CHAPITRE XVI
SUITE DE LA GUERRE DE CENT ANS; JEANNE-LA - BOITEUSE ; • JEAN DE BLOIS, VICOMTE DE LIMOGES
Charles V fait des concessions aux consuls et au clergé. — Exemption d'impôts pendant dix ans. — La vicomté rendue à Jeanne-la-Boiteuse. — Note sur les étangs de Limoges, — Etat malheureux du clergé; l'évôque Aymeri Chatti. — Le troubadour Arnaud-Daniel de Saint- Léonard. — Louis de Saucerre à Limoges. — Note sur le château de la Vauguyon. — La noblesse du Limousin contre les Anglais. — Tristes résultats de la minorité de Charles VI. — Exploits du maréchal de Sancerre, qui s'empare de plusieurs châteaux. — Perrot-le-Béarnais dans Chàlusset. — Aymerigot- Marcel à Ventadour. — Appauvrissement de l'Église; l'évèque Bernard de Bonneval et les abbés de Saint-Martial, de Grandmont. — Le clergé et l'évèque; leurs différends. — Privilèges de l'Église de Limoges.— Simon de Cramaud, patriarche d'Alexandrie; son tombeau. — La peste et la famine dans le Limousin. — L'autorité de Jeanne-la-Boiteuse à sa mort. — Jean de Blois demeure prisonnier en Angleterre; sa rançon. — 11 vient dans sa vicomté. — Marguerite de Bretagne; ses projets criminels. — Mort du sire de Clisson ; ses enfants.
La haine contre l'étranger, des besoins mieux compris et le patriotisme, qui ne meurt jamais en France, même dans les plus grandes épreuves, avaient jeté Limoges dans les bras de la royauté légitime. Pour être plus sûr de la fidélité des habitants, pour les consoler de tant d'infortunes, Charles V leur accorda de nombreux privilèges. En les réunissant à sa couronne, il promit de défendre toutes leurs franchises communales contre les prétentions de Jeanne de Penthièvre. Comme il lui fallait compter avec le clergé, il promit aussi de grands avantages à l'abbé de Saint-Martial en compensation du droit d'hommage que possédait l'abbaye de temps immémorial. Les consuls obtinrent dans la
châtellenie la juridiction haute, moyenne et basse, avec les rentes, autrefois perçues par le clergé ou par les vicomtes 1 . La bourgeoisie s'enrichissait ainsi en mettant son patriotisme au service de la France. Les soldats de l'Angleterre n'entreront plus désormais dans nos villes que par la brèche. Les consuls, ces chefs de la démocratie, qui plus tard oublieront leur origine, furent déclarés, ainsi que leurs héritiers directs, exempts des droits de francs-fiefs, récompense méritée alors, mais qui n'en devint pas moins un privilège, que plusieurs familles invoquèrent par la suite comme un titre de noblesse. En France, la bourgeoisie a souvent compromis les droits du peuple, mis de côté l'égalité politique, en enviant des titres qui n'ajoutent rien a sa dignité personnelle, et qu'on ne lui accorde parfois que pour payer de lâches complaisances. Les consuls de Limoges devaient garder les clefs de la ville et de toutes les forteresses, et employer plusieurs impôts à la reconstruction et à l'entretien des murailles.
Ces concessions ne profitaient pas seulement au roi, qui s'assurait ainsi la fidélité de ses sujets : le peuple trouvait aussi de grands avantages dans l'extension des franchises, déjà reconnues par le héros de Crécy et de Maupertuis ; car Charles V reconnut encore que, pendant dix ans, la ville serait exempte de tout impôt, péage et subventions, avec la faculté de déterminer le nombre des hommes de guerre que le roi de France pouvait introduire dans la pl?ce; de plus, qu'aucun homme de naissance illégitime ne pourrait remplir de fonctions publiques en Limousin . C'était un hommage rendu aux bonnes mœurs, et aussi un préservatif contre certains abus; car on sait que le xiv e siècle fut le règne des bâtards de la noblesse. Les officiers du roi,