‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 54 sur 119 · G HENNE · texte numérisé non relu

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de Cassaneuil. A la vue de l'ancien séjour de Charlemagne , tous les vieux ferments de vengeance déposés autrefois dans le cœur des Scandinaves par les Saxons réfugiés allumèrent la fureur de Régnaud qui , en proférant d'insultants sarcasmes contre la mémoire du grand empereur et après avoir fait une écurie de la chambre où était né Ludwig , détruisit la ville de fond en comble et n'épargna pas même la pierre qui recouvrait les ossements d'un fils d'Hildegarde mort au berceau.

Cet état de choses dura cent soixante-cinq ans. Pendant cette longue période, la race de Charlemagne s'était éteinte au milieu du mépris général, et la féodalité avait grandi au bruit des armes et portait d'autant plus haut la tète que In royauté n'existait plus guère que de nom (1000). Guilhem IV était duc d'Aquitaine , Hugues I" comte de Rouergue, Hélie comte de Périgord ; Raimond, comte de Toulouse, possédait le Quercy; et les contrées qui ne se rattachaient pas encore directement au duché d'Aquitaine, comme le Bordelais, les Landes, et l'Agenais, étaient comprises dans le domaine de Sanche Guilheu, comte de Gascogne. Cinquante-huit ans plus lard. Gui JaulTre, connu sous le nom de Guilhem VII, réunissait à l'Aquitaine proprement dite la partie de la Guienne située entre l'Adour, la Garonne, la Dordogne et le Drot, et après la mort du fils de ce dernier, qui passa sa vie en Orient , entraîné comme tous ses contemporains par le mouvement des croisades , Guilhem IX, son fils, ayant disparu mystérieusement dans un pèlerinage qu'il faisait à Saint-Jacques de Compostelle, laissa son duché à sa fille Aliénor, mariée au roi de France en 1137. Au bout de quinze ans le divorce de Reaugenci détacha de nouveau la Guienne de la monarchie française et la fit passer comme le Périgord et le Quercy, par le mariage d'Aliénor avec Henri Piantagenet , sous la domination de l'.Angleterre.

Pendant quarante-huit ans les trois premiers Plantagenets ne cessèrent de remplir l'Aquitaine du bruit des armes et de leurs sanglants démêlés de famille. A peine en possession de l'héritage d’Aliénor, Henri 11 attaqua la maison de Toulouse pour lui arracher son comté sur lequel sa femme avait des prétentions spécieuses : Cahors et Moissac furent forcés, Périgueux et Limoges ouvrirent respectueusement leurs portes, et sans le courage des bourgeois de Toulouse et l'arrivée de l'armée française, la bannière d'Angleterre aurait tlolté, à la Saint- .Michel de 1159, sur les tourelles du chAteau Narbonnais. Après cette querelle et celle du comte de Périgord qui essaya de profiter, pour se rendre indépendant, des embarras où sa lutte avec Thomas Becket jetait Henri en Angleterre, s'alluma une guerre impie au sein de celte famille royale que le peuple dans sa terreur appelait «la race du diable. En 117k, Aliénor arme ses trois fils aînés, Henri au Court-.Mantel, Richard-Cœur-de-Lion et Geoffroi, contre leur propre père : quand celui-ci les a battus et que la paix est faite , ils se mettent ù guerroyer entre eux , parce que Henri au Court-Mantel, déclaré successeur de son père, veut que Richard, à qui l'Aquitaine est échue, lui fasse hommage de son duché Attisant le feu de ces discordes contre nature, alors apparaît sur la scène politique le fameux Bertrand de Born qui semblait né pour résumer l'histoire de son siècle, car il en avait dans la tète toute la poésie et dans le cœur toute la violence. A sa voix, qui ne frappa jamais en vain les fibres nationales, se forma aussitôt une ligue dans laquelle entrèrent des premiers Talleyrand, comte de Périgord, Guil-

hem de Gourdon, seigneur de Qucrcy, le seigneur de Montfort, les vicomtes de Ventaduur , de Comborn , de Ségur et de Turenne. Ces seigneurs avoient juré sur l'Évangile, dans le vieux moutier de Saint-Marcel en Périgord, de rester unis et Tidêles à la cause de l'Aquitaine, mais l'or et les promesses de Richard leur fircrit oublier ce serment , et Bertrand de Born fut abandonné seul é la colère du Plaiitagenet qui , plus généreux que ses amis, lui pardonna. Mais, dans les idées superstitieuses du temps, la paix ne pouvait durer ; on avait vu, i la fin de 1182, un llls tuer sa mère et la lune se voiler tour à tour d'un nuage noir et d'une vapeur sanglante, ce qui présageait, selon le peuple et les moines, des événements effrayants; l'année suivante, en effet, les trois frères reprirent les armes. Alors on eût dit que les Saints irrités, comme l'assurait le clergé, de voir piller leurs monastères avaient appelé sur les Plantagenets la vengeance divine. En moins de dix-sept ans tous les quatre étaient dans la tombe. Henri au (2ourt-Mantel mourut sur la cendre, le li juillet 1183 , à Martel en Quercy, entre les bras des évè(|ues d'Agen et de Cahors; le 6 juillet 1189 son père expirait le désespoir sur les lèvres, abandonné de tous; et, après avoir ému l'Europe et l'Orient au bruit de scs exploits, RicImrd-Coeur-de-Lion tombait, frappé à mort, le 26 mars 1199, au pied d'une mauvaise tour du Limousin.

Si ces hommes énergiques n'avaient pas été couchés sous la pierre lorsque le comte de Toulouse vint implorer à Bordeaux l'appui des Anglais contre Rome, ils lui auraient répondu favorablement ; car, bien que « de Beziers h Bordeaux , tant que va le chemin, tout fût plein d'hérétiques albigeois niant le pouvoir du pape, » jamais ni Henri 11 ni Richard n'auraient vu de bon œil sur leurs fron tières ce ramassis de truands , de serfs, de routiers conduits par des chefs en surplis. Mais Savary de Klauléon, sénéchal de Jean-sans-Terre, ne voulut pas se mêler de ce débat et se borna, dans son égo'isme, à tenir la croisade à distance. Il ne put empêcher cependant qu'une armée de croisés, ayant pour chefit le comte d'Auvergne, le vicomte de Turenne, Bertrand de Cardailhac, les seigneurs de Castelnau, de Montratier et de Gourdon, les évêques de Limoges, de Cahors, d'Agen , de Bazas et l'archcvèquc de Bordeaux , en se dirigeant à marches forcées vers Beziers, ne forçât Puylaroque et ne brùlèt, à Cassaneuil, quelques .\lbigeois et une fort belle hérétique. Pendant ce temps d'autres bandes, à moitié sauvages, dc.scendaient des plateaux du Rouergue c*; la suite de l'évêquc du Puy et rançonnaient en passant Saint-Antonin et Caussade, tandis que les bourgeois de Moissac répondaient au comte de Toulouse que plutôt que d'avoir pour seigneurs des clercs ou des Montfort, ils s'enfuiraient par la rivière à Bordeaux, et que ceux de Montauban et de Castel-Sarrazin criaient du haut de leurs murailles qu'avant de céder à la croisade ils mangeraient leurs enfants !

A cette date lugubre s'arrête la première période de la domination anglaise. La seconde s'ouvrit en 1203 par un événement capital, la confiscation de la Guicnne prononcée au parlement d'Étampes par Philippe-Auguste sur Jean-sans-Terre, jugé comme contumace et comme meurtrier de son neveu. Jean, retenu en Angleterre par des embarras toujours croissants , resta sous le coup de cette spoliation diplomatique contre laquelle Henri III , son successeur, était venu protester , mais en vain , dans les marais de Taillebourg. Voici quelles étaient , par suite des

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conquêtes de la France, les divisions territoriales de la Guienne en 1219. Henri III et saint I.ouis possédaient d’abord chacun une moitié de ce qu’on appelait la Terre dex deux rois , c’est-à-dire cette étendue de pays comprise entre la Charente et le Rhône. La part du roi d’Angleterre commençait aux tours d’Angoulêmc et embrassait dans son cercle inégal le Limousin et le Périgord , coupait l’Agenais, vers Marmande, et se prolongeait en triangle au-delà de la Garonne, jusqu à l’embouchure de l’Adour. Le Rouergue, le Quercy et la pointe supérieure de l’Agenais étaient englobés dans les possessions frança’is&s. En 1258 un traité signé par saint Louis modifia cet état politique. Le roi d'Angleterre ayant cédé au roi de France les droits qu’il avait sur l’Anjou, le Poitou, la Touraine et la Normandie, celui-ci rendit à la couronne anglaise le Rouergue, le Périgord, l’Agenais et le Quercy. Saint Louis et Philippe-le-Hardi , son Bis , n’ayant rien changé de leur vivant à cette convention , elle fut conflrmée vingt-huit ans après , ù Paris , dans le parlement de Pâques de 1286, par Philippe-le-Kel. Pourtant la paix, t|u’un replâtrait sans cesse, ne pouvait durer entre les deux nations; les vieilles rivalités d’intérêt et de race les mettaient constamment aux prises. Moins de quatre ans après ce traité une supplique ainsi conçue était adre.sséc au roi d’Angleterre par un habitant de la Guienne : « A notre seigneur le roi remontre humblement Iliduu llrane, qu’il avait en la nef de Frembaud du Verger, citoyen de Bayonne , draps et autres objets d’une valeur à peu près de deux cents livres sterling, et que ladite nef ayant été prise par les gens du roi de France, il n'a eu ni paiement ni dédommagement. Pourquoi il prie et requiert sa majesté de lui vouloir donner pour Dieu, des lettres de marque, afin de saisir des vins qui sont sur la nef cs|>agnole de Winchelèsc et qui appartiennent à ces mêmes bourgeois de Calais et de Saint-Omer, par lesquels ses draps furent pillés et vendus. »

Edouard P', qui hésitait à recommencer la guerre, bien qu’il soutint vigooreusement dans l’occasion les droits de ses sujets, écrivit lui-même au dos de la lettre cette sage réponse ; « Le roi , pour certaines raisons particulières , ne peut , quant à présent, accorder la marque^ mais il admet la requête du suppliant. » Cette modération fut [lerdue : deux ans plus tard, en 1292, toute la marine d’Aquitaine formulait énergiquement de nouvelles plaintes en ces termes : « Voici les outrages et les torts qui ont été faits à vos gens de Bayonne : Premièrement en Bretagne, les Normands tuèrent des Bayonnais à la fontaine de Kymenoys et ayant ensuite assailli le navire de Pierre de Nounay de Bayonne , ils coupèrent le mât , massacrèrent plusieurs matelots et pillèrent pour mille livres sterling de marchandises.

n Ces mêmes Normands se rendirent ensuite à Rions sur la Gironde, et y ren contrant quatre bateaux de Bayonne ils les .coulèrent à fond et tuèrent six Bayonnais. Quand on apprit cela à Bordeaux les mariniers de Bayonne allèrent se plaindre au conseil; Itierd’Angoulème, aujourd’hui connétable, rassembla aussitôt tous les marins d’Angleterre, de Bayonne, d’Irlande, de Normandie et de Bretagne, et fit jurer aux maîtres i|u’ils vivraient en paix a l’avenir et courraient sus à celui d’entre eux qui violerait ce serment jusqu’à ce que mort s’en suivit. Peu de jours après cette convention les navires d’Angleterre et de Bayonne firent voile pour leur destination , cinq par cinq , six par six, quatre par quatre , selon que leur chargement

fut achevé plus ou moins vite. Mais les navires normands mlérent en rivière comme gens du pays, chargèrent des vins, et au lieu de partir au fur et à mesure qu'ils avaient chargé, dressèrent châteaux devant et derrière, château sur le mât, et sortant de la Garonne les bannières déployées comme des gens de guerre, ils cinglèrent ensemble vers La Rochelle. Là , ayant trouvé en un lieu nommé le Pertuis d'Antioche une nef de Bayonne, chargée de draps et autres marchandises vi^ nues de Flandre, ils l'attaquèrent , tuèrent les matelots et les marchands qui étaient de Bordeaux, pillèrent marchandises et coulèrent le navire à fond. Pareille chose arriva sous la tour de L'glein et à Lannion à des mariniers bayonnais et à des marchands de La Korhelle qui montaient la nef appelée le a Godier. » Le vendredi avant la Pentecôte des navires gascons, cinglant vers Saint-Mâlo, rencontrèrent deux cents vaisseaux normands bien équipés de gens de guerre, avec châteaux à l'avant et à l'arrière, et châteaux sur les mâts. Ceux-ci portaient largement déployée la bannière de semlal rouge que nous appelons baneaun et qni a nom steamer en Angleterre. Cette bannière signifie quand on l'arbore : Mort snes remède et en tous lieux aux mariniers. Voyant donc les Normands leur courir su.' de cette manière et fèlonnyeusement contre la paix créée , vos hommes se défendirent, et Dieu par sa grâce leur donna la victoire. »

A. cet grèvanees des Bayonnais , Philippc-le-Bel opposait des plaintes non moins justes, et voyant d’ailleurs le roi d'Angleterre occupé dans son Ile, il en pro- Qta pour faire saisir judiciairement la Guienne le lundi après la saint Nicolas d'hiver de 1993. C'était donner le signai d'une guerre qui ne finit qu'en 1303. Iji spoliation des Templiers, opérée grâce au zèle dcBertrand del Gotha que Philippele-Bel avait tiré du siège aichiépiscopal de Bordeaux pour en faire sur la chaire de Saint-Pierre l’instrument passif de sa politique , la réapparition des Pastoureaux qui, en 1390, comme tous le règne de saint Louis, vinrent jeter l'effroi dans les campagnes, et l'accusation absurde lancée sur les Juifs pour s'emparer de leurs richesses, sous prétexte qu'ils avaient reçu de l'argent du roi.de Tunis afin d'empoisonner les fonlaines , absorlièrcnt complètement l'attention de la royauté française pendant les vingt premières années du xiv* siècle. Mais quand ces grands événements furent accomplis, elle tourna de nouveau son activité vers les frontières méridionales. La construction d'une bastille sur les limites de l’Agenais fut le motif allégué pour la reprise des hostilités ; mais le motif probable c'était le désir du roi de France de favoriser les intrigues de sa sceur Isabelle, femme d'Edouard 1 1, qui travaillait à donner le duché d'Aquitaine au prince de Galles et le gouvernement d'Angleterre; à Mortimer, son amant. Après une petite guerre pendant laquelle le vieux comte de Valois promena l'oriflamme de Bordeaux à Bayonne et rasa la Bicoque en litige en passant par Agen et la Réole , ce double projet s'accomplit en 1325. Lejeune Edouard III étant monté sur le trône quatre ans plus tard, fut forcé de venir s'agenouiller à Paris devant son suzerain. Philippe, exigeant l'hommage à la rigueur, lui avait fait quitter la couronne , l'épée et les éperons , mais quand il eut fait cet acte si humiliant pour sa Berté et qu'il se releva , on vit qu'une guerre implacable ne tarderait pas à éclater entre la France et l'Angleterre.

Depuis rétablissement des Anglais en Guienne, l'hostilité des deux nations était M. V-2

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allée croissant. Plus elle se fortiflait dans le nord plus la nationalité Trançaise tendait à s'étendre vers le midi. Bientôt, à travers les prétextes dont elle couvrait encore sa marche, il fut évident qu'elle ii'aspirait qu'à rejeter au-delà du détroit l'élément étranger et à reprendre cette Guienne, appelée jadis avec raison la perle de t empire romain. Sur le refus d'Edouard lit de livrer le comte Kobert, qui s'était réfugié en .\ngleterre, Philippe de Valois fit saisir de nouveau la Guienne par Pierre de Marmande, sénéchal du Périgord, le vendredi après la fête de la Pentecôte de 1338. C'était recommencer la guerre : elle éclata aussitôt, en effet, et ne fut suspendue qu'en 1310. Ces cinq ans de trêve expiraient à peine lorsque le comte de Derby, scs barons et scs chevaliers « cinglèrent tant par mer qu'ils ancrèrent nu mois de « juin 1313 au hôvrc de Bordeaux ; si issirent de leurs vaisseaux sur le kay et a furent frandement bien reçus des bourgeois de la cité ut des chevaliers gascons « qui là estoient. » Alors s'ouvrit cette mémorable campagne pendant laquelle la bannière anglaise , après avoir flotté victorieusement à Bergerac, Uingon, Auberoche, la Réole, Tonneins, malgré les efforts des comtes de l'Isle, de Comminges, deCaraman,de Duras, des seigneurs de Pugurnet, de CbiUeauneuf, de La Barthe et de l'abbé de Saint-SevCr, braves champions du parti français , se montra sans rencontrer un soldat français sur la rive droite de la Gironde, et portée pur le terrible prince Noir, traversa, en 1353, toute la Gascogne et le I.anguedoc jusqu'à Carcassonne , à travers des tourbillons de flamme et de fumée. La bataille de Poitiers, où dix mille archers gascons battirent les cent mille hommes du roi Jean, ayant tout à coup fait pencher la balance du côté de l'Angleterre, il en résulta le funeste traité de Brétigny dans lequel , le 8 mai 136Ü , le roi captif, pour recouvrer sa liberté, cédait au roi d' Angleterre, pour lui et ses héritiers à perpétuité et à toujours , la cité et le château d'Agen avec la terre et le pays d'Agenais ; la cité, le château et le comté de Périgord, avec la terre et le pays de Périgueux; la cité et le château de Cahors , avec la terre et le pays de Quercy et fa cité et le château de Rhodez.

Tous ces pays, qui s'étaient peu à peu détachés de l’Angleterre pour se rapprocher de la France, ne se soumirent que sur l'ordre exprès du roi aux conditions du traité de Brétigny : aussi, lorsque le refus de subsides aux états de Niort et l'appel des seigneurs gascons au roi de France curent motivé la troisième confiscation de la Guienne , en 1370, l'insurrection fut générale, a Tandis que les gendarmes < françois se tenoient sur les marches de IJmosin et de Rouergue avec grant foiuson de bons chevaliers, l'archevêque de Toulouse prêcha tellement et par si « bonne manière, en Quercy, la querelle du roy de France que la cité de Calvors « se tourna française avec soixante villes ou châteaux. Les gens qui l'oyoient parie 1er le croyaient en tout : car de nature et de volonté ils étaient trop plus Frana çois qu'ils n'étoient Anglais qui bien aidoit à la besogne. » Du Guesclin , de son côté, enleva aux .Anglais, avec ces routiers couverts de corcelets de buffle et d'armes rouillées, qu'on appelait les deux mille lions gris, Bourdeilles, Périgueux, Bergerac, Condat, Egmet, Sauveterre, Sainte-Foy, Castillan, Mucidan et cent trente autres places murées du Quercy et du Rouergue. S'il n'était pas mort, sa forte épée de connétable aurait chassé les Anglais de la Guienne ; mais quand on l'eut porté à Saint- Denis, quoique le prince Noir et le vaillant Chandos , sénéchal d'Aquitaine, l'cus-

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sent précédé dans la tombe , une nuée sanglante obscurcit pendant soixante ans l'étoile de la Franre. Déchirée par les querelles impies des princes du sang cl les deux factions acharnées d'Armagnac et de Bourgogne, la Franre ne commença à respirer qu’au mois d'aoüt de 1435. Cependant, quoique la fortune sembISt se déclarer pour elle, le roi Charles Vil offrait encore de laisser la Guienne aux Anglais, pourni qu’ils consentissent il rendre hommage ù la couronne. Cette condition ayant heureusement été refusée, un vigoureux et dernier clforl fut tcnié avec un succès qu’on n’espérait pas. Au mois de juin de 14V2, Tartas, Saint-Sever, Dax, Marmandc et la Réole tombèrent nu pouvoir de Charles. Et onze ans plus tard la victoire de Castillon renversa pour toujours sur le corps de Talbot ce léopard anglais qui flottait depuis trois cents ans sur les tours et les clochers dé la Guienne, d’Angoulôme à Bayonne et de Périgueux i Monlauban et à Rhodez.

En passant sous la domination française , la Guienne , où régnait largement la liberté, essuya, sous ce rapport, des perles douloureuses. Le premier effet de la conquête fut de dissoudre une confédération républicaine qui liait par les mêmes institutions libres, Blaye, Bourg, Castillon, Cadillac, Libourne, Saint-ËmHion et Saint-Macaire, appelées /« fitlenles de liordeniix. Deux forts s’élevèrent sur la Garonne pour tenir durement en bride la capitale de la Guienne, et il n’y eut plus d’autres libertés et d’autres privilèges que la volonté du gouverneur. Peu à peu cependant le système brutal, qui consistait il tenir constamment te fer nu dos des populations de la Guienne pour les empêcher de bouger, s’adoucit è mesure que s'amortissait la défiance. Ainsi, le 10 juin 14G2, Louis XI institua un parlement b Bordeaux, où ressorti.s.saient le Bordelais, le Bazailais, l'Agcnais, les Landes, le Périgord et la Saintonge. Il avait même créé un duc, Charles de Berri, son frère ; mais voyant qu’il donnait un chef à la féodalité turbulente de Gascogne , il s'en débarrassa , dit-on , en le faisant empoisonner et reprit sa province. A ne considérer que l’intérêt de l’état, il est certain que la politique de Louis XI était justifiable. Les princes du sang à cette époque paraissaient les enncmis-nésdu repos public. Celui-là même qui devait être surnommé le père du peuple, mit la Guyenne en feu et s'empara de Bayonne, Fronsac, Dax , Blaye et la Réole, pour disputer, en 1487 , la régence à la dame de Bcaujeu.

Au commencement du siècle suivant et quand la Guyenne aurait encore eu besoin de cent ans de paix pour fermer les blessures de ces longues guerres anglaises qui avaient décimé trois générations , les guerres religieuses s’allumèrent sur ce malheureux sol avec une nouvelle furie. Deux hommes célèbres è divers litres, Gérard Roussel, le meilleur professeur de l’université de Paris, et Jules-César Scaliger de Vérone étaient venus, en 1532, l’nn à Clairac, l’autre à Agen, foire briller la lumière de la réformation. Secondés par Jeanne d’Albret, qui voulait se venger du pape, encouragés par Calvin lui-même, et n’ayant pour adversaire qu’un clergé sans talents et sans mœurs, ils brisèrent facilement en Guyenne l’unité catholique. Clairac, Tonneins, Villeneuve d’.Vgcn, Nérac, Sainte-Foy, Bergerac, Montauban, Milhau , Saint- Antonin, devinrent les foyers principaux du protestantisme, et dès-lors, malgré les exécutions de 1541 , le massacre de Cahors et les boucheries quotidiennes de Montluc, qui se montra, pendant dix ans, plutèt bourreau que capitaine, la réformalion, d’abord faible et timide, s'affermit en

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