Poëte indou de la période védique
LES VIERGES CRÉATRICES, rieur des forêts ; la seule cérémonie dont la tradition ait gardé le souvenir consistait à lui offrir un rameau de chêne, avec un sacrifice humain.
Plus tard, dans le système trinitaire, Nara ou Brahma n’eut que de rares adorateurs et des autels isolés. — Il n’est plus adoré dans l’Inde que dans deux temples. — Du brahmanisme au christianisme, toutes les religions ont continué la tradition ancienne : oublier Dieu pour s’agenouiller devant les demidieux, des anges, des saints, des vierges, et craindre le diable.
Une religion entièrement unitaire, sans mystère, sans intermédiaires célestes, sans demi-dieux, sans archanges, sans rakchasas et sans Lucifer, serait trop simple, elle deviendrait trop facilement philosophique, ne porterait pas à la superstition, et ferait peu l’affaire du prêtre...
Le culte de Nari fut complètement organisé, et des femmes consacrées dès l’enfance et qui devaient rester vierges étaient chargées du soin de ses autels.
Toutes les cérémonies publiques de ce culte se résumaient dans des danses symboliques et des chants d’hymnes en l'honneur de la mère universelle.
A ces vierges, qui passaient leur vie dans l’intérieur du temple, était confiée également la garde du feu sacré, symbole de l’union des deux principes de la divinité, feu qu’elles ne devaient jamais laisser éteindre sous peine de mort.
La mort également punissait toute violation du vœu de chasteté.
Ces vierges recevaient le nom de dévadassi, — danseuses célestes.
Chaque matin, elles offraient un sacrifice de fleurs à Nari, avec une libation d’eau et une adoration au feu, en prononçant les paroles suivantes :
« Adoration à Nari, la mère du monde l
« Reçois cette libation d’eau. L’eau est la première et la plus excellente des choses sorties de ton sein, c’est elle qui féconde la terre, fait pousser la moisson et nourrit les hommes.
« Adoration à Nari, la mère du monde !
« Feu, vous êtes l’amour, vous êtes la fécondité de Nari, vous êtes la vie, vous purifiez tous les êtres, vous êtes la lumière, rien ne peut exister sans vous.
« Adoration à Nari, la mère du monde !
U Reçois ces libations d’eau et de feu, protège l’univers sorti de ton sein. Que nos prières et nos chants s’élèvent vers toi dans la vapeur que développe le feu des sacrifices.
« Adoration à Nari, la mère du monde !
« Le jour se lève : tout ce qui a reçu la vie de toi chante tes louanges, invoque ton nom, célèbre ta beauté, mère immortelle, matrice de tous les êtres.
LES VIERGES CRÉATRICES
« Adoration à Nari, la mère du monde ! »
Ce culte a précédé l’époque védique, et il reste fort peu d’hymnes et de prières qui lui appartiennent d’une manière incontestable.
L’hymne au lotus blanc — gardawabahya — que nous avons donné dans Chrislna et le Christ, date de la décadence, alors que Nara et Nari n’étaient plus représentés que par les organes de la génération ;
Nara sous la forme du linguam,
Nari sous celle celle du nahamam.
Les vierges consacrées au culte de la mère universelle étaient l’objet d’une extraordinaire vénération pendant leur vie; elles étaient soustraites à toute autorité paternelle, étaient capables d’hériter et restaient maîtresses de leurs biens qu’elles pouvaient transmettre par testament. Quand elles sortaient, elles étaient suivies d’une garde d’honneur, et occupaient les premières places dans toutes les fêtes publiques. Elles étaient crues sur parole en justice, et affranchissaient de la mort ou de la prison tous les condamnés qu’elles rencontraient sur leur passage; à leur mort, elles étaient brûlées sur un bûcher de sandal, et leurs cendres, recueillies dans des urnes, étaient déposées dans des cryptes réservées où nul homme n’avait le droit de pénétrer sous peine de mort.
Lorsque le culte de Nari, de transformations en transformations, disparut dans le culte grossier du nahamam, les dévadassi survécurent à leur déesse , continuèrent à chanter les louanges de la trinité et des nouveaux dieux, et furent également les gardiennes du feu sacré dans les temples de Brahma,
de Vischnou et de Siva ; mais elles n’eurent plus qu’un rôle secondaire comme prêtresses, en face des brahtnes qui attirèrent à eux toute l’autorité religieuse. Longtemps encore leur vie resta chaste et pure, les traditions antiques en témoignent du moins, mais, peu à peu, les prêtres se servirent de l’autorité qu’ils avaient sur elles pour en faire les dociles instruments de leurs débauches, en leur persuadant que se donner aux ministres des autels n’était pas rompre leur vœu de chasteté.
Elles ne sont plus aujourd’hui que les prêtresses de l’amour.
En vénérant le principe mère de la nature entière, toutes les religions anciennes eurent également leurs prêtresses, gardiennes du feu, ce symbole de üamour divin.
En remontant à travers les âges et les civilisations disparues, en face des traditions légendaires qui se sont modifiées de siècle en siècle, il est impossible d’exhumer plus complètement cette grande figure de la divinité mère, qui servit aux hommes primitifs à expliquer la création par l’amour.
Ces quelques pages renferment tout ce que les pundits les plus savants de l’Indoustan savent et nous ont révélé sur ce sujet.
Dans la plupart des grandes pagodes du sud, Villenoor, Chelambrum, Tirvicarré, Trichnapoli, Ramiseram, au milieu du sanctuaire qui sert de dépôt à toutes les statues des dieux de la mythologie vulgaire des Indous, les brahmes savants, s’ils vous jugent dignes de discourir sur ces spéculations anciennes, vous montrent une belle statue de granit noir, couchée sur une feuille de lotus, dans la pose du sommeil.
La tête en est douce, gracieuse et énergique en même temps, et pourvue d’une abondante chevelure. La poitrine a une richesse toute féminine, les hanches sont largement développées, les membres d’un modèle délicat et viril en même temps... On dirait Vénus et Apollon unis dans un même corps, toutes les beautés de l’homme et de la femme se trouvent représentées
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dans cette admirable statue. Déjà vous cherchez le symbole, lorsque d’un geste le brahme qui vous accompagne attire vos regards sur les organes de la génération... Les deux sexes s’y trouvent réunis!...
Et le pundif, en souriant, laisse tomber ces mots :
« Nara et Nari ! »
C’est la statue du Dieu primitif à la double nature mâle et femelle.
C’est le créateur initial , le père et la mère de l’univers.
C’est ce type dont la Grèce, fille de l’Inde, conserva la tradition artistique, longtemps après avoir oublié la signification du symbole religieux.
Il est certain qu’Hermaplirodite est né de la croyance primitive, et que les mystères rl’Éphèse et d'Éleusis en avaient conservé le souvenir dans la mémoire des initiés.
Libre à cette science étroite qui se cantonne dans les explications du passé, de continuer à croire que le ciseau des sculpteurs grecs n’a voulu représenter qu’une monstruosité de la nature humaine... elle est dans son rôle d’immobilité. Mais pour ceux qui pensent que les civilisations procèdent les unes des autres, que les sociétés antiques échangeaient leurs idées ni plus ni moins que les sociétés modernes, la statue d’Hermaphrodite représentera le symbole que nous venons d’étudier.
Il n’y a guère plus d’un siècle que ce qti’on appelle le monde savant refusait de rien voir, de rien étudier au delà des antiquités grecques.
L’expédition d’Egypte et les deux Champollion viennent révéler l’Égypte. Les chercheurs se précipitent sur ce champ nouveau d’exploration, la science officielle est forcée de suivre, mais elle ne fait que transporter sa barrière un peu plus loin, et de nouveau elle échafaude des systèmes dont elle ne veut
plus sortir, bien que l'Inde se dresse devant elle de toute ta hauteur de ses vingt-cinq à trente mille ans de civilisation.
La. science oflicielie ressemble à ces soldats qui n’arrivent au campement que quand l’avant-garde a déjà préparé la couchée 1
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