‹ Histoire des viergesChapitre 57 sur 75 · Le g n’existe pas dans le mahori · texte numérisé non relu

Le g n’existe pas dans le mahori

Ces mots n’ont subi aucun changement dans les deux langues.

Que dire de toutes ces similitudes, dans les mythologies, dans les coutumes, dans les traditions, dans les castes, dans les deux langues de l’Inde et de la Polynésie ?

Toutfaitd’émigration, d’infiltration, d’échange d’idées, dans l’état géographique actuel du globe, est chose impossible.

Les Indous n’ont jamais navigué : une défense religieuse des plus sévères leur interdisait la mer, ils n’ont jamais eu que des pirogues pour la pêche, et ce frêle esquif ne peut tenir longtemps loin des côtes.

Nous avons déjà dit, à propos des différents groupes d’îles de l’Océanie, que l’opinion des marins était invariable sur ce point. Et si la pirogue n’a pu faire communiquer ensemble les Sandwich, la Nouvelle-Zélande, les îles de la Société, l’île de Pâques ; si elle n’a pu franchir des distances de mille, quinze cents et dix-huit cents lieues, comment aurait-elle pu relier l’Inde et la Polynésie, distantes l’une de l’autre de deux mille cinq cents à trois mille lieues?

On aura beau étudier le problème sous toutes ses faces, il n’y a qu’une solution d’acceptable !

— Avant les derniers bouleversements diluviens et glaciaires, alors que l’Europe était le pays du renne et de l’homme des glaces, il existait : du tropique nord au tropique austral, sur une longue ligne qui s’étendait de l’ouest à l’est, de l’Inde et la Chine cà la Polynésie, au Mexique et à l’Atlantide, de vastes continents dont les habitants étaient arrivés déjà à un haut degré de civilisation, continents qui furent en partie submergés au dernier cataclysme diluvien — .

L’Atlantide disparut, ne laissant que quelques îles: Madère, Canaries, Açores, Cap-Vert.

Le continent polynésien, grâce à ses hautes montagnes, laissa des milliers d’îles, îlots, pointes de rochers, récifs,

témoigner de son existence antérieure. La plus grande partie de l’Asie fut modifiée dans ses contours, elle regagna d’un côté ce qu’elle perdait de l’autre.

Un continent nouveau surgit presque tout entier, l’Afrique. Les contrées occidentales, grâce à un déplacement d’équilibre de la terre, reçurent plus directement l’action bienfaisante du soleil, et peu à peu la nature couvrit de végétation les vieilles terres du renne et des glaciers.

Sur les hauts plateaux de l’Himalaya, dans les nombreuses îles de la Polynésie, quelques groupes de la vieille race étaient restés...

Ceux de l’Inde trouvant devant eux la vaste terre se développèrent, continuant les traditions du passé. Le grand livre de la loi, les védas, avait été sauvé par Vischnou déguisé en poisson, dit la légende religieuse, et peu à peu les descendants des Rutas1 envahirent le globe par deux courants sensibles, l’un au sud par l’Iran, l’Arabie et l’Égypte; l’autre, à l’ouest et au nord, par l’Iran occidental, l’Asie Mineure, la Grèce, l’Italie, le Caucase, la Russie, la Scandinavie, la Germanie, la Gaule.

Les émigrations du sud parlaient le tamoul qui était la langue vulgaire.

Les émigrations de l’ouest et du nord parlaient le samscrit qui était la langue des castes élevées.

Et c’est ainsi que nous retrouvons au sud, à l’ouest et au nord, les mêmes traditions, les mêmes croyances : la trinité égyptienne et la trinité Scandinave, Osiris-Isis-Orus, et Ukko- Luonnotar-Waïnamoïnen, issues de Brahma-Vischnou-Siva; la genèse des hiérophantes de Thèbes et de Memphis, et la genèse du Kélevala, issues toutes deux de la genèse de Manou.

Les autres groupes de Rutas échappés au grand cataclysme, sur les fragments du grand continent polynésien submergé,

1. Nom que les Indous donnent à leurs ancêtres antédiluviens»

réduits à vivre sur ces îlots sans possibilité d’expansion extétérieure, perdirent peu à peu une partie des grands souvenirs du passé ; mais, par contre, ils conservèrent, sans les modifier par des fréquentations étrangères, leurs croyances religieuses, leurs castes, leurs coutumes civiles, leurs préjugés, leurs superstitions, leur langage.

Tout cela, il est vrai, par la loi fatale des milieux, s’est rapetissé, s’est harmonisé avec l’îlot ou le récif habité ; telle croyance a perdu son symbole, telle superstition a disparu, telle autre au contraire s’est généralisée, la langue s’est simplifiée au point de ne plus permettre la moindre conversation, philosophique ou scientifique; mais le sceau ineffaçable de l’origine commune s’est conservé, et à tous les points de vue ethnographiques, nous permet de dire :

L’Inde et la Polynésie sont sœurs.

Des milliers, peut-être des centaines de mille ans ont passé sur ces faits.

La nature, que les peuples primitifs symbolisèrent dans le principe mère de la divinité, la Vierge immortelle, pour lui donner l’appellation de choix des poètes indous, n’a pas interrompu son œuvre.

Les contrées polaires sont en ce moment dans leurs périodes glaciaire et diluvienne, le pôle du froid n’est déjà plus le pôle géographique. La terre, appauvrie par les âges passés, se repose sous sa couche de neige et de glace ; mais ces contrées, elles aussi, reverront à leur tour des printemps sans fin, des parfums enivrants, des nuits tièdes et parfumées; de vastes forêts abriteront des milliers d’oiseaux, et des fleurs reflétant toutes les nuances des cieux.

Nous aurons disparu : à peine quelques groupes d’indigènes, habitant quelques îles, indiqueront où fut l’Europe...

Et le nouvel habitant des terres nouvelles , inconscient au passé, écoulera la voix du prêtre qui lui dira :

Dieu t’a créé hier.

Et cet homme courbera la tête et les genoux pendant des siècles sous la main de l’hiérophante, jusqu’au jour où, creusant le sol, sillonnant le monde, faisant parler les ruines, exhu mant les fossiles, retrouvant lui aussi les traces de ses ancêtres disparus, il dira à son tour :

Rien ne commence, rien ne finit... tout se modifie et se trans • forme... la vie el la mort ne sont que des modes de transformation.

Où est le sommet ?

"'il J

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