Histoire des villes de France
Ixî Dauphiné (Delphinatus) , une de nos provinces limitrophes, s’étend à l’extrémité orientale de la France, dont il est en quelque sorte la lisière. Borné nu sud par la Provence , à l'est et nu nord-est par le Piémont et la Savoie, il srlc Rhéiic pour limite au nord et à l’ouest. Le Dauphiné forme un vaste trianpic qui embrasse les départements de l’Isère et de la Dréme', et une grande partie de relui des Ilnules -Alpes. Il a environ qunranle-ileux lieues de long sur trente-quatre de large ; on en peut évaluer In superlirie h six cent soixnnie lieues carrées. Cette province, dont Grenoble est In eapilnle, se divise en haut et en bas l)au|)huié. I.c premier comprend tout le pays situé, à l’est, dans les hautes montagnes des
Alpes, c’cst-à-dirc le firaisivnudan, le Royanez, le Champsaur, le Briançonnois, rEmbrmiois, le (îap<’nçois et les Baronies ; le second, formé de la partie occidentale de la province, renfei-mc le Viennois, le haut et le bas Valentinois, le Tricastinois et le Diois. Ij3 sol du Dauphiné est généralement d’une nature très-variée ; dans les vallées des arrondissements de Grenoble et de Saint-Marcellin, il se compose d’une terre argileuse et sablonneuse mélangée de calcaire, et il est d’une fertilité remarquable. La vallée du Graisivaudan, qui s'étend aux portes de la première de ces villes, est, sans contredit , une des plus riches et des plus belles qui soient en France ; mais les autres parties du Dauphiné , surtout les vastes plaines et les coteaux que l'on rencontre dans les arrondissements de Vienne et de lu Tour-du-Pin, offrent presque partout un terrain maigre, aride et sablonneux.
La température du Itauphiné ne présente pas moins de variété. Dans la partie montagneuse de cette province, on ne connaît guère que deux saisons, l’été <-t l’hiver; les froids y sont longs et rigoureux; il est certaines vallées qui demeurent sept a huit mois ensevelies sous la neige; mais l’été, en revanche, y est très-chaud et marqué par de fréquents orages : il y tombe chaque année environ dix-huit pouces d’eau. Le climat du Dauphiné est pur et sain, mais généralement plus froid que tempéré, et l’air y est plutôt humide (juc sec. Ixs cantons situés sur les boi'ds du Rhône, sont les seuls où l’on éprouve d’une manière bien sensible l’inlluencc de la latitude méridionale sous laquelle le pays est situé; l'été y est ordinairement très-chaud, et lu végétation, d'une richesse remarquable. I.es vents qui régnent le plus fréquemment dans cetle province sont ceux du nord et du sud , et ceux de l’est et de l’ouest.
Le Dauphiné est coupé , dans presque toute son étendue , par de hautes montagnes qui font partie des Alpes françaises, ou qui en sont des ramifications. Les chaînes les plus considérables se dirigent, en général, du nord au sud, et semblent s’abaisser graduellement en courant vei's le midi ; leur pente incline ordinairement de l’est à l'ouest; elles s'élèvent par degrés en s'avançant vers l’orient, cl apparaissent de loin, à l’horizon, les unes au-dessus des autres, comme les giadins d’un amphithéâtre immense. C'est entre Grenoble et Briançon que les Alpes françaises atteignent les proportions les plus colossales; elles séparent le bassin de la Durance de celui de l’Isère. C’est la que le Pelvoux dresse au-dessus des nuages son front couvert de glaces élernelles. Ce mont formidable, <|ui s'élève à quatre mille trois cents mètres au-dessus du niveau de la mei', égale presque, en hauteur, les plus hauts sommets des Alpes suisses; il domine, comme un su|>erhe géant , toute une vaste mer de glaciers , hérissée de pics neigeux , coupée de précipices effroyables où règne une éternelle tempête , où les éclats de la foudre se mêlent au fracas des avalanches qui se détachent incessamment des hautes cimes, et roulent en bondissant dans de sombres abîmes dont l’œil n’ose sonder la profondeur. A quelques lieues au sud du Pelvoux, c’est l’ülan, (|ui n’a pas moins de quatre mille deux cent quatorze mètres d’élévation, et dont les crêtes secondaires s’embranchent avec celles de ce mont gigantesque. De ces deux points élevés partent de nombreuses chaînes qui courent et rayonnent, pour ainsi dire, dans toutes les directions, loi plus haute, fuyant vers le nord, s’abaisse au col de la Grave, où la Durance prend sa source parmi les glaciers, cl va se joindre aux
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Alpes de la Savoie et du Piémont. Deux autres chaînes longent et ceignent le bassin du Drac; celle qui est au midi de l'autre, après avoir formé le dOme de rObiou et les hautes cimes du Toussière, s’en va, par une pente graduelle, mourir au bord du Rhéne.
Des flancs de ces montagnes jaillissent une inflnité de rivières, de torrents et de ruisseaux , qui, se dispersant dans les vallées et les plaines, vont y répandre au loin la fertilité et la fraîcheur. Il est en France peu de pays qui soient arrosés d'un plus grand nombre de rivières que le Dauphiné. Les principales sont le Rhéne, l'Isère, la Durance, le Guiers, dont le cours, depuis le xiv' siècle, dessine une partie de la frontière du côté de la Savoie; le Drac, la Romanche, la Dréme, qui prend sa source aux environs de Die et forme, dans la vallée à laquelle elle a donné son nom, deux lacs séparés fun de l'autre par une chaussée naturelle. Outre les rivières que nous venons de citer, il en est beaucoup d’autres moins considérables, telles que la Boume, la Galaure, la Scz, l'üuvèzc, la Tholorène, la Meauge, la Bourbre, l'Aigues, etc.; mais, de tons ces cours d'eau, xleux seulement, le Rhéne et l'Isère, sont navigables.
A l'époque où les Romains envahirent les Gaules, le Dauphiné était habité par deux nations puissantes, les Allobroges et les Voconces [V'oeonh'i) : les premiers occupaient le territoire situé entre le Rhéne et l'Isère jusqu'aux Alpes, et Vienne était leur capitale ; les seconds tenaient tout le pays qui s'étend entre l'Isère et la Durance, le Rhéne et les Alpes. Ils possédaient dix-neuf villes, dont Luc, Die, Vaison et Grenoble, alors appelé Cularo, étaient les principales. Ces deux nations comprenaient plusieurs autres petits peuples, tels que les Cavares, les Ségalaiiniens (Sc^a/auni'), les Vulgicntes, les Tricastins, les Mimènes, etc. Les Ségalauniens occupaient les bords du Rhéne, depuis la rive droite de l'Isère jusqu'au Roubion. Ils avaient pour villes principales Cliabeuil (Cerebelliaca) et Montélimart, et pour capitale Valence; Apt était la métropole des Vulgientes. Les Tricastins habitaient entre le Roubion et l’Aigues, sur les bords du Rhéne, au-dessous des Ségalauniens ; leur vUle principale était Keomagui, qui prit depuis le nom d’iiugusta Tricastinonim ( Saint- Paul-Trois4^hâteaui ). Ce fut sur le territoire de ce peuple qu'Annibal, après avoir traversé le Rhéne, passa pour arriver aux Alpes, lors de sa fameuse expédition d’Italie. On comptait encore dans le Dauphiné, à l'époque dont nous parlons, un peuple d'origine celtique, les Tricoriens ( TrieorU], qui habitaient le territoire de Gap ( Vapincum ) , et deux peuplades d'origine grecque, les Caturiges (Caturi), dont Embrun [Ebrodmmm] était la métropole, et les Brigiani, qui avaient pour capitale Briançon [Brigantio).
Les Allobroges étaient renommés par leur courage entre tous les peuples des Gaules, et ils en avaient reçu, d'un consentement unanime, le nom glorieux de Gesiatei, c'est-à-dire vaillants. Leur ardeur belliqueuse les entraîna dans toutes les entreprises que les Gaulois tentèrent au delà des Alpes. Ils firent partie de l’expédition de Bellovèzc et d'Elitovius. Plus tard, ils suivirent Brennus en Italie. Dans la première guerre punique , ils combattirent contre les Romains sous les drapeaux de C.arthage, qui avait réclamé le secours de leurs armes. Sous le consulat de M. Æmilius Lepidus et de M. Oblitus Malleolus, les Romains ayant voulu chasser les Sennonais de leur pays, les Allobroges envoyèrent au secours de ces
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derniers une armée Tormidable qui descendit en Piémont par le 4Iont-Genèvre et le Mont-Cenis , fondit sur l'Italie comme un torrent impétueux, y porta le ravage et la remplit d'épouvante. Cette terrible expédition eut lieu l'an 529 de Rome sous le consulat de C. .\ttilius Regulus et de Lucius Æmilius Paulus; mais, après plusieurs victoires remportées sur les Romains, ils furent enfin taillés en pièces, et leurs deux princes, Congolitan et Aneroëst, périinnit dans le combat.
Trois ans après, Britomar, leur successeur, voulant venger leur mort et en même temps secourir les Insubres, alors pressés par les Romains, passa en Italie, à la tête d'une armée de trente raille horaraes; mais il fut également défait et tué, et sa mort porta un coup terrible à la puissance des Allobroges. Une année après cette défaite, les consuLs C. Quintus Flaminius et Pub. Furius franchirent les Alpes mai'itimes, et pénétrèrent dans leur pays où ils exercèrent de cruelles représailles. L'issue malheureuse de tant d'expéditions ne put, toutefois, abattre le courage de ce peuple belliqueux ni calmer son humeur entreprenante; aussi, Annibal, à son passage dans les Gaules, en tira-t-il de puissants secours. Lorsque ce général traversa leur pays pour se rendre en Italie, les Allobroges accoururent en foule sous ses drapeaux et le suivirent au delà des Alpes ; ils se distinguèrent, entre toutes les troupes auxiliaires des Carthaginois, par leur valeur et leur intrépidité. A la bataille de Cannes, ils demandèrent à combattre au premier rang, ce qui leur fut accordé ; armé-s de leurs longues et larges épées, il se présentèrent au combat, le corps nu jusqu'à la ceinture, et y firent des prodiges de valeur.
Ce ne fut pas, au reste, la seule fuis qu'on vit les Allobroges, dans leur haine contre les Romains, s’unir aux ennemis de ce peuple. C'est ainsi que, plus tard, ils secoururent Tautamal, roi des Salions, dans la guerre qu'il eut à soutenir contre les armées romaines. Lorsque ce monarque eut été chassé de sas États, ce fut encore dans leur pays qu'il trouva un asile ; tel fut le principal grief qui attira de nouveau sur eux la vengeance des Romains. Le soin de cette nouvelle guerre fut confié à C. Domitius Œnobarbus, aïeul de l'empereur Néron. Les Allobroges, dans leur ardeur belliqueuse, n’attendirent pas, du reste, que ce général eût pénétré dans leur pays ; ils marchèrent à sa rencontre avec résolution , mais en désordre. Ij;s deux armées se rencontrèrent au «onfiuent du Rhône et de la Sorguc, non loin d’une ville que les historiens grecs et latins nomment Vindalie, et dont il ne reste plus aujourd’hui le moindre vestige. Les Allobroges combattirent avec leur valeur accoutumée, mais ils furent défaits ; les Romains furent redevables du succès de cette journée aux éléphants qui étaient dans leur armée, lesquels jetèrent du désordre dans la cavalerie gauloise : les chevaux, effrayés à l'aspect de ces animaux formidables, n'obéirent plus nu freitt et' emportèrent leurs cavaliers loin du champ de bataille. Vingt mille Allobroges périrent dans ce combat , les Romains firent, en outre , trois mille prisonniers et un butin considérable : cette victoire les rendit maîtres de tout le plat pays situé entre le Rhône et les .Alpes, et les Allobroges furent contraints de se soumettre. Mais une année s’était écoulée à peine que, lassés du joug des Romains, ils tentèrent de le briser. Traitant secrètement avec Bituitus, roi d’Auvergne, ils mirent dans leurs intérêts ce prince, qui se voyait également menacé par les envahissements de la puissance romaine.
Bituitus passa le Rhône avec une armée de cent quatre-vingt mille hommes ,
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et grâce à ce secours, les Allobroges eurent bienidt recouvré ce qu'ils avoient perdu dans la campagne précédente ; les Romains, ne pouvant tenir contre des forces si considérables, se viix-nt obligés d'abandonner leur conquête. C. Fabius .Uaiimus, qui avait succédé à Domitius dans le gouvernement de l’Allobrogie, les rallia de toutes parts et se vit ainsi, en peu de temps, à la tête de trente mille hommes de troupes aguen'ies ; avec ces forces, il alla établir son camp au-dessus de Valence, au confluent du Rhône et de l'Isère, et il s'y retrancha, résolu d'y attendre l'ennemi. Bituitus, se reposant sur la supériorité numérique de ses soldats, crut qu'il lui serait facile de venir à bout d'une armée qui, disait-il , a suffirait à peine pour faire curée aux chiens de la sienne. » Fabius, profita de la confiance aveugle du chef gaulois ; il sortit tout à coup de ses retranchements et fondit sur lui à l'improviste. Les troupes alliées furent entièrement défaites. .Au rapport d'Orose , il n’en périt pas moins de cinquante mille , tant dans le Rhône que dans la bataille; c'est à peine, assure-t-on, si les pertes des Romains s'élevèrent à trente hommes. Quant à Bituitus, il fut pris avec son jeune fils et conduit à Rome, où il onia le triomphe de Fabius.
Dès lors tout le pays fut subjugué, mais une grande partie des Allobroges, des Voconces et des Cavares se retirèrent dans les Alpes et en des lieux de difficile accès, d’où ils ne cessèrent de harceler les Romains; ils ne laissèrent, du reste, écliapper aucune occasion de recouvrer leur indépendance. L’arrivée des Cirabres et des Teutons dans les Gaules vint ranimer leur espoir. 11 fut résolu dans une assemblée générale des nations allobrogiques qu’on recevrait ces barbares comme des libérateurs; aussitôt les Gessates se joignent aux Teutons qui se dirigent vers la Ligurie, tandis que les Cimbres pénètrent dans le pays des Insubres. Au bruit de leur marche, la consternation se répand dans Rome et dans toute l’Italie; quatre armées entrent en campagne, pour arrêter ce torrent de barbares qui, du haut des Alpes, se précipite vers le Tibre : on sait quelle fut l’issue de cette invasion. Après avoir taillé en pièces les quatre armées romaines qui marchèrent contre eux, les Cimbres furent anéantis, en Italie, par Marins ; les Teutons éprouvèrent le même sort dans les Gaules, et l’Allobrogie retomba sous le joug de Rome. IK'S lors elle fit partie du la province romaine, nommée plus tard Gaule narbonnaise, laquelle comprenait tout le bassin du Rhône entre la dernière chaîne des Alpes et des Cévennes, depuis le pays des Ségusiens jusqu’à celui des Ligures. Sous Auguste , toutefois , le Dauphiné se trouva en grande partie enclavé dans la nouvelle subdivision territoriale qui fut créée par cet empereur, sous le nom de province Viennoise.
Le calme dont jouit l’Allobrogie ne fut pas de longue durée; les exactions dn préteur Fontclus Capito ne tardèrent pas y susciter de nouveaux troubles. Les députés que les Allobroges envoyèrent à Rome pour y porter leurs plaintes n’ayant pu rien obtenir du sénat,, tout le pays se souleva de nouveau; Catugnat et Induciomar, l'un des députés eqvoyés à Rome, dirigèrent ce mouvement; mais, après avoir obtenu d’abord qudque succès, ils furent battus près de Solonium, par le préteur Pontinus, qui avait remplacé Fonteîus dans son gouvernement. Catugnat échappa à la mort, mais on ne sait ce qu’il devint.
César ayant succédé à Pontinus dans le gouvernement des Gaules, les Allo-
Ditjiïi^ti )y CjOOgIc
broges furent accablés d'impéts, et le joug du Rome sembla encore s'appesantir sur eux. « Rien, dit Chorier, ne fut sacré, durant neuf années, à son avarice insatiable ; il pilla les temples les plus saints, et les dieux, non plus que les hommes, ne purent se défendre contre lui dans leurs maisons. » Aussi, dans la guerre de Pompée contre César, prirent-ils parti pour le premier. Lors du partage de l'empire entre les triumvirs, l'Allobrogie échut à Lépidc, qui fut bientôt dépouillé par son collègue Octave, dont la politique plus adroite chercha è gagner par des bienfaits un peuple toujours prêt à se révolter. Durant le règne de cet empereur, l'Allobrogie fut administrée par des proconsuls; elle obtint plusieurs franchises et jouit de quelque repos; mais, sons les successeurs d'Auguste, elle eut bien des manx à souffrir; les Vandales et les Goths la ravagèrent tour à tour.
Enlîn, vers l'an A38, elle |iassa sous la domination des Bourguignons, et fit partie du royaume qu'ils fondèrent et dont Vienne devint la capitale. Les rois bourguignons ne changèrent rien, d'ailleurs, h l'administration ni aux lois que les Romains y avaient établies. Sous leur règne, l’Allobrogie eut à souffrir des invasions des I.ombards, qui, des contrées septentrionales, étaient venus fondre sur l'empire d'Occident comme sur une riche proie; mais le patrice Mummol les défit et les repoussa par-delè les Alpes. Durant ses guerres contre les rois bourguignons, Chlodwig se rendit maître de l'Allobrogie et la donna k son fils Clodomir; celui-ci la laissa k Thierry, son frère, qui fut aussi roi d'.Anstrasie et de Bourgogne, après la mort de Gondemar. Des rois d'Austrasie, la province viennoise passa k ceux de Neustrie, lorsque les deux royaumes furent réunis, et elle demeura sons le sceptre des rois de France. En 733, elle fut envahie par les Sarrasins, auxquels s'étaient joints les Goths. Cette terre héro'iquc, qu'on avait vue durant plusieurs siècles maintenir son indépendance contre la puissance romaine et les barbares du Nord, subit cette fois sans résistance le joug des infidèles, qui la ravagèrent par le fer et le feu. Charles-Martel, vainqueur d’Abdérame à la bataille de Tours, chas.sa Alime de la province viennoise, le défit dans Avignon et, par cette victoire, délivra tout le pays. Dans le partage que Louis-le- Débonnairc fit de ses vastes États entre ses trois fils, cette portion du r<)yaume de Bourgogne échut d'abord à Lothairc et plus tard à ses fils Charles et Lothaire. Celui-ci étant mort, elle fut dispuUk; par l'empereur Louis, héiitier naturel de ses frères, à Charles-le-Chauve, son oncle, qui en demeura posse.sseur, et la transmit, avec tous scs États, à son fils Louis-le-Bègue. Après la mort de ce prince, Boson , qui commandait dans tous ces pays, se rendit maître absolu de 1a province viennoise, et la réunit au second royaume de Bourgogne (879). Il eut pour successeur son fils I-ouis, surnommé l’Aveugle, des mains duquel ce pays passa sous le sceptre de Rodolphe II, roi de la Bourgogne transjurane (926). Du règne de ce prince et de celui de Conrad, son fils, date la puissance des évêques et des seigneurs du royaume de Bourgogne, puissance qui s'accrut avec une telle rapidité, sous les empereurs allemands, que leur droit de suzeraineté sur ce royaume devint bientôt illusoire.
Au milieu de cette anarchie, la province viennoise vit s'élever dans son sein une souveraineté peudifférente de celle des rois : ce fut celle des comtes d’.Albon, dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Déjà, cependant, vers l'an 889, un
HISTOIRE GÉNÉRALE, rerlain Guy ou Guidas 1*' s' était établi dans la province viennoise avec le titre de comte d'Albon ; mais on ignore quelle était l'étendue du pays qui lui obéissait. Ce seigneur figura à l'assemblée de Varennes , où Louis , fils de Boson , fut reconnu pour roi, et il passe pour être la souche de cette race. Quoi qu'il en soit , ses premiers successeurs ne prirent d'autre titre que celui de comtes d'Albon; leurs armes étaient une tour ou un cliéteau. Guignes IV est le premier qui ait porté le nom de Dauphin; ce nom fut adopté par scs successeurs, dont il devint le titre distinctif, et la province viennoise s'appela dés lors Dauphiné. Les Dauphins se divisent en trois races : la première est celle des comtes d'Albon , issus de Guigues I", dit le Vieux , et qui furent les fondateurs de cette souveraineté ; elle finit en In personne de Béatrix d'Albon, qui , unique héritière de leurs États, les porta dans la maison de Bourgogne par son mariage avec le duc Hugues III. Guigues André, son fils, donna naissance à la seconde dynastie des Dauphins, dont la race s'éteignit à la fin du xiiC siècle. Les derniers Dauphins de cette maison furent Guigues VII et son fils Jean. Celui-ci étant mort fort jeune et sans postérité, la succession du Dauphiné devait être le partage de l'époux que choisirait Anne, fille aînée de Guigues, et c'est ainsi que ce pays fut acquis A Humbert, baron de la Tour-du-Pin. C'était la seconde fois que le Dauphiné passait dans une maison étrangère.
Le règne des Dauphins de la première et seconde race n'oOre aucun événement bien important; ce sont des querelles intestines et de petites guerres avec des évêques ou des seigneurs du voisinage, lesquelles se terminent sans incident remarquable. Toutefois, Guigues IV, surnommé Dauphin, mourut des suites des blessures qu’il avait reçues, en 1H2, dans un combat livré au comte de Savoie, près de Montmélian. Sous les Daupltins de la troisième race, des différends survinrent aussi avec les comtes de Savoie. Le seul événement de quelque importance auquel ils donnèrent lieu, fut la bataille de Varey (1325), où l'armée du comte Édouard de Savoie fut défaite complètement par celle de Guignes VIII.
Ce fut sous Humbert H, successeur de ce prince, que le Dauphiné passa k la couronne de France. Le dégoût du monde et la versatilité de son caractère le poussèrent à cette rés4>Iution. Il s'en ouvrit à Jean , duc de Normandie , qui s'empressa d’entamer la négociation de concert avec le roi son père, et le Dauphitié fut cédé moyennant la somme; de cent vingt mille florins d’or cl d’autres avantages. Par une des clauses de cet acte de cession qui fut signé, le 23 avril 13V3, au chéteau de Vincennes, entre le roi Philippe et Humbert II, dauphin de Viennois, cclui-iâ se réserva la possession du Dauphiné jusqu’à sa mort , et il fut stipulé qu'après lui cette province* passerait à Philippe , dur d'Orléans, fils puîné du roi; mais le fils aîné, Jean, réussit à faire modifier cette dernière clause du traité, et la succession de Humhert fut transportée sur la tète du jeune Charles, fils de Jean , qui régna depuis sous le nom de Charles V. Les possessions originaires des Dauphins s’étaient augmentées successivement des comtés de Vienne, de Grenoble, de Gap et d'Embrun, et comprenaient alors les toris quarts de la province à laquelle ils avaient donné leur nom. Le fils de Jean n’attendit pas, du l'este, longtemps le riche héritage qui hii avait été assuré.
8 DAl’PHIXÉ.
Humbrrt II, décidé à renoncer au* grandeurs de ce monde, lui céda sa seigneurie, le 30 mar»-13W. Le prince français prit, dès ce moment, le titre de Dauphin de Viennois , reçut l’hommage des barons et des villes de la province, et s'engagea par serment è maintenir les franchises et privilèges mentionnés dans le fameux statut delphinal dont nous donnerons l'analyse ailleurs. Humbert, qui , par le traité du 23 avril 13V3, s'était, comme nous l’avons vu, résené, sa vie durant, la possession du Dauphiné, a se (U, » dit M. Henri Martin, < payer fort cher ce changement de résolution, et le pauvre peuple se ressentit des besoins du trésor royal ; car la monnaie fut altérée neuf fois dans le cours de l’année. » Cest de|)uis cette époque que les fils aînés des rois de France ont porté le litre de Dauphin; mais, s'il faut en croire le président Hénault, ce n’était point comme, on l’a cru, une des conditions du traité conclu avec Humbert H. Par une clause de ce traité, il fut convenu que le Dauphiné ne pourrait être incorporé nu royaume que lorsque l'empire y serait joint; ce qui prouve que les empereurs y exerçaient encore, à cette époque, un droit de souveraineté. En raison de cette mouvance de l’empire, les rois de France prenaient le titre de Dauphins dans toutes les ordonnances relatives à cette province.
Vers la fin du xiv* siècle, le fanatisme religieux vint ensanglanter le Dauphiné. Les doctrines des Vaudois s'étant propagées dans quelques vallées des Alpes, des bdehers s’allumèrent à la voix de l’inquisiteur français Bourclly, et deux cents hérétiques furent brûk^ vifs dans l’espace d’une seule année (1393).
En 1424, Louis H, roi de Navarre et comte de Provence, envahit le Dauphiné et s’empara de Gap. Sassenage, qui était alors gouverneur de cette province, marcha contre lui; mais il fut tué dans un combat, près de Verneuil, avec l’élite de la noblesse dauphinoise; trois cents gentilshommes restèrent sur le champ de bataille. Quelque temps après, le Dauphiné vit encore son territoire envahi par le prince d’Orange, qui s’était allié au duc de Savoie. L’armée ennemie , d’abord victorieuse, poussa jusqu’à Vienne; chassée bientôt des environs de cette ville, elle fut atteinte dans sa fuite par Raoul de Gaucourt , gouverneur, et Humbert de Groléo, maréchal du Dauphiné, qui lui livrèrent bataille et la défirent entii"rement (1430). Le prince d’Oninge ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval. Louis XI, n'étant encore que dauphin, séjourna longtemps dans cette province; il força, par un édit général, tous les harons et seigneurs dauphinois à reconnaître sa suzeraineté. Plus tard, dans ses démêlés avec le roi, son père, les Dauphinois prirent parti pour Charles Vil , et Louis se vit forcé d’aller chercher un asile chez le duc de Bourgogne. Sous le règne de Louis XII, les persécutions religieuses recommencèrent dans quelques vallées du Dauphiné (1513). «On voulut , dit Chorier, contraindre les chefs de famille de déférer aux inquisiteuis leurs femmes et leurs enfants , et ccux<i , Icure maris et leurs pères : la peine des obstinés dans leurs erreurs fut le feu. »
Après la défaite de l'armée française en Italie et la perte du Milanais, le Dauphiné se trouva un instant menacé par les impériaux, qui avaient envahi le mar- (|uisat de Stduces ; mais Bayard, avec deux mille fantassins et quelques chevaux , sut défendre les avenues de sa terre natale. Ce brave chevalier détruisit, en outre, une bande de quinze cents brigands qui ravageait le Viennois.
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Le milieu du xvr siècle fut marqué dans le Dauphiné par les progrès de la réforme religieuse ; une grande partie de celte pmvince eml)rassa les doctrines de Calvin. Nous raconterons dans notre notice sur Grenoble les principales circonstances de la lutte terrible qui s’engagea alors entre les catholiques et les réformés, et qui se prolongea pendant trente-quatre ans (1561-1595). Ceux-ci furent successivement commandés par Charles Dupuis , seigneur de Montbrun , et Lesdiguières, depuis connétable de France; ceux-là, par Maugiron, lieutenantgénéral du roi dans le Dauphiné, et par son successeur de Gordes. Le fameux baran des Adrets donna tour à tour son appui aux deux partis, et les effraya par ses atroces cruautés. Entin, Lesdiguières, en unissant ses forces à celles des loyalistes, triompha de la ligue et de son allié le duc de Savoie, et eut la gloire de replacer le Dauphiné sous l'autorité de Henri IV. I.a traii(|uillité que l’avénement de ce prince avait rendue au pays fut troublée, environ un siècle plus tard, |Mir l’invasion du duc de Savoie, auquel lu cour de Vienne avait envoyé le titre de généralissime. Il pénétra dans le Dauphiné, à la tète de dix mille hommes, ayant le prince Eugène pour lieutenant , prit Gap et Embrun , et mit tout le pays à feu et à sang par représailles de l'incendie du l’alatinat ( 1690 ). Il allait porter ses ravages dans la Provence, lorsqu’il fut atteint de la petite vérole, qui le força de s’arrêter; le prince Eugène fut obligé de ramener son armée en Piémont.
Ce fut le Dauphiné qui donna le signal de la révolution de 1789. On sait avec quelle ardeur cette province embrassa et défendit la cause de la liberté : .son parlement s’empressa de suivre l’exemple de celui de Paris, qui s’était prononcé contre les édits du timbre et de la subvention teiTitorinIc; et ses États, réunis à Vizillc le 21 juillet 1788, y firent cette fameuse manifestation, dont l’influence fut si décisive sur les événements politiques. I-ors de la première invasion des alliés, le Dauphiné fut occupé par une armée austro-sarde, à laquelle la prise de Paris et l’abdication de Fontainebleau ouvrirent les portes de Grenoble (1811). En 1815, Napoléon, à son retour de l’ile d’Elbe, traversa cette province, porté en quelque sorte en triomphe par ses habitants Jusqu’à Lyon. Après le désastre de Waterloo, une nouvelle armée austro-sarde envahit le Dauphiné, et vint mettre le siège devant Grenoble ; mois elle n’y entra qu’en vertu d’une capitulation fort honorable pour ses habitants. Nous ne parlons point ici des sanglantes exécutions qui marquèrent la première année de la seconde restauration ; nous nous réservons de les rappeler dans notre histoire de Grenoble.
Le Dauphiné était un pays de droit écrit. Ses États provinciaux se réunissaient à Grenoble; les consuls des dix villes y siégeaient avec les deux ordres prhilégit''s. Outre son parlement, auquel était unie une cour des aides, cette province avait un présidial et sept bailliages. f.e grand gouvernement militaire du Dauphiné ne comprenait pas seulement les diverses subdivisions provinciales du pays ; la principauté d’Orange s'y trouvait aussi réunie depuis plusieurs siècles. On évalue aujourd’hui la population des trois départements formés de l’ancien Dauphiné à 1,032,795 personnes. '
1. Commentairei dv Ci’sir. — tlittoire du Dauphiné, par Chorier. — Expilly, Dictionnaire Meforiyue et géographique. — llosi^’ln , Dictionnaire universel de la France. — Farnniid , Deseription abrégée dei Uautet-Àiprs. — 5tatiitifue det ttautei^Alpts , por Pimchol el Clianlairo.