Froissaht : 1. I, c
Biscaye, il disait «qu'à cause de l'évêque de Limoges, chef du chapitre de la cathédrale, le doyen, chanoines et autres officiers de ce corps avaient souffert plusieurs maux en leurs corps et en leurs biens, et l'avaient prié de ne les punir point comme complices de la faute de leur évêque, où ils n'avaient aucunement trempé; et déclare qu'il leur remet, pardonne et quitte toute rébellion, trahison et forfaiture, avec toute peine criminelle et civile; et casse, révoque, annule toutes conquêtes, et les restitue en leur bonne renommée, paix et biens avec leurs églises ; et s'ils étaient saisis les délivre, et sur ce point impose un perpétuel silence à tous les sénéchaux, justiciers et officiers, et leur commande de les faire jouir paisiblement de la grâce qu'il leur accorde *. » L'exécution de ces volontés était confiée à Richard de Malmesbury, son sénéchal, qui délégua ses pouvoirs à Pierre d'Auvergne, sergent de Limoges, et à ses autres officiers. Rien ne put rendre de longtemps à Limoges son ancienne splendeur.
Pendant soixante-quinze ans la Cité garda les traces de la haine de l'Angleterre : on y voyait des maisons brûlées, des murailles à moitié détruites ; les églises, la salle épiscopale, où se réunissait le chapitre, et deux tours seulement étaient restées debout. Ce quartier ne fut longtemps habité que par quelques pêcheurs et quelques indigents retirés dans ces ruines. Les évêques Aymeri Carthi, Bernard de Bonne-, val, Hugues de Magnac et Nicolas Yiaud habitèrent le château d'Islê, situé sur les bords de la Vienne. Tous s'appliquèrent à effacer les traces de tant de désastres, en faisant reconstruire un grand nombre de maisons. Le pape Grégoire XI vint en aide aux malheurs de son pays, en renonçant aux dîmes qu'il percevait dans l'étendue du diocèse.
La cotisation des fidèles procura aux églises les livres, les vases sacrés et les ornements qu'elles avaient perdus. Une assemblée des grands dignitaires du clergé de France, dont firent partie les archevêques de Rouen, rie Bourges, de Sens et de Tours, et seize évêques, accorda de' nombreuses indulgences à tous ceux qui feraient des aumônes pour les réparations de la chapelle de Saint-Martial. Attirer en grand nombre les étrangers à Limoges, c'était les rendre témoins des ruines entassées et exciter leur compassion et leur charité. Le cardinal de Saragosse se distingua entre tous par sa générosité, en contribuant largement à la construction du clocher de l'église Saint-Martial où il eut son tombeau.
Pendant ce temps-là, la vicomté soutirait encore tous les maux de la guerre. Les Anglais y occupaient encore plusieurs positions, malgré Jean d'Evreux, qui les harcelait et taillait quelquefois en pièces leurs détachements. Bertrand Duguesclin, de son côté, défendant en même temps la France el la maison de Blois, s'emparait de quelques châteaux, pendant que les ducs de Berry et de Bourbon se tenaient sur les frontières d'Auvergne. Mais d'autres dangers appelaient ailleurs l'héroïque Breton; il quitta le Limousin, laissant à son neveu Ollivier de Mouni le soin de garder les places conquises. Son absence enhardit lei Anglais, qui recommencèrent leurs courses, et pillèrent encore les environs de Limoges.
Les habitants n'avaient pas grand'chose à perdre, mais ils voulaient la sécurité qui leur permît de refaire leur fortune par le travail. Ne se voyant plus suffisamment protégés par les Français, ils envoyèrent un bourgeois notable, nommé Bouillon, demander au roi d'Angleterre trêve, paix et protection , qu'autrement le désespoir les pousserait à une nouvelle révolte. Après un voyage de quatre mois et il. ' 2
onze jours, l'envoyé revint de Londres, porteur d'une lettre du roi adressée à Jean d'Urnès, gouverneur de la ville, et à messire Richard de Malmesbury, sénéchal, enjoignant de faire réparation aux habitants pour tous les dommages occasionnés par les soldats. Les deux officiers, malgré tous leurs efforts, ne purent exécuter ces ordres; voyant que les soldats indisciplinés, toujours avides de pillage, bravaient leur autorité, ils quittèrent la ville, et revinrent en Angleterre, laissant le champ libre aux dévastateurs du pays. Alors les consuls, fatigués d'un état de choses qui les ruinait, d'une autorité qui ne savait plus les protéger, se réunirent pour aviser, avec les principaux notables, dans une des chapelles de l'église de Saint-Mari ial. Là, agenouillés, confiants dans leurs prières, animés par le patriotisme, ils résolurent d'envoyer secrètement demander à Charles V de les secourir. Jean Bayard, Jean Martin et Laurent Sarrazin, porteurs de la procuration des bourgeois, scellée et signée par les consuls, allèrent offrir au prince la ville et le Château, mais à condition qu'il maintiendrait leurs privilèges. Charles V accepta, et déclara la ville réunie à sa couronne, en donnant à la vicomtesse Jeanne-la-Boiteuse mille livres de rente à prendre sur le château de Nemours (1371) 1 : ce qui porte à croire que la cession que celle-ci lui avait déjà faite était plus Active que réelle.
1. Arch. de Pau : F. de la vicomte de Limoge*, S. E, 627. Tous les documents relatifs aux privilèges accordés par le roi Charles V, ne se trouvent pas réunis dans cette même liasse; quelques-uns sont classés ailleurs.
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