CHAPITRE XXXIX
LES ARIOIS.
Avant de clore cet examen des anciennes traditions polynésiennes, nous devons dire quelques mots d’une coutume qui a existé également chez certaines peuplades de la haute Asie.
Les anciens rois océaniens s’entouraient d’une troupe de guerriers chargés spécialement de leur défense à la guerre, et qui jouissaient des privilèges les plus étendus. Ils avaient le droit d’user et d’abuser de tout ce qui appartenait au roi et aux particuliers; toujours prêts à se faire tuer les premiers en temps de guerre, ils passaient, en temps de paix, leur vie au milieu des chants, de la danse et des orgies de toute nature. Ils ne se mariaient pas, ne formaient que des unions passagères et tuaient tous les enfants qui venaient à leur naître. Cette singulière caste, qui se fût bientôt éteinte avec un pareil système, se conservait par le recrutement.
En guerre, le commandement de toutes les troupes de terre et de mer était confié aux ariois, et il n’y a pas d’exemple qu’ils aient jamais abusé de leur autorité pour essayer de jouer un rôle politique.
On a vainement cherché les motifs d’une pareille association. Peut-être pourrait-on penser, avec quelque raison que les rois qui l’ont fondée, espéraient augmenter le courage de cette classe de guerriers en les privant de tout lien de fa-
HISTOIRE DES YIERGS3.
mille; ils durent désirer aussi que les privilèges extraordinaires qu’ils leur avaient accordés ne fussent pas transmissibles par héritage, ce qui, avec le temps, eût créé une caste trop puissante et trop riche pour qu’elle ne fût pas un danger pour l’État...
Nous en avons terminé avec ces curieuses traditions, qui offrent de si frappantes analogies avec celles de l’Inde et de la haute Asie, et qui vont nous guider dans la recherche de la source commune d’où elles sont descendues.
Avant peu ces îles poétiques de la Polynésie auront vu s’éteindre leur dernière légeiide et leur dernier habitant sous la persécution de Rome.