‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 116 sur 119 · II · texte numérisé non relu

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et ne se couvre de coteaux qu’à ses extrémités , comme on le remarque du cOté de la Sologne. Tout y croit bien et abondanunent : froment, seigles, orges, avoines , haricots , pommes de terre , navets. Les prés de Mareao, Cléry, Dry et Beaugency ont une grande valeur. Le riche vignoble, dit d'Orléans, est un des plus considérables de France. Dans les environs du chef-lieu du département, on plante l'asperge entre les ceps de vignes, sur une superficie de deux à trois mille hectares. Cette culture alimente un commerce très-productif, qui s’étend jusqu'aux marchés de Paris. Les meilleurs vins blancs du Val-de-Loire sont ceux de Cléry et de Saint-Mesinin ; les meilleurs vins rouges, ceux de Saint-Denis-en- Val, de Saint-Jean-le-Blanc , de Sandillon et de Darvoy. Les crus de Jargeau , de Sigloy, d’Ouzouer, etc., ne viennent qu'en seconde ligne. Quant aux vignobles du département de Loir-et-Cher, on distingue parmi leurs produits , les vins blancs de Nocis, de Marbline, de Troé, et les vins rouges de Grouez, de Chambon et du Cher. Pour nous résumer, l'industrie vinicolc , très-bornée dans Eure-et-Loir, a une grande importance dans Loir-et-Cher, et surtout dans le Loiret. D’un autre côté, le premier de ces départements exporte une quantité énorme de grains, tandis que la production des deux autres en céréales ne dépasse pas les demandes de la consommation locale.

L’art agricole , longtemps stationnaire dans le département d' Eure-et-Loir, y est aujourd'hui en pleine voie de progrès , grâce aux persévérants efforts de quelques agronomes distingués. La connaissance des méthodes nouvelles s’y répand chaque jour davantage , avec l'usage des instruments perfectionnés ; on apprend à y varier les cultures, à en approprier le caractère aux aptitudes do sol. L’établissement de nombreuses prairies artificielles et l'introduction de racines ou de tubercules nouveaux y ont exercé la plus heureuse influence sur l'éducation des grands animaux domestiques. Dans le Loiret, les perfectionnements agricoles ont été accueillis avec un moins vif esprit d'émulation. On y a remarqué, parmi les propriétaires-vignerons, une tendance a à diminuer ta quantité de leurs vignes pour se ménager d’autres ressources par la culture des grains et des prairies artificielles '. » Les cultivateurs de Loir-et-Cher rivalisent , au contraire, de zèle avec ceux d’Eure-et-Loir pour les réformes et les améliorations rurales, fl y a envir.on douze ans, la haute administration du département félicitait déjà le conseil général de la rapide propagation des bonnes méthodes, qui s’y révèle de tous côtés , et il en rapportait l'honneur aux exemples donnés par un petit nombre d’hommes intelligents. Le mouvement de cet esprit de rénovation s’est étendu jusqu’à la Sologne. Un grand nombre de propriétaires riches et éclairés, qui y résident dans leurs domaines, se sont appliqués à en assainir et à en améliorer le sol. Ils ont compris que , pour obtenir ce double résultat , ils devaient rétablir les bois et assurer aux eaux un écoulement naturel par le curage des rivières. Des travaux considérables d’assainissement ont été, en effet, .. entrepris depuis vingt-quatre ans; plusieurs milliers d'arpents de terre se sont

1. «Le nombre de propriétaires de vignes, dans le Loiret, eicède trente mille^ et parconséquent une grande partie du département éprouve |)i3auconp de gène dans les années où la récolte de vio manque. Le miintien des droits sur les liquides dégoûté aussi peu à peu les cultivaieuri de ce genre de récolte qui donne lieu à tant de vexations, b (Bomagnési. Orléans et set'envirans.)

Diqilizcü bv vjOü^Ic

couverts de plantations; on a surtout multiplié les semis de pins avec bonheur. Aussi le prU de la plupart des propriétés de la Sologne s'est rapidement élevé A la valeur des meilleures terres des autres contrées.

Les rapports des propriétaires avec les fermiers se règlent, dans les trois départements , d'après les conditions ordinaires du fermage. Il faut pourtant en excepter le Gâtinais, qui nous offre une particularité fort remarquable : les propriétaires ou exploitants, au lieu d’y payer les vignerons et les laboureurs, soit A tant l'année, soit A tant de façon pour l'arpent de vignes ou pour toute autre culture, leur abandonnent une certaine quantité de terre nue, proportionnée A l'étendue du champ ou de l'enclos en exploitation. LA, ils travaillent pour leur propre compte , façonnant , ensemençant , récoltant , comme si le sol leur appartenait. Ce mode de culture répatid une grande aisance dans les campagnes et y entretient l’wprit d’indépendance. Le sol de la Beauce est divisé à l'infini, en raison même de sa fertilité; mais la grande culture y domine, les petites exploitations étant circonscrites aux villes, aux villages et aux pays de vignobles. Les propriétés de la Sologne, mélange de teri'es incultes, de bois et de pâturages, compensent leur insuffisance naturelle par un développement considérable. Souvent, dans cette dernière contrée, un espace de trente ou quarante hectares agglomérés ne rapporte pas autant qu'une superficie d'un hectare dans la Beauce. Le goût de la propriété a tellement morcelé les terres du département de Loiret-Cher, que les deux tiers des familles y sont propriétaires ; parmi les populations des cantons où l'on cultive la vigne, la proportion est même encore plus forte.

Nous passerons rapidement en revue les divers animaux domestiques. L'espèce chevaline d'Eure-et-l.oir ne donne de beaux produits que dans le Perche, contrée étrangère A l'ancien Orléanais. L'éducation de la race bovine a été pendant longtemps fort négligée dans ce département ; on est parvenu, toutefois, A l'améliorer en la croisantavec des taureaux de Durham et des vaches de Suisse. En général, les bétes A cornes y sont de grande taille. Il y a trois espèces de moutons, les percherons, les beaucerons, les métis; ces derniers sont issus du croisement des bêtesA laine du pays, avec les béliers espagnols. Ce fut vers l’année 1799 qu'on essaya avec succès de cette alliance. Les laines, qui y ont beaucoup gagné en beauté et en fincsae, sont devenues l’objet d'un commerce important. I.e département du Loiret, où le prix des fourrages est constamment élevé, lire une partie de ses bêtes de trait et de sonune des départements voisins. Les feuilles du safran y suppléent, pour les bestiaux, A l’insuffisance des herbages : A peu d'exceptions près, les boeufs y présentent une assex belle encolure, et des croisements bien entendus ont singulièrement amélioré la race ovine. On reproche avec raison aux habitants de la Sologne de ne pas soigner leurs bestiaux , de les laisser paître A l'aventure et presque oubliés dans de maigres pâturages. Les bétes A cornes et à laine en souffrent dans leur santé et leur reproduction ; la mauvaise qualité des eaux, qu'on s’applique peu ou point A corriger, leur est également très-nuisible. Le département de Loiret-Cher a deux races de chevaux , que la différence de leurs formes permet de distinguer A la première vue : ceux de l’arrondissement de Vendéme, produits de la vigoureuse famille des percherons, sont d’excellentes bétes de trait; ceux de

l'aiTondissement de Itomoràntin, de l’espfce solognote, n'onl guère, pour le» recommander, que la bonté et la durée de leur 'service, leur taille étant ingrate et leur aspect peu agréable. L’éducation en grand des moutons de la petite race, dite de Sologne, est une des principales branches de l’économie rurale du département du Loiret. Ces animaux donnent une chair d'excellente qualité et une laine assex fine. Les bêtes à cornes du département de Loir-et-Cher sont, pour la plupart, de médiocre espèce.

I.a forêt d'Orléans, mentionnée dans les anciens titres sous le nom de Forêtdes-Loges [Foresia Logii), était autrefois comme un monde à part. Elle renfermait dans ses vastes limites plusieurs riches abbayes, dix-neuf bourgs et paroisses, un grand nombre de villages, de hameaux, et une infinité de maisons, terres, prés et vignes. Les rois de France s’y transportaient souvent pour y prendre le plaisir de la chasse ; outre le palais qu'ils possédaient A Vitry, Ils y avaient établi plusieurs relais , autour desquels d’antres habitations s’étaient peu à peu groupées. Telle fut l’origine des villages de Vitry aux-Loges, de Fajaux-l.oges, de Neuville-aux-l.oges , ete. Quoique des défrichements considérables eussent graduellement restreint les bornes de la forêt d'ürk'an», sa superficie, au temps de François I*', n’embrassait pas moins de ront quarante mille arpents. Quelques siècles plus tard, vers 1760, le marquis de Luehet lui en donnait cent dix mille. L’auteur des tsiais historiques sur Orléans, qui portent pour date l’année 1778, en évaluait l’étendue à plus de cent mille arpents, dont cinquantesept mille appartenaient au duc d’Urléans, quarante mille en gruerie h l’Église et le reste à divers propriétaires. Elle commençait dans le Gtitinais, près du bourg de l)ampierre-cn-Burly , et, décrivant dans son développement une portion de cercle de «ingt à \ingt-quatre lieues de longueur sur quatre ou cinq de largeur, s’étendait jusque dans une partie de la Beauce, puis venait finir au bourg d'Uuisseau, vers la ville de Meung-sur-Loire. S’il faut en croire Girault de Saint-Fargeau, ces proportions sont aujourd’hui à peu près les mêmes, puisque, selon lui, la forêt d’Orléans a quatre vingt» kilomètres de long sur vingt-cinq de large. Çà et là on y rencontre encore des villages et des hameaux, au milieu des plaines, qui en forment les éclaircies. Après la forêt d'Orléans vient celle de Montargis, dont la longueur, de dix kilomètres environ, égale la largeur.

Le département du Loiret, quoique relativement plus boisé que ceux d'Eureet-Loir et de Loir-et-Cher, commençait à souffrir de la rareté de» bois de construction et de eliauffage, lorsque les propriétaires de la Sologne eurent l’heui-euse pensée de venir en aide A la consommation locale , en faisant de nombreux semis de pins. La même insuffisance se fait encore plus sentir dans le département d'Eurc-et-Loir, en Beauce surtout. Dreux, Senonches et La Ferté-Vidame en sont les principales forêts. Nous avons parlé ailleurs de celle de .Marchenoir, dans le département de Loir-et-Cher, débris des temps druidiques, comme les grandes masses de bois d'Orléans, de Montargis, de Dreux. Les forêts de Blois, de Bussy, de Boulogne, de Bruadan et de Fréterai ne doivent pas être oubliées dans cette nomenclature. Si depuis la révolution de 1789 , le département de Loir-et-Cher a vu s'accroître tellement sa surface boisée, que le» coupes excèdent aujourd'hui de beaucoup les besoins de ses habitants, c'est aussi aux nouvelles

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plantaliens des propriétaires de la Sologne qu'il doit ce précieux avantage.

Les forêts des trois départements, y compris le Perche, présentent une superficie de deux cent cinquante-un mille cinq cent soixante hectares : i savoir, Eure-et-Loir, cinquante-six mille deux cent seixe; Loirret-Cher, quatre-vingtun mille cinquante, et le Loiret, cent trciie mille six cent quatre-vingt-dixneuf. Les essences dominantes sont le chêne, le hêtre, le charme, le bouleau, le pin, le châtaignier; ce dernier, toutefois, beaucoup moins répandu dans le Loiret que dans les deux autres départements, n'y est guère cultivé que pour ses fruits. Quant aux vignes, Eure-et-Loir n'en compte pas plus de trois mille six cent dix hectares; mais elles occupent vingt-deux mille cent soixante-seize hectares dans Loir-et-Cher, et trente-un mille trois cent quarante-neuf dans le Loiret'. Sur les trois départements, il en est deux, le Loiret et Loir-et-Cher qui cultivent les arbres fruitiers avec beaucoup de succès; on y cite particulièrement le pommier, le poirier, le prunier et le cognassier, dont les fruits sont pleins de saveur. Les arbres fruitiers ne viendraient peut-être pas moins bien dans la Beauce que dans les autres parties de l'ancien Orléanais, si, au lieu de les planter isolément on les réunissait en massifs. Les plantations de mûriers se sont considérablement multipliées depuis quelques années; avec la feuille de cet arbre on nourrit une grande quantité de vers à soie, qui donnent des cocons de bonne qualité. L'éducation des abeilles est très-soignée dans le Câlinais : on y transporte, sur des charrettes, des ci lés entières de ruches, d'un pays dans un autre; c'est ce qu’on appelle mener les essaims en herbage. Les conducteurs d’abeilles vont jusqu’à une distance de quarante kilomètres chercher les campagnes fleuries, où leurs colonies ailées pourront butiner avec le plus d'avantage. Les environs de la forêt d’Orléans, parsemés de bruyères et de sarrasin en fleurs, attirent beaucoup de ruches étrangères ; on en voit de deux à trois mille se réunir dans un seul village et lui donner tout à coup une vie inaccoutumée et une physionomie des plus pittoresques. Toutes ne sont pas du Câlinais, bon nombre arrivent aussi de la Beauce, après la moisson.

On ne rencontre plus des buffles ni des chameaux , sous les ombrages de la forêt d’Orléans, comme au temps de Henri III ; mais tous les buis ont conservé leurs hôtes sauvages ordinaires : le sanglier, le loup, le renard, le blaireau, ta fouine, le putois, la belette, la loutre, etc. Les gourmets estiment bcauconp pour leur fumet, les lapins de Memillon, sur les bords du Loir, et les lièvres à la taille forte et allongée, qui, dans le canton de Bonneval, peuplent les vallées de Saint-Germain, d’Alluyes , de Bouville et de Laplanlé. Si l’aigle ordinaire, le faucon, le milan royal, le grand-duc, le cormoran, le cygne sauvage, etc., se montrent de temps à autre dans l'ancien Orléanais, c’est seulement comme oiseaux de passage : cette province est, du reste, aussi riche en volaille et en poisson qu’en gibier de toute espèce. Lea rivières , les étangs à fond de sable, y sont très-poissonneux : on y pêche la carpe, le brochet, la perche, le bar-

1. Voici, comme point de companison, la superOcie gcnérjlc des trois département* en hectares : Eure-et-Loir, cinq cent quarante-huit mille trois ocni qtiairt^; Loiret, six cent soisoniesept mille stx cent soixante-dix-neuf; Loir-et-Cher, six cent vingt-cinq mille nunf cent soixanie-

«ixe.

beau, l'anguille , la tanche. Les écrevisses abondent dans les ruisseaux ; celles de rUoisne sont très-recherchées. On connaît les carpes dorées du Loir et les aloses, les saumons et les lamproies de la Loire.

Le département d'Eure-et-Loir possède des minerais de fer, qu'on exploite depuis fort longtemps et dont on trouve les gisements les plus considérables près de Senonebes, de Chaniprond, et sur quelques points du canton de la Ferté- Vidame. Les bancs d'argile propres aux poteries, aux briqueteries et aux tuileries, ne pouvaient être rares dans la Beauce ; un des plus abondants est celui qu'on nomme le champtier des poteries, près de Chartres. A Poisvillers, au nord-ouest de la même ville et dans le territoire d' Abondant, sur les limites de la forêt de Dreux, on recueille on kaolin , d'une blancheur et d'une finesse remarquables , qui est employé à la fabrication de la faïence et de la porcelaine de Sèvres. Les marnes, presque anssi communes que la terre argileuse, servent à la rendre moins compacte et plus productive. On en tire de la chaux, particulièrement celle de Senonches, la meilleure de toutes les chaux pour les constructions hydrauliques.

Le département d'Eure-ct-Loir a des carrières de beaux grès blancs et gris, de pierre calcaire coquillière, de brèche grossière, plus ou moins ferruginée, de pierre tendre, etc. Les matériaux de construction, si rares dans la Beauce, abondent, en revanche, sur les bords de la rivière du Loir.

Le département du Loiret a de nombreuses carrières de pierre : celles de Briare, , de Fay-aux-Loges, de la Chapelle-Saint-Mesmin , de Saint-Fiacre et de Beaugency sont les meilleures. Les marbres de Gien et d'Épieds ont très-peu de valeur.

M. de Romagnési affirmait, en 1839, que jusqu'alors on avait fait de vaines tentatives pour découvrir du gypse dans le Loiret, et il ajoutait que l’absence du plâtre n’y était pas moins préjudiciable à l'amendement du sol qu'à l’imlustrie des bâtiments. La terre propre à la fabrication de la faïence , dite anglaise, se trouve à Briare et à Gien; la terre glaise, pour la poterie commune et solide, à Saran, près d'Orléans; la terre forte, dont un failles briques et les tuiles, à Jargeau, à Saint-Privé et en plusieurs autres endroits. Le canton de Morée, dans le département de Loir-et-Cher, a des mines de fer qui alimentent la forge de Prélevai, établie en 1772, par le duc de Luynes. Les carrières de la Chaussée de Bourré, de Monthou-sur-Cher, de Vendôme, d’Aié, de Marcilly, de Thoré, de Hazangé, d'Huisseauen Beauce, etc., fournissent de la pierre tendre ou dure : dans l'une d'elles, à Bourré, on voit une salle carrée, d'immense grandeur, où les gens du pays se réunissent pour se livrer à la danse et à toutes sortes de jeux, les jours de fête. On a reconnu l'existence de l'albâtre dans les communes des Essards et de Tréhet , sans toutefois en tirer aucun parti. Les carrières blésoises de silex pyromaque, caillou avec lequel on fabrique la pierre à fusil, sont presque uniques en France : ouvertes depuis cent soixante-dix-huit ans, dans les communes de Meusnes, de Couffy, de Châtillon et de Lyc, elles y occupent une superfleie de près de quatre myriamèlres carrés. Nous devons indiquer encore, pour le département d’Enre-ct-Loir, les trois sources d’eau ferrugineuse et acidulé de Chartres, et la Bonne fontaine de ta rivière d’Eure, dans le parc de la Ferté- Vidamc ; pour le Loiret, les eaux minérales de Segray, de Bcaugenci, de Noyers, de Châteaunenf, de Ferrières; et, pour le département de Loir-et-Cher, les

sources de Saint-Denis et de Saint-Mandé. De ces eaux minérales, les seules dont on ait reconnu l'enicacité sont celles de la Ferté-Vidume, conservées par les soins de M. d'Aligrc, et celles de Beaugenci, découvertes par M. Pellieux.

L'agriculture, la première industrie du département d’Eure-et-Loir, est aussi la source la plus active de son commerce. Il vit, en cITct, presque exclusivement de la vente de scs blés et de ses laines, ses deux principaux produits agricoles. Scs usines les plus importantes sont les moulins ; ses ateliers les plus considérables, les lavoirs. Le nombre des usines construites sur les cours d'eau y est de près de cinq cents. Les lavoirs de laine, parmi lesquels il faut distinguer ceux d'Épernon, y occupent beaucoup d'ouvriers. Le département a des forges, des fonderies de fer, des laminoirs, tréQlcric et fonderie de cuivre, des fours à chaux, des filatures de coton, des papeteries, des tanneries et des fabriques de draps, de calicots, de couvertures, de bas, de bonneterie, de serge, etc. Nous regrettons de ne pouvoir nous arrêter à la grande forge et fonderie de Dampicrre-sur-Blévy, dont la fabrication s’est élevée jusqu'à trois cent cinquante mille kilogrammes de fer de bonne qualité, par année, et aux fours à chaux de Scnonclics, qui sont justement célèbres. Les usines du Loiret, au nombre de plus de quatre cents, s’occupent presque toutes à moudre des grains; je département a pourtant des moulins à fouler les draps, des tanneries, des papeteries, des féculeries, une huilerie, etc. La population rurale de Loir-et-Cher prend chaque jour une prépondérance plus marquée sur la population urbaine ; celle-là, partagée entre le labourage et la culture des vignes, tend à s'accroître; celle-ci, au contraire, suit un mouvement sensible de décroissance. C'est assez dire que dans ce pays l'agriculture l'emporte sur l'industrie. Le département de Loir-et-Cher a des lavoirs et des filatures mécaniques de laine, des fabriques de grosses draperies, de molletons, de couvertures de laine, de cotonnade, de bonneterie; des tanneries, des manufactures de gants de peau, des verreries, faïenceries, poteries ; de vastes ateliers pour la taille des pierres à fusil, etc. La fabrique de Romorantin, avantageusement placée au centre de la Sologne, convertit ses laines en draps propres à l'habillement des troupes, en tiretaines unies ou rayées, étoffes grossières qu'on porte dans les campagnes, et en tapis verts pour les billards. Un établissement industriel de la commune du Plessis- Dorin, la verrerie, dite de Montmirail, s'est fait une grande renommée par la beauté de ses produits en cristaux et en instruments de chimie. Enflii les pierres à fusil, fabriquées avec le silex pyromaque de Meusnes, de Couffy, de Cbàtillon et de Lye, sont expédiées dans toutes les parties de la France et jusque dans les pays étrangers : industrie très-productive sans doute, mais qui rendant l’ouvrier asthmatique après trente années d'exercice, le tue encore plus qu'elle ne le fait vivre.

Le commerce des trois départements, à quelques différences près, qui ressortent de leurs divers produits agricoles et industriels, s'exerce sur les mêmes objets ; il consiste principalement en grains, farines, safran, légumes secs, fruits, vins, vinaigres, eaux-de-vie, bestiaux, laines, cuirs, volaille, poisson, gibier, pelleterie commune, sucres, cire, miel ; en gros draps, couvertures de lits, serges, molletons, bonnets, gasquets pour le l.evant, bas, gants de peau ou de laine, fers , limes, bois, merrain, cliaux, pierres à fusil, faïence commune ou One, poterie,

formes à sucre, creusets, briques réfractaires, carreaux, etc. Le commerce des vins a nnegraode importanre pourl'ancien Orléanais. Les produits de ses vignobles sont expédiés dans les départements d'Eure-rt Loir, de la Seine, de Seine^et-Oise, de la Seine-Inférieure, de l'Indre, du Cher, du l’asde-Calais, du Nord, etc. Les grains alimentent un rommerce encore plus considérable. Chaque année la Beauce envoie, tant à Paris que dans ses environs, au moins huit cent mille hectolitres de blé, convertis en farines par les usines de la rivière d'Eure, et la même quantité d’avoine. Il faut ajouter à ces substances alimentaires vingt ou trente mille hectolitres de légumes secs. I)e grandes expéditions de blé sont aussi dirigées sur Orléans, Tours, Nantes , et vers les marchés de la Sartbe, de l'Orne et de l'Eure.'

Les peuples de l'ancien Orléanais sans avoir une physionomie ni un caractère bien tranchés, offrent pourtant quelques différences assez faciles à saisir. Voyons d'abord les habitants de la Beauce , pays commun aux trois départements, I.es Beaucerons ne sont ni de petite ni de grande taille, mais ils se distinguent par des formes robustes , qu'on trouve jusque chez les femmes; ils ont quelque chose de mêle dans l'expression de leurs traits, et un teint que le soleil de leurs plaines découvertes a profondément bruni sans lui donner la chaude transparence des complexions méridionales. L'amour de l'argent, la pratique de l'hospitalité sont parmi eux en grand honneur. Bons, honnêtes, loyaux et froids, ils pèchent peut-être par l’excès de la raison ; mais l'imagination et la passion sont aussi étrangères à leur nature que la variété et la fantaisie à leur terre natale. Dieu a fait les hommes de la Beauce , comme ceux du Berry, à l’image du sol d’où ils sont sortis; ils ont la régularité, l'uniformité, la monotonie de leurs plaines. Si ces descendants des anciens Carnutes s'amusaient à tresser des couronnes d'épis pour leurs femmes, à coup sûr ils n'y mêleraient point de fleurs. La froideur naturelle des Chartrains n’exclut ni le goût du travail ni l’activité industrielle chez l'ouvrier et le paysan ; elle ne se change guère en indifférence et en apathie, que dans les classes plus élevées , auxquelles Doyen reproche m« rertnine paresse héréditaire. Tout le monde connaît les nombreuses et remarquables preuves que les Chartrains ont données de leur aptitude pour les travaux scientiflques et littéraires. Ils ont le génie des affaires et fis y apportent cet esprit exact, régulier, qui dégénère trop souvent en exigence et en pointilleric, et cette disposition frondeuse et railleuse à laquelle ils ne se laissent aller que trop volontiers. Au demeurant, ils sont de moeurs douces et d'un commerce facile.

On retrouve l'humeur railleuse des Chartrains parmi les populations de l'Orléanais proprement dit; mais là , beaucoup plus vive , elle y éclate en saillies plus originales. Polinche vante avec raison l'esprit et les talents naturels des Orléanais. Pourquoi sc montrent-ils si peu jaloux d’en faire l’application à la culture des lettres, des sciences et des arts? Pourquoi ne s'en scrvent-^ils pas plus largement dans les opérations agricoles, manufacturières ou commerciales? Tant qu'ils ne

1. ir Le département d*Eure-et>Loir occupe le troisième rang dans le nombre des départements 4|ui consacrent le plus d*bectares de terres à la production des céréales : b moyenne, par année, est (Je deux cent suixante'dixOïuil mille trois cent viogl-neuf hoebres, qui lui donnent quatre miU lions hn tceoi vingt-trois mille huit ceul sojxantc*^uinic licclolilres, dont la moitié environ sont cx|Hirti^. U (ilfifiua^re ttatittiquB d Eurt^tt-Loir pour Tannés 1846.)

secoueront pas cette mesquine déflance d'eux-mémes et des choses, ils ne sortiront point de l'état d'infériorité morale et industrielle où nous les voyons aujourd'hui. Fort enclins à la dévotion et charitables par devoir et par nature, ils ne doivent pas oublier que la charité et la religion les mieux entendues sont celles qui font travailler les pauvres. Ilieii, du'reste, de remarquable dans leurs personnes, quant aux qualités physiques. Leurs voisins , les Gastinaisans, ont presque tous une taille moyenne et une belle carnation qui s'allie bien avec l'artivité de leur esprit et la vivacité de leurs allures. Ils sont doux, bienveillants, polis, hospitaliers envers les étrangers, et leur loyauté serait, dit-on, irréprochable s’ils ne poussaient pas l'amour du gain jusqu'à la fraude dans le commerce du safran.

Les Solognots, ou habitants de la Sologne, portent les marques extérieures d'une constitution physique débilitée par de fadiouses inDueiues Uxales. Ün voit à leur petite taille, à leurs membres amaigris, à leur teint pèle, à l'expression maladive de leurs traits, à la paresse de leurs gestes et à l'arfaissement de leur marche, qu'ils n'ont pu arriver à la commune croissance de l'homme et que, chez eux , la vie n'o pas atteint son complet développement. .Mais ces corps appauvris ne sont pas mal constitués, ils sont mal venus; ils out la vitalité tenace de la nature grêle des femmes. Quoique les Solognots naissent blonds pour la plupart, leurs clieveux noircissent, leur teint se plombe et leurs dents se déplacent de très-bonne lieure. Cette précoce altération de leur physionomie vient de l'usage des eaux malsaines du )>ays. On connaît leur caractère insouciant, bon et tranquille; il ne faut pourtant pas trop se fier à l'expression un peu niaise de leur regard apathique. Dès qu'il s'agit de débattre quelques questions d'intérêt et d'argent, leur intelligence se léveillc, et il se trouve qu’ils ont de la finesse et de la ruse à revendre aux plus adroits. Aussi appelle-t-on proverbialement niais de Sologne , tout Immine qui sous le masque de la bêtise cache les ressources d'un esprit ru.sé.

Le riche fermier de la Beauce exerce un pouvoir presque illimité sur tout ce qui l’entoure : sa femme, ses enfants, sont ses premiers serviteurs. Au-dessous, la subordination est encore plus grande. Ses domestiques, garçons de ferme ou clurretiers à gages; ses faucheurs, sceyeurs, batteurs, pour la plupart Percherons ou Normands, obéissent à ses volontés avec une déférence absolue. La recherche de la propreté éclate dé tous eOtés chez le fermier beauceron, ün se mire dans les meubles , les ferrures , les cuivres, tant on a mis un soin minutieux à les cirer ou les polir. Sa nourriture est substantielle, saine, abondante; sa bois.son, du vin des vignobles de la contrée voisine. Les gens de la ferme boivent de l'eau relevée avec une pointe de vinaigre, ou fermentée sur un pain de seigle d’une cuisson particulière. Quand vient ce qu'il appelle la morte laùon de l’année , le fermier convoque le ban et l’arrière-ban de ses parents pour célébrer les mariages et les fêtes, de famille. Telle n’est pas, comme on le pense bien, l’existence du Solognot.

Il connaît à peine l’usage de la viande de boucherie, à laquelle il substitue , à de rares intervalles, quelques maigres morceaux de porc salé ; le pain de sarrazin et la pomme de terre forment le fond ordinaire de sa nourriture ; une eau de mauvaise qualité lui tient lieu de boisson fermentée. Mais il se dédommage de cette abstinence forcée du foyer domestique, en faisant, les jours de marché, un usage

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immodéré dn tin, à la bourgade ou à la ville prochaine II est aussi mal logécjue mal nourri. Les mariages sont d'une extiénie fréquence , fort précoces et trèsféconds dans la Sologne , relativement aux autres contrées de l'ancien Orléanais. Ils se font surtout au temps des grands travaux de la moisson : c'est le con^ traire de la coutume beauceronne. Nous ne savons rien sur les habitants du Vendémois, hormis qu’ils émigrent , en assez grand nombre, dans la Beauce etia Touraine, où ils s'engagent comme domestiques. Les Gastinaisans, à l'époque de la vendange, se rendent dans le vignoble d'Orléans pour travailler à la récolte des vins.

Les assemblées populaires sont connues parmi les habitants du département du Loiret sous les noms de Pardons, de Corps-Saints, de Valleries, etc. On observe un singulier usage à celle des Carmes, qui se tient à Orléans, dans la rue de ce nom : chaque jeune fille, désignée sous la dénomination générale de Marie, doit y faire choix du Pierrot , ou garçon avec lequel elle assistera aux autres fêles de l’année. On se sépare à l'assemblée de Cléry, l'une des dernières de la belle saison. Le Pierrot, en prenant congé de sa Marie, lui présente un bouquet composé de lleurs artificielles ; de petits miroirs convexes et des perles de verre auxquelles l'étamage a donné le poli de l’argent en parent .toujours le calice. Ce bouquet est soigneusement suspendu au chevet du lit de la jeune fille , qui très-souvent le reçoit comme le gage d'une union prochaine*.

Il y a trop de soleil et trop peu de bois dans la Beance pour que la superstition puisse y trouver place. Les Beaucerons ont celte piété routinière dont l’exercice régulier tient aux habitudes traditionnelles des paysans : sans légendes et sans enthousiasme, ils sont religieux par raisonnement et par convenance. Les habitants de la Sologne, au rebours de leurs voisins, ont une dévotion beaucoup plus vive qu’éclairée, comme on le reconnaît à leur passion pour les pompes extérieures du culte et à leurs pratiques superstitieuses. Aucun pays n’offre de plus grossiers exemples de l’usage, trop commun dans nos campagnes, de dénaturer les noms et les caractères des saints pour leur donner un sens ou une attribution favorable à quelque croyance populaire. Les Solognots ont transformé saint Sulpice en un saint Supplice, grand secoureur de leurs maux ; saint Yves en un saint Yvre, qui présene les moutons de l'incommodité de devenir a lourds; » saint Firmin en un saint Frémin, lequel guérit les bestiaux affectés de quelque frémissement ou tremblement nerveux. Le pouvoir de sainte CorneiHe ne se borne pas à garantir telles bonnes gens de la maigreur : par analogie avec son nom, elle change aussi, quand il lui plaît, la complexion de telles autres du blanc au noir. La tradition celtique du culte des fontaines s’est conservée dans quelques cantxms de l’ancien Orléanais. Au bas du coteau , fameux par le dolmen du Ver, coule une source limpide à laquelle on attribue des pouvoirs miraculeux; on est sûr de retrouver les objets perdus ou volés, sij après avoir bu à jeun de

I. Voie! un dicton rimé des gens de la campagne snr la pardon des Carmes ;

Pour vifrr sans envie,

Bt qu’on ait bien sonXol,

Il faut que la Marie Prenne ki son Pierrot.

l'eau de la fontaine , on jette quelques pièces de monnaie à travers les barreaux de la chapelle de Saint-Antoine, située non loin de là. Il nous coûte d'ajouter que la corruption des mœurs est profonde, parmi les peuples de la Beance et de la Sologne, malgré la prédominance de l'industrie agricole dans la première de ces contrées, et la persistance, dans la seconde, des sentiments religieux. La statistique judiciaire d'Eure-et-Loir donne surtout les plus affligeants résultats. Ij' nombre des délits y dépasse la moyenne ordinaire des désordres moraux dans les autres départements du ressort de la Cour royale de Paris.

Les Beaua-rons, les Orléanais et les Castinaisans, las de se conformer aux modes surannées de leurs pères, ont renoncé depuis longtemps à porter l'habit à grandes basques, et sous cette lourde enveloppe, trois ou quatre vestes boutounées les unes par dessus les autres; de leur côté, les femmes ne veulent plus des corps ou corsets, qui emboîtaient leur poitrine d'une, façon si incommode, ni des quatre à cinq jupons à l'aide desquels elles enflaient démesurément leur taille. On cite pourtant deux |>etites localités du Val de Loire, Mureau et Saint- André, où les costumes des tem|)s passés se sont conservés jusqu'à nos jours. I.es hommes y portent encore l'habit à étoffe couleur lie de vin foncée, plusieurs vestes, la culotte courte, les souliers à grandes boucles et le chapeau à larges bords retroussés; les femmes y ont gardé aussi leurs cornettcf plates, leurs gothiques corsets et leurs quadruples remparts de jupons. C.es villages sont les seuls où l'on retrouve quelques traces des mœurs et des danses d'autrefois. Les gens du canton de Bonneval , en Beauce , se sont fait un français des plus bizarres pour leur usage particulier. Ils disent communément : nous ans, vous ez, pour nous avons, vous avez; ils aliranl, ils chantirant, pour ils iront, ils chanteront. Ouelques-unes de leurs locutions sont fort heureuses. Parmi eux, abéder signifie accourir vers un lieu ; s'abréger, serrer ses vêtements autour de soi ; à dent par terre, être couché sens dessus dessous. Ave.doui veut dire gai, riant, bien éveillé ; guinguet, trop court, trop petit, trop étroit. C'est évidemment de ce dernier qualilicalif que sont dérivés les substantifs français guinguet, petit vin , et guinguette, cabaret de bas étage. Les habitants de Mureau et de Saint-André, ces mômes villages du Val de Loire dont nous venons de parler, ont une espèce de patois qui leur est propre et dans lequel on distingue un grand nombre de mots de la langue romane.

Le territoire des anciens Carnutes, e'est-à-dire le pays le plus celtique de France , est moins riche qu'on ne serait porté à le supposer, en monuments de la première époque de notre histoire. Le fameux cromlech de Changé est malheureusement fort incomplet. Les pierres, qui primitivement en traçaient l'enceinte, paraissent avoir été dispersées à l'époque où la vieille forêt tomba sous les coups des premiers pionniers de la civilisation gallo-romaine. Les restes les plus remarquables de ce sanctuaire druidique sont échelonnés sur une étendue de deux cent quarante mètres au bord de la roule de Saint-Piat à Maintenon , près de la ferme de la Folie, dans l'arrondissement de Chartres. Ils consistent en un peulven mutilé, appelé pierre droite, et deux dolmens, dont le principal a reçu le nom de Berceau, depuis que sa table supérieure, brisée transversalement par le milieu, s'est affaissée sur elle-même en formant un 'double plan incliné. M. Javault-tiuil-

lery a découvert les-débris de deux autres cromlechs dans le canton do Maintenon., sur le plateau des Cuillers. Derrière les premières maisons du hameau de Talvoisin, qui fait partie de la commune d'Ymcray, on aperçoit un double rang de pierres disposées dans la forme d'un fer à cheval ; des intervalles plus espacés ou des vides marqués en interrompent, çà et là, la double chaîne. Vers l’ouest ou le nord-ouest de cet ellipsoïde , on rencontre trois ladères on roches , dont deux sont énormes, dans un espace d'environ vingt-cinq mètres de long sur neuf de large. Le diamètre du double cromlech est, pour le premier rang, de cent quinze mètres à peu près, et, pour le second, de soixante-quinze. Une autre enceinte druidique, moins longue et moins large que celle-ci, a existé, non loin de Talvoisin , sur le même plateau et près de la ville des Cuillers, On voit encore, dans les environs de ces champs sacrés, un peulven cl (|uatre dolmens ou autels, dont trois sont renversés. Au milieu d'un petit bois, à Morancez, il exl.ste un monument celtique auquel on a donné le nom de pierre qui lotinie. Le peulven de la commune du Vert , appelé pierre piquée, a donné naissance à un singulier préjugé populaire : si on l’enlevait il sortirait aussitôt du sol, à ce qu'assurent des gens superstitieux, un immense torrent qui inonderait la Beauce. Les ladères, ou gros blocs de grès, disséminés sans ordre dans une plaine de la commune de Corancez, sont probablement des tombeaux de guerriers celtes. A l'est , au sud et au sud-ouest du bourg de Péronville, dans l’arrondissement de Chàteaudun, on trouve trois dolmens, soutenus par leurs piliers. On appelle le plus curieux Pierre de saint Marc , parce que le clergé du pays s'y rendait proccssionnellcment le jour de Saint-Marc, avant la révolution de 1789 : il est situé pi-ès de bi ferme de Thironneau, au milieu de la rivière de Conie, et il en sort une source abondante qui se divise aussitôt en deux branches. Remarquons, avant de passer outre, que le substantif commun ladère, dérivé de.s deux mots celtes, tach et derch, pierre sacrée, est parmi les habitants du pays chartrain la dénomination générique ordinaire des monuments druidiques.

Dans le département du Loiret, à Noyers, il y a. un peulven, connu sous le nom de Piene-Fite, d’environ trois mètres de hauteur, sans compter sa base profondément enfouie en terre. A deux kilomètres delà, une fouille fuite sur la colline de Grand-Mont a amené la découverte d’un nombre assez considérable de haches gauloises en bronze et de pièces de monnaie celtiques ou romaines. Le dob men de Ver, près de Beaugenci , est placé à l'extrémité de la ligne druidique, qui s’étend de Chartres à la Loire. La table, dont huit pierres soutenaient la masse prodigieuse, est de hgurc oblonguc et divisée en trois morceaux , comme si elle avait été brisée par la foudre. On montre aussi dans les environs de Beaugenci, la Pierre qui tourne cl la pierre de Yer-Balant, toutes deux posées sur quatre supports verticaux; il y a sons cette dernière un trésor dont plus d'un paysan ferait volontiers son profit, s'il n'était convaincu que celui qui osera le déterrer, périra infailliblement dans l’année. L’inventaire des pierres druidiques du département de Loir-et-Cher est assez court ; il se réduit aux dolmens de la Chapelle- Vendômoise, des Landes et de Thcnay. S’il faut en croire les paysans, la table celtique de Thenay accomplit, une fois l’an, une révolution sur elle-même, an moment on l'on célèbre la messe de minuit , ce qui l'a fait appeler la Pierre de minuit.

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RÉSUMÉ. ItS

La tradition locale suppose que sur un plateau rers l'est de-la forêt de Crothais onde Dreux, in JinU/ns Camulum, et sur remplacement du village actuel de Senautes {ten, vieillard , nanti, ruisseau) , il y avait antérieurement à la conquête romaine un des principaux collèges sacrés des Druides. Cette forêt couvrait originairement le pays situé cotre Rouvres, Fermincourt et la vallée de l’Eure. A l'ombre de ses chênes verdoyants s’élevaient de nombreux dolmens dont quelques-uns se sont conservés jusqu’à notre temps; une de ses allées, le cKtvnn de la Pierre-Levée, est ainsi appelée d’un ancien peulven, qu'on y voit couché sur l'herbe. On a découvert è Senantes, où les Romains eurent aussi un établissement considérable, diverses poteries entières, une chambre pavée en inosa'ique, et deux immenses galeries souterraines. Ces galeries, creusées, à ce qu'on suppose, par les Gaulois, sont très- communes dans: le pays Oiartrain, ou le nom celtique Croth sert encore à les distinguer. Le Crvth aux Fées de Chartres se prolongeait souterrainement vers Kontainc-la-Guyon, ju.<qu'à une distance de plus de trois lieues; celui de Dreux mettait le château de cette bourgade en communication avec Fermincourt. D'après les conjectures de quelques savants, la üuntagne des Lieues, située à quatre kilomètres de Chartres, n’est autre que la colline de Lèves, dont il est fait mention dans la notice de d’Anville, comme du point central de départ des mesures itinéraires de la Gaule. On donne une origine celtique ou romaine eu camp qui se dessine en terrasse semi-circulaire, sur une colline de la vallée de l'Eure, dans le voisinage des monuments druidiques de Changé : on prétend que c'est le lieu fortiOé où Lucius Plancus campa pendant tout un hiver, pour maintenir le pays des Carnutes sous la domination de Jules César. Les tombcllcs sont très-roultipliées dans l'ancien Orléanais. Nous n'indiquerons que celles de Rouvres, de Mézières, de Meuiig-sur-Loire, de Blois, de PierreOtte, de Salbris, de Jouesmes et de Seings. A Pierrefitte seulement, on n’en compte pas moins de cinquante-cinq sur la rive méridionale de la Sauldre. Près des deux buttes de Soings, ii y a un champ de sépulture qui est une mine inépuisable d’antiquités. En ouvrant le flanc du tumulus de Mézières, on y a trouvé des squelettes campés sur leurs pieds, des colliers gaulois en bronze, des médailles de même fabrique. On nous permettra de ne point noter tous les lieux où d'autres fouilles ont mis au grand jour des tombeaux, des cercueils, des urnes funéraires, des vases lacrymatoires, des poteries, des ustensiles, des armes, des monnaies, des médailles et des monnaies attribuées aux Gaulois et aux Romains : nous laissons aux antiquaires le soin d’énumérer et d'inventorier ces débris de tous genres, nous bornant à faire observer que la Sologne n’est pas la contrée qui recèle dans son sein le moins d'antiquités.

Les levées de la Loire sont la transition par laquelle nous passerons des monuments du génie gaulois et romain aux créations du moyen Age et de la renaissance. Noos ne ferons pas l'historique de la construction de ces digues, auxquelles quatre races de rois ont travaillé, en y comprenant celle des monarques angloangevins , au temps où ils étaient comtes d’Anjou. Commencées par Charlemagne, complétées par Henri 11 d’Angleterre et refaites par Philippe de Valois , elles sont arrivées enfin à l’admirable état de perfection où nous les voyons aujourd’hui. Qui ne s’est plu à suivre sur c« levée» de terre, soutenues au moyen de murs de

revêtement et transformées en grandes voies de communication , les magnifiques développements du cours de la Luire, et son double panorama de maisons de plaisance , de hameaux , de vignobles, de villages, de bois, de bourgades et de villes? L’arcbi lecture militaire du moyen âge n'est plus guère représentée dans le département de LoIr-et-Chcr que par les épaisses murailles de Mondoublenu , conservées aux trois quarts avec leurs tourelles, et le château-fort de cette petite ville. Les fortifications de .Marchenoir, de Montrichard et de Laverdin, sont presque entièrement renversées ; cependant il reste d’intéressants débris de leurs forteresses et de leurs enceintes murées. Ce n'est pas d'ailleurs an moyen âge, mais à la renaissance, que le département de Loir-et-Cber doit ses plus beaux monuments. Les seigneurs d’Amboise y construisirent au xvi* siècle le château de Cbaumont, dont les vastes bâtiments offrent dans leur irrégularité de trèsremarquables détails. Les diverses constructions du château de Blois résument les quatre grandes époques de l'art : les anciens ducs d'Orléans ont élevé la galerie à laquelle on a donné leur nom; Louis XII, la façade orientale, chef-d'œuvre de délicatesse et de simplicité où la brique s'allie si heureusement â la pierre; François I", la façade du nord avec scs belles galeries, ses pilastres brodés d'arabesques, ses balcons circulaires, ses riches pendentifs ; Gaston d'Orléans le quatrième corps de logis où s'étalent, par anticipation, la grandeur et la majesté des édiOces du règne de Louis XIV. La construction du château de Chambord, autre merveille du xvr siècle, appartient tout entière à François I*'. Il ne fallut pas moins de douze années pour en bâtir les nombreux bâtiments dont l'immense étendue rappelle les palais de l'Orient : le Primaticc, qui en traça le dessin, semble avoir pris plaisir â y associer l'architecture mauresque an style de la renaissance. Quand on aperçoit de loin à l'horizon les tourelles , les dèmes et les cheminées sans nombre de cette ancienne résidence royale, on serait tenté de la prendre pour une ville. Le parc de Chambord a trente-deux kilomètres de tour; il renferme dans son enceinte un bourg, une rivière et sept mille arpents de bois. Les châteaux de Fréchines, de Condé, de Madon, de Chivemy, de le Fresnes, du Plessis-Huisseau et de Menars sont de beaux bâtiments : on retrouve dans quelques-uns, particulièrement dans ce dernier, le grand caractëi*e des monuments de la renaissance. La maison du Carroir doré, à Romorantin, n'est intéressante que par le souvenir de l’assaut que François I", dans un accès de gaieté folle, y livra, le 6 janvier 1531, au capitaine de Lorges-Montgommery.

Nous noterons rapidement, dans le département du Loiret, la haute et belle tour de Beaugenci , dite de César, d'une origine fort ancienne; le château de Uien , et celui de Châtillon-sur-Loing où naquit l'amiral de Coligny; les presque méconnaissables restes du château de Montargis; les débris de la forteresse d'Yèvre-le-Châtel, laquelle, affirmc-t-on , correspondait par des signaux avec les tours de Pithiviers et de Montihéry. La tour du château d'Êtampes, dont le plan se compose de quatre sections de cercle, se trouve aujourd'hui enclavée dans le département de.Seinc-ct-Oise. Les châteaux de Meung, de la Ferté-Saint- Aubin, de Sully-sur-Loire, de Malesherbes et de Breuil , se rapprochent plus de notre temt»; une partie des bâtiments de La Ferté remonte pourtant, à ce qu'on assure , au xii* siècle. Deux de ces châteaux, ceux de Sully et de Malesherbes,

sont pleins des souvenirs de Rosny, de Henri IV et de la marquise de Verneuil. Parmi les constructions diverses que distinttueiit les antiquaires, nous rappellerons l'hôtel d<! ville de Beaugenci ; la maison dite du Temple, à Girn, sur la façade de laquelle on voit un homme à cheval très-bien sculpté , en demi-relief ; et les maisons dites d'Agnès Sorel, de Jeanne d'Arc, de Diane de Poitiers, et de François I", à Orléans. Les anciennes furtilications du département d'Eure-et- Loir se composent, à Chartres , de la porte Guillaume ; à Gallardon, de la porte Moutou et des restes d'une vieille tour ; à Illiers, des débris d'une forteresse qui défendait la rive gauche du Loir; à Alluyes, de la tour du chMeau-fort, morceau admirable, mais qui malheureusement tombe en ruines. Les beaux chAteaux de Dreux et de Nogent-le-Rotrou ont été décrits ailleurs. Les autres cliAteaux , épargnés par le temps , en totalité ou en partie, sont ceux d'Auneau ou d'Aunéel; de ChAteaudun, monument d'une remarquable hardiesse; et de CbAteau-Hasé, au hameau de Machelainville. Quelques mausons seigneuriales méritent d'ètre mentionnées pour la beauté de leur architecture. Le superbe chAtcao de AIoutigny-ic-Gannclon fut bAti, à la Qn du xv' siècle, par Jacques de Hcnty, seigneur de ce lieu. Vers le milieu du xvp, Rosny, duc de Sully, construisit le chAteau de Villebon sur le modèle de la Bastille. Ce bdtiment se compose de plusieurs corps de logis dont les façades sont flanquées de tours, et les abords défendus par des fossés pleins d’eau , sur lesquels on a jeté des pontslevis; les meubles des chambres qu'y occupèrent Rosny et son hôte, Henri IV, ont été soigneusement conservés dans leur disposition primitive. Le duc de Sully mourut le 22 décembre 16U à Villebon, où scs entrailles furent déposées dans le caveau de la chapelle. Du magnifique cliAteau d'Anet, bAli sur les plans de Philibert de Lorme et où Diane de Poitiers vécut en reine de beauté , il ne reste plus que le portail , ouvrage de Jean Goujon , que nous admirons tous les jours dans la cour du palais des Beaux-Arts, à Paris. Le chAteau de Alaintenon, dont les anciennes constructions datent du xi' ou do xii' siècle, est baigné par les eaux de la Voise et de l’Eure. Louis XIV, la marquise de Maiiitenon et le poëte Racine, y ont laissé les souvenirs de toutes les grandeurs et de toutes les vanités humaines. On voit près de ce chAteau les immenses ruines de l'aqueduc de .Maintenon, ouvrage du grand roi. Nous ne devons pas omettre de signaler l'ancien temple , connu à Chartres sous le nom de grenier de Loens, et qui est transformé aujourd'hui en magasin pour la manutention des vivres de l'armée.

L'immense vaisseau de l’église métropolitaine de Chartres, accompagné des flèches de ses deux clochers, domine la plaine de la Beauce, comme un vaisseau de haut-bord s’élève avec sa mAlure au-dessus de la mer. Ce monument est un des chefs-d'œuvre de l’architecture du moyen Age, où s'allient le plus heureusement le style roman et le style ogival. I.es premières pierres en furent posées vers le commencement du xi* siècle ; il ne fut achevé qu'à la fin du xii*, quoique d'innombrables corporations d'ouvriers y eussent contribué gratuitement de leurs bras. On ne se lasse point d'admirer, au dehors , la grandeur de la conception générale, qu'égale seulement la sévère beauté des détails ; la façade principale, découpt’-e en trois portes et flanquée de deux tours d'où s'élancent deux hautes pyramides octogones; les porches du nord et du midi

avec leur!) portiques d’une incomparable richesse ; et, à l'intérieur, le caractère harmonieuse'ment religieux de toutes les parties de l'édincc ; la majestueuse étendue de la nef, sur laquelle de flamboyantes croisées en verre peint reflètent leurs chaudes couleurs ; enfin , la clôture du chœur, ou l'art du statuaire, par la merveilleuse légèreté de l'exécution, a rivalisé avec les plus délicates créations de l'orfèvrerie. On descend au moyen de cinq escaliers à la crypte, qu’on appelle l'église sous terrs, et dont les deux longues nefs correspondent à chacun des bascètés de l'église haute. Nous ne pouvons décrire tous les monuments religieux des trois départements qui ont quelque intérêt sous le rapport de l'art. I.es antiquaires font un cas particulier de la flèche de l'église paroissiale d'Unverre; du chœur de celle de Coulombs, qui , commencé par Jacques de Brézé, sons le règne de Louis XI , est resté inachevé; et du portail de celle du Puiset, belle construction du x* siècle. Le village de Marville possède une des églises gothiques les plus remarquables du diocèse de Chartres. Dans le département du I.oirct, nous indiquerons, sans en faire ressortir les beautés ni les défauts, la cathédrale d'Orléans , et Sainl-Aignan , sa première église collégiale ; la chapelle de Saint- Jacques, bétic au XII* siècle, dans cette même ville; l'église de Notre-Dame de Cléry, que reconstruisit Louis XI et où il fut enterré ; la chapelle de Saint-I.azare, du style roman secondaire, élevée à Noyers dans le x* siècle ; et l'église de Saint- Benoît, seul reste de l’abbaye de ce nom. Le département de I.oir-et-Cher, si riche en chêteaux, est pauvre en monuments religieux. Nous ne parlons des églises de Tremblevif et de Cornemon que pour l'acquit de notre conscience : celte de Saint-Laumer, à Blois, et celle du bourg de Salbris, se distinguent par l'élévation de leurs voûtes et quelques détails de leur décoration intérieure.'

I. Le marquis de Lachet, Riitoire de rOrléanais — Essais historlqms sur Orliani. — Oiifray, Bistoire du pays ckartrain. — De Iji Saiesayr, Histoire de ta t Ule de Blois. — Le mCvue, Bistoires des châteaux de Blois et de Chambord. — Frémiuvilte, Mémoire sur tes monuments druidiques du pays ehnrtrain. — Desgranges, .\lots du langage de la campagne du canton de Bonneral. — Doublet de Bois-1hibauU, Église de Chartres. — Paul Hiiot. Rapport sur les monuments anriena d'Orléans. — Verguaud-Romagnésl , Orléans et ses environs. — Le mCme, AIhum du l.oiret.— ÉIrennes orléanaises, aonile 1838. — Bulletin de M. de Cauinoul — €u>oleau, OFnologie française. — Mémoire sur la culture du safran, aux environs tCOrange, |Ukr M. de Gaspsrin. — Dtniblct de Bois-Tliihault , Description géographique, statistique et topographique tCEure-et-Ijoir. -‘■Dunaad, Géographie d'Eure-et-Loir. — Annuaire statistiqsee du département d'Eure-et Loir, anuCes 18VO-18V7. — .Annuaire pour ISiO, publié par le coiniec agricoic de Nogenl-le-Rotmu. — Peuchet et Cbaulaire, Statistique du département de Loiret-Cher. — Annuaire du département de Loir-et-Cher, années 1830-18X3. — J. de Péliany, Essai sur la papulation du département de Loir-et-Cher au xix* siérie. Il y a plus d'idées origfnale<, de Unes etudes et d'ubservaiions profondes dans cette petite brochure de notre coliaborateur 'm. de Pétigny, qu'il n’en faudrait pour faire la fortune d'un gros iivre.

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