Mss. de l'abbû Nadaud
2. L'abbé de Neuville assista, comme député du cierge", à l'assemblée dés États tenue à Rome, où il prit place après l'abbé de Giteaux, à qui il céda le premier rang par respect pour son âge et ses vertus.
il serait l'âme. Alors se forma la Ligue, qui attira à elle beaucoup d'hommes de bonne foi, mais ne comprenant pas que, dans la pensée des chefs, la religion n'était qu'un prétexte et qu'il s'agissait d'un changement de dynastie par l'exclusion des Valois. Ceux de Limoges partagèrent le ressentiment des catholiques, quand ils virent qu'en vertu du dernier traité de paix, publié chez eux solennellement, les protestants se réunissaient dans la maison de Joseph Verthamon pour assister au prêche. Les consuls, les soupçonnant de vouloir s'emparer de la ville, choisirent un homme de confiance, le sieur Jambier du Bouchaud, qui, avec quatre autres, fut chargé de veiller aux portes, d'empêcher tout étranger d'introduire des armes à feu. Dans les carrefours, sur les places publiques, dans les églises, les catholiques manifestaient hautement leur haine contre les protestants et juraient fidélité au chef de la Ligue. Toujours menacés par les troupes du comte de Yentadour, qui se tenaient dans les environs, ils chargèrent le capitaine Vauzelle de se mettre à leur poursuite. Celui-ci, à la première rencontre, fit prisonnier Neu vil lard, un de leurs chefs, et les mit en fuite. À cette nouvelle, ceux qui étaient dans Saint-Léonard sortirent à la hâte, ne laissant dans la ville qu'un petit nombre des leurs; ils se trouvèrent bientôt en face de ceux de Limoges, à l'endroit appelé les Alois, siège d'une ancienne abbaye de religieuses de l'ordre de Cluny; mis promptement en fuite, ils regagnèrent Saint-Léonard ; mais les habitants, qui s'étaient révoltés contre ceux qui les gardaient, leur fermèrent les portes, ce qui les força de se réfugier les uns à Châlusset, les autres à Sainte-Anne d'Eymoutiers. Ceux qui s'établirent dans cette dernière position continuèrent leurs ravages jusque sous les murs d'Eymoutiers, où ils furent encore attaqués par le capitaine Vauzelle et mis en fuite. Ceux de Châlusset, qui s'étaient emparés des Al-
lois *, furent aussi forcés d'évacuer la place pendant la nuit et de rentrer dans leur fort.
Le reste de la province, qui touche aux limites du Périgord, du Querci et de l'Auvergne, où les passions n'étaient pas moins vives, avait aussi ses discordes, et les catholiques de dures épreuves. Le vicomte de Turenne séduisait ses voisins par ses promesses, effrayait les autres par ses menaces, guerroyait contre quiconque ne voulait pas se plier à son caractère inquiet et ambitieux. Les habitants de Beaulieu ayant voulu lui résister, il les poursuivit à outrance, en tua plusieurs, força les autres à se soumettre. Un des clochers de l'église abbatiale porte encore les marques des balles et des biscaïens de l'artillerie qui dirigeait ses coups contre l'église où s'étaient retirés une partie des habitants. De là, il était allé seconder le sieur de Saint-Héran, occupé à faire le siège du château de Miremont. Repoussé à la première attaque, où il perdît vingt de ses hommes, il revint à Turenne pour réunir de nouvelles forces, laissant devant la place l'agresseur, qui cherchait moins à faire triompher le parti protestant qu'à satisfaire une haine personnelle, car Madeleine de Senneterre, veuve du seigneur de Saint-Exupéri, y soutint peu de temps après la cause des religionnaires : aussi courageuse que belle, elle avait réuni autour d'elle soixante chevaliers, tous jaloux de mériter, par leurs faits d'armes, son amitié et son estime. A la tête de cette pelite troupe d'hommes dévoués, heureux de mourir à ses côtés, comme aux plus beaux jours de la chevalerie, elle ravageait les environs, se faisait un jeu de surprendre et de tailler en pièces les détachements des catholiques. Montai,
1. Les Allois, dans la commune de la ^Geneytouse, ancien monastère fondé au XII* siècle, dont les reliques furent transférées à Limoges en 1758, dans la rue de la Cité qui a conservé leur nom. On voit encore les ruines d'une chapelle.
lieutenant du roi, résolu de se défaire à tout prix de cette dangereuse ennemie; vint investir le château, où il croyait l'héroïne occupée d'amour et de folles joies avec ses servants d'armes, pages et écuyers. Mais celle-ci s'élança sur le premier détachement qui parut, le mit en fuite et le poursuivit quelque temps. Quand elle voulut rentrer dans la place, trouvant la porte gardée par des forces supérieures aux siennes, sans se déconcerter, elle se dirigea vers Turenne, et en ramena quatre compagnies d'arquebusiers à cheval. Posté avec ses troupes entre deux hautes collines, Montai, heureux de l'avoir vue fuir, crut pouvoir l'arrêter encore. Le combat s'engagea. Montai y fut vaincu et blessé à mort. Le soir môme, l'héroïne rentra victorieuse dans le château 1 de Miremont.
Autour du vicomte de Turenne se rangeaient, pour la môme cause, la plupart des grandes familles du Bas-Limousin; entre les plus connus, le vicamte de Pompadour, qui afTectait des droits de suzeraineté sur ses voisins, exigeait impérieusement leur foi et leur hommage, comme représentant les vicomtes de Limoges depuis l'acquisition de Bré en 1490 f , empiétait même sur leurs droits de seigneurie, comme il le fit à l'égard du seigneur de Lubersac, obligé de solliciter de lui la permission de bâtir une halle à Lubersac et d'y établir un marché (1585); le seigneur de Beaupoil- Saint-Aulaire, dont le père avait fait bâtir, à côté de son
1. Le château de Montai, ou Montats, était bâti sur la cime d'une colline, d'où l'on découvrait les tours de ceux de Saint-Laurent et de Castelneau. Une légende en conserve le souvenir. « Rose de Montait, fille d'un seigneur de ce nom, avait reçu longtemps les hommages du seigneur de Castelneau, qui l'abandonna eusuite. Espérant le ramener, un jour, d'une croisée où elle se mettait bien souvent pour contempler la demeure de l'ingrat, ou le voir lui-même errer dans les environs, elle l'aperçut dans la belle vallée de la Bave et se mit à répéter un chaut d'amour auquel il ne répondit pas. Ne pouvant plus supporter ce dédain, elle se précipita du haut de la croisée en décriant : « Rose, plus d'espoir! »