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Guyenne, grandit sur les champs de bataille, survécut à la défaite des Guitres, aux poignards de la Saint-Barthélemy, aux massacreurs bordelais en bonnet rouge du jurât Lestonnac , et, victorieuse à Coutras, mil enfin sur le trône le gouverneur de la Guienne, comte de Rouergue et de Périgord, Henri IV. Ces deux comtés étaient tombés dans la maison d'Albret, le premier en 1526, par le mariage de .Marguerite de Valois , veuve du comte d'Alençon , avec Henri d'Albret et le second également par l'alliance d'Alain d’Albret avec Françoise de Bretagne, héritière de Jean de Blois, qui l'avait acheté, en H07, à Charles d'Orléans, moyennant jciic mille renuh et dix mille florins.
Après le triomphe d'Henri IV et la chute de la Ligue, qui lutta cinq ans encore sur les bords de la Gironde, les Croquants renouvelèrent la vieille insurrection des Guitres; on les vit sc déployer au nombre de quarante mille hommes sur le gravier d’Agen, et remplir les forêts du Périgord ; puis, leurs griefs ayant été redressés, cette multitude se dispersa paisiblement cl fit place à la Fronde. Celle-ci, née dans la grand'salle du parlement, ne tarda pas, quand elle fut descendue sur la place publique, à laisser derrière elle les princes et les conseillers. La Ligue de l'Ormée, appelée ainsi de l'antique promenade, lieu de ses réunions, se formant au. son de la clüi'hc de Sainte-Eulalie, appela le peuple dans scs rangs, et son chef Oure- Tête, balançant l'influence du prince de Condé, tint en échec et d’Épernoii’et Mazarin jusqu'au jour où la bourgeoisie abattit le drapeau rouge sur la porte du Caillau, et cloua sa tête au haut de la tour de l’Ormée. I.a révocation de l'édit de Nantes, les émeutes périodiques causées par la cherté des denrées, les impôts du timbre, la gabelle, les prédications au désert , l'exil du parlement de Bordeaux, transféré successivement à Cxvndom , Marmande, la Uéole, où il resta douze ans, jusqu'en 1690, la famine, la peste, et le despotisme de Richelieu, nommé en 1756 gouverneur de la Guienne, troublèrent la paix sur tous les points de la province jusqu'en 1789.
Depuis six cents ans, la guerre étrangère ou la guerre civile n'avait cessé d’agiter les esprits; aussi la turbulence des populations de la Guienne était-elle passée en proverbe. Quand donc la nouvelle de la prise de la Bastille arriva sur les bords de la Dordogne, de la Giro. de, du Lot et du Tarn, l'enthousiasme fut général, cl l'adhésion aux actes de l’Assemblée nationale unanime ; c'est de la Guienne que sortit cette pléiade de députés célèbres autour desquels se groupa le parti modéré de la révolulion appelé Girondin. I.es opinions franchement révpublicaines de CCS hommes éloignés de la violence et du sang par l’élévation de leurs idées et l'urlionité de leur caractère, ralliaient l'immense majorité dans les six départements qui remplaçaient l'ancienne division de la province. Leur proscription, en 1793, devait, par conséquent, soulever et souleva en clfet le pays. Mais la Montagne, avec sa Ici rible énergie, comprima bientôt toutes les résistances. Tunique son drapeau, apporté dans les départements de la Gironde, de la Dordogne, du Lot-et-Garonne, du l.ot, des Landes et de l’Aveyron, par Tallien, Jullien de Paris, Taillefer, Bcaudot, Isabcau, Jean Bon Saint- André et Dartigoyte, domina les municipalités, la terreur fut à l'ordre du jour. Aux réactions thermidoriennes succédèrent ensuite les réactions royalistes exercées dans l'ombre par les compagnies de Jésus et du Soleil, et 1rs intrigues des .Anglais pour enlever Bordeaux à l'imprévoyance du Directoire.
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Napoléon, devenu empereur, visita l'ancienne Guicnne, et y fut reçu avec un enthousiasme qui tenait du délire , ce qui n'empécha pas que les populations de la Gironde, ruinées par le blocus continental, et soupirant depuis quatorze ans après la paix, n'acrueillisscnt avec empressement, le 12 mars 181'», les troupes angloespagnoles du général Beresford. l,c retour de l'Ile d’Elbe vint bien venger les couleurs impériales en chassant la duchesse d'Angouléme de Rordeauv, et en rendant cent jours de vie à l'empire , mais l’étranger fut le plus fort, et ramena les Bourbons. Alors éclatèrent ces réactions ardentes flétries du nom de terreur de 1813, qui Grent couler le sang sur le pavé de quelques-unes de nos villes, et tomber sur un échafaud les tètes des deux jumeaux de la Réole. Déplorables représailles que ^ut un peuple, enivré du triomphe populaire de 1830, faillit renouveler & Rordeani en jaassacrant le préfet de la Restauration , et qui ne furent rappelées dans les villes de six autres départements que par la modération et l'oubli du parti vainqueur.
La Guienne a donné naissance, depuis les Romains, à une foule de grands hommes, parmi lesquels on compte, au milieu de cardinaux, de rois et de papes, Montaigne, Fénelon et Montesquieu. Avant la révolution, elle formait un gouvernement divisé en haute et basse Guienne, et deux généralités, celle de Bordeaux , d'où ressortissaient, outre le Bordelais, le Périgord, l’.Agcnais et les Landes, composant les départements actuels de la Dordogne, des Landes et de Lot-et-Garonne, et celle de Montauluin, dans laquelle étaient enclavés le Rouergue et le Quercy, qui ont fait les trois déjiartemenls de l'Aveyron , du Lot , et de Tarn-et-fiaronne. La Guienne, propremen' dite, était un pays d'élections, et le Quercy, le Périgord et le Rouergue des pays d'état. Sous le nom d’administration provinciale de la haute Guicnne, Ncckcr avait essayé, en 1779, de créer un pouvoir local et représentatif dans l’intendance de .Vontauban, pour gouverner équitablement le pays. L'expérience réussissait, lorsque cette administration dans laquelie entraient sept députés du clergé , douze députés de la noblesse , neuf députés du tiers-état pour les villes, et autant pour les campagnes , disparut en 1789 dans le naufrage de l'ancien régime. Autant qu'il est possible de l'évaluer, en prenant pour base les statistiques de l'époque, la population de la Guicnne s'élevait, lors de la convocation des Éitats-Génèraux , à l,9ü9,200 Ames; elle atteint maintenant le cbilTrc 2, 57V, 767, et offre, par conséquent, un accroissement de 605,567 individus. '
\, Catarii Comment. — Gregor. Turon., \\\). S. — Foitunaius, lib, 1. — Chronique de Hioissac. — Fredegarii continualor ail Chronie. — l.iirheo, liuuligalen rerum chronic, — Chronic. Gaurrefb Ptiorls Vo*sicnMS. — Aeles de r.ibli»ye do Saiiil-Marcel ltfl3. — Fx Rondellis, in (urre Londiiien&i. — Collection Bn^ipd^ny, t iv. — Froissart, Chronfquei — Johuii Ronoliet , AnnaUa d'Aquitaine. — Ariliives maini>critcs de Bordeaux. — Archives du royautne, t*’ rogisin*.
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— Férn.vsae. Bulletin universel. — Dufrenoy, Annale» de» m<nri, série.
Digilized by Guuÿle
BORDEAUX
HXOWS LA BBiDZ. — PODBHBAC.
Du temps (le Strabon, il y a près de deux mille ans , les Bituriges Vibisques ou Joskes poss('daient, dans un marais formé par la Garonne, un port appelé Burdigala. Comme les Bituriges étaient une peuplade du centre transplantée assez récemment sur les bords du grand fleuve pour qu’on s’en souvint il cette époque, il est probable que ce port avait une origine celto-phénicienne. Dans l’une et l’autre langue de ces peuples morts, ou du moins dans les débris qui nous en restent, Burdigala veut dire en effet le port du bourg ^ nom qui confirme, on ne peut mieux, la description laconique de Strabon. Au reste, que la carène des vaisseaux de Tyr ait labouré la première le limon de la Garonne, ou que Burdigala doive sa fondation et son nom , comme l’ont écrit des savants , à des Bituriges fuyant les armes victorieuses de César, et qui se jetèrent dans ce marais comme dans un • asile impénétrable, peu importe, car le port du bourg ne commence à mériter l’at- ' tention qu’après l’arrivée des Romains. Ces maîtres du monde, comprenant d'un -coup d'œil le parti qu’ils pourraient tirer de l'admirable situation de Bordeaux, mirent la main à l’œuvre; et bientôt, sur un sol exhaussé et rendu solide, s’éleva comme par enchantement, au milieu des glaïeuls et des roseaux , une de ces villes ' de brique et de pierre que savait seule bitir leur main monumentale. Ceint de murs de quatorze pieds d’épaisseur, dont la partie supérieure était couronnée de pierres taillées avec soin et entremêlées d’un triple rang de grandes briques, Bordeaux présentait la forme d’un carré, long de trois cent soixante-dix toises et large de deux cent quarante. On y entrait par quatorze portes flanquées de tours aériennes, selon l'expression d'Ausone, dont quatre s’ouvraient au midi, quatre au nord , trois au levant et trois au couchant. Ses remparts embrassaient dans leur circuit un port spacieux que fermait, vis-à-vis de la rue Sainte-Catherine , la porte Navigère. Devant ce port intérieur s’étendait le magnifique croissant tracé devant la ville par la Garonne , qu’on appelait port de la Lune. Les marais [paludes) pressaient les flancs de la cité à l’ouest et au nord , le ruisseau du Peugue lui servait de fossé au sud et au-delà de la Garonne, qui baignait à l’est la porte Navigère , une sombre forêt de cyprès, aujourd'hui le Cgpressat , s'élevait en amphithéâtre sur les hauteurs qui bornent l’horizon.
Destiné par les Romains à devenir métropole, Bordeaux fut décoré de nombreux édifices parmi lesquels, outre un temple fameux connu sous le nom de Vernemel, et construit au bord de la Garonne, et les Thermes, l’admiration contemporaine
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