la maison de Lorraine.

Les troubles continuaient dans la ville malgré la surveillance des consuls et la garnison qui, campée à Saint- Étienne, sous le commandement du capitaine Loyset, veillait à la conservation des édifices religieux; les catholiques, quoique toujours sur leurs gardes, étaient inquiets de l'audace de leurs ennemis. Jusqu'alors cependant aucun ministre avoué des nouvelles croyances n'était venu recruter publiquement des prosélytes. Ce n'était qu'en secret que quelques hommes, sans autre titre que leurs convictions, avaient cherché à propager leurs doctrines. Mais à l'arrivée d'un nommé Lafontaine, qui venait, disait-on, au nom de Jeanne d'Albret, la préoccupation fut générale. Partout, sur les places publiques, dans les maisons, aux portes des églises, on discutait l'Écriture sainte, que catholiques et calvinistes interprétaient à leur manière. Alors eut lieu en Limousin la première « école buissonnière ». On accourut pour entendre Lafontaine, qui prêchait dans le bois du Moulin-Blanc, sur la route d'Aixe à Limoges, appartenant à Jean Lescure, bourgeois. Bientôt on apprit que la lutte armée allait s'engager; que la cour préférait les conseils des Guise à ceux du vertueux THospital. Le roi de Navarre, vicomte de Limoges, et Condé venaient d'être arrêtés. Excités par les violentes prédications du ministre réformé, les calvinistes du Limousin, indignés, se disposèrent à recourir à la force ; ils prirent les armes pour garder les passages et pour prévenir toute surprise. De leur côté, les consuls, craignant qu'on ne cherchât à s'emparer de la ville, firent surveiller les portes.

Malgré toutes ces précautions, le nombre des prétendus réformés augmentait; les discussions religieuses continuaient. Convaincre ses adversaires n'était plus possible , la passion étant l'âme de ces conciles de la rue qui se terminaient toujours par des injures, par des actes de vio-

lence. Dans la crainte de voir piller les églises, le clergé paya encore quelques compagnies de gens armés, qui veillaient aux portes, pendant que le capitaine Loyset maintenait son corps de garde à Saint-Étienne. Ce fut pendant ces jours de désordre et par suite de toutes ces précautions que le bruit s'était répandu au loin que les huguenots avaient détruit la cathédrale. Quoique le duc de Ventadour, chargé de s'enquérir des faits, n'eût rien constaté de semblable, le roi envoya le maréchal de Thermes, avec huit compagnies d'ordonnances et douze cents hommes commandés par les seigneurs de la Vauguyon et des Cars, qui arrivèrent à Saint-Junien le 6 décembre 1560, et s'y arrêtèrent en attendant de nouveaux renforts. Sur ces entrefaites, le 7 du môme mois, eut lieu l'élection des consuls, après laquelle les élus *, pour témoigner de leur foi religieuse, allèrent rendre grâces à Dieu à l'église de Saint- Martial, où ils firent chanter la messe : puis, selon la résolution prise précédemment, quatre d'entre eux donnèrpnt « quatre pièces d'artillerie de fonte, assises sur chevalet, au lieu d'un banquet que chacun d'eulx debvoit faire ».

Le même jour ils tinrent une séance à laquelle assistèrent les principaux bourgeois et notables dans le but de savoir quelles charges on aurait à supporter pour les frais des troupes campées à Saint-Junien, mais qui devaient venir à Limoges. Ils envoyèrent deux des leurs, Jacques Grégoire et JeanDumontheil, vers le maréchal de Thermes, pour savoir comment il devait entrer dans la ville, et s'il fallait «fournir à ladietc gendarmerie vivres, logis, ustencilles ou aultres choses ». Après avoir appris les intentions du maréchal, mais voyant que les capitaines Ambars, Sar-

i. Martial Des Cordes, Jean Vidau, Pierre Raymond, Pierre Des Cordes, Jacques Benoit, Jean Dumontheil, Martial du Boys, Pierre Saleys, Pierre Segond, Thomas Brugière, Martial Maillot, Jacques Grégoire. (Reg. consul.)

labast et Jacques Wolf, chargés de conduire les premières bandes composées de mille hommes d'infanterie, ne s'étaient pas encore dirigés sur Limoges, ils songèrent à faire valoir leurs anciens privilèges en vertu desquels les troupes étrangères ne devaient loger ni dans la ville, ni dans les faubourgs. Un sursis leur fut accordé, et en attendant que la décision fût prise dans les conseils du roi, le maréchal consentit h envoyer ses gens de pied en logement à Aixe, mais en faisant signer aux consuls l'engagement de lui fournir les vivres nécessaires, ce qui eut lieu durant vingtsix jours, pendant lesquels d'autres troupes tenaient aussi garnison dans les localités voisines de Limoges. Le maréchal resta à la tête de sa cavalerie jusqu'à la mort de François IL

M. de Marval, maître d'hôtel du seigneur des Cars, partit pour la cour, et obtint que les compagnies d'ordonnances cantonnées dans le Limousin se retireraient immédiatement. Cette concession était illusoire, car on ordonnait en même temps que la compagnie de M gr le prince prît garnison à Limoges. Les consuls protestèrent en toute hâte; Jacques Grégoire, l'un d'eux, se rendit à Paris pour réclamer, au nom des privilèges accordés à la ville, l'exemption du logement des gens de guerre. Satisfaction leur fut donnée; les troupes reçurent l'ordre d'aller tenir garnison à Brive. Mais l'entretien de celles qui avaient séjourné à Aixe n'en fut pas moins très-onéreux pour les habitants de Limoges, comme l'indique l'état dressé à cette occasion *. Les con-

1. A la compagnie du capitaine Sarlaboust, qui est de deux cents quarante arquebuziers, deux livres de pain bourgeois pour chascun soldat, poisant chacune une livre seze onces, ledit pain essayé et rassis,

cy iiij e iiij /. pain.

" Item, en vin, à raison d'un pot pour chacun soldat, cy. ij c XL potz.

Item, en chair, à raison d'une livre de beuf et demy livre de mouton, pesant chacune livre seze onces,- cy iiij 0 iiij xx

suis furent obligés d'avancer de leurs deniers six mille cent livres, pour payer les frais de route des troupes envoyées ailleurs : mais, un mois après, cette somme leur fut remboursée 1 . Quant au montant des dépenses de la garnison d'Aixe, il fut de cinq mille huit cent seize francs environ, qu'on ne put payer que par un impôt réparti seulement sur la ville de Limoges et non sur les environs.

La présence des troupes dans les localités voisines avait donné quelques jours de paix au pays; mais après leur départ, comme on redoutait de nouveaux désordres, et dans la crainte de ne pouvoir maintenir l'autorité du roi, les consuls appelèrent à leur secours les prévôts et maréchaux de la Basse-Marche, de Montmorillon et du Limousin qui, disposant de douze fantassins et de trente-deux archers, se montraient décidés à châtier les rebelles. Cette force armée, qui demeura un mois à Limoges, occasionna

Item, ez jours de poisson, au lieu de ladite chair, sera fourny une morue, une livre formage et un quarteron d'huile d'olif, pour quatre soldatz.

Chacune livre de pain estimée à hj d.

Le pot de vin, à raison de xvj d.

La livre de beuf, à raison de vj d.

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