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CHAPITRE LX

LES PEUPLES ET LES CIVILISATIONS DE L’ORIENT ET DES CONTRÉES AUSTRALES CONTEMPORAINES DES PÉRIODES GLACIAIRES ET DILUVIENNES DES CONTRÉES OCCIDENTALES.

Il est temps de conclure :

A l’époque où l’homme vivait en compagnie du renne, de l’aurochs, de l’ours des cavernes, au milieu des glaciers qui couvraient la plus grande partie de l’Europe actuelle, quelle était la situation des autres parties du globe ?

Doit-on croire que l’homme que l’on appelle primitif et dont nous retrouvons les traces dans les terrains quaternaires, avec les instruments et les armes rudimentaires qui servaient à son alimentation ou à sa défense, soit le type exact de tous les habitants de la terre à cette époque ?

Est-il plus logique de penser que des civilisations plus avancées avaient déjà, depuis des siècles, fait leur apparition dans le monde ?

Les études auxquelles nous venons de nous livrer répondent à ces questions.

L’homme quaternaire des contrées occidentales était au monde civilisé d’alors ce que sont aux civilisations présentes les Esquimaux et les Lapons.

A la pierre polie, qui paraît être le dernier effort de l’homme des glaciers, succède immédiatement le bronze.

Et il est impossible de lui attribuer cette découverte, car les types d’armes, de parures, d’instruments, de vases et d’ustensiles que l’on rencontre souvent pêle-mêle avec les haches en silex et autres objets de même matière, sont d’une telle perfection de forme, que dans la marche logique du progrès, l'homme quaternaire de nos contrées eût mis des siècles pour l’atteindre, du jour où un feu allumé dans une caverne ou sur les flancs d’une montagne de minerai lui eût révélé l’existence de ce métal. Et il n’existe aucune transition entre les instruments primitifs en silex et les modèles perfectionnés de bronze.

Pas d’essais, pas de tâtonnements.

Puis immédiatement avec le bronze, nous trouvons des produits céramiques d’une égale perfection.

Tout ce que nous possédons de cette époque, bracelets, plats ciselés, vases, récipients de toutes espèces, poignards, terres cuites des types les plus variés, ont une destination spéciale, répondent à de vieux usages, et ne sont autres que ceux encore en usage dans l’intérieur de l’Indoustan.

Le jour où l’on voudra bien confier à l’éminent archéologue qui dirige le Musée des antiquités nationales de Saint-Germain, une mission dans l’Inde, il retrouvera, parmi les objets dont le peuple se sert encore aujourd’hui, tous les modèles de sa collection.

Le bronze et la terre cuite ont donc été apportés sur notre sol par une civilisation plus parfaite, et il en est advenu des populations autochthones ce qu’il advient, en face de la race blanche envahissante, des peuples de l’Amérique, de l’Australie et de la Polynésie, qui, s’éteignent... elles ont disparu.

Les causes humaines sont identiques dans leurs effets, dans le passé comme dans le présent. Les populations primitives ne sont pas élevées à leur niveau par les populations plus

avancées qui viennent s’établir surleur sol, elles sont anéanties.

Les hommes à qui il faudrait encore vingt siècles de progrès lent et mesuré pour arriver à un état social déterminé, mis inopinément en présence de cet état social, perdent leur vitalité; les forces de résistance ne sont pas en rapport avec les forces modificatrices nouvelles ; il n y a pas d’assimilation possible, et l'homme civilisé détruit l’homme primitif, malgré les plus généreux efforts pour l’attirer à lui.

Et puis physiologiquement le cerveau n’est pas prêt, on ne peut pas forcer le travail de la nature : comment voulez-vous que le fils de la prairie, qui vit d’espace, d’air, de soleil et de gibier ; que le fils des glaces qui se nourrit de poisson cru, se frotte d’huile et s’enfume, puisse comprendre ceLte création idéale, cette fiction des sociétés avancées qu’on appelle la loi... le devoir?

Les peuples remplacent les peuples, comme l’homme remplace l’homme.

La mort joue un rôle égal dans la vie des nations et dans celle des individus.

Et cela au bénéfice du continuel progrès, de l’incessante transformation.

L’art perfectionné du bronze, remplaçant sans transition l’art rudimentaire de la pierre polie, marque d’un sceau ineffaçable la première des émigrations asiatiques.

Les glaciers s’étaient fondus, les grands courants des eaux avaient accompli leur travail, la terre s’était peut-être légèrement inclinée, déplaçant son axe, un ciel plus clément avait couvert les vallées et les monts de bois et de verdure, les autochlhones s’étaient peu à peu réfugiés vers le nord avec le renne, plutôt que de changer leurs coutumes, la nourriture à laquelle ils étaient habitués...

Les premiers fils de l’Indoustan firent leur apparition avec leurs troupeaux.

Cette civilisation antédiluvienne, dont le centre fut l’Asie, et qui fit rayonner ses fils dans toutes les contrées occidentales, a laissé partout les traces les plus profondes, elle semble s’être étendue de l’est à l’ouest, alors que l’Europe n’était qu’un glacier, dans le sens du tropique nord depuis la Polynésie, la Chine, l’Inde, jusqu’aux côtes du Mexique qui se seraient prolongées fort avant dans l’Atlantique, et dont les Açores, les Canaries, Madère, seraient les derniers vestiges.

D’un autre côté, un vaste continent inscrit dans le triangle formé par les Sandwich, la Nouvelle-Zélande et l’île de Pâques, se serait étendu du tropique nord au tropique austral.

Dans cette hypothèse, une partie de l’Amérique du sud et du continent africain n’aurait été représentée dans le monde géographique que par des îles formées par leurs hautes montagnes émergeant au-dessus des eaux.

L’hypothèse de cette première zone civilisée s’étendant de l’est à l’ouest, de l’Asie aux rives du Mexique, devient presque une vérité scientifique, en face des nombreuses identités de types, de coutumes et de ruines.

Nous avons visité toutes ces contrées en détail ; il y a peu de différence entre les Indous des basses classes et les Indiens de la vieille race du Mexique ; la similitude de leurs coutumes vulgaires est véritablement extraordinaire, et leurs croyances religieuses paraissent avoir puisé aux mêmes sources polythéistes.

Le culte du Soleil fut en honneur dans les deux contrées, toutes deux ont possédé les mêmes castes, et quant à l’architecture des temples, qu’on regarde les deux dessins du temple d’Ellora dans l’Inde, et du temple de Chiclien-Itza au Mexique, que nous avons nous-mêmes rapportés de ces deux contrées 4, et qu’on nous dise si ces deux architectures n’accusent pas des civilisations identiques.

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