‹ Histoire des vicomtes et de la vicomté de LimogesChapitre 75 sur 130 · Ghron. mss. — Mss. de Nadaud · texte numérisé non relu

Ghron. mss. — Mss. de Nadaud

2. Bermondet, lieutenant-général, fit la vente des biens ecclésiastiques à Saint-Léonard, au moment où la peste sévissait à Limoges. Les revenus de Févêché et des abbayes du Limousin furent estimés 300,000 livres. Le clergé racheta plus tard les biens aliénés.

une grande Navarre aquitanique. Mais à Limoges, le peuple et les bourgeois ne se laissaient séduire ni par ses caresses, ni par l'éloquence du ministre qui raccompagnait. Aussitôt qu'elle eut installé sa petite cour d'huguenots dans le pa^s du Breuil, vieille maison construite en bois, composée d'un assemblage de cellules étroites, qui servit longtemps de résidence aux vicomtes et à leurs représentants , elle y lit transporter par ses suisses la chaire de S<*;nt-Mar- Martiai*. Son ministre y prêcha quelques jours devant un petit nombre de réformés. Une tradition, si, ce n'est pas une invention pour donner du ridicule à Jeanne 4'Albret, rapporte qu'elle-même monta en chaire et qu'ejle prêciia ses adeptes. Mécontente de ne pas voir accourir à ellç un plus grand nombre de partisans, et après avoir reçu l'hommage de ses vassaux, elle partit pour Lyon, poursuivie par les malédictions du clergé , qui fit brûler la chaire à. l'endroit même où elle avait été dressée, et que longtemps on nomma « place du Prêche ».

Jusqu'alors les habitants avaient toujours librement élu leurs consuls, comme durant tout le moyen âge, sans que la royauté fût intervenue; mais cette même année, Charles IX s'ingéra dans l'organisation des municipalités. Apprenant le résultat des élections qui venaient d'avoir lieu à Limoges, il approuva le choix des citoyens, mais se réserva le droit d'instituer lui-même ces nouveaux magistrats. Au moment de remettre leurs charges à leurs successeurs , les consuls de l'année précédente leur firent connaître la lettre

1. Les religieux de Saint-Martial firent peindre sur les vitraux de leur église une lenime en chaire, prêchant devant quelques auditeurs, artisans et moines débraillés, avec ces deux vers :

Mal sont les gens endoctrinés, Quand par femme sont sermonnés.

L'arbre que représentait le fond du tableau tenait lieu du nom de la reine. Arbre se dit encore en patois Albré.

d'approbation du roi. Mais cette prétention ne fut pas sans doute acceptée unanimement par les nouveaux élus, car six d'entre eux n'assistèrent pas à la séance, protestant ainsi par leur absence contre la violation de leurs privilèges 1 .

Yers la fin de l'année, le roi ordonna qu'on élût, non plus dotiçe, mais vingt-quatre candidats, parmi lesquels il devrait en choisir douze. On s'y soumit, et le 17 janvier suivant (1564), les consuls, ainsi acceptés, entrèrent en fonctions. Les protestants n'ayaient pas été appelés à concourir à l'élection, aussi tentèrept-ils de la faire invalider, comme ayant eu lieu en dehors des règles ordinaires 2 .

La première période de la réforme ne fut pas seulement remplie par les discussions religieuses, par les guerres ci» viles qui en furent la conséquence, mais par une large transformation en politique et en industrie. De la lutte de deux principes opposés sortirent des améliorations que personne n'avait prévues. Le besoin d'argent poussa la royauté à des institutions libérales, comme la crainte de la trop grande influence des communes la porta à restreindre les privilèges de quelques villes. Déjà on avait supprimé les charges de trésoriers, espèce de traitants qui s'altribuaient une partie des revenus publics. Par cette suppression Limoges devint le chef-lieu d'une généralité, nouvelle forme administrative qui facilita dans chaque province la marche de la civilisation. Le commerce, enrichi de nouvelles branches d'industrie, chercha alors des garanties d'ordre et de moralité pour ses transactions. Les consuls , avertis que le

1. Les consuls élus cette année furent : Jean Maledent, Jean Mauple, Jean Dupré, Louis Romanet, Martial Benoit, Bertrand de Mons, qui assistèrent à Installation. Ceux qui n'y parurent pas furent : Martial Merlin. Jean Lacbenault, Martial Du Boucheys, Jean Cibot, Guillaume Poilevé et Joseph Rougier.

2. ils en appelèrent au parlement de Bordeaux, nais le roi, ayant retenu raffaire, maintint l'élection. (Ordonnance rendue à Toulouse, le 22 février 1565.)

jeune roi, alors âgé de dix-sept ans, venant de Lyon, allait à Toulouse, convoquèrent à l'hôtel de ville une assemblée dans laquelle on décida qu'on lui demanderait la confirmation des privilèges qui n'avaient pas été confirmés depuis Henri II, qu'on lui enverrait des députés pour en obtenir des lettres de confirmation, ainsi que l'établissement d'un tribunal appelé « Bourse de Judicature», connaissant de

toutes les causes concernant le commerce, nonobstant Topposition faite à cette institution par la vicomtesse, reine de Navarre. Charles IX y consentit : ses lettres, données à Toulouse le 3 mars 4565, enregistrées au parlement de Bordeaux et publiées, furent présentées à Limoges à M. de Bermondet, lieutenant général, par les consuls Martial Benoit, Jean Maledent, Louis Romanet et Jean de Lachenault; ce magistrat en ayant reconnu l'authenticité, les consuls présidèrent a l'élection, demandèrent la mise en fonction de leurs élus, exposant cependant que Vertamon, l'un d'eux, était « mal disposé de sa personne, et ne pouvoit venir en la maison commune. » Celui-ci refusait en effet les fonctions auxquelles il avait été nommé, parce que sans doute il n'était pas partisan de l'institution ; mais les consuls donnèrent à son refus d'autres motifs, disant t qu'il estoit maladif, vieux et caduque, de l'âge de soixantedix ans, lequel, au moyen de la caducité de sa personne, avoit perdu grand partie de sa vue et ne voyoit comme gnyeres * ; aussi estoit-il chargé de dix-sept enfans ou filles, qu'il avoit à nourrir sur ses bras, » et qu'en conséquence

1. C'est au chancelier de L'Hospital qu'il faut attribuer l'institution des bourses ou tribunaux de commerce, dont jouissaient déjà quelques villes. La Bourse de Limoges fut composée d'un juge ou président, de deux consuls ou juges; lesquels trois nommaient le juge, deux conseillers, dont le premier avait le titre Possesseur ; les deux consuls, chacun un ; en tout sept magistrats consulaires.

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