‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 27 sur 119 · CAI.AIS · texte numérisé non relu

CAI.AIS

Paris au moyen de celte voie fluviale, Calais va s' en trouver plus rapprochée par son embranchement sur le chemin de fer de Lille ; et bientôt elle sera le point intermédiaire par lequel s'établiront les relations des deux capitales de la France et de l'Angleterre, avec la Belgique et l'Allemagne.

Les rortilicalions de Calais forment un ensemble imposant; mais elles ont le grand inconvénient de ne pas envelopper le port. Or, il importe d'autant plus de le mettre à l'abri de toute insulte , qu'il est une de nos meilleures places d'armes sur la Manche. Pour couvrir complètement le port, il faudrait augmenter d'environ trois cents mètres la circonférence actuelle des remparts. Sous le rapport de l'art, ces fortilications n'ont rien de remarquable : toutefois, la grande porte, sur la route de Paris, construite en 1685, est d'une Ivelle architecture. L'église paroissiale, \otre-l)ame-de-Bon-Secours , et l'église Saint-Pierre, sont les deux seuls monuments religieux de la ville qui attirent l'attention ; la première renferme un remarquable tableau de Van Dick, représentant l'Assomption de la Vierge. Enfin, Calais possède encore le palais qii'Edouard flt bôtir en 1390, pour servir d'entrepôt au commerce des laines, et qui fut donné par Henri II au duc de Guise.

Le dominicain Oulertre, auteur d'une histoire générale des Antilles, Georges Maréchal, premier chirurgien de lajuis XIV, le littérateur Neufvilte de liriigueaubois , le traducteur Delaplace , l'ingénieur Kholas Lereux , le romancier IHgauU- Ubrun , et beaucoup de marins intrépides, tels sont les hommes distingués auxquels tkilais a donné naissance. Nous ne parlons pas d'Eustache de Saint- Pierre, dont il a été question dans le courant de cette notice; on montre à Calais la maison qu'il a habitée. '

BEAUVAIS

Dans les Antiquités de ta Gaule Belgique, Richard de Wasbourg attribue la fondation de Beauvais à un roi de Phrygie , cousin de Priam, nommé Bavo, 'qui vivait 1179 ans avant Jésus-Christ. D'autres font remonter l'origine de cette cité à Belgius, quatorzième roi des Belges, qui était aussi de race Iroyenne et dont le portrait fut exposé pendant plusieurs siècles dans l'église cathédrale de Saint-Pierre. I-a science moderne , qui a fait justice des traditions fabuleuses , s'accorde à reconnaître dans cette ville l'antique Bratuspanlium, capitale des Bellovaques. Perdus

1. Bernard , Uittoire de Caiaitq 1715. — Lefebvre, Hiitoire Calaie ^ Pam, 1766, Souvenirt hieloriqurs tt [>ittorrsquei du Calaisii , 1845. — Collel, yotire hitlorique du Calaisia^ de V Ardreiit ^ Caluh, IH33. — Almanache de Picardie. — Rymer, Acta et fadern pubticu , passini. i'hroniquet de FroK^art. — Hume , Hietory of Englatui. — Hiuory of England , by John Liiigartl. — Baude, Aolice sur le Pas-de-Calais.

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dans leurs fori'ls , dloigni^s de toute civilisation , les Bcllovaques conservèrent longtemps , en présence de la conquête romaine . l'énergie sauvage de la t>urbarie , et César, le premier historien qui leur ait consacré un souvenir, rend à leur valeur un témoignage éclatant.

L'an 57 avant Jésus-Christ, les Bcllovaques prirent part à la grande contédération des peuples belges contre les armées romaines et partagèrent la défaite commune, dans la terrible rencontre qui eut lieu sur les bords de l'Aisne. Après ce désastre ils s'enfermèrent dans Kratuspantinm. C.ésar se présenta bientôt devant leur ville, et comme ils avaient offert de se soumettre, le vainqueur leur laissa la vie, en exigeant toutefois six cents otages et la remise des armes. Peu de temps après, les peuples du nord de la Gaule prontèrent de l'ub.sence du général romain pour attaquer ses troupes dispersées. I.cs Bcllovaques donnèrent deux mille hommes, et celte fois encore la tactique des légions l'emporta sur l'indiscipline gauloise, l'ne troisième insurrection fut également comprimée, et Corréc, le chef de ce soulèvement, ne voulant point survivre à la liberté de son pays, mourut les armes à la main. Dès ce moment on ne songea plus à lutter. César enrôla dans ses légions les habitants de Bratuspantium ; il les équipa, les paya comme les soldats romains et ne leur laissa de leur armement gaulois que le casque, surmonté d'une alouette, symbole de la vigilance, ce qui fit nommer cette légion légion de l'alouette. Favorablement traités par C.ésar, les Bcllovaques combattirent glorieusement sous ses ordres dans les campagnes de Grèce, d'Afrique et d'Espagne. Ils semblaient dès-lors avoir oublié leur nationalité; mais ils se la rappelèrent sous le règne d'Auguste, quand le fisc impérial eut fait peser sur eux la dureté de ses exactions. L'an 29 avant Jésus-Christ ils s'unirent aux Trévires et aux autres peuples belges pour proclamer leur indépendance, mais ils furent vaincus par Nonus Gallus. Pendant le règne de Tibère ils entrèrent encore dans la confédération belge, sous les ordres du Trévirc Julius Florus. Cette insurrection échoua comme toutes celles qui l'avaient précédée. La Gaule d'ailleurs voyait chaque jour s'effacer les souvenirs de sa liberté , et le nom même de ses villes. Bratuspantium était devenu Cœtarotnagus. Les Bcllovaques, admis à participer à l'administration de l'empire, acceptèrent tous les bienfaits et toutes les charges de la civilisation; et l'histoire de Cœsaromayiu n'offre sous les successeurs de Claude aucun événement important.

D'après les actes de saint Lucien , et la tradition populaire , Beauvais aurait été fortitiéc la deuxième année du règne de Néron. L'enceinte, flanquée de hautes tours rondes et bètie de pierres carrées , présentait un petitagonc irrégulier, qui avait environ douze cent soixante-dix mètres de développement On retrouve encore , sur divers points de la ville moderne, quelques débris de ces murs romains, et le ciment en est tellement dur que le peuple prétend qu'il a été arrosé avec du sang de boeuf.

L'établissement du christianisme est environné, à Beauvais, comme partout, , d'incertitude et d'obscurité ; et tout ce qu'on peut accorder de probable , c'est que les lumières de l'Évangile se répandirent dans le Bcauvaisis vers la fln du iir siècle. Dans 1a mobilité des partages de la première race celte contrée passe tour à tour des Auslrasiens aux Neustriens, des Ncustriens aux Ausirasions; mais

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BEAL VAIS.

riiisluin; de la ville reste obsrure et oubliée au milieu d'événements contus qui s'obscui'L'issent encore par l'éloignement des siècles. .\u temps des invasions franques, elle avait subi la destinée commune; il en fut de même dans les invasions normandes. En 8.v0, en 883, un 886, elle fut ravagée, pillée, brûlée par les hommes du Nord ; mais les détails manquent, et les seules traditions qui survivent .se rapportent à l'église. Vers 550, les rois Childebert, Cbilpéric et l'iontran avaient fondé l'abbaye de Saint-Lucien, l'une des plus riches et des plus célèbres de France; et du VL' au x* siècle , de nombreuses et im|>ortantes institutions religieuses témoignèrent, dans l'ancienne capitale des Bellovaques, de la piété des habitants, de l.i puissance et des ressources des évéques. .Mêles à tous les événements politiques, les prélats qui occupent le siège de Beauvais touclient, sous les successeurs de Charlemagne, à toutes les grandes choses, à tous les grands hommes de leur temps. Ilildcmann , qui reçut l'investiture en 821 , joue un grand réle dans les dissensions des enfants de Louis-le-Débonnaire ; et telle était alors l'importance ecclésiastique de la ville, que Charles-le-Chauve y convoqua, en 845, un concile national. Ilerroanfred, successeur d'Ilildemann, souscrivit aux synodes de Quierzy, de Paris et de Tours; Udon, en 867, reçut du pape Nicolas la mission de répondre avec Hincroar aux reproches d'hérésie que Photius, patriarche de Constantinople, adressait à l'Église latine. Il mourut en 881. L'élection de son successeur souleva entre le clergé de Beauvais, le peuple de cette ville et le roi d'une part, et l'archevêque de Beims, Hincmar, de l'autre , une lutte violente où se révèle l'éternelle hostilité du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Li; peuple, à cette époque, intervenait encore dans les élections des évéques. Hincmar, è trois reprises difTérentes , refusa de ratifier le choix des fidèles et du clergé de Beauvais. L'empereur Louis intervint dans la querelle , et malgré l'opposition de l'archevêque de Keims, l'élu du peuple, protégé par l'empereur, fut élevé au siège épiscopal sous le nom de Roger; mais Hincmar, avant de mourir, feieommunia, et Koge'r fut obligé de fuir.

Le comté de Beauvais, qui semble avoir fait primitivement partie de l'héritage de la maison de Vermanduis, fut apporté en mariage par Leutgarde de Vermandois à Thibaut-le-Tricheur, comte de Blois et de Chartres. Eudes I*', Qls de Thibaut, prit la qualité de comte de Beauvais sous le règne de Hugues-Capet. Son fils, Eudes second , succéda à ce titre héréditaire , et le transmit au commencement du XI' siècle à son frère Roger, évêque de Beauvais et comte de Sancerre. L'accession du comté à l'évêché , en 1013, éleva au plus haut degré la puissance temporelle des évêques , qui furent dès-lors seigneurs hauts-justiciers. Au titre de comte, les évêques ajoutèrent, dans le xir siècle, ceux de pairs de France et de vidâmes de Gerberoy. Ils étaient tenus, à cause de leur pairie, l'une des six pairies ecclésiastiques du royaume , d'assister au sacre des rois de France, Dans cette solennité, l'évêque de Beauvais et l'évèque de Langres soulevaient le roi de son tréne et le présentaient au peuple, en demandant è la foule si elle agréait le nouveau mouarque ; mais cet usage tomba rapidement en désuétude , attendu , disait-on , que les habitants d’une ville ne pouvaient répondre pour tout un royaume.

Les évéques de Beauvais jouissaient de revenus considérables et d’une foule de droits importants, comme seigneurs ecclésiastiques et comme seigneurs temporels.

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Malgré leur caractère sacré, ces évêques, dans les si* et xii* siècles, se mêlent n toutes les agiliitiuns de la vie mondaine. Drogon, qui occupa le siège de 1035 ii 1058, s'allie avec Cuillaume-le-Bétard pour combattre ses vassaux révoltés. Foulques de Dammartin, disciple de Lanfranc, abbé du Bec, guerroie contre les châtelains de Beauvais-, et sous le règne de Philippe-Auguste, l’évèque Philippe de Dreux , qui aimait mieux servir Mars que Jètus-Chrisl , se signale sur le champ do bataille de Bouvines , à l'égal des plus intrépides chevaliers. Armé d'une massue ferrée il assomme dans les rangs ennemis Étienne Longue-Épée et le comte de Salisbury , frère naturel du roi d'Angleterre. Fidèle aux habitudes guerrières de ses prédécesseurs. Miles de Nanteuil, qui remplaça Philippe de Dreux sur le siège épiscopal de Beauvais, se distingue dans les guerres de la Terre-Sainte et la croisade contre les Albigeois. Ces préoa-upations toutes profanes n'excluaient point cependant le soin des lettres et de l'Iii.stniction , et l'évêque Gui fonda, dans li- XI* siècle, à Saint-Quentin-lez-Beauvais, une école de théologie qui répandit de grandes lumières. L'Anglais Raoul et le poète Étienne Dalinerre y enseignèrent 1rs doctrines d'Abeilard et de Gibert de la Porée. Hélinand, moine de Froidmont, l'un des écrivains mystiques les plus éminents du moyen dge, y fit ses études; et les noms de Foulques, de Galon, d'Étienne de Garlande, de Gosselin et de Henri de France attestent que la ville de Beauvais marchait à cette époque au premier rang de la civilisation.

Jusqu'ici c'est l'Église qui domine, mais bientêt on voit apparaître une puissance nouvelle, le tiers-état. La cité commence à vivre d'une vie politique, et Beauvais donne en quelque sorte le signal de la révolution communale. En 1099, une commune s'était formée à Beauvais, turbulenta conjuralio fada communionis; mais tout ce qui se rattache à cette conjuration turbulente est couvert d'une obscurité profonde. Quelle en avait été la cause? contre qui était-elle dirigée? M. Guizot, qui a raconté avec détail les péripéties de cette lutte, pense que les libertés municipales ne furent jamais complètement interrompues à Beauvais, et que la nouveMe conquête s'appuyait sur le souvenir de vieux droits légitimement possédés. Suivant le même historien, l'association des bourgeois aurait été principalement dirigée contre le châtelain, qui occupait, à titre de capitaine de la cité, l'une des principales portes de la ville, où se trouvait une forteresse désignée sous le nom de Chastet. Les bourgeois, à l'origine du débat, avaient reçu de l'évêque Ansel aide et protection; mais cet évêque mourut en 1101. Les dissensions qui s'élevèrent après sa mort entre les bourgeois et le chapitre jetèrent la ville dons un trouble extrême. Le roi Louis-le-Gros fut contraint d'intervenir. En 1115, il se rendit à Beauvais pour terminer à l'amiable les différends qui divisaient la cité, et, quelques années plus tard, il conffrmait la commune par une charte qui n'est point arrivée jusqu'à nous, et dont on ignore la date précise, noais qui se rapporte vraisemblablement aux dernières années de son règne. Le roi de France devait bien ce dédommagement aux habitants d'une ville sur laquelle la féodalité avait fait tomber les plus terribles dé.sastres. Ijincelin, comte de Dammartin, s'y était établi tout récemment de vive force, en réclamant le droit de seigneurie. I.ouis le-Gros en personne était venu pour le combattre et le chasser de la ville, et, après un siège de deux ans, il y était entré en vainqueur. En même temps, Thomas de .Maries pillait et ran-

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çonnait les campagnes, et, pour mettre un terme aux brigandages de ce seigneur, le concile assemblé à Beauvais, le sixième jour de décembre de l'an 1111, le rejeta du sein de l’Église. Ce concile, présidé par Conon , légat du pape et évêque de Préneste, prononça en même temps l'eicoramunication contre l'empereur Henri, et renouvela plnsieurs décrets des papes touchant la consenation des biens ecclésiastiques.

En 1 , Louis-le-Jeune , héritier des dispositions bienveillantes de son père

pour la bourgeoisie, confirma la commune de Beauvais, en répétant, selon toute apparence, les principales clauses de la charte octroyée par son prédécesseur. Cette charte impose aux habitants l'obligation de se prêter mutuellement secours ; aile donne aux magistrats municipaux le droit de justice sur les corps et les biens de ceux qui se seront rendus coupables de quelque attentat contre la sûreté publique^ tfn. assure toute sécurité aux marchands étrangers, et à tous les jurés des garanties individuelles, qui sont peu de chose sans doute au point de vue moderne, mai.* qui u'en étaient pas moins , au xii* siècle , la plus haute expression de la liberté, telle qu'on pouvait la comprendre alors. En 1 151 , la commune fit l'essai de sa puissance, et réclama pour elle-même certains droits de justice qui appartenaient à l'évêqnc Henri ; mais cet évêque était frère de Louis-le-ieunc: le roi soutint sa cause. I.es bourgeois protestèrent contre l'évêque et le roi ; les dissensions recommencèrent. Louis-le-Jenne se rendit à Beauvais, réintégra i'évêque dans les droits qu'il réclamait sur la commune, et lui donna toute juridiction dans la ville. La bourgeoisie fut forcée de céder, mais la querelle se continua pendant plus d'un siècle avec toute l'ardeur des passions politiques, et l'Église, la royauté, la démocratie, se trouvèrent encore plus d'une fois en présence. Dans le cours de l’année 1232, les élections municipales excitèrent de nouveaux troubles ; la ville alors était divisée en deux partis ; d'un cêté, les gens riches, les gros commerçants, les changeurs, comme on déait alors; et de l'autre les gens de métier, ceux qui travaillaient pour vivre et qui vivaient avec peine. Chaque parti avait son candidat, et s'opiniâtrait dans SMI choix. I.e roi, pour couper court aux difficultés de l'élection, créa un maire d'office, Robert de Moret, bourgeois de Senlis. Les gens du petit peuple, qui voulaient eux-mêmes nommer leur premier magistrat, repoussèrent opiniâtrément l'élu du roi, se ruèrent sur les principaux de la ville, sur les diangeurs, en tuèrent vingt et en blessèrent une trentaine. Louis revint à Beanva'is, At proclamer le ban, détruire les maisons des coupables, et saisir leurs personnes. L'évêque, qui n'était point cependant partisan du menu peuple, protesta, dans l'intérêt de sa propre puissance , contre cette intervention, et en appela au concile de Reims. Trois évêques, qui avaient assisté à ce concile, supplièrent le roi de prendre en pitié l'Église de Beauvais ; mais il resta sourd à cette prière, et l'interdit fut lancé sur la province de Reims, è cause de l'injustice faite è l'Église. Nous ne suivrons pas plus longtemps ces débats, qui se renouvellent ainsi sans cesse pendant le cours du moyen âge, et qui perdent d'ailleurs de leur intérêt et de leur animation au fur et à mesure qu'on s'éloigne de la grande révolution du xii' siècle. Dans l'origine, la querelle se vide par les armes ; plus tard, quand la société s'est organisée régulièrement, elle se décide dans les procès; les guerres de la chicane succèdent aux guerres par l’épée, et, en 1617, la question du droit de justice est encore pendante au parlement de Paris.

nCAHUIE.

K'échevinagc de Beauvais se composait d'un maire, de treize pairs et de conseillers, qui dùKbüraicnt en assemblée générale sur les affaires de la commune. Les éleclinns municipales avaient lieu (ous les ans, le dernier jour de juillet. I,e maire était élu par tes maîtres des métiers. On recueillait les votes, non point per têtes, mais par corporations, et chaque corps de métier représentait une voix. Avant d'entrer en fonctions, le nouveau maire^edressait une harangue au peuple, et, pour prononcer ce discours, il se plaçait sus une espèce de tribune où se trouvaient entassés des os de morts, dans le but de rappeler an chef de la commune que tons les hommes sont égaux, et qu’il arrive un jour où ceux qui ont exercé le pouvoir sont tenus d'en rendre compte à Dieu. Du reste, la justice municipale à Beauvais fut promptement restreinte dans les limites les plus étroites, parce qu'elle faisait ombrage aux évêques. Au xiii* siècle, les magistrats municipaux ne connaissaient plus que du petit criminel, c'est-à-dire des injures et des rixes. Les évêques, au contraire, conservaient encore, dans le siècle suivant, toute la plénitude de leur puissance. On voit, en 1354, l'échevinage porter plainte contre l'évéque qui avait fait enlever une chaudière de tanneur pour y faire bouillir un homme.

I.a classe affranchie par la révolution du xii* siècle était composée, à Beauvais : de bourge»i$ forains, c'est-à-dire de bourgeois non résidants qui payaient à la ville une certaine redevance ; de grands bourgeois, qui avaient droit de faire partie de l'échevinage, et qui étaient choisis parmi les enfants de la cité, parmi ceux qui avaient pignon sur rue; enfin de petits bourgeois, ou gens de métiers, qui composaient les assemblées primaires dans ies élections municipales. Il y avait, au XIII' siècle, vingt-deux corps de métiers, dont les chefs prenaient le titre de maîtres, de syndics, et queiquefois de visiteurs. En temps de guerre, les corps de métiers, commandés par le maire, marchaient à l'ennemi sous la bannière de sainte Angndrème, et le courage ne leur nt jamais défaut ; on sait leur noble conduite à la journée de Bouvines. Les merciers formaient, comme ailieurs, ta haute aristocratie industrielte. On ies désignait, eux et leurs femmes, sons le nom de eUevaliers et de chevalières de Mercerie; et leur chef s'intitulait rot des Merciers. Il y avait aussi un roi des ménétriers, une corporation des jongleurs et des baladins, et une école de ménestrels où les chanteurs des villes voisines venaient chaque année, au mois de mars , apprendre des chansons. Le commerce des draps et la fabrication des étoffes de laine formaient, dans les xir, xiii' et xiv* siècles, l'industrie la plus importante de Beauvais.

A l'époque qui nous occupe, c'est-à-dire vers la fin du xin* siècle, l'enœinte était circonscrite dans les limites tracées aujourd'hui par les boulevards. La ville était alors divisée en douze quartiers, et chacun de ces quartiers envoyait un représentant à l'échevinage. On comptait, vers le même temps, douze parotases, non compris la cathédrale, quatre abbayes, deux couvents d'hommes, huit chapelles. Beauvais était traversée par dix -oeuf ponts ; elle avait quatre boucheries et cinq prisons.

La réunion d'un grand nombre d'évêques et d’abbés, à l'occasion des différends survenus entre Alexandre IH et Victor IV, un incendie terrible en 1180, elles travaux de fortidcation exécutés en 1190, par ordre de Philippe- Auguste, tels sont les événements de la seconde moitié du xii* siècle. Les conflits de juridk^on qui

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avakat précédemment troublé la dté. se continuèrent après la mort de Pliilippu- Auguste, et, en 1233, saint Louis et la reine Blanche se rendirent à Beauvais pour mettre Qn aux désordres qui affligeaient cette ville ; mais l'agitation devait sc prolonger encore. L’évéque Simon de Clermont, homme de grande naissance et d'u» caractère belliqueux, qui avait pris part, à la tète de ses vassaux , aux expéditions de Philippe-le-Bel contre les Flamands, soutint avec la commune une lutte vio ■ lente. Les bourgeois prirent les armes et brûlèrent l'évèché, en donnant à Simon le surnom dérisoire du Dévêtu. L'évéque s'arma contre les bourgeois, brûla les Taubourgs, excommunia les habitants et défendit aux paysans d'apporter des vivres dans la ville. Philippe-le-Bei Ot arrêter le maire et saisir en même temps le temporel de l'évéque. Le parlement évoqua raffoirc, et les magistrats municipaux Turent condamnés ii faire à genoux amende honorable à Simon-lc- Dévêtu, à replacer dans son pabiis les meubles qu'ils avaient emportés, ainsi qu'une image de la Vierge, du poids de quatre marcs d'argent. Simon mourut en 1312. Son successeur, Jean de .Marigny, déTendit avec courage, en I3i6, sa ville épiscopale contie Édouard III , et le contraignit à la retraite. Moins heureuses quelques jours plus tard, les milices beauvaisiennes furent taillées en pièces sur le champ de bataille de Crécy.

La Jacquerie qui, suivant la tradition locale, éclata pour la premièic fois, le 21 mai 1338, dans le village de Frocourt, vint ajouter bientôt par d'impitoyables ravages et des cruautés sans nom aux désastres de la guerre étraiigi'rc. Mais ce soulèvement populaire s'étendit surtout sur les campagnes, et les habitants de la ville n'y prirent aucune part. L'extermination des Jacques ne rendit pas la paix au Beauvaisis, et le pays, jusqu'en 1360, eut à souffrir des courses de.v Anglais. Quatre ans après, Charles V vint visiter cette ville. Favorablement Irailés par ce monarque et par son successeur Charles VI, qui flt scs pâques à Beauvids, en 1391, etqui y revint encore deux ans plus tard, les habitants s'imposèrent, pour la défense du pays, des sacriflees de toute nature, et, en HIO, le roi, pour les récompenser de leur fidélité, leur accorda exemption de ban et d'arrière-ban. La lutte des maisons d'Orléans et de Bourgogne amena bientôt dans Beauvais l'empereur Sigismond, qui avait oiïert sa médiation pour traiter de la paix. MaisSigismond ne put rien conclure. Le 23 août 1317, lus Beauvaisiens firent un traité avec le duc de Bourgogne ; trois ans après, Pierre Cauchon, l'un des soutiens les plus ardents et les moins honorables du parti bourguignon, fut nommé évêque du la ville, et les habilants , égarés par les conseils et riufiuencc de ce prélat indigne, reconnurent l'autorité de Henri V, roi d'Angleterre; mais, après les victoires de Jeanne d'Arc, ils se déclarèrent |K)ur le roi du France. Les années qui suivirent la soumission de Beauvais h la couronne forment l'une des périodes les plus animées de son histoire. La Hire, Xaintrailles , le maréchal de Boussac, les plus grands capitaines du xv* siècle combattent tour à tour au pied de ses murailles. Ce sont des escarmouches, des guerres continuelles. I.c dimanche 7 juin 1333, les Anglais tentent une surprise, et c'en était fait delà place sans le dévouement de deux habitants. L'un, Jacques de Guehengnies, se jette avec une poignée d'hommes au dehors de la première porte pour défendre le passage ; l'autre, Jean de Lignières, coupe la corde à laquelle la herse est attachée, et les Anglais qui ont déjà franchi

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l'enceinte sont faits prisonniers. Mais la chute de la herse ferme la retraite è Gnehengnies et è son compagnon, et ces braves citoyens meurent en combattant. Pour se venger de cette attaque, six cents bourgeois sortent de la ville, à quelques jours de là, et vont chercher l’ennemi jusque sous les murs de Rouen. Après avoir obtenu quelques avantages sur les Anglais, les Beauvaisiens sont faits prisonniers. Cent cinquante d'entre eux ont la tête tranchée, et l’un des chefs est écartelé. , Ià: pays, exposé à des alertes continuelles, souffrait de tous les maux que la' guerre traîne à sa suite, et c’est sous l’impression de ces misères que Jean Juvénai des Ursins, appelé an siège épiscopal de Beauvais, en U3S, adressa à Charles Vit l’épltre célèbre dans laquelle il retrace les sonlfrances du temps.

Sous le règne de Louis XI, de nouveaux désastres vinrent fondre sur la ville; nuis la grandeur du péril et le nom de l’ennemi devaient donner cette fois aux habitants une gloire impérissable. Le samedi 37 juin U73 , Charles-le-Téméraire , à la tète d’une armée de quatre-vingt mille hommes, se présenta sous les murs de la place. A neuf heures du matin il commença l’attaque et donna deux assauts dans la même journée. Chaque habitant flt noblement son devoir; les femmes se portèrent sur les remparts avec de la poix fondue et de l’hnile bouillante, et ce fut à l’une de ces attaques que Jeanne Lainé renversa d’un coup de hache un soldat bourguignon qui plantait sa bannière sur la muraille, et s’empara de cette bannière, glorieux trophée qu’on peut voir encore aujourd’hui à l’hêtel-de-ville de Beauvais. Les jours suivants l'ennemi redoubla d’efforts, et le 9 juillet les Bourguignons donnèrent un nouvel assaut. Les femmes combattirent encore au premier rang, et quand les assaillants s’éloignèrent , laissant plus de mille morts dans les fossés, les habitants les virent à regret cesser l'attaque, estant cTavis que tant plut longuement y eussent esté , tant plus y en fit demeuré. Charles-le-Téméraire leva son camp le 32 juillet, laissant les églises et les cimetières , les abbayes de Saint-Lucien, de Notre-Dame-du-Thil-et-de-Marissel remplis des cadavres de ses soldats. On avait, pour enterrer les morts, tellement remué la terre qu'on eût dit que les champs avaient été labourés comme pour des plantations de vignes.

Louis XI écrivit aux habitants pour les féliciter de cette belle résistance, et institua la procession de Sainte-Angadrème , en permettant aux femmes, dans cette cérémonie, de marcher immédiatement après le clergé. La procession de Sainte-Angadrème, qui s'était perpétuée jusqu’à la révolution, fut rétablie le 13 décembre 1806. Dans les dernières années du xv* siècle, il ne se passe rien d'important Les farceurs de Févéehé et les moineurs du pont Pinar jouent des moralités à l'occasion des victoires remportées sur les Turcs et de la conclusion de la paix. Les débats se continuent toujours entre l'évèque et les otBciers municipaux, è propos de la justice. Les premières années du siècle suivant sont également stériles. On fête tour à tour, à leur entrée solennelle, Louis XII et François I". Les impôts levés pour la guerre dévorent les ressources des habitants, et en 155A, les peigneurs et les Sieurs de laine, an nombre de sept à huit mille, abandonnent leurs ateliers, en menaçant d’incendier la viSe. Aux agitations causées par les souffrances de l’industrie , se joignirent bientôt les troubles du protestantisme. En 1560, l’évèque Odet deChàtillon, neveu de l’amiral de Culigny, embrassa publiquement la réforme, et la colère du peuple éclata avec violence à l’occasion de cette

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apostasie. On accusait les protestants de pWages et de sacrilé^ odieux. On leur reprochait, entre autres, d'aroir fait rdtirà la broche une hostie qu’iia avaient prise dans l*ëgiise de SaVigny. Cétaient là des prétextes suffisants pour tuer. Quelques calviirisles furent tués en effi^, et l'agitation se proiongea jusqu'au moment où Odet de Chdtiilon se réfugia en Angieterre. Il y mourut en 1570, empoisonné, dit.«n , par un de ses serviteurs , i l'instigation du duc de Norfoik.

Comme dans la plupart des villes de la Picardie , la Saint-Barthélemy ne flt aucune victime^à Beauvais. I.es catholiques, en apprenant ce qui s'était passé A Paris , se bornèrent i prendre des mesures de sûreté contre les calvinistes, et, tout en se détestant, les deux Églises vécurent en paix. En 1577, les ouvricra en laine, les tisserands de la ville et des faubourgs se livrèrent aux plus graves excès contre tes gros marchands et l'aristocratie bourgeoise. Quelques années plus tard, de nouvelles émeutes éclatèrent, à l'occasion de quelques droits d’entrée. Les mêmes scènes se renouvelèrent encore è propos de l’impét d'un sou pour livre établi par Henri III sur la draperie. En 1680, la peste vint aggraver les désastres publics. Le mercredi après Pâques, 6 avril de la même année, il y eut un violent tremblement de terre, et les Més périrent noyés par les pluies. I.es processions parcouraient la ville , même pendant la nuit , et les habitants des campagnes , logés et nourris gratuitement , assistaient à ees solennités , au nombre de sept à huit mille. L’année 1586 fut des plus misérables. Au milieu de ces désastres, un gentilhomme des environs de Beauvais, le sieur de Saint-Sanson, donna un bel exemple, dont le souvenir mérite d’être conservé. Il 6t l'aumône è tout venant avec une générosité telle que, pendant plusieurs mois, les pauvres du pays, qu'il appelait ses èfoMtert, trouvèrent dans son château la nourriture de la journée.

La Ligue avait été signée à Amiens le 20 mai 1588 ; quelques mois après, les habitants de cette ville envoyèrent an peuple de Beauvais un député pour représenter la nécessité de venger les (luises. Ce message fut favorablement accueilli, et le 21 janvier 1589 les Beauvaisiens adhérèrent à l'acte d'union. L’arrivée du duc d'Aumale ajouta à l'enthousiasme des ligueurs. On prodigua les serments, on offrit des secours, on décréta une loi des suspects. Deux bourgeois, accusés d'être les ennemis de l'Union , furent condamnés à être pendus, leurs corps mis en quatre quartiers, et leurs membres exposés aux portes de la ville pour servir d'exemple. C'étaient chaque jour de nouvelles expéditions contre les places de la province qui tenaient le parti du roi de Navarre. Un Beauvaisien illustre , affligé des maux de son pays, Antoine Loisel, usa de toute son influence auprès de l'échevinage pour l'engager à reconnaître Henri IV, et la ville se soumit enfin le 22 août 1595.

Après la Ligue, les habitants de Beaüvais demeurèrent tranquilles quelques années; mais pendant les troubles qui agitèrent la minorité de Louis XIII ils reprirent les armes. Au mois d'octobre 1615, les compagnies privilégiées de la milice marchèrent au siège de Clermont avec le maréchal d’Ancre. La Fronde causa également quelque rumeur. Les enfants, divisés en mazarins et en frondeurs, se livraient sur les remparts des cbmbats à coups de pierres. Ce fut dans l'une de ces rencontres qu’un jeune écolier do collège de Beauvais reçut an front une blessure dont il conserva la marque toute sa vie. Cet écolier, c’était Jean Racine. Du reste, il ne se passa rien de sérieux. Une affaire toute locale agita bientôt les esprits; le

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maire et lea pair» avaient commis le» malversations les pins graves. Deux bourgeois de marque poursuivirent activement la réforme des abus. La ville se partagea en deux camps, le parti du maire et des pairs, qui défieudait les privilèges et la non responsabilité du pouvoir, et le parti des réformateurs, qu'on appelait les xé/n, parce qu'ils s'annonqaieBt comme les défenseurs des libertés du peuple. 11 y eut procès; les zélés se ruinèrent, et les abus furent maintenus. En tb75, des débals semblables se renouvelèrent encore. Un arrêt du conseil d'état réduisit le nombre des officiers municipaux , et vers la lin du siècle , la commune ne conservait de scs anciennes libertés que le droit d’élire les échevins. Les évéques, quT avaient perdu depuis longtemps les principaux attributs de leur puissance, gardaient encore, à cette époque , une grande iiiDuence dans les affaires locales ; et ils siégeaient, avec voix prépondérante, dans \’ assemblée des trois-élals, institution particulière à Beauvais , qui se composait des hommes de Bef de l'évéclié , des députés du chapitre et de ceux du corps de ville.

L'histoire de Beauvais, dans le cours du xviii* siècle, se réduit à fort peu de chose. La ville ressentait encore les suites cruelles de la maladie contagieuse qui l'avait ravagée en 1750, lorsque les querelles du jansénisme vinrent jeter la division dans toutes les classes, et jusque dans les maisons religieuses. L'esprit philosophique, pendant cette période, avait exercé une ioiluence notable dans la ville, et en 1788, au moment des premières rumeurs de la révolution, la population se montra disposée à aborder franchement la question des réformes sociales. L'assemblée des trois ordres du bailliage s'ouvrit le 9 mars. Le clergé réclama la convocation des conciles provinciaux de trois ans en trois ans, le rétablissement de la pragmatique, la liberté des élections canoniques, etc. La noblesse renonça à tous ses privilèges pécuniaires, et demanda que les impéts fussent supportés par les propriétés, sans distinction de propriétaires et que les titres nobiliaires ne pussent s'acquérir désormais à prix d'argent ni par l'exercice des emplois, mais seulement par des actions brillantes, certifiées par des témoins oculaires, ou sur la demande des états provinciaux. Plus fatigué de l'ancien régime que la noblesse et le clergé, le tiers-état réclamait davantage, et l'on pressent en quelque sorte, dans ses cahiers, la déclaration des droits de l'homme.

Les premières agitations révolutionnaires furent causées par la disette des grains. On eut recours alors à un ancien usage , aux assemblées générales des représentants des corps de métiers , qui furent appelés b former un bureau de subsistances. L’organisation de la municipalité et la distribution d'une brochure qui portait pour ^igraphe : Tu dors. Picard, et Louis est dans les fers, excitèrent aussi quelques désordres. En 1791, on nomma un évêque constitutionnel. L'année suivante. Merlin de Thionville, Debrye et Legendre arrivèrent pour accélérer les levées, et il y eut de beaux exemples de patriotisme; deux jeunes vicaires épiscopaux se firent inscrire ; et l'un d'eux mourut peu de temps après avec gloire sur le champ de bataille.

Les conventionnels Collot d'Herbois et Isoré vinrent bientôt è Beauvais pour y surveiller les royalistes et y convertir les modérés aux doctrines de la révolution. Ils eurent pour successeurs deux de leurs collègues, Levasseur de la Sarthe et André Dumont, dans cette œuvre de propagande. On arrêta plus de trois cents

BEALVAtS.

personnes; mais la plupart furent reUehées. I.'année suivante André Dumont revint unç seconde fois en mission extraordinaire. Il prit des mesures violentes pour épurer les administrations et (mur donner une impulsion nouvelle aux esprits. Cependant, au milieu des plus grands excès, le parti de la modération eut constamment la majorité. Aucun événement important ne signala à Beauvais les dernières années de la république. Kapolèon traversa officiellement cette ville en 1802 au mois de novembre. Sous son règne, tout se borna il des travaux d’assainissement et d'embellissements intérieurs. Au moment des derniers désastres, en 18H, la population beauvaisienne prit les armes pour la défense du territoire et se porta à la rencontre de l'ennemi vers Montdidier. Il n'y eut point d'engagement ; toutefois les alliés, irrités de cette démonstration, songèrent un moment à incendier la ville.

Tels sont les principaux événements dont Beauvais a été le théétre depuis l<!s l>remiers temps historiques jusqu'à nos jours. Siège d'un évêché qui compte parmi ses titulaires des hommes éminents dans KËglise, cette cité eut, au moyen Age, une grande importance ecclésiastique, et l'on y trouve, à toutes les époques, un grand nombre d’édiHces religieux. Nous signalerons , antérieurement au XI* siècle, l'église paroissiale de Saint-Vaast ou de Samt-Ëtienne , qui fut rebâtie vers 997, et dont on voit encore quelques 'débris sur la place Saint-Étienne, vis-à-vis la petite rue du Maire; les églises de Saint-Nicoias, de Saint-Michel, dont l'existence est constatée en 871 par les formules de Maixulfe; Saint- Gilles, la àlagdeleine, l'église de la Basse-OEuvre , qui succéda, vers le milieu du IV* siècle, à un temple païen , s'il faut en croire la tradition; Saint-Pierre, église cathédrale, dont les fondements furent jetés vers l'an 991, par l’évéque Hervé; les chapelles Sainte- Véronique et l'église Notre-Dame du Thll. Dans le cours du XII* siècle, on construisit peu d'églises, car les évêques étaient occupés à comhattrc, soit en Normandie, soit en Terre-Sainte; leurs démêlés avec la commune leur donnaient d'ailleurs trop d'occupations pour qu’ils songeassent à doter leur ville d’éditees importants. Le xiii* siècle fut plus fécond. C'est à cette époque (I2l7-I93à) que l’évèqueMiles de Nanteuil commença la cathédrale de Saint-Pierre, qu'on admire encore aujourd'hui. Cette cathédrale est célèbre à juste titre, comme l'un des monuments les plus remarquables du moyen-Age. Guillaume de Gretx, cinquante-huitième évêque, fit continuer les travaux jusqu'en 1967. Ils furent terminés en 1372, et on y officia le 31 octobre de la même année. Mais les voûtes s'étant écroulées en I38à, on en construisit de nouvelles, qui forent achevées quarante ans plus tard. La première pierre de la nef transversale (üt posée en grande cérémonie le 31 mai 1300. Cet édiOce offre ainsi un curieux spécimen, des diCTérents styles qui se sont succédé du xin' au xvi* siècle. Par malheur, ce magnifique monument est resté inachevé ; mais il n'en présente pas moins un effet vraiment merveilleux per l'harmonie de ses proportions gigantesques.

Le souvenir de l'une des fêtes les plus biiarres du moyen Age se rattache à l’histoire de la cathédrale de Beauvais, nous voulons parler de la fila de CAne. Cette cérémonie burlesque fut instituée dans le cours du ix* siècle. Le 11 janvier, à la pointe du jour, une jeune Allé montée sur un Ane, et tenant un enfant dans les bras, pour représenter la fuite en Égypte, partait de la cathédrale et se ren-

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dait à l'église Saint-Étienne. L'Ane , recouvert de superbes draperies, et la jeune fille portant une rliappe d'or, étaient introduits par le clergé dans le sanctuaire. La messe commeofait ; le Kyrie, le Gloria, XEpUre, le Credo, Vite misea e»l et le Deo gratiat se terminaient toujours par le cri trois fois répété de Ai Aon ! Aprè.s l'épltre, on chantait la prose de l'Aue; chaque couplet de cette prose avait pour refrain :

liez , sire ine , car chantez Belle bouche rechignea Vous aurez du Ibio aseei Et de ravoÎDc à plantez.

On ignore la date précise de la cessation de cette fête A Beauvais.

On trouve encore, parmi les fondations du xiii* siècle, l'église de Saint-André et l'église et le couvent des Jacobins, où Vincent de Beauvais fut inhumé. Plusieurs maisons religieuses furent fondées à la même date , entre autres les Cordeliers et la communauté des béguines, établie par saint Louis. Ces béguines ayant été soupçonnées d'hérésie, le concile de Vienne en ordonna la suppression (13101.

Le XI v' siècle a laissé peu de monuments A Beauvais. 11 n'existe plus, de l'architecture religieuse de cette époque, que quelques débris de l'église de Saint- Barthélemy. L'abbaye de Saint-Lucien fut réédifiée en partie après l'attaque des Anglais, en 13A6. Le xv' siècle est encore moins fécond en constructions religieuses que le siècle précédent, et dans les époques postérieures on ne s'occupe guère que de réparations ou de reconstructions peu importantes. Les derniers débris de l'abbaye de Saint-I.ucien ont disparu en 1810. La tour qui flanque lu muraille nord-ouest du palais épiscopal est le seul édifice militaire du xi' sièck; qui soit resté debout A Beauvais. Les deux grosses tours dont la façade de l'éveché est décorée, furent élevées au xiv* siècle par Simon de Nesie, après l'insurrection des bourgeois, et A l'aide de l'amende qu'ils lui payèrent. Les constructions civiles des XV* et xvi* siècles sont très nombreuses A Beauvais, et il est peu de villes en France qui aient conservé autant d'anciennes maisons. La plus ancienne de ces maisons, située sur la place Saint-Pierre, paraît remonter au xi‘ siècle, et on présume qu'elle a été habitée par les évêques.

Parmi les hommes distingués que Beauvais a produits A diverses époques, nous citerons Arnold, évêque de Rochester, auteur du Texius Roffentit; Arncmld de Corbie, chancelier de France; Jean Michel, évêque d'Angers; le philologue Jean Thierry, éditeur des Doute pelils grammairient , collaborateur de Robert Estienne, qui lui a consacré un souvenir élogieni dans la préface du Thésaurus lingua latina; Enguerrand Leprinee, peintre sur verre; Jean et Philippe YiUiers de f Isie Adam, Claude Lasangte, Aloph et Adrien de Vignaeouri , tous les cinq grands maîtres de Malte; Antoine Loisel, jurisconsulte et historien , disciple de Ramus et de Cujas; GitUs d'Auvigny, surnommé le Pamphile , auteur du poëme du Tuteur de l’amour; Claude Binet, l'ami de Ronsart ; Nicolas Tristan, auteur de mémoires estimés; Jean Loisel, médecin de Louis XII; Godefroy Herman! , recteur de l'université de Paris au xvii* siècle ; Jean Foi Vaillant, savant antiquaire , et l'un des plus ardents adversaires des.jésuites; le jiiriscnnsnltc Airme/,- l'abbé Dubos, Lenglet Dufresnoy,

François Méiengvy; le grammairien PUrre Reslaut; le brave général Valrin , mort dans l'expédition de Saint-Domingue ; l'avocat général de Broé.

Sous l'ancienne monarchie, Beauvais avait, outre son évêché, une lieutenance générale, un bailliage, une justice consulaire, un siège présidial et une élection. Comme centre d'administration civile et ecclésiastique, elle a encore aujourd'hui une grande importance. Cette ville, siège d'un évêché et chef-lieu de préfecture, renferme 13,325 habitants ; on évalue la population du département à 398,868 êmes, dont 132, 1 2-2 appartiennent à l'arrondissement. Les tapisseries et les tapis sont l'une des plus l>elles industries de Beauvais. La manufacture royale, fondée en 166», occupe quarante-deux métiers; plus de trois mille ouvriers sont employés dans les fahrii|U(;s de passementerie, et près de douze cents dans celles de blondes et de dentelles. I.a fabrication de la tabletterie, les chamoiseries , les fabriques de draps, de couvertures, de bonneterie, les lllatures de laine, de cotpn , et les sucreries sont aussi une source de richesses pour le pays.'

Cette petite ville, bêtie sur le penchant de deux coteaux, à cinq lieues de Beauvais, et à la même distance de Sentis , est située; 'sur la grande route de Paris à Amiens. C'était au moyen A;:e la capitale d'un co.iité qui eut longtemps scs comtes particuliers. Catherine de Clermont, fille aînée de Raoul, connétable de France, apporta ce comté en dot a Louis, comte de Blois et de Chartres. En 1218, Philippe .Augustc en fit l'acquisition, et le donna ensuite en apanage à Philippe-le-Hurepel. En 1251 le comté retourna à la couronne ; mais saint Louis ne tarda point à l'aliéner de nonveau en faveur de Robert de France. Ce fief changea souvent de maîtres. En li88 il passa de la maison de Bourbon dans celle de Bourbon-Montpensier. Il

(1) P. Louvet , Histoire de la ville et cité de Beauvais et des antiquités du BeauvoiâiSt iti-8. — A. l^ysel , 3fémoires des pays, villes, comté et comtes, évêchés et évêques, pairie, eommun« et personnes de renom de Beauvais en Beauvoisis, 1A17, in*i. — Denys .Si6ion, Supplément àChistoire de Beauvais, 1700, in>19 ; adtiiTion (du ui^mc) à l'histoire de Beauvais, — Discours du siège de Beauxais, par Chartes, duc de Bourgogne, en Fan Ii7i. t6ti, san.« nom d'auteur — Essai suria souveraineté et sur le droit de justice qui y est attaché, ou mémoire pour les officiers du bailliage et siège présidial de Beauvais, 1767, iu*6. — Godefroy Heimand , rhanoioe de Beauvuts, Histoire civile et eerlèsiastique de la ville et diocèse de Beauvais, avec les titres er pièce! justificatives, % vol in-fol. 11 exivU» de eeite bi'iUdn? un mjiinscrit à la Bibliothèque du Roi, nupplémcut français U's nianoscrits de dom (Jn'nier renferment en outre un grand nomlire de dociimcnU ndatifs à l'histoire de Beauvais. — Édouard de La Fontaine, Histoirs politique, morale et religieuse de Beauvais, 1H(0, i vol. in-6. — Histoire de la ville de Beauvais depuis le ztv siècle. )MUir làiœ suite à l'ouvrage d'Édouard de La Fontaine, vol. ithB. — Cambrv,

/>«jcHprion du département de l'Oise. — GHIktI , iVo/ic« et descriptive de l'église

cathédrale de Saint-Pierre. — Wullku, Notire historique sur la mime cathédrale. — Mémoires de la société des antiquaires de Picardie,

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