Jean Chespin : Hist des rtwrtyrs, L v, p
qui, sans se rendre un compte exact de ce que préparaient ces événements, voyaient dans la foule irréfléchie des dispositions au désordre et à la violence.
Les consuls récemment entrés en charge *, préoccupés de cet état de choses, résolurent cependant de prendre des précautions pour maintenir la ville en paix et pour réprimer toute tentative violente. Ils firent visiter ce qu'on appelait « la chambre du trésor du consulat », où avaient été déposés, lors de la répression des troubles, à l'occasion de la gabelle, les armes, « bastons et harnois » des habitants. Tout s'y trouva en mauvais état; plusieurs engins avaient été enlevés, a Quoy voyant, par trois ou quatre forbisseurs firent forbir et racoustrer tous lesdicts bastons, avec les arquebuses et harnois, et firent mettre en la chambre du trésor et en la chambre appelée du conseil portans bastons, et après les firent remplir de hallebardes, picques, javelynes et aultres à bois^long. » Mais les impatients du parti calviniste n'attendirent pas le moment de la discussion qui éclaire les esprits; ils recoururent aux excès, qui déshonorent toujours même les meilleures causes. Pendant que la conspiration d'Amboise s'ourdissait dans l'ombre, des conciliabules avaient lieu fréquemment à Limoges. Quelques calvinistes de nouvelle date, mais plus pressés que les autres, brisèrent pendant la nuit les images de la Vierge et de saint François placées sur le portail du couvent des Cordeliers. L'émotion fut générale ; l'impossibilité de découvrir les coupables ne fit qu'accroître l'audace des nouveaux convertis (4 juillet 1560). Quelques jours après on eut à déplorer un nouvel acte de vandalisme. — « Le di-
4. Les consuls nommés le 7 décembre 1559 étaient : Jean Veyrier, Grégoire Deschamps, Jean Rougeron, Martial Yertamon, François du Boys, Hélie Galichier, Nicolas Voulrey, François de Lanneau, Pierre du Monteil. Pierre du Mas, Pierre Boyol et Pierre Boulhon. (Reg. consul.)
manche quatorzième juillet, de nulct fut rompu, froissé et gecté par terre l'image de la benoiste vierge Marie estant en la place et derrière l'église Saint-Michel 1 .» La tète de la Vierge fut même portée au pilori du marché des Bancs où Ton exécutait les malfaiteurs.
Le catholicisme voila son auguste face en présence de cette odieuse profanation, et demanda au peuple une solennelle expiation. Le lendemain, le clergé, suivi d'une foule nombreuse et triste, vint relever la statue, devant laquelle tout le monde se prosterna, La piété outragée demanda da- 1 vantage : le clergé, espérant ainsi effrayer les sectaires, or- j donna qu'une procession eût lieu, à sept heures du soir. : par toutes les rues de la ville. La foule répondit à cet ; appel; un immense cortège de bourgeois et d'artisans, de prêtres de tous les ordres se mit en marche, portant en I triomphe la statue de la Vierge, devant laquelle marchaient les bannières de toutes les corporations. Le chanoine Jean 1 de Champsac mit cette effigie à l'abri des insultes par la | construction à ses frais d'une chapelle couverte en plomb qui porta son nom 2 . Tout acte d'irrévérence, pendant ces t expiations religieuses, irritait les assistants. Sur la place des Bancs, deux étrangers, placés à la porte d'une auberge, eurent l'air d'insulter tous ces catholiques, dont la foi s'exaU \ tait en proportion des outrages qu'on leur adressait : aussi l une vive émotion se manifesta-t-elle dans tous les rangs. On S allait se précipiter sur les imprudents, qui prirent la fuite, J lorsque des gens armés se réunirent et accompagnèrent la procession pour la protéger. De nouvelles insultes s'étant produites, l'indignation ne put plus se contenir. Un charpentier, nommé Grosserais, fut tué sans pitié à la place Saint-Michel. Dans une réunion, qui eut lieu à la maison