LES FORMULES SACRÉES
(Pratista.)
Tout ce qui devait servir au culte des dieux et au service des pagodes était soumis à des formules de consécration particulières, appelées pratista. Dès qu’un objet avait été touché par cette consécration, il appartenait en propre aux dieux, c’est-à-dire aux prêtres leurs ministres. Si les instruments ordinaires du culte étaient souillés par un contact étranger, ils devaient être détruits par le feu et remplacés. Si la souillure avait atteint une pagode, une maison, un champ, il fallait procéder immédiatement à des cérémonies de purification interminables et très-coûteuses, suivies d’une nouvelle pratista (consécration).
Inutile de dire que ces frais de purification, qui consistaient principalement en présents de toutes espèces aux brahmes et aux dieux, étaient à la charge de celui qui par son contact avait causé la souillure.
Le culte romain, en s’appropriant la plupart des croyances, cérémonies et sacrements brahmaniques, a soustrait également ses instruments religieux au contact du vulgaire par la
consécration. Toute souillure de ce fait oblige à une purification, et les objets hors de service sont, ni plus ni moins que dans les pagodes, anéantis par le feu.
Primitivement, les brahmes se servaient habilement de leurs formules de consécration pour augmenter le nombre des propriétés affectées à leur entretien et à celui des pagodes.
Un beau jour, par ordre de Vischnou ou de tout autre dieu, ils s’en allaient en grande pompe placer le pratista (consécration) sur un champ; ils faisaient graver sur les bornes le chiffre du dieu, et tant que la consécration n’était pas levée, les produits du champ appartenaient au temple.
Pour faire lever ce pratista, les Indous étaient obligés de faire des cadeaux et de payer à Vischnou ou à Siva une somme en rapport avec leur fortune et la valeur de l’objet consacré. '
Tous les objets qui venaient à toucher les statues des dieux, soit par mégarde, soit par la volonté de leur propriétaire, étaient immédiatement considérés comme sacrés, et appartenaient de droit aux brahmes. Aussi ces derniers ne manquaientils jamais, dans leurs processions religieuses, de laisser choir quelques statues le long des rizières les plus cultivées et les mieux à leur convenance, qui par ce fait recevaient le pralisia et devenaient leur propriété.
D’ordinaire ils consentaient à lever la consécration moyennant des offrandes considérables au dieu que l’on dépossédait, mais seulement après la recette .
Depuis les invasions musulmanes et européennes, ces coutumes ont disparu en partie. Les conquérants nouveaux s’étant attribué-, comme les anciens rajahs, la nue propriété du sol, ont entouré l’usufruit des Indous de certaines protections, sans lesquelles ils n’eussent pu récolter l’impôt.
Ce charlatanisme brahmanique est, par lui-même, peu intéressant à étudier; sous une forme ou sous une autre, consé-
craiion ou vente d'indulgences ne sont que l’exploitation du travail par l’oisiveté, et nous n’eussions point consacré ces quelques lignes au pratista indou s’il n’eût entretenu les rapports les plus étroits avec le tabou océanien. Ce point est d’un haut intérêt ethnographique à constater.