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AMIENS
Les traditions fabuleuses qui attribuaient aux migrations antiques la fondation du royaume de France offrent, jwur la plupart des provinces et des villes, des va riantes particulières. Suivant Corrozet , Amiens aurait été fondée par un capitaine ' macédonien nommé Picynon , qui avait été lieutenant d'.AIexandrc. D'autres érudits ont soutenu que cette ville n'existait pas encore du temps de César. Mais il est hors de doute, quoique cette opinion ait été controversée par Belleforest, Ducbesne et Papire Masson, qu'Araiens est l'antique Samarobrù-a, la capitale des ^ Ambiant, qui formaient l'une des peuplades du Belgium. Pline et Strabuii nous ^ / apprennent que les Ambiant, partis à la suite de Sigovëse, s'établirent dans l'Asie- * ' Mineure, vers l'an 277 avant notre ère, sur le territoire qui leur fut cédé par le roi Nicomède. Ce n'est là du reste qu'un souvenir incomplet et fugitif. Les annales^ des habitants de Samarobrita ne commencent véritablement qu'au moment où il^ > engagent la lutte contre Oisar, et c'est leur vainqueur qui le premier nous les fair connaître avec quelque détail, en nous racontant leur défaite. ^ '
Ces Ambiani dont César admirait le courage , parce qu'il l'avait éprouvé, prirent une part active au dernier effort tenté par les Gaulois pour secouer le joug romain, et fournirent, en l'année 57, un contingent de dix mille hommes à l'armée des Belges. La tactique romaine l'emporta sur la valeur indisciplinée. César entra dans Samarobriva, y convoqua l'assemblée générale de la Gaule, et, pour prévenir de nouvelles révoltes , il établit aux environs de cette ville trois légions sous les ordres de M. Crassus, de L. Munatius Plancus , et de C. Trebonius. Les nombreux camps romains , dont on trouve les vestiges le long de la vallée de la Somme , attestent encore aujourd'hui combien il fut difficile de contenir les vaincus. Forcé de quitter Samarobriva , et de se porter au secours de Q. Cicero , attaqué par les ^ervieas et et les Éburons, César laissa Crassus dans la ville avec une légion pour garder les bagages, les blés, les registres publics, les otages; et, après la défaite des peuplades révoltées, il revint s'y établir, afin de surveiller le pays.
Trois ans plus tard, les Ambiani entraient dans ta ligue formée par Corbeus et Comius. Mais cette tentative devait échouer encore. Vivement pressés par les légions romaines, les confédérés entassèrent sur leur front de bataille des broussailles et des fascines , y mirent le feu , et la Oamme les déroba à la poursuite de leurs ennemis : t'iamma è conspeclu Romanorum texit. Ce fut IA le dernier combat livré par les Ambiani pour leur indépendance nationale. Après la défaite, ils donnèrent des otages. César laissa quinze cohortes dans le Btlgium , et Amiens reçut une forte garnison. Dès ce moment elle devint une viile romaine, et lorsque Civilis se présenta sous ses murs, en l'an 69, pour entraîner le peuple à la révolte, l'appel du chef batave ne fut point entendu.
AMIENS
annoncé la parole évangélique à Agen, en Auvergne et dans le Beauvoisis, s’arrêta à .\miens, et porta 1e premier dans cette cité les lumières du christianisme. Au bruit des conversions nombreuses qu'il opéra en quelques jours, Sebastianus Valerius accourut et donna lecture au peuple des édits de Dèce et de Valérien. Auiilius, prêtre de Jupiter et de Mercure, soutint l'accusation. Firmin se rendit au prétoire, et li, comme saint Paul dans l'Aréopage, il proclama le Dieu vivant ; c'était vouloir la mort. Yalerius, qui craignait un soulèvement s'il faisait tuer Firmin en public, donna ordre de le conduire dans une prison , et là on lui trancha la tête. Saint Quentin et scs compagnons Fuscien et Victoric, qui avaient aussi annoncé l'Évangile à Amiens, éprouvèrent le même sort.
I.'indépendance de la foi chrétienne fut assurée dans l'empire par la conversion de ('.onstantin ; le temps des martyrs était passé, mais il fallait encore des apdtres pour compléler la victoire, et la mission de saint Martin, en 337, donna dans r.tmiénois de nouveaux soldats à la milice du Christ. « Voyez la brebis, » disait Martin dans si?s prédications aventureuses, «elle donne sa toison ; faites ainsi, vous autres, » et lui-même faisait comme la brebis. En entrant à Amiens il partagea son manteau avec un pauvre, et la nuit suivante, dit la légende, il vit en songe le Christ, revêtu de ce même manteau, qui disait aux anges : «C'est Martin qui m'a donné cet habit, quoiqu'il ne soit encore que catéchumène. i> La piété du moyen êgc consacra par un monumrmt le souvenir de cet acte de charité, é l’endroit même où il s'était accompli.
Amiens eut bientét un siège épiscopal. Le troisième évêque, saint Firmin le roiifcsseur, petit- (ils du sénateur Faustinicn , fit construire une église sur le tombeau de saint Firmin le martyr, et la dédia h la Vierge. Ce fut la paroisse des évêques, la cathédrale. Aimé des hommes et de Dieu, saint Firmin fut nommé par Innocent I" légat apostolique des Gaules, et, comme tous les personnages éminents en piété, il fut admis, suivant les légendaires, à jouir dans le monde des vivants, du spectacle des mystères que la mort révèle aux élus. Un jour, entre autres, pendant qu'il célébrait la messe, il vit le ciel ouvert et la main du Seigneur qui bénissait le sacrifice :
Cu'Ii paleiil, et oblaluai
Dt'xlrn Di'i niaou« gratum
Oinsc^rat ab ætberc.
Léonard, Audoen, Odibie, Béat, Honoré, Saulve et Berchonde occupèrent après lui le siège épiscopal d'Amiens , depuis le v‘ siècle jusqu'aux premières années du vil' siècle, et, comme lui, ils édifièrent le peuple par leurs vertus apostoliques, défendirent les faibles contre la tyrannie de la force et baptisèrent les païens.
En l'année 400, les barbares qui avaient franchi la limite du Bhin, Alains, Suèves, Vandales et Burgondes étendirent leurs ravages jusqu'à Amiens. Mais ce ne fut là qu'une invasion passagère. Vers 428, les Franks s'avancèrent jusqu'à la Somme. Suivant quelques historiens , Clodion se serait établi à Amiens, en 445; Mérovée, son successeur, y aurait été élevé sur le pavois, et Childéric y aurait fait sa résidence. Mais ce ne fut en réalité qu'à la fin du v siècle qu'Amiens se trouva soumis aux Franks d'une manière stable. L'histoire de cette ville, depuis la mort de Clovis jus-