‹ Histoire des viergesChapitre 47 sur 75 · LES PARENTS · texte numérisé non relu

LES PARENTS

— Est-ce que Ion bras n’était plus assez fort pour manier la pagaie ?

— N’étions -nous pas près de toi pour t’aider à conduire la pirogue de guerre ?

— N’avais-tu pas la place qui te revenait au maraë?

— Est-ce que tes bras vigoureux ne savaient plus traîner sur les récifs les filets de feuilles de cocotier ?

— Était- ce l’âme d’un tupanou vahiné — esprit femelle — qui par ses chants trompeurs t’attirait dans les régions maudites des Trépassés?

— Avais-tu entendu sur les vagues et dans le vent de la mer le chant de l’oiseau des morts ?

— Si tu dors, ré veille-toi!

— Si tu n’es pas encore loin d’ici, reprends le chemin de ta demeure.

— Yeux-tu que les jeunes filles te préparent du taïro tout frais, et te servent de la poïpoï conservée dans du bambou — mets indigènes dont le premier se fait avec de l’amande de coco, et le second avec de la bouillie de fruits à pain — .

— Nous irons chasser pour toi les porcs sauvages dans la montagne.

— Nous boirons ensemble le jus parfumé de l’évi ( pomme deCythère).

i — Tu ne nous réponds pas?

— Reconnais-nous bien avant de quitter ces lieux sans retour.

t — Si Uretaetae te force à errer sur les mers dans la tempête, ne pousse pas nos pirogues au récif.

— Ne fais pas souffler le maramou ( vent violent d’ouest

succédant sans transition à un vent violent d’est), quand nous serons au large.

— Puisque tu ne veux pas revenir, dis notre nom aux esprits, afin qu’à notre mort ils sachent nous appeler par nos noms pour nous conduire à Tupaï.

Et de nouveau les cris et les gémissements recommençaient de plus belle, augmentés de moment en moment par l’arrivée de parents qui venaient visiter le mort, et étaient tenus de faire leur partie dans le chœur funéraire.

Quant aux marques de deuil, elles consistaient, pour les hommes, à se raser la tête d’une certaine façon selon leur degré de parenté avec le défunt. Les femmes se coupaient les cheveux.

Étranges analogies que nous aurons bientôt l’occasion de mieux faire ressortir encore.

Cette coutume est encore en vigueur de nos jours. 11 est bon de noter que la plupart des pleureurs et des pleureuses n’en sont pas plus tristes, car on les voit, au sortir de la maison mortuaire, se livrer à leurs jeux et à leurs plaisanteries ordinaires jusqu’à ce que l’arrivée d’un nouveau parent vienne les avertir qu’il est temps de recommencer les cris...

Nous ne croyons pas qu’il soit possible d’ajouter quelque chose à cette esquisse rapide des anciennes coutumes et croyances religieuses des primitifs Polynésiens. L’influence religieuse nouvelle, plus encore que le temps, a fait trop facilement son œuvre de démolisseur. Dans quelques années le dernier souvenir aura disparu avec le dernier vieillard...

Nous dirons un jour, les mains pleines de preuves officielles, comment s’éteignent les habitants de certains groupes polynésiens, et la conscience humaine reculera épouvantée, devant les crimes de V Inquisition océanienne.

Nous dirons ce que quelques fanatiques ont osé faire des populations si simples et si douces de certains groupes de la Polynésie où ils se sont établis, et comment ces populations ont diminué de plus de moitié depuis le jour où les premiers prédicants ont mis le pied sur leur rivage.

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