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CHAPITRE II

diluvium!

Aux premiers âges de l’époque quaternaire, pendant les périodes glaciaires, l’homme et le renne vivaient de compagnie dans nos contrées occidentales, ainsi qu’ils le font encore dans les régions polaires. La plus grande partie de l’Europe se trouvait dans une situation identique à celle du Groënland et de la Laponie, et ses habitants ne devaient guère dépasser le niveau intellectuel des Labradoriens et des Esquimaux. Aussi, ne doit-on pas plus porter un jugement sur la civilisation des autres parties du globe d’après les vestiges de ces temps reculés que nous rencontrons en Europe, qu’il ne faudrait en porter un dans cinquante à soixante mille ans sur l’Europe disparue, à l’aide des instruments grossiers que de nouvelles populations viendraient à découvrir dans les terres que baignent l’océan Glacial et la mer de Bafiin.

Il est certain qu’à l’époque où les Alpes, les Vosges, le Jura, les Pyrénées, et toutes les autres grandes chaînes de montagnes occidentales , étaient couverts d’immenses glaciers, la présence scientifiquement constatée de l’homme et du renne dans ces parages inhospitaliers suffit pour indiquer à contrario à quel haut degré de civilisation avaient dû parvenir les populations qui, depuis des milliers d’années déjà, se développaient au milieu des splendeurs de la nature dans

les pays tempérés. C’est à cette période primitive qu il faut, n’en doutons pas, rattacher toutes ces grandes ruines qu’on rencontre dans le sud du Mexique, les marais du Darien, le centre Amérique, l’île de Pâques, et une foule d îles de la Polynésie, Sumatra, Bornéo, Java, Ceylan, une partie de la côte malabare et Madagascar, ruines qu’on dirait arrachées du même monument, qui indiquent le même développement artistique, les mêmes traditions, la même civilisation , et peutêtre le même continent!

L’histoire n’a pas une seule fois démenti ce principe que toute civilisation part du sud pour remonter vers le nord. Géologiquement, c’est sous l’influence du soleil que la terre s’est ameublie et est devenue féconde. Il n’y a donc rien d’impossible dans le fait de supposer que les terres habitables, l’homme et la civilisation qu’il apporte avec lui, se sont primitivement déroulés comme une guirlande autour du globe, dans le sens des tropiques.

C’est dans ce sens que se retrouvent toutes les grandes ruines dont nous venons de parler.

La fonte des immenses glaciers quaternaires, qui occupaient un sixième de la surface totale du globe, a dû profondément modifier la configuration des continents et des mers ; les vastes courants d’eau qui ont, à cette époque, raviné la surface de la terre, produit les vallées d’érosion, et déposé, un peu de tous côtés, d’énormes amas de sables et de galets, ont dû changer l’aspect général de notre planète , en enfouir certaines parties, en découvrir d’autres, et, tout en livrant, peu à peu, une plus grande surface habitable aux générations futures, entasser l’oubli et le silence sur les générations passées. Combien sont étranges les souvenirs de cette époque! Ici, dans les contrées du nord, au milieu des dépôts diluviens, pêle-mêle avec les sables granitiques, les cailloux roulés, les blocs erratiques et les coquillages, on rencontre des débris

de l’industrie humaine, des restes fossiles de l’éléphant primitif, du grand ours des cavernes, du renne et de l’auroch. Là, en descendant vers le sud, apparaissent d’abord les vestiges des vieilles cités lacustres qui dorment sous les eaux, et à mesure qu’on s’éloigne des contrées glaciaires pour se rapprocher du soleil, surgissent les grandes ruines que nous avons signalées, souvenirs des civilisations passées dont le secret nous échappe, car le temps a nivelé tous ces blocs de pierre, sur lesquels il ne reste plus que de vagues apparences de sculptures.,.

Pendant cette période, l’homme disparut de l’Europe glaciaire, en compagnie des mastodontes, du mammouth, et plus tard du renne, et il semble n’y être revenu que plusieurs milliers d’années après, par l’émigration asiatique, alors que le sol, couvert d’immenses forêts que peuplait une faune nouvelle, offrait aux habitants des abris moins primitifs, et une nourriture plus facile.

Il n’est pas, en effet, sans intérêt de remarquer qu’aucune des nations, peuplades ou tribus, que nous rencontrons au début de la période historique, en Grèce, en Italie, en Espagne, en Gaule, en Germanie et en Scandinavie, ne peut se dire autochthone; leurs langues et leurs traditions leur assignent une origine indo-européenne.

Tout concourt donc à placer le berceau des races humaines dans les contrées tropicales que nous avons indiquées, dont les plateaux élevés, dans l’Indoustan, l’Asie centrale et l’Amérique, auraient échappé à l’action directe des périodes glaciaires et diluviennes, tout en subissant de nombreuses modifications dans leur configuration continentale.

En Océanie, à part ies grandes îles de la Sonde et l’Australie, le continent primitif n’aurait sauvé que les pics les plus élevés de ses chaînes de montagnes. Madagascar est le seul point étudié du monde africain qui recèle des vestiges de civi-

lisation antéhistorique. Quant au nouveau monde, l’Amérique centrale est couverte de ruines gigantesques dont le secret est à déchiffrer.

Les contrées occidentales, privées de leurs habitants, n’ont gardé qu’une tradition géologique des grandes périodes diluviennes qui les ont bouleversées; la tradition historique leur est revenue du sud, par les populations dont les ancêtres avaient assisté à l’étrange spectacle des transformations maté* rielles subies par une partie du globe.

Ces périodes diluviennes et glaciaires ont duré des milliers d’années, et la configuration actuelle de nos continents est le fruit des transformations qu’elles ont opérées.

La tradition d’un déluge inopiné et universel causé par une pluie de quarante jours est une de ces nombreuses absurdités de la légende mosaïque, la plus grossière de toutes les légendes de l’antiquité, que la science ne se donne même pas la peine de relever. La plupart des nations de l’Orient n’ont que des notions très-vagues sur ces bouleversements géologiques des premiers temps de l’époque quaternaire. L’Inde seule, ainsi que nous le verrons, héritière plus directe sans doute des civilisations primitives, a rejeté le fait d’un déluge universel, pour admettre celui d’une période diluvienne qui, peu à peu, aurait modifié géographiquement le globe et fait disparaître les vieilles civilisations, dont nous retrouvons les ruines imposantes dans les tourbières de Madagascar, de Ceylan et de Bornéo, sur la côte du Malabar, les plateaux du Mexique et de l’Amérique centrale, et jusque sur les rivages de l’île de Pâques.

C’est cette croyance de l’Inde que nous voulons dégager de la tradition fabuleuse, et introduire s’il se peut dans le domaine historique.

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