En samscrit Nara, esprit
LES VIERGES CRÉATRICES
coup sans laisser des traces que plusieurs siècles effaceront à peine, et pendant longtemps, le dieu qui, du même coup, a perdu et sa femme et sa mère, puisque en fécondant il renaissait lui-même, cédera au désir de remplacer la vierge des deux disparue par des vierges terrestres, et de s’incarner dans leur sein en les fécondant.
Toutes les vierges mères des différentes religions du globe, anciennes ou modernes , sont nées de cette troisième conception.
Ces transformations successives de l’idée religieuse sur la nature de l’être existant par lui-même (Swayambhouva) expliquent toutes les incohérences des mythologies anciennes tous les emprunts des mythologies modernes.
Sans nous arrêter plus longuement sur cette thèse, qui fait le fond de toutes les études orientales que nous avons déjà publiées *, et pour couronner les recherches présentes sur les ' genèses des peuples primitifs et les sources originales, religieuses et civiles où ces derniers ont puisé, nous allons démontrer que toutes les religions du globe sont issues d’une même conception initiale, en retrouvant dans leurs mystères cette tradition de la divinité-mère.
De la vierge immortelle , épouse de l'immortel créateur !
NARI.
Nari est l’épouse de Nara.
Nara, c’est Zyaus ou Brahma révélé, c’est-à-dire passant de l’inaction à l’action, du repos à la création.
L’être immense qui est tout et dans tout, qui est matière et intelligence, qui est l’univers, a, disent les védas et Manou, ses jours et ses nuits.
1. Bible dans l’Inde, — les Fils de Dieu, — Christna et le Christ. — A. Lacroix et O, éditeurs. Paris.
Pendant la nuit, il sommeille, et tout, dans la nature, se dissout, se désagrégé, tombe dans le chaos ; au réveil, tout renaît à la vie.
Chaque jour et chaque nuit durent des centaines de millions d’années.
Pendant la nuit, Nara et Nari sont confondus dans le même sommeil : dès que le jour céleste paraît, commence la longue période de leurs amours, d’où naissent toutes les transformations successives de la nature.
« Un baiser de Nara sur les lèvres de Nari et la nature entière s’est éveillée. »
(VlNA SnATI I.)
Le feu symbolisait l’amour des deux principes et cette continuelle fécondité de Nari, qui donnait la vie à tous les êtres, de l’aurore du jour divin au crépuscule, signal de la décomposition de tout ce qui existe.
Dans cet extraordinaire symbole, Nara le père et Nari la mère créaient sans cesse, s’épuisaient à soutenir Viradj le fils, c’est-à-dire l’univers, suivant la belle expression deHumboldt, qui avait l’intuition de l’Inde ancienne.
« Ils se sacrifiaient constamment pour la création. »
Telle est cette étrange conception sous laquelle se cachait un naturalisme des plus élevés. Dans les représentations vulgaires des temples, Nara affectait la forme d’un taureau et Nari celle d’une génisse.
Dans l’Inde ancienne, la divinité mère fut la première à laquelle on éleva des temples, la première qui reçut publiquement les hommages des hommes.
Nara n’était invoqué qu’avec un certain effroi, dans l’inté-