II
IMCAItUIE.
qu'au ri'giie de Cluirlfs-le-<^hauvc, ne pr^eiile que des événements |)eu importants, et il faut considérer comme apocryphe l'intrigue nouée par la reine llriinchault avec un jeune seigneur amiénois, pendant qu'elle faisait réparer la voie romaine qui traverse la Picardie. L'alliance des Amiénois et des Huns contre Dagobert parait devoir être également rangée parmi les fables.
Sous la première race, le pouvoir politique et le pouvoir administratif furent partagés li Amiens entre l'évèque, qui, soumis à l'élection populaire, était comme l'héritier de la curie romaine, et le comle, officier royal qui rendait la justice et administrait au civil et au militaire. Un ne saurait, du reste, déterminer nettement la limite qui séparait ces deu.v pouvoirs naturellement rivaux, et toujours en lutte parce qu'ils se touchaient. Charlemagne établit dans son empire une administration uniforme , et Amiens, comme toutes les grandes cités, fut soumise à la nouvelle organisation. Ce prince, du reste, ajouta par quelques franchises spéciales à Ja prospérité de cette ville , qui faisait alors un commerce important de bétail et de grains , et qui avait en même temps des ateliers où les femmes Olaient le lin cl la laine, et des fabriques où l'on préparait le cuir pour les ceintures militaires et les bottines dorées des grands seigneurs.
Lors de la dissolution de l'empire Orolingien, les invasions se succédèrent presque sans trêve et sans repus. En 8G0, Amiens fut pillé par les Normands, et Charlesle-Chauve, qui ne pouvait les vaincre , acheta leur retraite en leur payant un honteux tribut. Vingt ans plus tard, Louis III et Carloman se rendaient dans cette ville pour partager le royaume de leur père, et le partage était à peine tenniné, que les hommes du nord se présentaient de nouveau, plus implacables et plus avides. Frappé de tant de désastres, le peuple se croyait meiiacé par la nature ellemême. On racontait qu'en l'année 80G, le soleil s'était levé sur Amiens, opa(|ue et noir, comme une masse de charbons éteints. On avait vu des croix se dessiner sur le disque de 1a lune, et, pendant toute une semaine, des bataiilons armés s'étaient heurtés dans les airs. Tous ces prodiges furent suivis d'une peste, et les Normands revinrent encore après la contagion. La ville fut brûlée par Rollon , en 925. Les désastres des guerres h'xvdales se joignirent aux ravages des invasions. Dans le cours du X* siècle , Amiens est ensanglantée par les seigneurs qui , affranchis de toute autorité supérieure , se disputent scs murailles et son territoire. Elle tombe tour à tour, et par les droits de la guerre, au pouvoir du comte de Vermandois, de Hubert II, de Louis d'Outre-mer, de Hugues Capet. L'anarchie se prolonge pendant les premières années de la troisième race, et c'est dans l'histoire des comtes qu'il faut alors chercher l'histoire de la cité.
Nous mentionnerons ici, parmi les plus célèbres de ces comtes, Dreux de Vexin, qui épousa en 1029 Godowine , sœur de saint Édouard, roi d'Angleterre, Itaoul de Créquy, successeur de Dreux de Vexin, Simon, fils de Raoul qui, après avoir reconquis le comté d'Amiens sur Philippe I", se retira dans le monastère de Siintcr.laudc en Bourgogne. En 1079, Simon fut appelé à Rome par Grégoire VH qui l'employa activement dans les affaires de l'église, et à sa mort on l'inhuma à côté du pape.
Quelques chartes font connaître d'une manière assez complète l'état judiciaire et administratif de la ville d'Amiens au xi' siècle, antérieurement à la révolution coin-
AMIËNâ. Il
munalc. Toutes les fonctions politiques et civiles s’étaient en quelque sorte matérialisées par rétablissement (le la féodalité. Le partage des pouvoirs féodaux et des attributions administratives avait été en réalité un partage de domaines territoriaux . La seigneurie du comte s'étendait d'une manière générale sur la ville et sur la banlieue; celle del'évéque, bien qu'il fiU seigneur dominant, était restreinte aux domaines propres de son église ; après eux venaient le châtelain, feudataire du roi, qui était investi avec son Hef, la tour du castillon, de certains droits de seigneurie et de justice , et , à côté du châtelain , le vidame , lieutenant civil de l'évéqiie , qui avait aussi une portion de puissance et recevait le titre de prince de la cité. Cependant l'évéque , le vidame et le châtelain avaient laissé leurs attributions s'absorber peu â peu dans l'omnipotence du comte. La cour féodale de ce seigneur remplaça au xr siècle, pour l'administration de la justice, le scabinat institué par Charlemagne; certains vassaux, quali6és du nom de vicomte, et chargés, à titre d'hommage , du service judiciaire en mémo temps que du service militaire , tenaient les plaids seigneuriaux dans la ville et sur les terres du comté. Mais leur justice était loin de répondre aux besoins de la population; leurs fraudes, leurs extorsions, excitaient les plaintes du peuple et du clergé , et à la fin du xi* siècle leur juridiction fut réformée par les comtes Gui et Ives.
Un nouvel ordre de choses allait bientât sortir de ce chaos des misères et des violences, et déjà se manifestaient les premiers symptdmes du mouvement révolutionnaire qui devait modifier, au profit de tous, l'état exceptionnel établi par la féodalité. Dès l'an 1025, les habitants d'Amiens s’unissent par un pacte de paix avec les habitants de Corbie , et cet engagement est non-seulement réciproque entre tes deux villes , mais encore entre tontes les personnes domiciliées dans l'enoeinte et sur le territoire de ces villes amies. Le titre de procurator reipubtieœ ambianensii subsiste encore comme un souvenir de l’ancienne constitution romaine ; et des citoyens d’élite figurent dans les actes publics avec les titres de primores urbis, de t'fri authentici habentes in plebe jus leslimonii.
L’exemple de Noyon, de Beauvais et de Saint-Quentin, qui se formèrent en communes dans les premières années du xii* siècle , entraîna les Amiénois , et dès l'an 1113 ils entreprirent de se constituer en association communale. Ils avaient alors pour comte Enguerrand de Boves, seigneur de Coucy, et GeoliWiy pour évêque. Geoffroy se montra favorable à cette insurrection légitime. Il se rappelait sans doute cette belle parole d’un saint des premiers âges : les hommes ne sont serfs que de Dieu; et grâce à sa médiation , les habitants négocièrent avec Louis-le-Gros, et obtinrent du roi, au prix d’une somme d’argent, la confirmation de leur commune. Mais Enguerrand de Boves, contre lequel la révolution avait été principalement faite, traita les Amiénois en rebelles et les attaqua avec l'aide du châtelain Adam. I>es bourgeois étaient soutenus par les soldats de l’évéque et par Guermond , seigneur de Picquigny, vidame de l’évèché. Ils avaient en outre dans leur parti le fils même d’Enguerrand de Boves, Thomas de Marie, qui se mit en campagne contre son père et contre le châtelain Adam. Ces deux seigneurs, repoussés dans Tenceinto du castillon, furent bientèt contraints de se tenir sur la défensive, car la population tout entière s'était armée contre eux, et les femmes elles-mêmes, viri 1 æquipnranda, combattaient au premier rang. Mais la réconciliation de Thonia*
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et d'Enguerrand chatigea la face dea choses ; les domaines de I‘év6que furent dévastés, pillés et occupés militairement. Geoffroy, dt^ouragé, renvoya à l'archevêque de Reims les insignes de sa dignité et se retira au monastère de Cluny, puis à la chartreuse de Grenoble (11U)> lorsqu'il revint, en 1115, le célèbre Ives de Chartres, qu'il vit à Beauvais, l'éngagea à réclamer de Ix)uis-le Gros aide et secours, et lui-même écrivit au roi une lettre en faveur des bourgeois d'Amiens. Louis avait plusieurs motifs de se plaindre de Thomas de Marie; il marcha contre ce seigneur qui, blessé dans une rencontre, se retira dans son château de Maire, laissant les plus braves de ses hommes de guerre dans la tour du castillon. Vers la fête des Rameaux de l'année 1115, l'armée royale arriva aux portes d'Amiens; le castillon fut attaqué, et, après un premier assaut, Louis-le-Gros, blessé à la poitrine, convertit le siège en blocus. La citadelle ne se rendit qu'au bout de deux ans, enlllT; le castillon fut démoli : Enguerrand de Boves et sa famille furent dépossédés du comté d'Amiens; la famille des anciens comtes rentra dans ses droits, et la commune fut solennellement reconnue par l'autorité royale. Le texte de la charte communale de 1117 n’est point parvenu jusqu'à nous; nous ne la connaissons que par une confirmation de 1190. Cette charte consacre, pour la ville d’Amiens, trois sortes de droits ; la liberté politique, le droit de justice criminelle et l’administration de la justice civile. Elle n’établit point d’une manière formelle les magistratures municipales; elle mentionne seulement l’échevinage, à propos des délits dont le jugement doit appartenir désormais au conseil souverain de la commune. Ces délits, énumérés sans ordre, peuvent être rangés en trois classes : I* les attentats contre la commune envisagée comme corps politique ; 2° les crimes contre les personnes des jurés ou membres de la commune ; 3° les crimes et délits contre les biens des jurés. Les bourgeois qui se rendent coupables de forfaiture envers la commune sont punis par la démolition de leur maison, et par l’expulsion hors des limites de la banlieue. Il n’est point parlé de l'homicide. Du reste, toutes les peines prononcées par la charte se résolvent en amendes , et ces amendes se partagent entre la commune et les co-seigneurs qui conservaient dans Amiens des droits féodaux. Désormais le soin intérieur, la garde et la sûreté de la ville, l'entretien de ses fortifications, la tutelle des intérêts civils appartiennent à l’échevinage ; mais pour rencontrer des détails précis sur l’organisation de la commune , sur le mode d’élection de ses magistrats, sur leur nombre et leurs attributions, sur les revenus municipaux, sur la constitution des corporations industrielles, qui sont la conséquence de l’alTrancbissement , il faut anticiper sur l’ordre chronologique. Des coutumes qui paraissent avoir été écrites dans le courant du xiii* siècle font connaître d’une manière assez complète l’étendue de la juridiction échevinale , la législation civile et criminelle de la ville d’Amiens, l’état de la police et les ressorts de l’administration. L’échevinage est changé chaque année, et tous les citoyens concourent à son renouvellement. Il se compose d’un maire et de vingt-quatre échevins. Le maire, qu’on voit figurer pour la première fois dans l'histoire en 1 1 52, sous le titre de major commaniœ amùianensis, est choisi par les chefs des métiers sur une liste de trois candidats présentée par les magistrats municipaux sortant de charge. L’élection du maire terminée, les chefs des corporations choisissent douze échevins qui à leur tour en choisissent douze autres. On procède ensuite à la nomination de quatre
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comptables cliargés d'administrer les flnanics et de surveiller les travnuv publics.
Ces comptables portent les noms de : grand cdtntpUur, receveur des renies, m offre » ■,
des présents et payeur des rentes à rie, maitre des ouvrages. Si les magistrats mu- . ,
^nicipaux refusent d'accepter leur office , Us sont punis par l'abatis de leur maison , et n'en sont pas moins tenus d’exercer les fonctions qui leur sont confiées. Le ’ maire , seul , ou avec l'assistance des érbevins , a la nomination des offices inferieurs, des jaugeurs, des courtiers, du gardien du belIVoi, du maître charpentier de la ville. Les chefs des corporations reçoivent le nom de mayeors de bannières.
Ces mayeurs , nommés directement par les gens du métier, sont les chefs politiques de la corporation ; la police industrielle est confiée à des eswards qui font exécuter •
les règlements et dénoncent à l'échevinage les délits commis par les maîtres et les ouvriers.
Puissante à son origine, la commune sc fortifia peu b peu, en achetant ou en se faisant céder, différents droits par les co-seigneurs qui se partageaient la souveraineté dans Amiens ; et bientôt elle acquit un nouvel élément de prospérité, en passant du domaine des comtes dans le domaine de la couronne. Philippe d'.blsace, comte de Flandre, ayant perdu, en 1182, sa femme ÉHsabetb, garda tes fiefs qu'elle lui avait apportés en dot , et parmi eux le comté d'Amiens. Hais la sœur d'Elisabeth, Éléonorc de Vermandois, qui était l'héritière légitime, céda en secret ses droits è Philippe- Auguste , et ce monarque éleva des prétentions sur le comté.
La guerre édala bientôt entre le roi de France et le comte de Flandre ; ce dernier fut vaincu, et après avoir sollicité une trêve, il vint se jeter anx genoux de Pbilippe- Anguste , et remit entre ses mains l'héritage d'Élisabeth. Cependant il tenta bientôt de ressaisir le domaine qu'il venait de céder, et Philippe-Auguste s'apprêtait è le combattre quand la paix fut rétablie par la médiation du roi d'Angleterre et du lé^du saint-siège. En vertu d'un traité signé en 1186, le roi de France prit possesaion de l’Amiénois, ce qui dut nécessairement réagir sur la situation politique dé la cité. En effet, comme roi et comme comte, Philippe-.Aaguste se trouva dès lors investi, dans Amiens, d’une double puissance, et il fit valoir sa prééminence absolue, non seulement è l’égard des pouvoirs féodaux coexistants, mats è l'égard de la commune eUe-même. Du reste, ce prince eut toujours avec les habitants d'Amiens des rapports bienveillants. Cest dans cette ville qu'il épousa, en ItK, Ingeibnrge, la plus belle des sœurs de Canut, roi de Danemark. L'amour, plus encore que la politique , avait décidé cette union ; mais la satiété succéda vite à l'amour; <■ par l'instigation du diable on les maléfices de quelque sorcière, o le roi prit en dédain sa jeune femme; le divorce fut prononcé. Ingeibnrge, reléguée dans une retraite obscure, écrivit anx chanoines d'Amiens, pour se recommander è leurs prières; elle leur envoya des présents, et leur promit, si le ciel lui rendait la tendresse du roi, des dons plus considérables ; les chanoines prièrent pour la reine, et Philippe reçut en grice la femme qu'il avait dédaignée. Les lettres d'Ingelburge, transcrites dans les cartniaires de la cathédrale d’Amiens, se sent conservées jusqu'à nos jours.
" Philippe-Auguste se montra libéral envers les bourgeois. Il avait confirmé en 1190 l'établissement de la commune. En 1199, il favorisa par de sages mesures le développement du conunerce à Amiens et dans les autres villes de la Somme. Aussi
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vuyoDS-nous, en 1214, les milices picnriles combatlrc avec dévouement poür sa cause à Bouvines; au plus fort de In mêlée, les trou|>es municipales d'Amiens a trespassèrent totes les batailles des chevaliers » et contribuèrent puissamment au succès de la journée. C'est la première fois que ces troupes sont mentionnées dans l'histoire , et, par leur premier fait d'armes, elles s'ass<H-ient à l'un des plus glorieux triomphes de la monarchie française.
Amiens avait donné Pierre l'Ermite aux croisades, et, pendant-le règne de Philippe-Auguste, cette ville qui avait si noblement payé, dans les champs de Bouvines, sa dette à l'esprit chevaleresque, acquitta envers la religion une dette nouvelle, en élevant un é>dirice qui est resté l'un des plus beaux monuments de la piété du moyen-àge , la cathédrale. Le célèbre architecte , Robert de Luzarche, en traça le plan, etl'évëque Evrard de Fouilloy en posa la première pierre (1220). Le peuple, après avoir fourni ses aumônes, prêta ses bras. On travaillait jour et nuit en se relevant par escouades, et pendant la nuit on chantait è la lueur des cierges des hymnes autour des ouvriers. C'était ainsi le labeur sans repos sanctifié sur la place publique par le chant perpétuel des cloîtres. La cathédrale ne fut terminée qu'en 1288.
Celte magnifique église, en forme de croix latine, présente sur sa façade un développement de cent cinquante pieds; elle a dans œuvre quatre cent quinze pieds de longueur et quatre-vingt-dix-huit de largeur. Sa hauteur totale, sous clef de voûte, est de cent trente-deux pieds dans la nef, et de cent vingt-neuf dans le chœur; cent vingt-six piliers supportent les voûtes. La flèche, construite en 1629, par un simple charpentier, s'élève à deux cent dix pieds de hauteur, y compris la croix. Des reliques précieuses, particulièrement le chef de saint Jean-Baptiste qui avait été apporté de Constantinople au commencement du xiii* siècle, par un chevalier nommé Wallon de Sarton , attirèrent à Amiens , pendant tout le moyen Age, ' ^ un grand concours de fidèles et de personnages illustres, entre autres, Isabenu de Bavière, Louis XI , l'ambassadeur anglais Humfroy deWinfeld.quiflrentèlacathé*drale de riches présents. Le chapitre, l'un des mieux rentés du royaume, possédait douze moulins dans la ville, la chasse aux cygnes sur les canaux de la Somme, et des droits de juridiction importants. L'évêque , qui faisait l'office de sous-diacre au sacre des rois de France, et dont la juridiction s'étendait sur sept cents paroisses, vingt-six abbayes et cinquante-six prieurés, n'était pas seulement un grand dignitaire ecclésiastique, mais aussi un puissant seigneur temporel.
Plusieurs églises et de nombreux couvents furent élevés à Amiens au xi* et au XII* siècle : l'église Saint-Jean, qui existait avant 1073 et qui, retouchée è diverses époques, est encore debout; Saint-Denis, prieuré bèti en 1085; Saint-Acheul, fondé à la même époque, avec le titre de prieuré, et converti en abbaye en 1145. L'église de Saint- Firmin en Castiilon fut bâtie sous l'épiscopat de saint Geoffroy, à l'endroit même où s'élevait le château romain dans lequel saint Firmin fut décapité. L'abbaye de Saint-Jean-lès-Amiens existait avant l'an 11.44, et elle faisait alors partie de monastère doubles, mona$leria duplicia, où les filles et les veuves de l'ordre de prémontré avaient leur logement dans le même bâtiment que les hommes. Philippe-Auguste prit cette abbaye sous sa protection , et lui donna pour armes, en 1185, des fleurs de lys d'or avec cette devise : UHum decu$ ou pignus meunt.
L'église collégiale de Saint-Nicolas, aujourd'hui démolie, vit, en 1192, le mariage
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de Philippe- Auguste et d'Ingelburge, et en mémoire de relie wiennité, l’image du roi et celle du la reine étaient sculptées sur le portail à cOté des évangélistes. Snint- Martin-aux-Jumeaux |>-)ssédait un reliquaire d’argent doré sur lequel figurait une statue du saint, portant au cou un diamant de cinq cents écus, qni avait été donné par l.ouis XI ; ce monument a été démoli. L'église de Saint-Germain, construite é une époque reculée, fut rebittie au xiv° et au xv' siècle; les vitraux remarquables qu elle renfermait et qui repn'sentaient la vie et In mort de saint Germain ont été détruits lors de la révolution, ün doit mentionner encore à .\miens, parmi k'S établissements religieux du moyen-Age, les églises de Saint-Michel et de Saint- Jacques, les filles de Saint-Julien, les Sainte-Glaire, les Célestins, fondés en i:i92, par Gliarles VI , les couvents des Augustins et des l'nrdeliers, qui furent brûlés en 1358 par les .Navarrois; l'église des Cordeliers, rebâtie grAce aux libéralités de Charles V, et incendiée de nouveau en 1,585, s'est relevée une troisième fois de ses ruines, et est restée debout.
La charité comme la prière avait à Amiens de nombreux asiles. l,'Hétel-l)icu, ou hépital de Saint- Jean, mentionné dans des titres du xii* siècle, était, à cette époque, situé sur les bords de la rivière d'Avreou du llocquet. En 1238, il fut transporté dans un endroit plus convenable et dépendant de la juridiction communale. L’hépital de Sahit-Jacques fut fondé en 1314., et on y reçut les |iauvrcs de la ville. La maison de Saint-Ladre, fondée vraisemblablement dans la première moitié du XII’ siècle, pour les bourgeois attaqués de la lèpre, était placée, dès 1 1.52 , sous la tutelle de l'échevinage, qui faisait les règlements d'administration intérieure.
Amiens fut, au xii' siècle, agrandi d'une façon notable du côté de la citadcHe, car sa prospérité , son commerce et sa population augmentèrent naturellement quand les citoyens, associés en commune, proU'gèrent eux-mémes leurs libertés et leurs biens. Au commencement du xiir siècle la ville faisait partie de la hanse de Londres, et ses halles étaient fréquentées par les Anglais, les Portugais, les Espagnols et les Suédois. Les rois de France y frappaient monnaie, et les citoyens paraissent avoir eu aussi le droit de monnoyage. On connaît, en effet, des pièces d'Amiens qui portent pour légende : i'ax civibvs tvis, et monbta cividh. Cette légende n'a pas été Jusqu'ici expliquée d'une manière satisfaisante; on hésite également sur le sens qu'il faut donner à ces mots : secretum meutn mihi, qui se lisent sur le sceau de la ville, appelé sceau des marmousets, i cause des figures d'échevins qui y sont gravées.
Le droit de sceau emportait le droit de cloche, et, dès l'établissemenl de la commune par Louis-le-Gros, la ville eut un beffroi. Au xv' .siècle le gardien de ce beffroi, pour le plaisir du peuple de la cité, pippad d'une pipette A la dernière et à la première cloche du jour. Les plaids et les séances extraordinaires de l'échevinage se tenaient, au xiir siècle, dans un édifice communal appelé la Mutmaison. Plus tard, cet hôtel-de-ville fut cédé au bailli, et les magistrats municipaux transportèrent le siège de leurs séances dans l'hôtel des Cloquiers. C'est IA que furent accomplis les actes les plus importants qui marquèrent la vie politique de la ville d'.Vmicns ; c'est lA que l'échevinage révisa et homologua les statuts de ces corps de métiers qui présentent l'association sous ses formes les plus complexes. En effet, au XV siècle, un lien nouveau, celui de la confrérie religieuse, s'ajoute au lien que
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rormait déjà la corporation industrielle. Mois, dans le moyen âge, la parodie est toujours auprès des choses saintes, \ côté de ces processions ou les gens des métiers portent leurs cierges, l’évéque des fous et le prince des sots conduisent à travers les rues, et jusque dans les églises d'Amiens, leurs bandes joyeuses et cyniques, et ces sociétés folles consacrent par des monnaies le souvenir de leurs fêtes. Le mysticisme n'exclut pas la corruption des mœurs : les moines ont des concubines à pot cl à cuillicre; plus d'une femme de maître, dérogeant à la hiérarchie du métier, a son valet pour amant, et l'adultère devient une source de profits pour l'évéque, qui, malgré la résistance de l'échevinage , spécule en même temps sur les droits des nouveaux époux.
Parmi les événements notables qui signalèrent à Amiens le cours du xiii* siècle, nous mentionnerons l'insurrection des Pastoureaux , qui entrèrent dans cette ville au nombre de trente mille, sous la conduite du Grand- Vaiire de Hongrie, leur chef; la cour solennelle, tenue en 1^69, dans la cathédrale, par saint Louis, qui avait été choisi pour arbitre de la querelle du roixt'Angleterre et de ses barons; cuOn, la signature du traité conclu pendant la même année entre Henri III et saint Louis, traité par lequel le monarque français cédait l'Agénais à son puissant voisin, à la charge de l'hommage-lige. Cet acte d'hommage qui humiliait profondément l'orgueil anglais, devait soulever bientôt des guerres terribles. Déjà, en 1303, Édouard 11 avait refusé de se soumettre à cette formalité qui le faisait descendre au rang de vassal. Édouard III. son successeur, sommé par Philippe de Valois d'exéi-uter la convention de 1289, chercha d'abord des prétextes pour s'y soustraire ; Philippe le menaça de conlisquer la Guyenne; il fallut céder, et, le 6 juin 1329, Édouard ceint de l'épée et la couronne sur la tête s'agenouillait dans la cathédrale d'Amiens aux pieds du roi de France. « Sire, lui dit le grand chambellan, vous devcnei, comme duc de Guyenne, homme-lige du roi qui ci est, et lui promettez foi et loyauté. > Édouard se récusa en disant qu'il ne devait que l'hommage simple ; que, du reste, il consulterait les chartes d'Angleterre, et qu'il se conformerait à l'usage de ses prédécesseurs. Alors les olliciers de Philippe ajoutèrent à la formule : « selon cequevous, et vos ancêtres rois d'Angleterre et ducs de Guyenne, avez fait pour le même duché à scs devanciers rois de France. » Édouard répondit : o Voire, » et il .se releva bien décidé à la vengeance. La guerre commença, et le roi d'Angleterre fit chèrement payer à Philippe dans les plaines de Crécy, à quelques lieues d'Amiens, l'affront féodal fait au dur de Guyenne. Dans cette triste lutte, lesAmiénois donnèrent leur sang comme à Bouvines. Le 16 août 1346, les milices d'Amiens, appelées par Philippe de Valois à la défense du royaume, avaient soutenu au passage de la Seine, à Poissy, contre l'avant-garde d'Édouard un combat qui, malgré sa malheureuse issue, ne fut pas sans honneur. Dix jours après, elles se trouvèrent encore à Crécy en face des Anglais, et fhrent enveluppéi;s dans la défaite de l'armée nationale. Philippe vaincu se retira dans Amiens, et les habitants, pour se mettre à l'abri des attaques de l'ennemi , se réunirent en assemblée générale et décidèrent qu’ils établiraient autour de leur ville une nouvelle enceinte formée de murs et de fosses, et capable de comprendre les faubourgs construits en deliors des anciennes fortifications. Le roi Philippe , pour garantir plus sûrement la ville contre les surprises, accorda aux bourgeois, par lettres du 4 septembre 13471 exemption de tout
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service de garde et de guet dans les chftteaux des seigneurs dont ils tenaient des fiefs.
La commune acquit ainsi un nouveau degré d'indépendance. Bien qu'elle fiH souvent inquiétée par les co-scigneurs d'Amiens, et principalement par l'évéque et le chapitre , elle parvint plusieurs fois à faire condamner ces derniers à contribuer aux frais des fortifications, et à renoncer aux droits qu'ils prétendaient percevoir sur les nouveaux mariés, sur les adultères, et sur les intestats Dès l'année 1192, elle avait pris à ferme, moyennant un cens annuel de Ü90 liv. parisis, la prévâté royale avec les droits pécuniaires et la juridiction qui en dépendaient. Mais elle fut maintes fois troublée dans la jouissance de ce privilège qu'elle avait acheté. Philippc-lc-Bel retint en ses mains la prévAté, et quand il la rendit à l'échevinage, il éleva à 700 liv. le taux île In rente annuelle payée |>ar les bourgeois. Le roi Jean retira de nouveau la prévAté à la ville d'Amiens par lettres do 3 mars 13fi2 , et In lui ri-slitiia bienlAt; elle fut encore saisie par Charli's V, et enfin les Amiénois la recouvrèrent en 130V, après une enquête.
Amiens eut une large part aux misères dont le royaume lut affligé pimdant le règne du roi Jean Li» habitants, fatigués de souffrir, cherchèrent un remède à leurs maux dans la révolte et dans des alliances avec les ennemis de la couronne. On les vit, vers 1357, se mettre ouvertement en opposition avec le dauphin , régent du royaume, et adhérer A lu cause de Charles-lc-Mauvais, roi de Navarre, ainsi qu'aux actes politiques d'Étienne Marcel, prévAt des marchands de Paris. Sur les instances de .Marcel et de Robert-le-Ooq , évêque de faon, qui étaient A la tête du parti |)opulaire et qui voulaient donner A ce parti un chef habile et considérable, Jean de Picquigny , vidame d'Amiens et député de la noblesse de Picardie aux états génétaux, se rendit en Artois avec trente hommes d'armes, presque tous Picards, et enleva dans le cliAteau d'Arleux le roi de Navarre, qui y était détenu par ordre du roi Jean. Le jeudi 9 novembre 1337, le roi de Navarre arriva à Amiens où il resta quinze jours Le peuple fut charmé de ses actes et de ses manières, et l'année suivante , les habitants prirent en signe d'alliance les chaperons mi-partis rouge et bleu qui distinguaient ses adhérents , et lui donnèrent le titre de capitaine de leur ville. I.e meurtre d'Étienne Marcel et la révolution qui suivit cette mort, rendirent nu régent la plénitude de son autorité. Les .Amiénois avaient forfait A la couronne : le régent pouvait sévir contre eux , selon toute la rigueur du droit. Il aima mieux pardonner ; et par lettres du mois de septembre 1358, il accorda un entier oubli du passé. Mais cet acte de clémence ne réussit point A rallier A sa cause la population tout entière. Peu de temps après, Jean de Picquigny, qui s'était ménagé des intelligences avec les partisans du roi de Navarre, tenta une vive attaque contre Amiens. Il échoua dans son entreprise, et cette fois il n'y eut point de pardon pour les rebelles. I.e capitaine de la ville, Jacques de Saint-Fuscien, l'abbé de Notre-l)araedu-Gard, et quinze autres bourgeois, qui avaient conspiré en faveur des Navarrais, eurent la tête tranchée sur le grand marché. Iji ville rentra dans le devoir, et y resta jusqu'au moment où la lutte éclata entre la maison de France et les ducs de Bourgogne.
Cependant il y eut quelques troubles dans cet intervalle. On sait que dans les commencements du règne de Charles VI la France fut agitée par une révolte populaire, causée par la disette et parla levée de nouveaux impAts. Fne partie du II. 3
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peuple (l'Amiens, parliculièremeiit les gens de mc'tieis, prirent pari à la sédiliuii. Oiiand elle fut apaisée, la réactiun commença. Les majeurs de iKinniùres, rcs cliefs élus des corporations industrietles, (|ui depuis si longtemps rormaient ù Amiens une puissance politique, furent supprimés, sur la demande du maire et des éclievins, auxquels ils portaient ombrage. Ce fut une véritable révolution, qui cliangca le régime primitif de la commune; l'éleclion de l'éclievinage ne fut plus qu'à un seul degré , et la couronne s'immisça de plus en plus dans les alTaires intérieures de la cité.
La longue lutte des Bourguignons et des Armagnacs commence en l 'v07, avec le meurtre du duc d'Orléans [Mir Jeati-sans-Peur. Ix; duc de Bourgogne s'enfuit de Paris, et, à lu suite d'une confé'reuce |>olitiquc tenue à Amiens, il brave la dérensc qui lui est faite de rentrer dans la capitale, s'impose de force au roi Charles VI, se fait assurer par le traité de C.burtres l'impunité de t'assassiiiat du duc d'Orléans, et devient, avec l'appui de lu |>opulace parisienne, maître du gouveruenienl. Des ruptures successives entre les deux partis sont suivies de traités qu'on viole aussitôt après les avoir conclus. Amiims se montra d'abord favorable à la cause de Jean-sans-Peur. Charles VI, par lettri's du H janvier I Vti, défendit aux Amiénois de laisser passer pur leur ville le duc qui voulait se rendre à Paris : les Amiénois obéirent au roi, qui déjà avait pris l'avantage. Jean chercha vainement à les rallier à su cau.se; ils restèrent fidèles à la couronne. Enlin lu paix d'.Vrras, signée le 4 septembre l 'vli, suspendit la guerre penduiil quelque temps.
En vertu de ce traité , Amiens fut cédé au duc de Bourgogne ; la ville éhiit partagée en deux factions, et les impôts, établis par la domination nouvelle, devinrent l'ouaision et le prétexte des plus graves désordres, loi parti français, qui eut un instant le dessus, fit trancher la tète nu préyùt de Beauvoisis, qu'on savait dévoué aux Bourguignons. Le sieur de Ooy , investi de pleins pouvoirs par le dur, se rendit à Amiens avec des troupes pour comprimer la révolte ; mais il fut contraint de transiger ; les habitaiiLs demandèrent la suppression des impôts; le duc accéda à cette demande, et accorda en outre une amnistie, en exceptant toutefois du pardon les principaux instigateurs defémeute, qui furent étranglés publiquement. Amiens, racheté par Louis XI , en 14G3, rctumt)a , peu de temps après , entre les mains du duc de Bourgogne; le roi de France, à force de ruses et d'intrigues, .s'en empara de nouveau en 1470; ta proie était trop belle cependant pour que le duc la laissât échapper sans tirer l'épé-e : il rassembla des troupes , et se présenta bientôt à la tète d'une armée nombreuse; mais il fut repoussv'*, car les habitants étaient sincèrement dévoués à la couronne, et Louis XI avait su se les attacher par de belles paroles ou de beaux privilèges. « Gardez sûrement votre ville, leur disait-il, et rappelez-vous ces mots du feu roi Charles V , qu'on nommait le Sage , qu'avec se loyauté de Picardie, ses finances de Normandie, et son conseil de Paris, il n'avait jamais craint scs ennemis les plus puissants. »
1.CS dernières années du xv" siècle s'écoulèrent paisiblement; mais bientôt les guerres de François 1" amenèrent l'ennemi sous les murs d'Amiens; les événements militaires se bornèrent à des engagements de peu d'importance; les habitants n'en payèrent pas moins leur dette au pays; ils s'imposèrent des sacrifices d'argent considérables, et donnèrent nu roi, pour l'aider contre ses ennemis, les
AMiENâ.
faliiTS, les cloelies, les trésors (les eonfrérics et des églises. François 1", pour n'-eoiiiiMMiscr ec palriotisn»! , anoblit les magistrats munieipaiix. Au milieu des agitations religieuses du régne de t'.liarles IX , il y eut quelques d(‘Sordrcs à .Amiens, mais la I.igue devait y eaus(!r plus d’émotion que le protestantisme. Les magistrats munii'ipaux s'étaient d'abord montrés peu lavorables à l'union ; au mois d'avril l.'iSô ils avaient refusé l’entrée de leur ville au duc d’Aumale; mais les ligueurs travaillèrent avec tant d'habileté , qu'ils entrainèrent bientôt la population dans leur parti. Le 20 mai 1588, les habitants furent eonvoqués en assemblée générale. Le majeur, Jean de Collemont, demanda aux assistants s’ils voulaient signer l'union ; tous répondirent qu’ils la signeraient de leur .sang. Quelques jours après, le corps municipal déclarait la guerre au roi, et le duc d'Aumale, que tant de zèle devait toucher, se rendait en personne à Amiens, au commencement de l'année 1589. On proclama une loi des suspects ; la populace se déchaina avec une fureur qui ne connai.ssait point de bornes, et pendant trois ans le duc d’ .Aumale resbi dans la ville pour diriger les opérations militaires, et surveiller dans le nord de la France les intérêts de la Ligue. L'entrée de Henri IA' dans Paris ne changea rien aui dispositions des Amiénois. Ils déclarèrent .solennellement qu'ils ne reconnaissaient point d'autre pouvoir que celui du duc de Mayenne; mais ils ne tardèrent point à se repentir de ce dévouement séditieux. Mayenne s'étant rendu à Amiens pour conférer avec le due, expulsa brutalement de la ville plusieurs membres du corps municipal, et bientôt il obtint de l'échevinage l'exil de cinq cents bourgeois.
Il voulait faire entrer dans la place une garnison espagnole, et sur le refus des habitants de recevoir des troupes étrangères, il menaça de mettre tout à feu et à sang. Ces violences exaspérèrent le peuple, et quoique la garnison eût été renforcée, une émeute éclata quelques jours après le départ du duc de Mayenne. Les ouvriers sayeteurs , au nombre de cinq cents, s'assemblèrent aux cris de vive le roi.' renforcés par quelques nobles, ils dressèrent des barricades, et gardèrent à vue dans l'échevinage les magistrats qui tenaient le parti de la Ligue : le duc d'Aumale marcha contre les bourgeois et fut repoussé. On donna lecture des lettres adressées quelques jours auparavant par Henri IV à l'échevinage ; le roi, dans cette missive , • promettait l'oubli du passé, le maintien des privilèges. I-es ligueurs ceignirent des écharpes blanches, et crièrent vive le roi! Quelques jours après, Henri IV entrait solennellement è Amiens.
La guerre qui éclata entre la France et l'Espagne, en 1 595, ranima les espérances de la Ligue. I.es Espagnols s'étaient emparés de Doullens ; le gouverneur de cette jilace, Hcrnan Tello Porto Carrero, soldat entreprenant et brave, fut informé par un bourgeois d'Amiens, que les habitants se gardaient eux-mémes et se gardaient mal. Hcrnan Tello résolut de tenter un coup de main. Le 11 mars, dans la nuit, il partit de Doullens à la tète de cinq mille fanta.ssins et de sept cents chevaux , et il arriva au point du jour en vue d'Amiens. Les troupes espagnoles Tirent halte à petite distance de la place , dans un pli de terrain qui les dérobait i la vue des sentinelles. Quarante soldats, déguisé-s en paysans, s’avancèrent vers la porte .Wontirseu avec des chariots pesamment chargés , et engagèrent ces chariots sous la porte, à l'endroit où tombait la herse. Au même moment, un soldat de l'escorte délia un sac de noix; les noix roulèrent sur la terre; les bourgeois qui occupaient
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le corps- de-garde se précipitèrent pour les ramasser; les Espagnols saisirent leurs armes, les égorgèrent, et l'entrée de la ville fut ouverte aux assaillants. Tello arriva avec le reste de sa troupe. Quelques bourgeois courageux essayèrent en vain , au milieu des rues, d'arrêter la marche de l'ennemi. Il fallut céder ; les habitants furent désarmés, et le pillage dura trois jours. A la nouvelle de celte surprise , Henri IV appela Sully : « Ah ! mon ami , s'écria-t-il en lui serrant 1a main, Amiens est pris. » Leroi était profondément ailligé Le ministre, plus calme, avisa de suite aux moyens de recouvrer cette place importante, et Biron partit peu de jours après pour en commencer l'investissement. Le 7 juin Henri IV vint le rejoindre, et on poussa vivement les opérations du siège. Sully, qui improvisait des finances, envoyait chaque mois des sommes considérables à l'armée assiégeante forte de dix-huit mille hommes, y compris quatre mille Anglais auxiliaires. Toute la nohles.se française s'était rendue au camp du roi ; car un arrêté du parlement avait noté d'infamie les gentilshommes qui ne se porteraient point au secours d'Amiens. Le 25 juin les batteries commencèrent à jouer. Un capitaine français nommé Sireuil s'introduisit dans la place , déguisé en religieux , afin d'ouvrir, à faide de quelques bourgeois dévoués, les portes b l'armée royale; le complot fut découvert et les bourgeois pendus. H fallut renoncer à la ruse et se frayer la voie par la force. Quarante-cinq gros canons battaient les murailles , et la résistance n'était pas moins vive que i'attaque. Hernan Tello ayant été tué d'un coup de mousquet, le l septembre, le marquis de Monténégro le remplaça dans le commandement, et se montra digne de lui succéder. Mais la garnison diminuait chaque jour. L'archiduc Albert avait tenté vainement de forcer les lignes françaises. Privé désormais de toute espérance, le marquis de Monténégro remit la place entre les mains du roi. L'article premier de la capitulation portait qu'il ne serait point touché il la sépulture d'Hernan Tello, à ses trophées et è son épitaphe, pourvu qu'il ne s'y trouvât rien de contraire à l'honneur de la France.
Le roi ne resta que peu d'heures dans Amiens; il s'était moniré généreux pour la garnison espagnole, mais il fut sévère pour les habitants qui avaient fait cause , commune avec elle. Il donna aux soldats de sa compagnie de chevau-légers blessés pendant le siège les biens confisqués sur les bourgeois qui s'étaient retirés avec l'ennemi, et le clergé, qui avait prié pour le succès des armes de l'Espagne, fut taxé d'un impét de IV, 180 écus. La sage administration de Henri IV eut bientôt effacé les dernières traces du fanatisme de la Ligue. Les Amiénois se monlrèrcnt les sujets dévoués du Béarnais , et la ville jouit d'un calme profond jusqu'au moment où le célèbre Concini, maréchal d'Ancrc, fut appelé au gouvernement d'Amiens. Comme la plupart des nobles, le duc de Longueville, gouverneur de la Picardie, détestait le maréchal; et dans fannéc 1615, il résolut de l'expulser d'Amiens. Les bourgeois prirent le parti du duc de Longueville ; la garnison de la citadelle, dévouée au maréchal d'Ancre, se rua sur les bourgeois, et la ville fut le Uiéêtrc des plus graves désordres, jusqu'au moment où le favori italien vit crouler son insolente fortune.
Amiens reçut dans ses murs, en 1625, Henriette de France, qui venait d'épouser Charles I" d'Angleterre. Buckingham , Anne d'Aulrichc et une partie de la cour accompagnaient Madame dans ce voyage; Anne d' tulrichc logeait à l'évêché ; Buc-
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kingham qui l'aimait s'entait logé près d'elle. Un soir elle se promenait dans les jardins, suivie, à quelque distance, par nresdames de Beauvais et de Chevreuse, quand Buckingliam, caché derrière des massifs d'arbres, se jeta vivement à ses genoux. I.a reine poussa un cri ; mesdames de Beauvais et de Chevreuse aciumrurent ; mais la discrétion l'emporta sur la curiosité , et elles s'étalent éloignées depuis quelques instants quand nn nouveau cri de la reine les rappela. Sans doute Buckingham ne fut point cette fois plus heureux que Richelieu , car il partit dans la nuit même. Le séjour de la cour fut une occasion de fêtes brillantes ; mais, comme le dit un vieux proverbe populaire : « Quand on danse chez le roi, c'est le peuple qui paye les violons. » Ce pauvre peuple, qui avait payé les fêtes, eut bientôt à payer la guerre. On demanda aux Amiénois de l'argent pour le siège de La Rochelle; M. de Pommereux , conseiller d’état , fut envoyé de Paris afin de presser la rentrée des impôts. Les sayeteurs. sans respect pour son titre, jetèrent son carro.sse à la Somme. Quelques années plus tard, en 1635, la guerre avec l'Espagne imposa de nouveaux sacrifices au peuple d'Amiens; les bourgeois, réduits à la dernière misère, se plaignirent plus anWTcrrcnt encore, et finirent, comme toujours, par payer. Les troupes de Jean de Werlh s'étaient emparées de Ca>rbie en 1636. Louis XIII rassembla une armée on Picardie pour reprendre celte place ; il établit son quartier général à quatre lieues d'Amiens, et Riebelieu occupa dans la ville même l'hôtel du trésorier de France. Les ennemis du cardinal, et Monsieur, frère du roi, était du nombre , formèrent le projet de l'assassiner ; mais, au moment de frapper, Saint-lbal et Montrésor hésitèrent, et l'on assure que le ministre n'échappa que par les scrupules de Monsieur, qui s'effraya de faire tuer un cardinal et un prêtre. Le siège d'Arras, en 1640, ramena la cour de France en Picardie, et le roi, pour récompenser le mestre de camp Saint-Treuil, qui s'était distingué pendant le siège, le nomma gouverneur d'Amiens , honneur fatal que ce brave officier paya de sa vie. La garnison espagnole de Béthune faisait des courses dans les campagnes. Saint- Preuil sortit un jour d’.Amiens i la tête de neuf cents hommes pour la chêtier de ses brigandages, et dans sa route il rencontra un détachement espagnol qui venait de capituler à Bapaume avec le maréchal de la Meilleraye. Ne sachant rien de cette circonstance, Saint-Preuil se porta vivement à l'attaque; on s'expliqua cependant, et le gouverneur d'Amiens s'excusa près du commandant de la troupe ennemie. Le maréchal de la Meilleraye fit grand bruit de cette affaire qu'il présenta comme un acte de félonie. Saint-Preuil fut traduit devant une commission extraordinaire, condamné à mort et exécuté à Amiens le 10 novembre 1641. Au moment où il arriva sur le lieu du supplice, l'échafaud n'était point encore complètement dressé, a Voici, dit-il à son confesseur, en lui montrant ces tristes apprêts, voici, mon père, le reste de ma fortune qui s'achève de bêtir. s Sous le règne de Louis XIV aucun événement important ne s'accomplit ii Amiens; l'apparition des troupes espagnoles, en 1653, le passage de quelques personnages historiques, des fêtes et des solennités locales, remplissent seuls les annales de cette ville; la contagion de 1667, qui enleva vingt mille personnes,. et ht révocation de l'édat de Nantes portèrent un coup fatal à sa prospérité industrielle ; mais elle se releva rapidement dans le xviii* siècle, et les querelles théologiques jetèrent seules quelque agitation dans les esprits.
ââ IMCAKDIE.
30 mars 1789, les trois États du bailliage d’Amiens s’assemblèrent dans l’église des Cordeliers pour nommer des députés aux États-généraux ; la noblesse et le clergé se montrèrent disposés à accepter de sages réformes, à faire même une large part à l’esprit des temps ; mais la révolution demandait davantage, et bientôt le tiers-état resta seul debout avec sa volonté souveraine. Cba(|ue événement de cette grande époque eut son écho à Amiens. Le i juillet 1790 la fédération des gardes nationales de la Somme fut célébrée dans le grand carré de la llautoye , et deux ans après, le 20 mai 1792, on planta l’arbre de la liberté. Quoique l’enthousiasme démocratique fiU grand dans la ville , l’éloignement de sa population pour tous les genres d’excès la Ht accuser d’incivisme par un de scs députés; elle nipondit à cette accusation en envoyant huit cents hommes de gardes nationales au secours de l.illc. Fidèles h cet esprit de modération , dont la Picardie a donné tant de preuves dans les plus mauvais jours , les habitants d’.Amiens accueillirent avec regret la nouvelle de la mort de lx)uis XV’I, et ils adressèrent des repro< hes aux députés de leur ville qui dans cette circonstance avaient voté pour la peine capitale ; ils demandèrent en outre , par l’organe de leur société populaire elle-même, l’abolition du tribunal révolutionnaire, et la mise en accusation de Robespierre, de Danton et de Marat. I.es représentants du peuple Chabot et .André Dumont arrivèrent bientôt. L’administration du département fut destituée, sous prétexte qu’elle avait pris des mesures liberticides ; on brûla les confessionnaux ; Chabot monta dans la chaire de lu cathédrale pour prêcher le sans culottisme, et dansa la carmagnole sur la place publique. Ses violences excitèrent l’indignation de la garde nationale , qui prit les armes et força l'ex-capucin à quitter la ville. André Dumont resta à Amiens , et on doit rendre cette justice i sa mémoire, qu’il s’efforça toujours de préserver le département de la Somme des réactions sanglantes de la terreur. Joseph Lebon avait remplacé Chabot (7 mai 1795); mais la Cotivention chargea bientôt une commission de vingt et un membres d'examiner sa conduite, et Lebon, traduit devant le tribunal criminel d’Amiens, fut condamné b mort le 17 vendémiaire 1795. C’est là le dernier fait notable de la révolution dans cette ville.
La dynastie des Bourbons avait conservé quelques partisans à Amiens. Toutefois leurs sympathies pour le roi de l'exil se ta>rnaient à des vœux timides, et les plus hardis sc contentaient de porter des thas/s en l’honneur de I;ouis XVIII. Il y eut bien, en l’an vu, quelques troubles à l’occasion de la conscription. Les jeunes gens appelés sous les drapeaux refusèrent de partir, et parcoururent la ville en proférant des cris menaçants contre les membres les plus exaltés de l’ancien parti des jacobins. Ceux- ci se réunirent dans la maison commune et tirèrent sur la foule des coujis de fusil qui blessèrent plusieurs personnes. Il fallut toute la sagesse des administrateurs du département pour éviter une collision sanglante entre la cavalerie de la garnison, qui avait pris parti pour les jacobins, et la garde nationale, qui soutenait les jeunes gens de la ville.
Au mois de frimaire de l’an x, les plénipotentiaires de France, d’Angleterre, d'Espagne et de Hollande se rendirent à Amiens pour traiter de la paix, dont les préliminaires avaient été signés à Londres le 9 vendémiaire. Les quatre ministres des puissances contractantes, Joseph Bonaparte, lord Cornwallis, le chevalier d’Azara et le citoyen Schiromel Penninck se réunirent à la maison commune , et
AMIENS
signèrent, le G germinal, le traité déflnitir. Ce traité rédigé, les portes de la salle où se tenaient renfermés les plénipotentiaires furent ouvertes au public. I.es ministres des quatre puissances apposèrent leurs sigiMtures et leurs sceaux au bas des evpt'diliuns du grand acte politique qu'ils venaient de conclure et s'embrassèrent devant lu foule, au* cris mille fois répétés de ; vive lionapurlct vive la paix ! Cette paix fut de courte durée. Provoqué pur l'Angleterre, le premier cousul résolut de |K>rter la guerre chez elle. On construisit dans les ports de lu Somme des péniches et des bateaux plats. Le conseil-général uflrit 3ôO,OUO francs A titre de don volontaire , et le G messidor un xi , Bonopurte arriva A Amiens ou il séjourna trois jours. Quand il fut nommé empereur, les bonnes gens qui font attention aux présages se rappelèrent que le maire d' Amiens avait présenté des cygnes au premier magistrnt de lu république, et, dans ce cérémonial consacré par le moyen Age aux entrées solennelles des rois, ils rccomiurent, après les événements, un symbole de la dignité sou\eraine réservée à Napoléon.
Sous le consulul et sous l'empire les annales d'Amiens ii'oirrcnt aucun fuit remarquable. Au mon.eot des dernii;rs désastres, les lialHtants de cette ville payèrent leur dette au pays. Les gardes d'honneur du département combattirent avei; courage dans la campagne de 181V; et lorsque les Cosaques, sous li» ordres du baron de (ieismur, s'emparèrent de Doullens, douze cents paysans des campagnes voisines se réunirent à un faible détachement de la jeune garde pour marcher contre eux. Le retour des Bourbons fut accueilli avec faveur, mais c'était moins par élan d'enthousiasine monarchique que par amour pour la paix. Le 38 avril 181 V, lx)uis XVIII arriva A .\uiicns et fut reçu avec de vives démonstrations d'attachement, lu: passage du duc de Berry et l'uclroi de la charte donnèrent une impulsion nouvelle aux opinions royalistes; et quand Napoléon débarqua au golfe Juan, des volontaires royaux partirent d'Amiens pour se porter à sa rencontre. Mais le jour même où ces volontaires entraient A Breteuil, l'Empereur entrait à Paris, üu reste, il est à remarquer qu'à cette époi|ue le royalisme picard fut toujours un peu tardif dans son dévouement. Ainsi, quand Louis XV 111 arriva à Abbeville le 30 mars, les gens bien pinsiinis du pays s'empressèrent de lui annoncer que des volontaires se disposaient à défendre son Irène ; « Ah ! répondit le roi, vous y pensez déjà ! »
Les r.ent jours et la lleslauration s'écoulèrent paisiblement A Amiens, et tout se borna à des fêtes lors du passage de la duchesse do Berry eit 183ô, et de Charles X en 1837. Un n'a point oublié le discours remarquable et les sages avis qui furent alors adressés à ce monarque, déjà si prés de sa chute, par .M. Caumarlin , président du tribunal civil et député d'Amiens. En 183U, lu classe ouvrière de celte ville accueillit avec ardeur lu nouvelle du mouvement qui venait d'éxiater A Paris. Des groupes nombreux parcoururent les rues; le couvent de Saint-Acbeul , habité par les jésuites, fut dévasté ; mais, grâce à la modération de la majorité des habitants, le tumulte s'apaisa bientôt, et l'on n'eut à déplorer aucun excès grave.
Capitide d'une province importante, Amiens sous l'ancienne monarcliie réunis sait les div ers av antages attachés aux grands centres administratifs ; cette ville avait un bureau des finances et des traites, une niaitrise des eaux et forêts, une intendance, une généralité. \ la révolution, elle devint le chef-lieu du département de la Somme, et s'absorba, sans déchoir, dans la grande unité nationale. Les habitants.
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par leur activité, leur esprit d'ordre, leur Ikui sens pratique, caractère distinctif des Picards , s'étaient places dans le moyen fige au premier rang des populations industrielles; ils s'y sont maintenus de nos jours; et de nombreuses fabriques d'étoffes de laine et de coton , des teintureries , dont la réputation date du XIV* siècle, assurent aux classes ouvrières, sinon l'aisance, du moins ce pain du jour, que le pauvre, dans les grandes villes, a souvent tant de peine à trouver par le travail.
L'Espagne est encore aujourd'hui, comme dans le moyen âge, le principal débouché des manufactures d'Amiens. IjC commerce d'importation est aussi fort étendu; il consiste principalement en épiceries et en drogueries, bois de teintures, sapins du Nord, cotons, graines oléagineuses, charbon de terre, vins et eaux-devie. Les fabriques consomment six millions de soie et de laine environ pour chaque année, et le produit des objets manufacturés .s'élève, terme moyen, à la somme de 16,000,000 de francs. Il est encore une industrie qui date de loin dans cette ville, et à laquelle les écrivains classiques de l'art culinaire ont rendu un éclatant hommage ; c'est la confection des pâtés de canards , et nous ne pouvons ici les passer sous silence, puisque les savants ont disserté sur leur histoire. Il en est qui prétendent que les premiers pâtés d'Amiens ont été faits, lors de l'invasion des Gaules, avec des canards que les légions romaines avaient 'apportés des Marais-Pontins ; d'autres fixent leur origine au moyen âge et disent que la croûte de ces pâtés reproduisait le style de l'architecture du temps, et qu'elle était ornée de rosaces et d'ogives : la question est restée indécise.
Les préoccupations de la vie industrielle n'excluent point chez les habitants d'Amiens l'amour des lettres et de la scienc^e. Cette ville olfrc pour l'étude des ressources précieuses. La bibliothèque compte environ quarante mille volumes imprimés et quatre cent cinquante volumes manuscrits. Le musée archéologique s'est enrichi, dans ces dernières années, d'un grand nombre d'objets curieux envoyés de tous les points du déprlement; et ce musée, ainsi que la bibliothèque, a .suivi utilement le progrès des études historiques qui sont en grande faveur dans l'antique capitale de la Picardie. L'Académie ([Amie,n$, la Société des Antiquaires de la même ville, ont publié des travaux remarquables, et ces associations savantes encouragent, en outre, par des prix annuels les recherches qui sont de nature à éclairer Thistoire de la province.
Depuis les premiers temps de la monarchie jusqu'à nos jours, Amiens a fourni un contingent nombreux d'hommes distingués. Cette ville a donné à l'église saint Firmin le Confesseur, saint Félix de Valois, sainte Alphe, jeune et douce vierge qui consacra sa vie à la solitude pour faire pénitence de sa beauté; aux Croisades, Pierre [Ermite , le héraut de ces aventureuses migrations ; au siège archiépiscopal de Rouen, Hugues d' Amiens , qui vivait en 1130; à la science liturgique, Habert PaululuseX Raoul. Parmi les évêques, quelques-uns, comme /ewé et flapennire, ont pris une part active aux grands événements de leur temps. En 799 Jessé accompagna le pape Léon à Rome, (’hargé de missions importantes par Charlemagne, il conclut, en 803, un traité de paix avec l'impératrice Irène, et assista, en 839, au grand concile de Paris. Plus tard il se jeta avec ardeur dans la révolte de Lothaire; et, chassti de son siège épisi'opal , il alla mourir en Italie. Plus sage q\ie la plupart