‹ Histoire des vierges: les peuples et les continents disparusChapitre 16 sur 63 · CHAPITRE XIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIll

ARÀSBA-MARAlf.

(L'arbre de la science.)

Tous les arbres dont le feuillage vaste et touffu procure de Fômbré et de la flraîoheur^ btend inestimables sous les chaudes latitudes de rindoustan, sodt mis, dans l'intérêt de leur conservation, sous la protection particulière des dieux.

Mais il est un arbre particulièrement révéré, l'arassa^naram — ficus indica ou banian, -^ dont la légende va nous fburnii* reïplication d'une des traditions les plus obscures des mythologies anciennes, et que Ton retrouve, grossièrement défigurée^ dans les premiers chapitres de la Genèse hébraïque.

Tout Indou professe pour le banian un respect mystérieux ; en abattre un serait un énorme sacrilège. Dans une de ses nombreuses incarnations, Vischnou se serait reposé sous cet arbre, et aurait enseigné à Tillustre pénitent Vasichta les premiers principes de philosophie, de morale et d'astronomie* De là les noms qu'on lui donne communément d'arbre de Vischnou^ d'arbre de la science y d* arbre de la vie ^ d* arbre de V immortalité,..

Toutes les pagodes de Tlnde sont environnées, de banians centenaires, sous lesquels les brahmes gourous «^ professeurs

— donnent, à Timage du dieu^ leurs enseignements religieux et scientiGques, auxquels il est défendu à la plèbe d'assister.

Le seul droit de venir s^asseoir soos l'arassa-maram et de suivre les leçons qui s'y faisaient conférait, à celui qui obtenait celte faveur^ les premiers grades de l'initiation.

Cet arbre était donc le symbole de la science et de l'initiation sacerdotale. Lesbrahnies avaient accrédité cette croyance, que dans le feuillage de l'arbre sacré veillait constamment une troupe de dévas (anges), dont la mission était de frapper de mort tout individu des castes inférieures qui tenterait de s'en approcher.

En face de ces traditions de l'Inde qui ont précédé de plusieurs milliers d'années la loi mosaïque, que dire des passages suivants de la Genèse du PentaUuqut ?

« L'Éternel Dieu avait aussi planté un jardin en Éden, du côté de POrient, et il y avait misPhomme qu'il avait formé.

« Et l'Éternel Dieu avait fait germer de la terre tout arbre désirable à la vue et bon à manger, et l'arbre de vie au milieu du jardin, et l'arbre de la science du bien et du mal.

ce L'Éternel Dieu prit donc l'homme et le plaça dans le jardin d'Éden pour le cultiver et pour le garder.

« Puis l'Éternel Dieu commanda à l'homme, disant : Tu mangeras librement de tout arbre du jardin.

a Toutefois^ pour ce qui est de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n'^en mangeras point, car au jour que tu en mangeras tu mourras de mort...

a Or le serpent était le plus fin de tous les animaux des champs que l'Éternel Dieu avait faits, et il dit à la femme : Quoi ! Dieu aurait-il dit : Vous ne mangerez point de tout arbre du jardin?

a Et la femme répondit au serpent : Nous mangeons de tous les arbres du jardin.

LES GENÈSES Dii: L'HUMANITÉ. «21

c( Mais quant au fruit de Tarbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n'en mangerez point, et vous ne le toucherez point de peur que vous ne mouriez.

a Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez nullement.

« Mais Dieu sait qu'au jour que vous en mangerez vos yeux seront ouverts, et vous aurez la science des dieux, connaissant le bien et le mal.

c La femme donc, voyant que le fruit de l'arbre était bon à manger, et qu'il était agréable à la vue, et que cet arbre était désirable pour donner de la science, en prit du fruit et en mangea et en donna à son mari qui était avec elle, et il en mangea

c £t rÉternel Dieu dit : Voici l'homme devenu comme l'un de nous, sachant le bien et le mal. Mais maintenant il faut prendre garde qu'il n'avance sa main et ne prenne aussi de l'arbre de vie et qu'il n'en mange et ne vive à toujours.

« Et l'Éternel le lit sortir du jardin d'Éden pour labourer la terre, de laquelle il avait été pris.

« Ainsi il chassa l'homme, et il logea des chérubins vers l'orient du jardin d'Éden avec une lame d'épée de feu, qui se tournait çà et là pour garder le chemin de l'arbre de la vie... •

Pour tout esprit indépendant, qui, au lieu de courber sa raison devant les superstitions sacerdotales, recherche les réalités que peuvent cacher les allégories religieuses, il est clair que le rédacteur du Penlateuqut n'a fait que récoller, dans ce récit fantastique, la vieille légende de l'Inde de l'arassa-maram, l'arbre de la vie, de la science et de Timmortalilé, auquel les basses castes, c'est-à-dire la plèbe, ne pouvaient toucher par ordre de Dieu^ de peur qu'elles ne devinssent par la science égales aux castes supérieures.

m HISTOIRE DES VIERGES.

Ce que le serpent promet à Eve, c'est que la fwurriture de Varbte de vie V égalera aux dieut.

Ce qui fait succomber Eve, c'est que cet ârbfe étdtt désifable pùut donner la science.

Ce qui irrite l'Éternel Dieu, c*est que Vhomme est de'Venu semblable aux dieux, « "Oolci que Vhomme eH devenu comfne Vun de nous * et il le chàSse parce qu'il y a urgence de Télnpôcher de porter la main sur Tarbre de vie qui donné l'immortalité.

Si ce récit n'est pas un écho des traditions de l'Indoustan que nous venons de faire connaître, traditions qui symbolisent la lutte étertielle des basses castes qui veulent s'élever et savoir^ et des classes dirigeantes qui veulent perpétuer leur do^ minatiônpar Vignorance.,: ce n'est qu'une fable ridicule, plus attentatoire encore à la dignité de la Grande Cause supfême qu'à celle de l'homme.

Au surplus, nous avons déjà eu l'occasion de démontrer trop souvent que là Bible n*est qu'une copie mal iïiîte des ouvrages sacrés de l'extrême Orietit, pour que nous insistions de nouveau sur cette question, surtout à propos d'un passage où l'imitation ne saurait être mise en doute.

Les Grecs, ces héritiers directs du génie indôu, qui peuplèrent leur panthéon des dieux de la mère patrie, qui ertibellirent leur mythologie de toutes les fables dont ils avaient gardé la tradition, mais sans leur accorder, en sceptiques qu'ils étaient, plus d'importance qu'à des machines poétiques, ont enregistré une légende identique sur l'arbre aux pommes d'or du jardin des Hespérides.

On sait que ces fruits miraculeux, placés sous la garde d'un dragon à cent têtes, furent ravis par Hercule, sur Tordre d'Eurysthée.

Nous venons de dire que les Grecs riaient volontiers de ces allégories et des merveilleux travaux de leurs dieux. Notre

LES GENÈSES Dfe L'HÛfilANlTË. 123

sdeace officielle, celle qui élève nos enfants, leur forme l'intelligence et la raison, n'en est pas encore là.

Ouvrez ces mille et un livres, autorisés pour l'enseignement de la jeunesse... Partout vous verrez le mythe de la pomme d'Éden enseigné avec une gravité sans pareille... l'auteur ne rit môme pas entre les lignes... Et quant au jardin des Hespérides, les savants nous apprennent que l'on n'est pas bien d'accord sur le lieu où ii était situé. Les uns le placent en Mauritanie ou en Cyrénaîque, les autres en Espagne ou dans les îles Fortunées...

Allons, messieurs les classiques, ajoutez donc à votre collection l'arbre de Vischnou.

Risum teneatis...

Ouil comme on rira dans quelques siècles...

iU HISTOIRE DES VIERGES.

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