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Bonaventure de Saintt-Amable, t. III, p

capitaine Vauzelle, et le chargèrent *de tenir la campagne et de surveiller. Puis, apprenant qu'un certain nombre de huguenots se rendaient à Châlusset pour y tenir des assemblées, ils lui ordonnèrent de se porter dans ces quartiers. Arrivé à Boisseuil, il rencontra le sieur de Beaupré qui s'y rendait, et qui, effrayé, se réfugia dans une église, où ne pouvant l'assiéger, il fit demander de nouveaux secours à Limoges pour le surveiller dans sa retraite, comptant bien que la faim le forcerait bientôt à se rendre. Mais dès qu'à la pointe du jour, Beaupré, du haut de la voûte de l'église, vit approcher les nouveaux venus, par un trait de courage ou de désespoir, il sortit furieux, l'épée à la main, écarta ses ennemis, en tua quelques-uns et fit prisonnier le capitaine Gallichier, qu'il conduisit en triomphe à Châlusset. Le capitaine Vauzelle put bien arrêter quelque temps les incursions dans les environs, mais, désespérant de prendre la place de vive force, il se contenta de la surveiller.

Malgré ces mesures, on redoutait toujours à Limoges les bandes nombreuses qui se montraient chaque jour sur divers points. L'Église n'osait plus appeler à ses fêtes les populations du dehors, dans la crainte que les calvinistes ne profitassent de cette occasion pour introduire les leurs dans la ville. Tout le monde se préoccupait de ce triste état de choses : on se racontait, avec autant de tristesse que d'indignation, que l'abbaye de Chambon avait été pillée, qu'on avait brûlé la châsse qui renfermait les reliques de la pieuse vierge, première martyre de l'Aquitaine, et que tous les ornements avaient été détruits *. A Saint-Léonard, malgré le courage des habitants, on n'ouvrit à la foule qu'une des portes de la ville, encore la faisait-ou garder par des hommes armés, quand on voulut faire l'ostension des reliques. C'est que, outre la fortune publique, on avait à soustraire au van-

i. Jouilleton, Histoire de la Marche, t. I, p. 410.

dalisrae des huguenots de précieuses richesses artistiques et religieuses. Au x\i # siècle, comme au moyen âge, on voyait encore dans cette église, et sur le tombeau du saint cénobite resté le rendez-vous de nombreux pèlerins, de magnifiques ornements du xy' siècle; des sculptures symboliques, tantôt gracieuses, tantôt bizarres, de la même époque que celle de Solignac; des bas-reliefs en albâtre qui font encore l'admiration des amateurs de nos antiquités nationales et des fer* vents catholiques qui accourent de nos temps mêmes aux ostensions des reliques du saint (1575).

L'union n'existait pas plus à la cour que dans les provinces; le parti des politiques, mélange de catholiques et de réformés rapprochés un instant pour satisfaire leur ambition, continuait ses intrigues, et, sous prétexte de réformer les abus, sollicitait la convocation des états généraux. Après eux venaient les chefs les plus décidés du parti catholique, tous avec l'arrière-pensée de démembrer la France, de se former des principautés indépendantes des Guise et des Valois. C'était revenir au moyen âge, briser l'unité nationale, œuvre de la royauté et des aspirations démocratiques, la morceler en petites républiques fédératives qui, comme celles de l'Italie, n'auraient jamais connu le désordre. Le parti du duc d'Alençon, frère du roi, ne semblait avoir pour but que de partager le pouvoir avec les Guise. Les principaux seigneurs du Limousin, Gilbert de Lévi, comte de Ventadour, Henri de La Tour, vicomte de Turenne, les vicomtes de Rochechouart et ceux de Pompadour, 4'étant rangés de ce côté, étaient parvenus à occuper les châteaux de Saint-Yrieix, de Saint-Léonard, de Châlusset et de Meilhac.

Le comte de Ventadour, le plus actif, le plus entreprenant, cachant son ambition sous l'apparence d'un dévouement sincère au roi, chercha à s'emparer de Limoges. De

Saint-Léonard, où il était avec trois mille hommes, il écrivit aux consuls de venir le trouver et de lui apporter les clefs de la Tille, ajoutant pour les effrayer, que Langoiran, lieutenant du vicomte de Turenne, qui était entré dansThiviers avec six mille hommes, viendrait bientôt les attaquer Tout en protestant de son attachement au roi et à la religion • catholique, il leur demandait d'introduire des troupes dans la place pour la défendre contre les calvinistes. Les consuls, dont on connaît le patriotisme, qui n'avaient jamais admis que malgré eux des troupes étrangères, suffisant eux-mêmes, disaient-ils, avec le courage de leurs concitoyens, à la défense de la ville, promirent de soumettre l'affaire à leurs concitoyens. A leur retour, ils réunirent les plus notables, qui, d'une voix unanime, répondirent qu'ils ne craignaient pas Langoiran, qu'ils n'avaient pas besoin de secours. Quatre d'entre eux portèrent cette réponse au comte, qui repartit qu'il jugeait du danger mieux que personne; qu'il entrerait dans la ville avec ses troupes, et par les quatre portes, menaçant d'employer la force si Ton tentait de lui résister. Trois jours après, accompagné des seigneurs de Bouchiat, de Pompadour et de Courbière, il partit de Saint-Léonard avec trois mille hommes, laissant une garnison dans cette ville pour se ménager une retraite, et se dirigea vers Limoges, précédé des seigneurs de Pompadour et de tauthonie qui devaient avertir les consuls de lui ouvrir les quatre portes. Les consuls et les principaux bourgeois, agissant avec prudence, comme ils l'avaient déjà fait dans une autre occasion, répondirent qu'ils étaient prêts à le recevoir, mais seulement escorté de cinquante gentilshommes, et que ses troupes camperaient à une lieue de la ville.

1. Ttaivier* dépendait de la vicomté de Limoges. C'était une prévôté royale, comprenant un juge conseiller du roi, un lieutenant général de police et un procureur du roi.

Il entra à ces conditions, se logea au Doyenné, tandis qu'une partie de ses gens s'établissaient dans les faubourgs de Manigne et de la Boucherie. Le lendemain, s'appuyant de l'autorité de son titre de gouverneur, il manda les consuls, qui vinrent accompagnés des receveurs, des trésoriers généraux, des officiers de justice, des principaux bourgeois et marchands, qui formaient un cortège d'environ cinquante personnes. Il leur parla avec toute la fierté d'un grand seigneur, leur exposa le danger qui les menaçait et leur ordonna de lui livrer le commandant de la ville. Les consuls se retirèrent, craignant qu'on attentât à leur liberté. Le vicomte de Pompadour avait conseillé en effet de les retenir jusqu'à ce qu'ils eussent tout accordé. « Ils auraient payé leur rançon, disait-il, plus de deux cent mille écus. »

Le parti des politiques n'avait pour lui ni le patriotisme qui pousse aux grandes choses, ni la justice qui attire à elle les gens honnêtes : les villes ne voulaient pas s'y associer. Trois jours après leur entrevue avec le comte de Ventadour, les consuls, inquiets de ce qu'il pourrait entreprendre, convoquent les principaux habitants pour prendre leur avis. Les plus dévoués aux intérêts de tous, persuadés que les soldats de Langoiran, qui formaient une partie des troupes du vicomte de Turenne, pilleraient Limoges, comme ils avaient déjà pillé Périgueux, jurent de mourir plutôt que d'ouvrir leurs portes. Tout le monde est de cet avis. A cette réponse, qui lui est apportée par deux envoyés de la commune, le gouverneur fait dire aux consuls de se rendre à son logis avec les receveurs, les officiers de justice et trente des plus notables bourgeois et marchands. On s'y refuse; mais, comme on ne veut pas avoir l'air de braver son autorité, et qu'il importe de lui donner une réponse, on lui envoie le juge Pétiot, Gaubert, avocat du roi, Jean Dubois,

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maître de la monnaie, le consul Jean Colomb, et Guinot Forêt, secrétaire du consulat. Tous ont accepté cette mission dangereuse, sachant bien qu'il y va du péril de leur vie ou de leur liberté. Arrivés à la porte des Arènes, on les engage à ne pas aller plus loin; rien ne les arrête. Quand le gouverneur leur demande où sont les quarante personnes qu'il a demandées, ils s'excusent, en disant qu'eux seuls ont eu la permission de sortir de la ville. Il ordonne de les conduire en prison, déclarant qu'il ferait mettre h mort quiconque favoriserait leur évasion. En même temps ses troupes se mirent en mouvement, et au premier choc s'emparèrent de la Cité et de l'église de Saint-Étienne, qui fut pillée. Les habitants, maltraités, rançonnés par cette soldatesque sans foi et sans loi, prirent la fuite, pendant que d'autres troupes, restées dans les faubourgs de Manigne et de la Boucherie, perçaient les murailles pour ouvrir le feu dans l'intérieur de la ville. Le clergé de Saint-Étienne avait prévu les événements, car, avant même l'arrivée du gouverneur, il avait fait transporter dans l'intérieur de la ville les châsses des reliques, les ornements et l'argenterie. Le bruit de la mousqueterie continua jusqu'au soir. Le sieur de Chamberet, gouverneur de la ville en l'absence du comte, était resté dans la place, mais n'avait rien fait contre les bourgeois. Pendant la nuit, l'ennemi se fortifia dans ses positions, éleva des barricades, tendit devant les murailles des draps cousus les uns aux autres, pour que les assiégés ne pussent apercevoir les dispositions qu'il prenait. Cependant, le comte de Ventadour, effrayé de son entre-

prise, ne comptant plus sur lui-même, envoya demander des secours à Langoiran, qui répondit qu'il n'avait promis de renfort qu'autant que la ville serait occupée. Le vicomte de Turenne, mieux disposé, arriva avec quatre compagnies (24 octobre 1576). Les assiégés, par les conseils du sieur de

Chamberet qui, sans oser se déclarer ouvertement pour eux, blâmait cependant les entreprises de son chef, firent aussi* tôt une sortie, brisèrent à coups de mousquets les cordes qui retenaient les draps tendus dans les rues, et firent reculer les assaillants jusque dans la Cité. Craignant que certaines églises ne devinssent des positions avantageuses pour l'ennemi, les consuls et les citoyens se décidèrent à démolir les bâtiments placés hors des murs, l'abbaye Saint-Martin, les prieurés de Saint-Gérald et des Arènes. D'autres établissements religieux furent brûlés pendant que le duc de Ventadour, qui redoutait d'être forcé dans le Doyenné, où il s'était logé, faisait tirer du haut de la tour de Saint-Étienne des coups de canon contre la ville. Cependant les deux faubourgs furent évacués, mais cent vingt cadavres restèrent sur la place. Le soir, le duc de Ventadour, repoussé sur tous les points, se retira dans l'abbaye de la Règle, y passa la nuit tout tremblant, et dès le matin, pliant bagage, se dirigea vers Saint-Léonard, sans cesse harcelé, après avoir éprouvé de grandes pertes. Il écrivit au roi, accusant les habitants de Limoges d'avoir méconnu son autorité. Les consuls, de leur côté, députèrent vers Sa Majesté le sieur Baillet, marchand, à qui le roi déclara qu'il approuvait tout ce qu'ils avaient fait pour l'intérêt de son royaume et loua leur courage. Mais la ville paya bien cher sa victoire : ses plus belles maisons, ses temples si, aimés des catholiques, avaient été incendiés; les bâtiments des Cordeliers ne présentaient plus que des ruines aux regards attristés de la foule. En se retirant, ou pendant le combat, les Iroupes du comte avaient mis le feu à plusieurs maisons, dont quinze furent entièrement brûlées dans le faubourg Manigne, et toutes celles de la Boucherie, depuis la porte jusqu'à l'entrée de la Cité.

Pendant que les factions se heurtaient ainsi, le clergé,

heureux du dévouement du peuple à la cause du catholicisme, cherchait à relever les ruines faites par la réforme dans les consciences mômes de quelques-uns des siens. Un chanoine de Limoges reprochait à ses confrères leurs défaillances : — « Débauchés, disait-il, qui passez les jours et les nuits à vous divertir, à jouer, à festiner, et qui trouvez trop longue une heure de prières adressées au Seigneur 1 . » François de Neuville, abbé de Grandmont, bâtissait à une lieue de Limoges, dans le domaine du prieuré de Châtenet, un monastère pour des religieuses de son ordre qui n'avaient plus d'asile, pauvres colombes chassées par la tempête, et qui ne demandaient que l'ombre d'un cloître pour y prier Dieu d£ rendre la paix à leur pays ».

La même année, les troupes du comte de Ventadour continuèrent de tenir en échec le Haut-Limousin. Le vicomte de la Guierche, confirmé par Henri Hf dans le gouvernement de la Marche, que lui avait conféré Charles IX, s'étant présenté au Dorât pour s'y faire reconnaître, les portes lui furent fermées. En vain cssaya-t-il de bloquer et d'affamer la ville, les jeunes gens, « portant des bonnets ronds de couleur rouge, » firent une sortie si vigoureuse qu'ils le forcèrent à se retirer. Le désordre était partout à son comble. Intimidé par les forces des rebelles, Henri III chargea sa mère de négocier la paix à quelque prix que ce fut. Elle fut signée à Loche, à des conditions également contraires aux intérêts du trône et à ceux de la religion (16 mai 1576). Les catholiques, irrités de toutes les concessions faites à leurs ennemis, le duc de Guise songea à les réunir, sur le modèle de la grande association des protestants, en un corps dont

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