‹ Histoire des vierges: les peuples et les continents disparusChapitre 3 sur 63 · DILUVIUM I · texte numérisé non relu

DILUVIUM I

AUX premiers âges de l'époque quaternaire, pendant les périodes glaciaires, Thomme et le renne vivaient de compagnie dans nos contrées occidentales, ainsi qu'ils le font encore dans les régions polaires. La plus grande partie de l'Europe se trouvait dans une situation identique à celle du Groenland et de la Laponie, et ses habitants ne devaient guère dépasser le niveau intellectuel des Labradoriens et des Esquimaux. Aussi, ne doit-on pas plus porter un jugement sur la civilisation des autres parties du globe d'après les vestiges de ces temps reculés que nous rencontrons en Europe^ qu'il ne faudrait en porter un dans cinquante à soixante mille ans sur l'Europe disparue, à l'aide des instruments grossiers que de nouvelles populations viendraient à découvrir dans les terres que baignent l'océan Glacial et la mer de Baffîn.

Il est certain qu'à l'époque où les Alpes, les Vosges, le Jura, les Pyrénées, et toutes les autres grandes chaînes de montagnes occidentales, étaient couverts d'immenses glaciers, la présence scientifiquement constatée de l'homme et du renne dans ces parages inhospitaliers suffît pour indiquer à contrario à quel haut degré de civilisation avaient dû parvenir les populations qui, depuis des milliers d'années déjà, se développaient au milieu des splendeurs de la nature dans

les pays tempérés. C'est à cette période primitive qu'il faut^ n'en doutons pas, rattacher toutes ces grandes ruines qu'on rencontre dans le sud du Mexique^ les marais du Darien, le centre Amérique, l'île de Pâques, et une foule d'îles de la Polynésie, Sumatra, Bornéo, Java, Geylan, une partie de la côte malabare et Madagascar, ruines quon dirait arrachées du même monument, qui indiquent le mtms développement artistique^ les mêmes traditions, la même civilisationy et peutêtre le même continent!

L'histoire n'a pas une seule fois démenti ce principe que toute civilisation part du sud pour remonter vers le nord. Géologiquement, c'est sous l'influence du soleil que la terre s'est ameublie et est devenue féconde. Il n'y a donc rien d'impossible dans le fait de supposer que les terres habitables, l'homitie et la civilisation qu'il apporte avec lui^ se sont pritnitivemëht âéh>ulés comme une guirlande autour du giobe^ dans le sens des tropiques.

Cesî dans ce sens que se retrouvent toutes \Jiss grandes ruines dwxt nous venons de petrler.

La fonte des immenses glaciers quaternaires^ qui occu-^ paient un sixième dé la surface totale du globe, a ilû profondément modifier la configuration des continents et des mers ; les vastes courants d'eau qui odt, à cette époque^ raviné la isurface de la terre, produit les vallées d'érosion^ et déposé, un peu de tous côtés, d'énormes amas de sables et de galets^ ont dû changer l'aspect général de iiotre planète ^ en enfouir certaines parties^ en découvrir d'autres, et^ tout en livrant, peu à peu, une plus grande surface habitable aux générations futures, entasser l'oUbli et le silence sur les géné^ations passées. Combien sont étranges les souvenirs de cette époque I Ici} dâhs tes contrées du nôrd^ au milieu des dépôts diluviens, pêle-mêle avec les sables granitiques, les cailloux roulés, les blobs erratiques et les coquillages, on rencontre des débris

LES GENÈSES DE L'HUMANITÉ. iO

de rindustrie humaine, des restes fossiles de Téléphaot primitif, du grand ours des cavernes, du renne et de l'auroch. Là, en descendant vers le sud, apparaissent d'abord les vestiges des vieilles cités lacustres qui dorment sous les eaux, et à mesure qu'on s'éloigne des contrées glaciaires pour se rapprocher du soleil, surgissent les grandes ruines que nous avons signalées, souvenirs des civilisations passées dont le secret nous échappe, car le temps a nivelé tous ces blocs de pierre, sur lesquels il ne reste plus que de vagues apparences de sculptures*..

Pendant cette période, Thomme disparut de l'Europe glaciaire, en compagnie des mastodontes, du mammouth, et plus tard du renne, et il semble n'y être revenu que plusieurs milliers d'années après, par l'émigration asiatique, alors que le sol, couvert d'immenses forêts que peuplait une faune nouvelle, offrait aux habitants des abris moins primitifs, et une nourriture plus facile.

Il n'est past en effet, sans intérêt de remarquer qu'aucune des nations^ peuplades ou tribus, que nous rencontrons au début de la période historique, en Grèce, en Italie, en Espague, en Gaule^ en Germanie et en Scandinavie, ne peut se dire autochthone ; leurs langues et leurs traditions leur assignent une origine indo-européenne.

Tout concourt donc à placer le berceau des races humaines dans les contrées tropicale que nous avons indiquées, dont les plateaux élevés, dans l'Indoustan, l'Asie centrale et l'Amerique, auraient échappé à l'action directe des périodes glaciaires et diluviennes, tout en subissant de nombreuses modifications dans leur conûguratiou continentale.

En Océanie, à part les grandes îles de la Sonde et l'Australie, le continent primitif n'aurait sauvé que les pics les plus élevés de ses chaînes de montagnes. Madagascar est le seul point étudié du monde africain qui r6cèle des vestiges de civi-

lisation aaléhistorique. Quant au nouveau monde, l'Amérique . centrale est couverte de ruines gigantesques dont le secret est à déchiffrer.

Les contrées occidentales, privées de leurs habitants, n'ont gardé qu'une tradition géologique des grandes périodes diluviennes qui les ont bouleversées; la tradition historique leur est revenue du sud, par les populations dont les ancêtres avaient assisté à l'étrange spectacle des transformations matérielles subies par une partie du globe.

Ces périodes diluviennes et glaciaires ont duré des milliers d'années, et la configuration actuelle de nos continents est le fruit des transformations qu'elles ont opérées.

La tradition d'un déluge inopiné et universel causé par une pluie de quarante jours est une de ces nombreuses absurdités de la légende mosaïque, la plus grossière de toutes les légendes de l'antiquité, que la science ne se donne même pas la peine de relever. La plupart des nations de TOrient n'ont que des notions très-vagues sur ces bouleversements géologiques des premiers temps de l'époque quaternaire. L'Inde seule, ainsi que nous le verrons, héritière plus 'directe sans doute des civilisations primitives, a rejeté le fait d'un déluge universel, pour admettre celui d'une période diluvienne qui, peu à peu, aurait modifié géographiquement le globe et fait disparaître les vieilles civilisations, dont nous retrouvons les ruines imposantes dans les tourbières de Madagascar, de Geylan et de Bornéo, sur la côle du Malabar, les plateaux du Mexique et de l'Amérique centrale^ et jusque sur les rivages de l'île de Pâques.

C'est celle croyance de l'Inde que nous voulons dégager de la tradition fabuleuse, et introduire s'il se peut dans le domaine historique.

SI

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