Reg. consul
encore de grands frais à la charge des consuls, mais imposa aux calvinistes, qui n'osèrent rien entreprendre. Sur ces entrefaites, on apprit la mort du roi François II, dont le corps allait sans bruit à Saint-Denis, escorté seulement de ses deux précepteurs et d'un évêque. Le clergé, qui combattait toujours la réforme à outrance, regrettait que ce prince n'eût pas eu son Tanneguy-Duchàtel pour le délivrer de ses ennemis *.
Le nouveau règne, celui d'un enfant livré aux caprices de l'ambition de sa mère et des factions qui l'entouraient et abusaient de son nom, commença par un pardon aux passions fanatiques de l'époque ; mais ni le pardon, ni la persécution ne pouvaient arrêter la révolution qui poussait le siècle. La réforme continuait d'agiter les villes, semant partout ces germes de discordes d'où devait sortir, meurtrie et sanglante, la liberté de conscience, et avec celle-ci des calamités pour l'avenir. Aux états d'Orléans, où l'Hospital avait vainement sollicité des droits égaux pour les deux cultes, le parti des Guise réclama des supplices contre les huguenots. Cependant quelques concessions furent faites par l'édit de juillet (1561). Les calvinistes de Limoges purent alors assister librement aux prédications des deux ministres du Parc et Belchi, dont la parole, élo- J quente quelquefois, et souvent trop emportée, réunissait le peuple dans les villages voisins, à Laborie, à la Couture et à Mont-Jauvy. Ils abusèrent des concessions que leur faisait l'opinion publique, et se montrèrent plus fiers et plus intolérants. C'est qu'ils comptaient sur la protection de Jeanne d'Albret, qui les excitait secrètement à persévérer, et aimaient à se répéter les paroles de la vicomtessereine à Catherine de Médicis, « que plutôt daller jamais
1. Ou avait mis . ces mots sur le drap mortuaire du roi : « Où est maintenant Taneguy-Duchàtel? »
à la messe, si elle avait son royaume et son fils dans la main, elle les jetterait tous deux au fond de la mer, pour ne lui être en empêchement. » Antoine de Bourbon, au contraire, retenu par Pévêque de Mende et par François des Cars, partisans des Guise, agissait avec timidité et semblait craindre d'arborer son drapeau; mais il était plus hardi quand il s'agissait d'user de ses droits contre ses sujets de la vicomté. Au mois de mai 1560, Pierre Belut, son procureur en la cour du parlement de Paris, avait fait savoir aux consuls que le roi et la reine de Navarre demandaient l'exécution d'un arrêt contre certains habitants, à raison des censives des maisons. Il fallut payer. Au mois d'août de la même année, on n'en envoya pas moins une députation à Poitiers pour complimenter Jeanne d'Albret qui allait rejoindre son mari.
Sur la fin du mois d'octobre, les protestants, qui avaient joui assez paisiblement de la liberté accordée par les édits précédents de s'assembler dans les faubourgs, se montrèrent plus entreprenants, prétendant exercer leur culte même dans les églises. Ils envahirent celle de Saint- Cessadre ( Saint -Cessateur) pour y faire leurs prêches. Chassés par les catholiques, ils s'emparèrent de celle de Sainte- Valérie, placée près du couvent des Jacobins. Leurs ministres y firent la cène et y administrèrent le baptême à plusieurs enfants. Les plus notables d'entre eux, sur la plainte des femmes catholiques qui appartenaient à la confrérie de Sainte-Valérie, furent appelés devant les magistrats du siège présidial, qui devaient leur enjoindre d'abandonner l'église ; mais ils revendiquèrent hautement le droit d'y faire les cérémonies de leur culte. Ainsi, les deux partis, en portant leurs réclamations devant la justice, semblaient renoncer à recourir à la violence. Pourquoi n'en fut-il pas toujours de même? Les consuls et les officiers du
roi-vicomte, sur l'avis du grand vicaire de l'évêque, portèrent l'affaire, instruite au présidial, devant le roi de Navarre, en sa qualité de lieutenant général du roi de France, qui décida que le sénéchal du Limousin et les consuls feraient rendre l'église aux catholiques, et que la même décision serait notifiée, comme ordonnant la restitution de toutes les églises partout où les protestants s'en seraient emparés « sous prétexte des différends et controverses des deux opinions de la religion ! . » Ce fut l'application de l'édit de 1561.
Ce n'était pas seulement à Limoges que se heurtaient les opinions religieuses, mais aussi dans les principales localités du pays. Claude, vicomte de Rochecbouart, qui avait été fait prisonnier à la bataille de Saint-Quentin, avait fait publier à son de trompe l'interdiction absolue de prêcher la réforme dans la ville de Rochechouart; mais, malgré cette défense, un maître d'école, nommé Jean Lespinasse, avait osé tenir des conciliabules pendant la nuit, et Ton s'aperçut bientôt qu'une certaine agitation divisait les habitants. Le vicomte le fit arrêter, au moment où il dogmatisait en secret au milieu de trois cents auditeurs (1561).
A mesure que s'affirmaient les dissentiments en matière de foi et que de là surgissaient des passions hostiles., la désunion avait lieu parmi les habitants de Limoges, selon qu'ils étaient ostensiblement ou en secret partisans de Rome ou de Calvin ; aussi remarque-t-on que cette même année, quand on procéda à de nouvelles élections consulaires, on ne réélut qu'un seul des anciens membres. Était-ce parce que les anciens n'avaient pas assez bien protégé les intérêts catholiques, ou parce que les partisans de la réforme espéraient être soutenus par les nouveaux
1. Arch. de Pau : F. de la vicomté de Limoges. Cette décision e*t du 10 novembre 1561. ■
élus 4 ? Quoi qu'il en soit, les protestants, forcés d'abandonner l'église de Sainte-Valérie, à défaut de temple, firent leurs cérémonies dans des maisons particulières. Un orfèvre de la rue des Combes, nommé Jean Bertrand, leur permit de dresser dans la cour de sa maison, près de l'hôpital de Saint-Martial, une chaire autour de laquelle se réunissaient tous les jours des enfants, des femmes, des bourgeois et même des prêtres, pour entendre les ininistres Duparc et Belchi. Deux moines de l'ordre de Saint-Augustin y jetèrent le froc en pleine assemblée et se déclarèrent disciples de Calvin. "
Les nouveaux consuls n'eurent pas seulement à s'occuper de maintenir la paix entre les catholiques et les dissidents, il leur fallut réclamer contre la levée de nouveaux impôts, payer, malgré leur opposition, à la recette générale de Riom une somme de sept cent cinquante livres. En même temps, le roi, « pour subvenir à ses affaires, » venait d'imposer sur le vin cinq sous par muid dans toute l'étendue de Télection. Les consuls s'entendirent avec les principales localités pour réclamer, exposant au roi Charles IX et à la reine mère a que leur païs est un païs montieux, le plus pouvre et infertile que païs du royaulme, en la plus grande partie duquel ne croid et provient bled et vin, si ce n'est que raves et chastaignes. Et y est la pouvreté si grande, que de dix familles l'une ne mange pain, ne boid vin une fois la sepmaine; » mais que cependant ils avaient fait publier l'édit, et qu'ils offraient de se racheter de l'impôt par l'offre d'une somme de cinquante mille livres pour les six années, ce qui fut accepté *. Pour la perception de celle
4. Les consuls élus le 7 décembre 1561 furent : Aymeri Verrier, Martial Decordes, Jean Decordes, Guillem Disnematin, Jean Lescure, Pierre Sanxon, Jacques de Vaubrune, Jouvent Reynier, Pierre Vaiade, Jean Boulet, Estienne Disnematin. (Régi consul.)