CHAPITRE XIX
DE l’authenticité dü pentateüqüe attribué a moïse.
Nous ouvrons une parenthèse sous forme de chapitre, au milieu de ces traditions génésiques des différents peuples de l'antiquité, pour nous occuper du Pentateüqüe auquel nous venons d’emprunter quelques pages.
C’est à tort que cet ouvrage est attribué à Moïse dans sa forme actuelle.
Nous n’avons pas la prétention de rien apprendre aux hébraïsants, ni à ceux qui ont fait une étude particulière des questions religieuses, mais il est des vérités qu’on ne saurait trop vulgariser, à l’encontre de certains savants qui prétendent qu’il faut laisser le peuple à ses croyances, comme le bœuf à la charrue, et quand bien même notre livre ne devrait tomber qu’entre les mains d’un seul homme ignorant ces matières, nous estimerions que nous n’aurions point perdu notre temps.
Le Pentateüqüe comprend les cinq premiers livres suivants de la Bible :
La Genèse .
L’Exode.
Le Lèvilique.
Les Nombres.
Le Deutéronome.
Toute la révélation juive et chrétienne s’appuie sur ce fait que Moïse est l’auteur de ces cinq livres.
Cette opinion, que défendent, comme les derniers retranchements d’une place forte, les adeptes de ces deux religions, ne peut aujourd’hui soutenir un examen scientifique, à moins que les plus grossiers anachronismes ne soient de lumineux arguments en matière d’histoire religieuse.
Nous n’avons pas les loisirs d’une étude complète sur la loi mosaïque, mais nous allons demander à la Bible elle-même une série de preuves devant l’autorité desquelles succomberait le livre d’histoire profane le plus authentique en apparence.
1° Le dernier chapitre du Deutéronome nous donne un récit détaillé de la mort de Moïse, et se termine par ces mots :
« Personne jusqu’à ce jour n’a connu le lieu de sa sépulture, et il ne s’est plus élevé dans Israël de prophète égal à Moïse. »
Si Moïse était l’auteur du Deutéronome , il est clair qu’il ne pourrait pas nous y raconter sa mort, ni savoir s’il ne s’est pas élevé plus tard de prophète égal à lui en Israël.
2° Le premier chapitre du Deutéronome débute par ces mots :
« Voici les paroles que Moïse adressa à tout Israël au delà du Jourdain dans le désert... »
Moïse ne peut tenir ce langage, puisqu’il est mort avant que son peuple ait traversé le Jourdain. 11 est évident que cette phrase a été écrite au delà du Jourdain, du côté de Jérusalem, et l’écrivain, se reportant aux lieux d’où étaient venus ses pères, a pu écrire : au delà du Jourdain dans le désert.
3<> Deutéronome , chap. m, verset 8, Moïse dit :
« En même temps nous enlevâmes aux deux rois amorrhéens leur pays situé au delà du Jourdain , entre le lùrreri Armon et le mont Harmon. »
Comment Moïse aurait-il pu écrire ce verset, étant donné que le pays des Amorrhéens, le torrent Armon et le mont Harmon sont situés en avant du Jourdain, et que les Israélites traversèrent et soumirent ces contrées avant de passer ce fleuve? Il faut se placer du côté de Jérusalem où Moïse n’a pas aborué pour qu’il soit possible de dire que le pays des Amorrhéens est situé au delà du Jourdain.
4° Deutéronome , Moïse écrit : versets 11, 12, 13, 14.
* Et nous prîmes toutes les villes d’Og, roi de Basan... qui était resté seul de la race des Raphaïm... son lit est encore en la ville de Rabat-Ammon. . . Et je donnai à Jaïr, fils de Manassé, le pays de Basan qu’il nomma village de Jaïr, et on les appelle encore ainsi à ce jour. »
Ce fait a eu lieu sur la fin de la vie de Moïse; si ce législateur l’eût inscrit au Deutéronome, il ne l’aurait pas constaté comme un souvenir historique ancien par cette phrase : et on les appelle encore ainsi à ce jour !
5° Deutéronome , chap. iv, verset 41, on lit :
« Moïse marqua trois villes au delà du Jourdain vers Io soleil levant. » (Versets 45 et 46.)
« Voilà les lois et statuts que Moïse donna aux enfants d’Israël après la sortie d’Égypte dans la vallée de Bethphégor, au delà du Jourdain. »
Au delà du Jourdain, par rapport à Moïse qui ne l’avait pas traversé, c'était le soleil couchant. La vallée de Bethphégor
n’est au delà du Jourdain vers le soleil levant que pour l’écrivain placé du côté de Jérusalem.
Il est évident que tous ces versets sont l’œuvre d’un écrivain anonyme, qui longtemps après la mort de Moïse se donna la tâche d’écrire à Jérusalem l’histoire des primitives traditions juives, sans prendre la peine de les dégager de toutes les traditions religieuses recueillies pendant les longues années de captivité.
6° Genèse , chap. xii, verset 6.
Après avoir décrit la route d’Abraham depuis la Mésopotamie jusqu’à Sichem, et la vallée de Moria, l’auteur dit :
« Or les Chananéens occupaient encore ce pays. »
Donc ils ne l’occupaient plus au moment où cette phrase a été écrite, et comme les Chananéens ont été chassés par Josué, le rédacteur de la Genèse écrivait après Josué, et par conséquent longtemps après Moïse.
7° Genèse, chap. xxii, verset 14 :
« Abraham appela le lieu où il voulut sacrifier son fils Iaouh-Ierah — Dieu verra. — »
Comment le patriarche a-t-il pu appeler Dieu, Iaouh, alors qu’il est dit au chapitre vi de l’Exode :
a Dieu ne s’est fait connaître à personne avant Moïse sous le nom de Iaouh. »
La rédaction posthume du Pentateuque se décèle à chaque instant.
8° Genèse , chap. xiv, verset 14 :
« Abraham poursuivit ses ennemis jusqu’à Dan... »
Le Livre des Juges , chap. xvm, verset 29, nous enseigne que la ville sidonienne de Laïs reçut le nom de Dan parce qu’elle fut prise par six cents hommes de la tribu dé Dan.
Or, la ville de Laïs n’ayant pas encore été prise sous Moïse, comment se pourrait-il faire que ce dernier, qui ne pouvait pas prévoir que la tribu de Dan lui donnerait son nom, ait pu écrire : qu Abraham poursuivit ses ennemis jusqu’à Dan?
Pour Abraham c’est plus encore ; il ne pouvaitguère appeler Laïs du nom de Dan, puisque cette ville ne devait recevoir ce nom que des descendants de Dan, fils de Jacob, petit-fils d’Isaac et son arrière-petit-fils à lui-même.
Quels faits historiques pourraient se tenir debout en présence de pareilles impossibilités?
9° Lisez ce passage frappant :
( Genèse , chap. xxxvi, verset 31 et suivants.)
« Voici les rois qui régnèrent sur la terre d’Edom avant qu’Israël eût des rois. .. »
Or, Israël n’ayant eu des rois que depuis Saül qui fut le premier, comment Moïse aurait-il pu parler d’événements accomplis après sa mort?
Il y a dans le Pentateuque une foule de non-sens et d’anachronismes semblables à ceux que nous venons de donner, et qui prouvent d’une manière irréfutable que cet ouvrage a été écrit longtemps après la mort de Moïse, et par conséquent ne peut lui être attribué.
On ne trouve ni dans le livre de Josuè , ni dans celui des Juges , ni dans le livre de Samuel , ni dans les livres de Salomon et de David, ni dans les prophéties d’Isaac, aucune citation tirée du Pentateuque. A partir du roi Josiah et du grand prêtre Helkiah, cet ouvrage est, au contraire, constamment cité comme le Livre de la Loi de Moïse.
Quel est donc son auteur?
A la Bible elle-même de nous répondre. (Deuxième livre des Rois, chap. xxn et xxm.)
La légende de Josiah.
« Josiah était âgé de huit ans quand il commença à régner, et il régna trente et un ans à Jérusalem. Sa mère s’appelait Jedidah, et elle était fille de Hadaja de Bothskoth.
« Il fit ce qui est droit devant l’Éternel et il marcha dans toutes les voies de David, son père, et ne s’en détourna ni à droite ni à gauche.
« Or, il arriva, à la dix-huitième année du roi Josiah, que le roi envoya Scaphan, fils d’Astalja, fils de Mescullam, le secrétaire, dans la maison de l’Éternel, lui disant :
<r Monte vers Helkiah, le grand sacrificateur, et qu’il lève la somme d’argent qu’on apporte dans la maison de l’Éternel, et que ceux qui gardent les troncs ont recueillie du peuple.
o Et qu’on la délivre entre les mains de ceux qui ont la charge de l’ouvrage, qui sont commis pour la maison de l’Éternel, qu’on la délivre, dis-je, à ceux qui ont la charge de l’ouvrage dans la maison du l’Éternel pour réparer ce qui est à réparer du temple.
<s Savoir aux charpentiers, aux architectes, et aux maçons
même, pour acheter du bois et des pierres de taille pour réparer le temple.
« Mais qu'on ne leur fasse point rendre compte de l’argent qu’on leur délivre entre les mains, parce qu'ils se conduisent fidèlement.
« Alors Helkiah, le grand prêtre, dit à Scaphan, le secrétaire : J’ai trouvé le livre de la loi dans la maison de l’Éternel, et Helkiah donna le livre à Scaphan, qui le lut.
« Et Scaphan, le secrétaire, vint vers le roi et lui rapporta la chose et dit : Tes serviteurs ont amassé l’argent qui a été trouvé dans le temple, et ils l’Gnt délivré entre les mains de ceux qui ont la charge de l’ouvrage et qui sont commis à la
maison de l’Éternel.
« Scaphan, le secrétaire, dit encore au roi : Helkiah, le grand prêtre, m’a donné un livre. Et Scaphan le lut devant le roi.
« Et dès que le roi eut entendu les paroles du livre de la loi, il déchira ses vêtements.
« Et il donna ce commandement au grand prêtre Helkiah, à Ahikam, fils de Scaphan, à Ilachar, fils de Micaja, à Scaphan, le secrétaire, et à Hasaja, serviteur du roi, disant :
« Allez consulter l’Éternel pour moi, et pour le peuple, et pour tout Juda, touchant les paroles de ce livre qui a été trouvé ; car la colère de l’Éternel, qui s’était allumée contre nous, est grande, parce que nos pères n’ont point obéi aux paroles de ce livre pour faire tout ce qui nous est prescrit.
« Helkiah donc, le grand prêtre, et Ahikam et Ilachar etScaphanet Hasaja s’en allèrent vers Holda,laprophétesse,femmede Scallum, fils de Tikva, fils de Harhas, gardien des vêtements, qui habitait à Jérusalem, dans la seconde enceinte, et ils lui parlèrent.
« Et elle répondit : Ainsi a dit V Éternel, le Dieu d’Israël : Dites à l’homme qui vous a envoyés vers moi :
« Ainsi a dit l’Éternel : Voici, je vais faire venir du mal sur ce lieu et sur ses habitants selon les paroles que le roi de Juda a lues.
« Parce qu’ils m’ont abandonné et qu’ils ont fait des encensements à d’autres dieux, pour m’irriter de toutes les œuvres de leurs mains, ma colère s’est allumée contre ce lieu, et elle ne sera point éteinte.
« Mais, pour ce qui est du roi de Juda, qui vous a envoyés pour consulter l’Éternel, vous lui parlerez ainsi : Ainsi a dit l’Éternel, le Dieu d’Israël, touchant les paroles que tu as entendues.
a Parce que ton cœur s’est amolli et que tu t’es humilié devant l’Éternel lorsque tu as entendu ce que j’ai prononcé contre ce lieu et contre ses habitants, savoir, qu’ils seraient désolés et maudits et parce que tu as déchiré tes vêtements et que tu as pleuré devant moi, je t’ai exaucé, dit l’Éternel.
« C’est pourquoi voici : Je vais te retirer avec tes pères et tu seras recueilli dans tes sépulcres en paix et tes yeux ne verront point tout ce mal que je vais faire venir sur ce lieu. Et ils rapportèrent ces choses au roi.
« Alors le roi fit assembler vers lui tous les anciens de Juda et de Jérusalem.
« Et le roi monta à la maison de l’Éternel, et tous les hommes de Juda, et tous les habitants de Jérusalem, étaient avec lui, les sacrificateurs y étaient aussi, et les prophètes et tout le peuple, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, et ils entendirent lire toutes les paroles du livre de l’alliance, qui avait été trouvé dans la maison de l’Éternel.
« Et le roi se tint auprès de la colonne, et il traita alliance devant l’Éternel, promettant qu’ils suivraient l’Éternel, et qu’ils garderaient ses commandements, ses témoignages et ses statuts, de tout leur cœur et de toute leur âme, pour suivre les paroles de cette alliance qui sont écrites dans ce livre et tout le peuple adhéra à cetLe alliance.
« Alors le roi commanda à Helkiah, le grand sacrificateur, et aux sacrificateurs du second rang, et à ceux qui gardaient les vaisseaux, de tirer hors du temple de l’Éterne! tous les ustensiles qui avaient été faits pourBaal et pour les bocages, et pour toute l’armée des deux, et il les brûla hors de Jérusalem aux campagnes de Cédron, et il porta leurs cendres à Beth-el.
« Et il abolit les camars que les rois de Juda avaient établis quand on faisait des encensements dans les hauts lieux, par les villes de Juda et autour de Jérusalem; il abolit aussi ceux qui faisaient des encensements à Baal, au soleil , à la lune , aux astres, à toute l’armée des deux.
« Il fit aussi emporter le bocage de la maison de l’Éternel hors de Jérusalem dans la vallée de Cédron où, l’ayant brûlé et réduit en cendres, il en fit jeter les cendres sur les sépulcres du commun du peuple.
« Après cela, il démolit les maisons des danseuses qui étaient dans la maison de l’Éternel, et dans lesquelles les femmes travaillaient à faire des tentes pour le bocage l.
« Il fit encore venir tous les sacrificateurs des villes de Juda, et il profana les hauts lieux où les sacrificateurs avaient fait des encensements, depuis Guébah jusqu’à Beer-Seibah ■