IV
GREHOBLE.
Grenoble est une de ces cités dont l'origine, le caractère particulier, l'eïistencc et riiistoirc tout entién- s'expliquent par les avantages que présente la conHguration topograpbique du sol sur leipiel elles sont assises, pour dominer un pays par la force des armes, ou pour le défendre contre les attaques du dehors. Poste militaire sous la domination romaine, ville forte nu moyen âge, elle est encore de notre temps une place de guerre de première classe. C'i'st plutôt, en effet, aux besoins de la domination ou de la défense, qu'aux ressources naturelles de cette belle contrée, que Grenoble doit le rang de capitale auquel elle s'est élevée sous les anciens souverains du Dauphiné et qu'elle a conservé jusqu'à nos jours, malgré les droits antérieurs de Vienne et de Valence à la suprématie politique ou religieuse de la province. Mais si les avantages de sa position militaire lui ont surtout assuré cette prééminence sur les autres villes du Dauphiné, le génie de ses habitants n'a pas été au-dessous de sa fortune : doués d'un esprit énergique, généreux, progressif, les (îrcnoblois, depuis la réunion de leur pays à la France, SC sont toujoui's distingués par une passion presque républicaine pour l'indépendance et la liberté. Ils tiennent , par leur caractère et leure habitudes, encore plus du montagnard que du citadin. Aussi les solides et brillantes qualités de cette noble race lui méritent-elles l'honneur d'étre comptée au petit nombre des populations qui ont conservé une forte individualité, à une époque où les caractères distinctifs de la plupart de nos villes se sont graduellement effarés dans l'unité ou plutôt dans l'uniformité générale des esprits.
La conquête de l'Allobrogie par les Romains leur apprit de quelle importance il était pour eux de dominer le cours de l'Isère, en y établissant, un poste d'observation qui tiendrait en respect les Allobroges et les Voconces, ses deux peuples riverains les plus redoutables. Ce fut dans cet esprit que, l'an de Rome 633, Q. Fabius Maximus fonda le nouvel établissement, que les Romains appelèrent Cularo, de cularum, lieu reculé; désignation parfaitement justiOée par la position topographique de la colonie : Cularo in finibus Allobrogum, lit-on dans une lettre de Numatius Plancus à Cicéron. Les commencements de la ville furent, du reste, très-faibles et tiés-obscurs. Elle s'éleva d'abord sur la rive droite de l'Isère, au pied du Mont-Esson (le mont Rachaix), dans le pays des Allobroges, puis graduellement s'étendit sur la rive gauche qu'habitaient les Voconces. Les tables de Peutinger parlent de Cularo, et l'on prétend aussi que Ptoléméc l'indique sous le nom d'Accusion ; mais cette conjecture ne paraît nullement fondée.
Le premier fait de quelque intérêt qui se rattache à l'histoire de Cularo est le passage et le séjour de Numatius Plancus, lorsque, ayant appris la délivrance
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