‹ Histoire des viergesChapitre 48 sur 75 · VESTIGES DE DROIT CIVIL · texte numérisé non relu

VESTIGES DE DROIT CIVIL

La société polynésienne était primitivement divisée en quatre castes, et à l’exemple de l’Inde, ces castes étaient considérées comme ayant été établies par Dieu dès le début de la création.

Les prêtres Les rois

Les marchands et cultivateurs Les esclaves

Oreros.

Ariis.

Raatiras.

Manahunes.

Toute alliance par mariage était prohibée entre ces différentes castes et les enfants issus d’une union défendue.

Il existait cependant une singulière coutume : toute femme ayant un enfant naturel de père inconnu ou non déclaré, lui transmettait non-seulement sa caste, mais encore tous les privilèges qui étaient attachés à la situation particulière dans laquelle elle pouvait se trouver.

Ainsi une fille du sang royal pouvait descendre, dans ses libres amours, jusqu’à un homme de la dernière caste, jusqu’à l’esclave ; l’enfant dont elle devenait mère était de race royale et pouvait hériter du trône.

Il n’en était point ainsi lorsqu’un prince se mésalliait; les enfants qu’il obtenait par cette union n’avaient droit ni aux privilèges, ni à la position de leur père.

« On peut encore voir de nos jours la confirmation vivante de cette vieille coutume, dit M. de Bovis.

« Tamatoa, roi de Raïatea, qui est le descendant actuel de la ligne royale de l’île sainte Tomatoa, duquel tous les princes actuels de l’archipel se vantent d’être parents, sans quoi ils ne seraient pas princes, a épousé jadis une femme de la lie du peuple. Ses enfants appartiennent à une sorte de noblesse intermédiaire ; ils ont fait presque tous des alliances princières, mais nul d’entre eux ne pourra succéder à son père ; le vieux roi lui-même n’y songe point. Il a donc été obligé d’adopter depuis longtemps un fils des Pomaré de Taïti, qui est son successeur désigné, et à la naissance duquel il n’y a rien à dire. »

Quels sont les motifs de ce droit accordé à la femme et refusé à l’homme?

Nous exposerons, dans notre seconde partie consacrée aux vierges créatrices, la situation de la femme dans les primitives sociétés, et nous verrons qu’avant la réaction sacerdotale qui la fit esclave, elle fut reine et prêtresse, et que l’homme entre la tendresse de sa mère et l’amour de sa femme ne trouvant rien de plus grand sur la terre, fit sortir la création entière du sein d’une déesse vierge fécondée par le germe primitif.

Ainsi l’homme dès le début, se contentant de régner par la force sur les animaux, de conquérir peu à peu son domaine par le travail et la lutte, laissa la femme régner sur son cœur, et comme on couvre aujourd’hui une femme de diamants, la couvrit de privilèges et d’honneurs.

Page 1