‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 28 sur 119 · II · texte numérisé non relu

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fut plus tard constitué en dot à Catherine de Médicis ; puis engagé par Charles IX au duc Hcnrick de Brunswick. En 1582 il appartenait à Marguerite de Navarre. Henri H, prince de Condé , Charles de Bourbon , grand-mattre de France, le prince de Carignan, la princesse d'Harcourt le possédèrent successivement. Enfin il échut à Louis-Henri, duc de Bourbon, prince de Condé, et il resta dans cette maison célèbre jusqu'en 1789.

Telle est en peu de mots l'iiistoire du comté de Clermont ; quant à la ville, son origine est complètement inconnue, et l’on ne peut ajouter foi à l'opinion émise par Jean lÆmaire qui, dans ses Illustrations des Gaules, en attribue la fondation à Clarinus , lieutenant de César ; il serait possible néanmoins que (3ermont se fût élevé sur l'emplacement d'un camp romain : sa forme est celle d’un carré oblong, et c’est précisément celle que les Romains donnaient à leurs stations militaires. On a écrit aussi que Chilpéric^ brûla Clermont vers 586 ; mais ani une autorité sérieuse ne vient à l'appui de cette assertion. On sait seulement d’une manière positive qu’au temps de Hugues Capet les seigneurs de Clermont entri'tcnaient déjà de tioinbreux hommes d'armes dans leur château, qui fut bâti, selon toute apparence, au moment où les premières invasions normandes désolèrent la Picardie.

L'histoire de Clermont est peu importante ; en voici les principaui souvenirs. Guiliert de Nogent, né dans le voisinage de celle ville, au village de Catenoy, fut, en 1070, nommé chanoine de la collégiale de Saint-Arnould, la plus ancienne et la principale église de Clermont , qui fut rebâtie en llli par le comte Renaud H. Ce comte accorda au cba|iitre une foire de trois jours avec la connaissance des délits commis pendant la ilurée de cette foire. >’ers la tin du siècle, l.ouis de Champagne, comte de Clermont, de Blois et de Chartres, et Catherine sa femme, concédèrent aux habitants une charte, de commune. Charles-le-Bel , qui était né dans le château en 129’r, revint habiter cette forteresse vers 1325, et Philippe de Valois en 1338 y signa une onlonnancc qui autorisait la reine à gouverner le royaume pendant son absence. Sous le règne de ce prince, Clermont, comme tout le Beauvoisis, eut à souffrir des invasions anglaises; mais la Jacquerie y causa des maux plus grands encore que la guerre éti angère. « Ces méchantes gens , » dit Froissart en parlant des Jacques, « ces méchantes gens assemblés sans chef et sans armures roboient et ardoient tout , et elTorçoient et violoient toutes dames et pucelles, sans

pitié et sans mcrcy, ainsi comme chiens enragés et avoient fait un roi entre

eux qui étoit,si comme on disoil adonc, de Clermont en Beauvoisis, et l'élurent le pire des mouvais; et ce roi on appeloit Jacques Ilunliomme. »

Jacques Bonhomme, dont le véritable nom était Guillaume làiillel , fut vaincu, lui et les siens, entre ('.atenoy et Nointel, dans un lieu qu’on désigne encore aujourd’hui sous le nom de Chant p-de- Hataille , par Charles-le-Mauvais, roi de Navarre, qui le fit conduire à Clermont, où il eut la tète trancliée. Peu de temps après, le captai de Buch se présenta devant Clermont , et en une journée enleva le château sur les vilains du pays, à l’aide d’crhelles de corde et de grands crocs d’acier. Bernard de la Salle y entra le premier en rampant comme chat, dit Froissart. Maître de celte forteresse, le captai île Buch la garda longtemps, et les hommes de, la garnison coururent tout le pays d’alentour et le travaillèrent durement.

Isabelle de Valois, Charles V et son successeur, habitèrent à diverses reprises

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le chÂtean de Clermont , qui avait été en 1338 le théâtre de conférences politiques entre le dauphin , régent du royaume , et le roi de Navarre. Dans les premières années du xv' siée le, la ville, qui n’était point encore fermée au temps de Froissart , fut entourée de fortiGcations, et, en moins de trente ans, elle eut à soutenir plusieurs sièges. Les Anglais l'attaquèrent en 1319 et furent contraints de se retirer sans avoir obtenu d'autres avantages que la destruction du faubourg Saint-André. Le maréchal de Boussac, le duc d'Orléans, les Bourguignons et La Dire s'en emparèrent tour à tour; et, en 1337, elle fut rendue aux Bourguignons pour la rançon de ce vaillant capitaine qui avait été fait prisonnier à Beauvais, au moment où il jouait à ia paume.

La Ligue ramena la guerre sous les murs de Clermont. Henri IV s'empara de cette ville en 1.389 ; .Mayenne la reprit l'aimée suivante , mais le parti cathoIi(|ue ne tarda point à la perdre de nouveau. Le Béarnais avait gagné d'avance le gouverneur La Grâce, dont le frère servait dans l’armée royale. La Grâce laissa les assiégeants tirer paisiblement une centaine de coups de canon. Quand la brèche fut pratiquée, il se réfugia dans le château , où il capitula au bout de vingt-quatre heures. Les soldats de Henri IV piHèrcnt Clermont pendant di\-sept jours de suite. Quand les premiers désordres furent passés, on répara les fortifications, et M. de Harcourt en prit le commandement au nom du roi de Navarre. Le -20 octobre les ligueurs de Beauvab firent une nouvelle entreprise contre cette place, et tentèrent l’escalade ; mais ils furent repoussés et ne rapportèrent de leur expédition qu'un étendard sur lequel on lisait : Pro Chrislo et Uenrico, et qui resta longtemps exposé dans la cathédrale de Beauvais.

Pendant la minorité de Louis XIII le prince de Condé, brouillé avec la cour, se retira dans le château de Clermont et le garnit de soldats Le maréchal d'Ancre se présenta pour le reprendre le 25 octobre 1615, et s'en empara après cinq jours d'attaque.

Clermont, sous l’ancienne monarchie, était compris dans le grand bailliage de Vermandois. Cette ville avait une maréchaussée, une maîtrise des eaux et forêts, un bailliage, une élection , un grenier à sel et un corps de ville composé d'un maire, d'échevins, de conseillers et de notables. En*1255 saint Louis confirma le maire dans le droit qui lui avait été concédé par les comtes de couper chaque semaine une charretée de bois dans la forêt de la Neuville-en-Hci, et de prendre dans les boucheries une épaule de boeuf par semaine, depuis le dimanche le plus proche de la Sjiint-Arnould jusqu'au dimanche le plus proche de la Saint-.Martin , c'est-à-dire du 18 juillet jusqu'au 11 novembre Le chapitre de Clermont, qui était de fondation royale , jouissait de droits fort étendus. Le jour de la fête de Mongneville les habitants de ce village étaient obligés de demander aux chanoines, leurs seigneurs, la permission de danser. On voit par un acte capitulaire de 1533 qu'ils la demandèrent cette année à Jean Piquet , prévôt du chapitre qui représentait scs confrères, la permission fut accordée; mais, pour ne pas perdre une des prérogatives dont les chanoines avaient toujours joui , Piquet fit en personne l'ouverture de la danse.

Un collège calviniste fut établi à Clermont en 1609 pour l'enseignement des langues grecque et latine, de la musique, de la rhétorique, de la logique et de la dialectique. Ce collège fut démoli en 1685. Il y avait en outre un couvent de cha-

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iioines réguliers de la Trinité et un couvent d'ursulines. La dévotion è saint Jengon , patron des bons maris ' attirait au moyen âge à Clermont un grand concours de peuple, pendant la Tête de ce saint, au mois de mai. La paroisse de la ville est sous l'invocation de saint Sanson. Le château, par son ancienneté, sa construction extraordinaire et son assiette, mérite de Oxer la curiosité. De la montagne où cette forteresse est placée on découvre au sud-est les buis de Senlis et jusqu’è la commune de üammartin ; au midi , le château de Champlàtreux , les environs de Luzarches, de Beaumont ; à l'ouest, la cathédrale de Beauvais; au nord-ouest, le parc et les ruines du château de Fitz-James.

Parmi les hommes illustres que la ville ou le comté de Clermont ont vu naître , nous citerons au premier rang le roi de France Charles-le-liel. Suivant quelques bi.storiens saint ImuU serait né au village de la Neuville, situé dans la forêt de la Neuville-en-Hez, près Clermont ; et, quoique cette illustration ait été disputée par le bourg de Poissy, la Neuville peut invoquer diverses lettres patentes des rois qui témoignent que Louis IX a reçu le jour dans les murs de son château. Le célèbre légiste Braumanoir, qui présida les plaids de Clermont en 1280 ; Guibirt de Xogent, et dans les temps plus rapprochés de nous, Jacques Gréviu , conseiller et médecin de .Marguerite de France, fille de François I**; Jacques Charpentier, auteur d'un Parallèle entre Aristote et Platon; le célèbre critique Adrien Baillet, et l'archéologue Fauvet, ancien consul de France à Athènes, appartiennent également, suit à la ville de Clermont, soit à diverses localités voisines.

Clermont, chef-lieu de sous-préfecture, compte aujourd'hui 3,833 habitants; on évalue la population de l'arrondissement è environ 90,000 âmes. I.a ville fait le commerce des toiles, des lins et des blés. Des filatures de laine et d'étoupes, des draperies, des fabriques de lacets et de tissus de laines et de coton, tels sont les principaux établissements qui répandent la vie et le mouvement dans cette cité et dans ses campagnes. On trouve à Clermont une maison centrale pour les femmes condamnées à la détention au-delà d'une année.'

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Les Silvanectes habitaient une partie de la province à laquelle les Romains avaient donné le nom de Belgique ; ils formaient un peuple libre et se gouvernaient par leurs propres lois. Suivant leur habitude, les conquérants de la Gaule tentèrent d’imposer une dénomination latine à la capitale de ce pays. Ils l'appelèrent Augustomagus; mais l’ancien nom a prévalu; c’est du mot Silvanectes, corrompu par le

I . Mémoires fur Clermont en Beauvoitis, envoyé à dom Grenier, hislorioaraphe do Picardie , le 17 décembre 17«T, par M. Lemoine, valet de chambre du roi; accompagné de notes |iar M. do Cayrol ( Dans les Méra. de la Société des Antiquaires do Picardie, I. I". p. *65 ). — Description du département de l'Oise, par Cambry. — Histoire de Beauuais, par Doyen.

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temps, que celui de Sentis est dérivé. Les Romains firent une place forte d’.4uçuslomagus. On voit encore les restes des remparts dont cette cité fut entourée ; ils sont construits en assises de pierre séparées par des cordons de briques.

Vers la fin du ni' siècle, saint Rieul apporta l’Évangile aux habitants de Sentis. Parmi les miracles qui attestèrent sa mission divine , il en est un dont la tradition locale a gardé le souvenir. Un jour qu'il prêchait dans la campagne, auprès de la marre de Reuilly, sa voix se trouva couverte par le coassement des grenouilles : le saint leur imposa silence . et elles se turent aussitôt. Puis, quand il eut achevé son sermon, il permit à une seule de se faire entendre. Depuis ce temps, dit-on, jamais il ne s'est élevé qu'un seul coassement à la fois dans la mare de Reuilly. Cette légende ressemble beaucoup à celle de saint Paul qui, prêchant près de Reggino, dans la Calabre , fut interrompu par les cigales. Elles empêchaient le peuple d'entendre la parole de Dieu. Saint Paul les maudit, et, depuis, les cigales du territoire de Reggino sont restées muettes. Je ne sais laquelle de ces deux histoires a servi de type à l’autre ; quoi qu’il en soit, saint Rieul était en grande vénération à Senlis où l'on croyait posséder ses reliques , bien qu'on montrât aussi dans la ville d’Arles le corps entier de saint Rieul. Peut-être a-t-il existé deux saints de ce nom.

Quand la domination des Franks eut remplacé celle des Romains, Senlis ne perdit rien de son importance ; les rois des deux premières races élevèrent un palais dans cette ville, et ils y battirent monnaie. Ce fut à Senlis qu’en 870 Charles-le- Chauve fit emprisonner son fils Carloman. Sur l'intercession des légats du pape il loi rendit fa liberté; mais ce jeune prince s’étant de nouveau révolté en 875, Charles ordonna de lui crever les yeux.

Senlis, sous la première race, fut gouvernée par des comtes amovibles; mais lorsque les fiefs devinrent héréditaires, elle subit la loi commune. Le comte Pépin mourut en 875, laissant trois fils , Bernard I", Heribert et Pépin ; il eut pour successeur Bernard l'ainé de ses fils, qui fut le premier comte héréditaire de Senlis. Bernard I" étant mort en 892, ses frères Heribert et Pépin se partagèrent ses domaines. Peppin eut les comtés de Senlis et Valois ; il les conserva jusqu'en 902.

Ses enfants. Pépin II et Heribert, gouvernèrent successivement jusqu’en 910. Rs eurent pour successeur Bernard II , qui prit une part très-active aux troubles dont le règne de Louis d'Outremer fut rempli. Flodoard rapporte que ce comte, voulant mortifier le roi, fit enlever la meute et les équipages de ce prince qui se préparait à chasser dans la forêt de Cuise. Bernard eut pour successeur son fils, Raoul I" (955-9871; en l’année même où Hugues ('.apet, duc de France, échangea sa couronne ducale pour la couronne de roi , Raoul II hérita de Senlis ; ce comté passa en t0l5 entre les mains de Simon son fils. Cx;lui-ci étant mort en 1077, fut remplacé par Adèle sa sœur. Elle avait épousé Hubert IV, comte de Vermandois. De cette manière, les comtés de Senlis et de Vermandois se trouvèrent réunis.

A la journée de Bouvines, l'armée fut rangée en bataille par Garin ou Guérin , chevalier hospitalier de Jérusalem, qui venait d'être nommé évêque de Senlis.

La charte de commune de la ville de Senlis remonte seulement aux derniers temps du règne de Louis-le-Jeune. Elle porte la date de l'année 1 173, et elle a été confirmée par Philippe-Auguste en 1201 . Il est assez difficile de préciser l’époque à laquelle le jugement par les pairs de la commune fut aboli pour y substituer le

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jugement par des officiers royaux. Seulement il est certain que le bailliage de Sonlis était établi en 1319. Il«i) est fait mention dans une charte datée du mois de se|iteinbrc de cette année , par laquelle Philippe-lc-Long institue la préidté de (ioiiipiègne et la soumet à la juridiction supérieure du bailli de Seidis. I.e bailliage .se composait du la plus grande partie' du pays habité autrefois par les Bellovaques et les Silvanecles. Senlis en était le siège capital. Compiègne se trouvait compris dans son ressort, ainsi que les châtellenies qui forinaient dans le principe le comté de Valois. Mais, comme nous l'apprend l'article premier de la coutume de Senlis, ces châtellenies furent distraites du bailliage par des lettres patentes de juillet I40ti, lorsque le comté de Valois fut érigé en duché-pairie, pour être donné en apanage au duc d'Orléans, frère de Charles VI. I.a révision des cau.ses jugées par le bailli ou par ses lieutenants appartenait au parlement de Paris.

Quand toutes les villes avaient leur sobriquet, on commença par appeler les habitants de Senlis U cheitifs. Certes, jamais ^ithète ne fut moins méritée, car plus d'une fois ils ont fait preuve de iH-aucoup de courage. Pendant les guerres de la Jacquerie, ils surent se défendre également contre les Jacques et contre les seigneurs. Ils repoussèrent les Jacques qui pillaient et égorgeaient tout ce qui n'était pas populace ; ils re|H)us.sèrent les seigneurs qui , à leur tour, pillaient et égorgeaient tout ce qui n'était pas noblesse. En 1358, rapporte l'roissart, un très-grand nombre de gentilshommes, après le sac de .Meaux, se réunirent pour s'emparer de Senlis. l u jour ils y entrèrent avec furie, dans le dessein de la saccager; mais les liourgeois avaient été avertis. Ils se tinrent sur leurs gardes et les ayont laissé s'engager tians les rues, ils donnèrent sur eux avec tant de résolution et si à propos qu'ils les taillèrent en pièces.

Pendant les guerres des Itourguignons et des Armagnacs, la ville de Senlis, comme toutes celles de ces contrées, passa successivcnuMit au pouvoir de deux partis. Le duc de Bourgogne s'en empara peu de temps après l'assassinat de la rue Barlcctte ; quand la paix d'Auxerre fut conclue, en 1412, cette ville fut restitué-eau duc d'Orléans. L’année suivante, elle fut de nouveau attaquée par les Bourguignons; mais elle se défendit avec courage et avec succès. Assiégée quelque temps plus tard par Jean de Luxembourg, capitaine du duc de Bourgogne, elle fut prise et resta au pouvoir de ce prince, malgré les elTorts de Charles VI , qui, en 1418, tenta inutilement de la reconquérir. Quand, après le sacre de Charles VII, Compiègne et pre.sque toutes les châtellenies du Valois eurent reconnu l'autorité de ce prince, quand les habitants de Beauvais eurent chassé C.auchon leur évêque parce qu'il était dévoué aux Anglais, les troupes royales s'avancèrent vers Senlis. Bedfort s'était retiré près du village de .Montespiloy; mais, d'aucun des deux cètés, on n'osa hasarder une affaire générale. Une des ailes de chaque armée fut seulement engagée, et, après un combat sans résultat, le roi se retira à Crépy. Les Anglais se réfugièrent â Senlis. Néanmoins ils n'osèrent pas y rester longtemps, etCharl&s VII fit son entrée dans cette ville à la fin du mois d'août 1429.

Plus de deux siècles s'é-coulent sans que Senlis révèle son existence par un seul fait qui soit digne d'ètre rapporté. Toutefois il faut signaler sa noble conduite, au milieu des horribles repré-sailles qu’ont enfantées nos haines religieuses. Lors de la Saint-Barthélémi , Senlis avait reçu l'ordre de massacrer les protestants ; par une

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Bi'iiérosilé qui honore le Kouvcnieur et les habitants, on avertit les hu|^icnuts, qui purent se mettre en sûreté. Plus lard, les liourgeois de Senlis refusèrent de .s'associer à la ligue. Mais le duc de .Mayenne panint par surprise à s'em|«irer de cette place.

Il est nécessaire de dire maintenant quelques mots de deux corporations qui vont jouer un rèle honorable dans l'histoire de Senlis ; ce sont les compagnies de l'ar- Iwlète et de l'arquebuse.

L’exercice de l’arbalèlc était en grand honneur à Setdis; il existait une compagnie dont les statuts furent renouvelés du temps de François 1", en septembre t. '>36. Un des articles de ce réglement portait : «Tu ne parleras, ne diras, sur homme ou sur femtne, mol qui soit tléshonnéte di’ssous la ceinture. Itrm en fréquentant ledit jeu, entre deux buttes, tu ne nommeras le diable en aucune manière. » Ia; roi (le l'artmlile de Si'iilis, c’est -à-dire celui dont la Mèche avait abattu le papegault. ne payait aucun impét pendant son année de régne. S'il était roi trois années consécutives, il était déclaré empereur et restait exempt d'impôts pour toute sa vie.

Bien qu’il nous ait été impossible de retrouver la charte d'institution de la compagnie des an|uebusicrs de Senlis, nous ne saurions hésiter à la faire remonter au milieu du xvi" siècle, ('.elle compagnie avait un roi et un capitaine. Iæ roi était désigné par l'épreuve du papegault , qu'on tirait tous les ans le premier dimanche de juillet et les dimanches suivaiiLs. Uelui qui abattait l'oiseau était roi. Il était exempt de taille et de tout impôt , non seulement pour sa personne et ses propriétés, mais il pouvait encore acheter et revendre, sans |)ayer de droits, vingt muids de vin d'une récolte étrangère. Indépendamment de ces avantages matériels, le roi avait le droit de porter, à toutes les cérémonies publiques, une couronne d'argent doré qui lui était remise au moment où il abattait le papegault. Il devait la rendre (piand sa royauté expirait, c'est-à-rlire l'année suivante, lorsque commençait le tir de l'oiseau. Cette couronne existait encore en 1682. Le roi n'exerçait aucune autorité sur la compagnie. Elle était commandée par un capitaine que eboisissait la majorité des cbevaliers. Il fallait (|ue cotte élection fût approuvée par le gouverneur de la province. Le capitaine était comme le roi exempt de tous droits, impvMs et sub.sides; l'élection du capitaine ne pouvait être faite que pour une année seulement Tous les membres de la compagnie étaient liés entre eux par le serment de ne jamais porter les armes contre le roi tie France , ni contre la ville de Seidis : aussi trouve-t-on souvent dans les titres cette expression te serment de l'arquebuse, employée au lieu de celle-ci lu compagnie de l’arquebuse. Au .sobriquet de cheitifs, donné dans le principe aux habitants de Senlis, on avait substitué celui de besueiers. L’arquebuse de Senlis l'adopta et s’en fit un titre d'honneur. Sur son ilrapeau, on avait représenté un gueux chargé d'une besace ; et pour montrer que l'intention de la compagnie était de le porter où il y aurait de l'honneur et quelque déchirure à gagner, elle y avait inscrit cette devise qui pouvait s'appliquer au drapr-au aussi bien qu'au la*sacier : t'iorescet sarhs innumerabiiibus. « Il Meurira pur d'innombrables raccommodages. »

Les ar(|uebusicrs de Senlis prouvèrent que leur devise n’était pas de leur part une forfanterie. Pendant la Ligue, ainsi qu'on l'a vu, l’armée du duc de Mayenne s'était em|>arée de Senlis. line grande jvartic dis arquebusiers, restés fidèles à

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Henri III , avait abandonné la ville , en sorte que la société se trouvait entièrement désorganisée. Sur ces entrefaites, vers le commencement d'avril, M. Louis de Montmorency de Bouteville parv int à pénétrer dans Senlis ; il en chassa les ligueurs. Son cousin, Guillaume de Montmorency, seigneur de Tlioré et de Chantilly, se jeta dans la place avec une foule de gentilshommes, ses vassaux ou ses amis. Les sieurs de Moucy et de Vigneules frères lui amenèrent cent cavaliers et cinq cents hommes d'infanterie.

La place était peu forte, mais elle était d'une grande importance, en ce qu'elle coupait la route de la Picardie où la Ligue possédait quelques villes. Aussi, pour la reprendre , un corps de quatre mille hommes vint presque aussitôt l'investir. Le duc d'Aumale arriva ensuite à la tète d'un corps de cavalerie assez considérable : il prit le commandement du siège. Enhn Balagny, qui était maître det^iambrai, amena encore quatre mille hommes de bonnes troupes et sept canons. I.c siège fut poussé avec activité; la brèche fut ouverte au rempart de Montauban.M.de Thoréde .Montmorency avait confié la garde de cette partie des murailles à une troupe formée à la hâte de quelques débris de l'arquebuse et d’autres bourgeois de la ville. Le 16 mai on donna l'assaut. I.a nouvelle compagnie se comporta vaillamment ; deux de ses membres, François Iledin et Louis Aufroy furent tués sur la brèche, et six blessés ; puis après une journée tout entière de fatigue et de combat , les membres de cette société travaillèrent pendant toute la nuit avec leurs enfants et leurs femmes pour relever le rempart , qui au point du jour se trouva en bon état.

La ville n'était malheureusement pas aussi bien pourvue de vivres que de défenseurs; les munitions étaient presque épuisées. .M. de Thoré pensa qu'elle ne pourrait pas tenir si elle était attaquée de nouveau par les bonnes troupes de Balagny qui n'avaient pas donné la veiiie. Il s'engagea donc è rendre la place si elle n'était pas secourue dans la journée suivante. Il savait en elTet qu'un secours s'organisait à Compiègne, mais il était à rrain Jrc qu'il n'arrivât trop tard. Im brave I.a N'oue était chargé de cette entreprise où il rencontrait des obstacles de tous genres. Il s'agissait de conduire à Senlis des poudi es et des munitions ; mais les marchands ne voulaient pas livrer leurs denrées sans être préalablement payés, ou du moins sans qu'une bonne garantie leur eut été assurée. Il n'y avait personne parmi les gens de guerre qui eût de l'argent. Eh bien , dit l.a Noue , ce sera donc moi gui ferai la dépense. Garde son argent qui l'estimera plus que son honneur l tant que /aurai une goutte de sang et un arpent de terre je l'emploierai pour ta défense de mon pays. Et aussitôt il engagea sa terre de Plessis-des-Tournclles aux marchands qui lui fournirent des munitions. Près de Senlis il trouva l'armée des ligueurs qui venait à sa rencontre. De leur côté les habitants et la garnison de Senlis sortirent de la ville et tombèrent sur les assiégeants, qui furent bientôt dans une complète déroute. Iji compagnie des bourgeois, qui avait défendu la brèche faite au rempart de Montauban, se signala encore en cette rencontre et elle enleva deux coulevrines h l'ennemi. La ville de Senlis décida qu'une fête serait célébrée chaque année en mémoire de celle déli\ rance cl qu'on y ferait des prières non-seulement pour le roi, mais encore pour le brave Iji Noue, quoiqu'il fût huguenot. Pendant longtemps on fêta cet anniversaire et l'on pria pour La Noue, môme après qu'il fut mort.

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M. de Montmorency de Thoré voulant récompenser les bourgeois qui s'étaient si courageusement conduits au rempart de Monlauban , en forma une compagnie sons le nom Ae fusiliers royalistes de Sentis. Il leur donna un drapeau sur lequel étaient les armes du roi entourées de branches de lys avec cette devise : ‘l/s ont soutenu la gloire du roi à la perte de leur sang et conservé la pureté des lys. Dans le principe les fusiliers repurent une solde. Ils étaient armés de fusils fournis par l'arsenal de la ville, et les officiers étaient nommés par le gouverneur de Senlis. Il existait, comme on le voit, plusieurs dilTérenres entre cette compagnie et celle de. l'arquebuse; les arquebusiers choisissaient leurs officiers et ne recevaient aucune solde-, ils étaient propriétaires de leurs arquebuses. Les fusiliers, au contraire, n’étaient que des détenteurs de fusils appartenant à la ville ; ils ne nommaient pas leurs chefs. Enfin les fusiliers ne marchaient dans les cérémonies qu’après les arquebusiers, qui avaient le pas sur tous les corps armés, quels qu'ils fussent.

Malgré ces difTérences, les deux corporations, formées d’enfants de la même cité, étaient animées du même amour de la patrie. Aussi elles vécurent en bonne intelligence jusqu’à la révolution. Le 13 décembre 1789, elles assistaient toutes les deux à la procession qui eut lieu pour la bénédiction des drapeaux de la garde nationale, l'n événement funeste vint signaler celte journée.

L’n horloger nommé Billon, homme dur et vindicatif, faisait partie de la compagnie de l’arquebuse. Un prêt d’argent qu’il avait fait à un nommé Levasseur fut déclaré usuraire par sentence du bailliage. La compagnie de l’arquebuse, fort rigide pour tout ce qui touchait l'honneur, s’assembla , et dans une délibération à laquelle prirent part M. Delorme, capitaine, MM. Leblanc, Caron, Pigeau, le fameux comédien Préville , qui faisait partie du comité permanent , et presque tous les membres de la société , on décida que Billon serait rayé du contrôle , et que l'entrée du tir lui serait interdite. Billon , exaspéré par son expulsion , jura hautement qu'il se vengerait, et bientôt il saisit l'occasion d’accomplir ses horribles projets.

Le dimanche 13 décembre 1789, jour indiqué pour la bénédiction des drapeaux de la garde nationale , tous les corps avaient été invités et s'étaient assemblés à rHôtel-de-Ville d'où ils se rendaient en cérémonie à la cathédrale. Le cortège s’avançait lentement en montant la Vieille-rue-de-Paris, quand , à la hauteur de la maison de Billon , on entendit un coup de fusil. La première pensée fut d’attribuer cette explosion à quelque arme partie au repos, mais on ne put longtemps rester dans" l’erreur. Cambronne , tambour de l’arquebuse , tombait frappé d'une balle au-dessus de l’œil. Au même instant, M. I.eblanc, fils du député à l’Assemblée nationale, l’un des chevaliers de l’arquebuse, recevait une balle dans le bras gauche. M. Delorme , capitaine de l’arquebuse et cfievalicr de Saint-Louis, accourait pour voir d'où provenait le tumulte , lorsqu'il fut frappé de trois balles dans la poitrine. Il put faire encore une dizaine de pâs , et mourut au bout de quelques minutes. C'était lui que Billon haïssait le plus.

M. Deslandcs, lieutenant général au bailliage de Senlis, fut aussi atteint d’un coup de feu. Heureusement ce magistrat ayant fait un mouvement pour se bai.sser, le coup, de.stiné à sa poitrine, n’atteignit que le sommet de sa tête, et les chevrotines dont il était chargé n’y firent que sept légères blessures. A l’instant on se II. 19

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précipita sur la porte de Binon. Elle fut enfoncée par la foule qui avait à u tête M. Hamelin, M. de Labruyère, lieutenant de la maréchaussée, M. Boitel de Dienval, tqaréchal des logis de cavalerie, M. Rouiller, sous-lieutenant de la maréchauss<;e à la résidence de Compïègne , et bien d'autres braves. Mais BHIon s’était barricadé au premier étage de sa maison. Il avait pratiqué dans les portes des rainures recouvertes d'une coulisse qu’il ouvrait et qu’il fermait à volonté , et d'où il foudroyait les assaillants. Il fallut faire successivement le siège de chaque pièce. -Dans une chambre, on aperçut un amas de fagots et de paille disposé on bouquet de Saint-Jean, qui déjà commençait à brûler. Ce bûcher renfermait un baril de poudre , et au moment où .M . de Mbruyère venait de saisir Sillon , forcé dans ses ^ derniers retranchements, la maison s’écroula avec un horrible fracas, ensevelissant tant de braves gens qui s'étalent si courageusement dévoués. La force de l'explosion fut telle que soixante-six maisons voisines furent ébranlées. Celle qui était contiguë s'écroula, écrasant dans sa chute une femme qui s'y trouvait.

Dès que le premier moment de trouble causé par cette horrible catastrophe fut passé, on s'occupa de retirer du milieu des décombres les malheureuses victimes qui s'y trouvaient ensevelies. Lorsqu'on découvrit M. Hamelin , il dit : Allez au plus pressé , le coffre est bon ; mais il avait les jambes prises sous une poutre énorme. Quand on l'eut porté cher lui , il refusa de recevoir les soins d'un chirurgien avant que les autres blessés eussent été pansés. M. de Labruyère ne fut retrouvé qu'après deux heures de fouilles. Il était si couvert de blessures qu'on ne pensait pas qu'il pût survivre; cependant il n'avait de plaintes que pour les autres.

Si j’étais seul, disait-il , mais mes pauvres camarades I... Le nombre des citoyens qui périrent dans cette circonstance est de trente, parmi lesquels on comptait beaucoup d'arquebusiers et trois fusiliers royalistes. Celui des blessés dépassait quarante. Quant à Billon , il fut trouvé un des premiers, respirant encore ; mais le peuple était tellement exaspéré contre lui, qu'après l'avoir lapidé, il porta son cadavre à la geiMe ; et le lendemain , sur condamnation prononci’‘e par le bailliage, Billon fut traîné sur la claie jusqu'aux fourches patibulaires. Une sentence du bailliage ordonna de raser sa maison , et lit défense de bâtir à l'avenir sur son emplacement.

Senlis est peu riche en monuments publics; cependant sa cathédrale mérite d’élre citée. Iji flèche, surtout, qui s'élè\e à l'une des extrémités du portail, est remarquable par sa linesse, i>ar son élégance et |wir sa hauteur. Cette ville avant la révolution, était le siège d'un évêché, dont l’histoire offre peu d’intérêt. Elle est aujourd’hui le chef-lieu d’un arrondissement où l’on compte 79,77.j habitants, et où l’agriculture et l’industrie manufacturière .sont très-florissantes. Des manufactures , des filatures, des tanneries sont les principaux établissements industriels de Senlis. On y comptait , en tSVl , habitants. '

I. Coutume de Senlii, commonli^ par BoucM. Paris, IG31, — Tou/um? de Senlis, commeiilêc par Rkatil.— Petites afflehes de Senlis du mois de dmuDhru 1789. ~ maiiusrrUs de

M. AlTorly. Gis imuiioires rornienl vin^l-eiiiq volnnu's iii-l* qui apjKirlii'iiMüiit û la bihliotlHHiue d.> la ville de Sèinli**.

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