septembre
2. Joseph Dauvergne, Léonard Mosnier, Jean Duboys, Jacques de La Roche, Jean Colomb, Hétie Peyrat, Jean Lafrorce, Martial de Lachenault, François du Boucheys, Jean Famé, Lazarre Martin et François Martin. (Reg. consul.)
où se procurer des ressources, les consuls obtinrent de Charles IX un édit qui les autorisait à faire enlever et à vendre a tous les joyaux et argenteries estans ez principales et plus riches esglises de la ville, cité et faulxbourgs, pour l'argent qui en proviendrait estre converty au remboursement des deniers fournis et empruntés pour faire les frais de la garde de la ville (14 novembre 1562). » M. de Pontbriant, gouverneur et sénéchal, veilla à l'exécution de cet édit. On enleva de l'église d€ Saint-Martial a le grand joyaulx d'argent doré où estoit l'effigie de saint Martial, posée sur un piédestal enrichi de piarrerie et perles, ouvrage et mainfacture induslrieusement de grand somptuosité, où estoil au pied engravé et couvert d'émail la vie de monseigneur sainct Martial ; » un grand crucifix d'argent placé au-dessus du grand autel, et un autre sur l'autel de saint Austriclinien : la couverture en feuille d'argent placée sur la châsse et sur le tombeau du sépulcre, « avec dix images d'appostres, enlevés en bosse en petit volume d'or, dont les ungs avoient des mains et pieds d'argent doré, estans dans les tabernacles de ladicte châsse, garnis de beaucoupt de piarres et perles précieuzes; et estoient lesdicts joyaux et argenteries de la valeur de dix-hujct mille livres tournois. »
L'Église payait ainsi les grands combats du catholicisme. L'avenir lui gardait d'autres épreuves ; ses trésors devaient payer, à la fin du xviir 9 siècle, la main-d'œuvre des iconoclastes de 93. Ce vandalisme fait sourire de pitié les beaux esprits de nos jours, asservis par l'infaillibilité du nombre et de la force ; mais pour qui conserve encore quelque respect pour les choses saintes, il est facile de comprendre quelle dut être la douleur d'une population religieuse, en voyant disparaître ces riches ornements qu'avaient baisés ses ancêtres, et qui étaient sortis des mains des plus ha-
biles artistes. Le clergé ne put pas empêcher ces spoliations, mais il appela sur leurs auteurs la colère de Dieu et tous les remords de la conscience. L'avocat du roi, Maledent, dans ses écrits du temps, eut d'éloquentes imprécations contre ce sacrilège, qu'il compara à celui de Brennus, et l'or qu'on en retira à celui de Toulouse (aurum Lemovicense) :
Discite justitiam moniti et non temnere divos,
criait-il à ses concitoyens, en attribuant à l'expiation de cette profanation la peste qui fit six mille victimes à Limoges.
Sur la fin de janvier, lorsqu 'après les froids on pouvait compter sur de plus abondantes récoltes quê l'année précédente, le prix du blé augmenta tellement, qu'on craignit que le peuple affamé ne se révoltât. Les consuls, assistés des principaux bourgeois et marchands, décidèrent qu'ils se procureraient dix mille livres, tant par eux-mêmes qu'avec le concours des plus riches, avec lesquels quatre marchands iraient, dans l'Auvergne ou dans les autres provinces voisines, acheter des blés. Pendant cinq mois, on put ainsi fournir aux plus pressants besoins. Chaque mois, on put acheter trois mille setiers, qu'on déposait dans un grenier public, pour- les livrer ensuite à des boulangers qui ne distribuaient le pain qu'aux plus pauvres et en présence des désignés du consulat. « Pour nourir et allimenter le paovre peuple, les tourtes estoient délivrées pour sept solz la pièce, mais revenoient auxdictz consuls neuf solz, et perdoient sur chacune tourte deux solz, car se vendoient aux aultres villes circonvoysines de dix à douze solz *. »
Pendant cette disette, Montluc, lieutenant pour le roi en Guyenne, annonça l'arrivée à Limoges de la compagnie du
i. Par suite de ces mesures le prix de 5 et de 4 livres tournois pour le setier de froment et de seigle fut réduit à 2 livres 15 sous et 2 livres. {Reg. consul. Pouillé du diocèse.)
prince de Navarre, fils d'Antoine de Bourbon l . Les consuls, effrayés des nouveaux sacrifices que lenr imposerait cette garnison, invoquèrent encore leurs privilèges et, sur Tordre du roi et de la reine-mère, Montluc envoya ailleurs ces gens de guerre. Le dévouement, la générosité et la vigilance des consuls et des principaux bourgeois avaient bien pu alléger les misères des pauvres, leur éviter les tortures de la faim; mais il n'en fut pas de même lorsqu'il fallut combattre cet autre fléau que l'Église et le peuple considéraient comme une expiation des sacrilèges commis par les protestants, et de l'enlèvement des richesses pieuses et artistiques vénérées dans les sanctuaires depuis des siècles. Sur la fin du mois de juin, au moment où la terre promettait de riches moissons, la peste s'était déclarée dans une maison du faubourg Manigne, et de là bientôt dans le reste de la ville, de sorte qu'en moins de quinze jours, l'intensité du fléau força tous les habitants qui pouvaient vivre au dehors de leurs ressources, d'abandonner la ville. Pour surexciter le dévouement des hommes de l'art, on se procura un chirurgien, t auquel, pour le dangier de peste, fut octroyé Testât de mestrize, avec pouvoir de lever bouticque de chirurgien, sans souffrir l'examen des aultres chirurgiens, d On lui fournit tous les médicaments nécessaires et une habitation dans la tour appelée le Digiet, où furent établies deux chambres garnies de lits, et dans Tune desquelles habitait un prêtre, chargé d'administrer les sacrements aux malades. Le prêtre et le chirurgien furent bientôt victimes de leur dévouement. D'autres, animés de cet esprit de charité que la religion seule peut inspirer, offrirent leurs services, tandis qu'on payait des gens pour porter les malades, creuser des fosses pour les morts, distribuer des secours
I. Lettre «lu 27 avril 1563, adressée à Montluc par Catherin* de Médicis.
dans tôtts les quartiers. Comme on craignait que les ennemis du roi ne profitassent de ce triste état de choses pour s'emparer de la villë, les consuls et les officiers du roi de Nàvarre en confièrent spécialement la garde à un capitaine nommé Gabriel Raymond, qui recevait vingt sous par jour pour sa solde, et quinze pour chacun de ses hommes.
La maladie fit de si rapides progrès, que cinq à six mille personnes de la ville et des faubourgs , sans y comprendre ceux de la Cité, moururent en peu de temps. Elle dura jusqu'à Nofil, se répandit ensuite dans les campagnes et y fit aussi de nombreuses victimes. Sur ces entrefaites, furent élus pour l'année suivante de nouveaux consuls 1 , qui montrèrent le même dévouement que leurs prédécesseurs. Nous leur devons la triste relation des malheurs du temps. Au moment où ils entrèrent en charge , la ville était presque déserte. Il en était de môme des localités voisines, des bourgs et villages à Quatre ou cinq lieues aux environs. On fit rentrer dans la ville les pestiférés, logés d'abord sous de pauvres abris hors des murs; on les réunit dans l'église de Sainte-Valérie, où l'on avait soin d'approprier leurs vêtements, de leur distribuer des vivres; « et tous les corps et chasalles* qui mouroient n'estoyent point portés dans les esglises, » mais déposés à la hâte dans les cimetières, sans que les parents osassent les accompagner. Ces maladies, qui durèrent six mois, eurent pour cause, selon l'opinion générale, la présence à Limoges de cinq à six mille soldats qui venaient d'Orléans, après l'édit de pacification, et qui se retiraient dans leurs foyers. La frayeur avait été si générale, que le clergé de Limoges avait déserté, ne laissant
1. Les élus du 7 décembre 1563 fureut : Antoine Duboys, Mathieu Benoît, Jean Gergot, Bartholomé Juge, Pierre Verrier, Claude Rouard, Martial Escbaupre, Mathieu David, Simond Yvernaud, Jacques Cybot, Martial de Douhet, Pierre Mosnier.