MIRECOURT
Mirecourt est une de res anciennes villes de la [.orraine, qui durent leur importance b Tavanlage d'avoir été choisies comme sièges des grands'bailliages du duché. I.a révolution de 1789 lui fit perdre, à la vérité, sa prééminence judiciaire; mais elle la dota, en échange, de nouveaux éléments de prospérité, en l'élevant au rang de sous-préfecture du département des 'Vosges. D’un autre côté, le commerce de Mirecourt, qui fleurissait déjà sous l'ancienne monarchie, appris de nos jours une extension fort considérable. Qui ne connaît les fines dentelles si bien fuites qui sortent des mains des ouvrières de cette viHe et les instruments de musique que fabriquent ses luthiei's et qu'on rencontre dans toutes les provinces avoisinantes? Deux genres de produits, deux spécialités qui auraient suffi pour faire la réputation de Mirecourt et qui assurent le bien-être à un grand nombre de ses habitants.'
Les historiens ont voulu trouver quelque analogie bntre le nom de Mirecourt et celui de Mrreitre; mais ils ne |iruduisent è l'appui de leur opinion aucune cita- /
tlon , aucune tradition , ni aucun monument ancien. Originairement la seigneurie de Mirecourt appartint aux comtes de Toul. On sait que ces seigneurs étaient trèspuissants. Ce fut fun d'eux, Frédéric de Toul, qui affranchit, en 1234, les bourgeois de Mireeourt ; il donna pour garant de ses promesses , son frère rie seigneur Bénard. On remarque dans sa charte de concession, qu'il parle comme souverain et maître absolu de ses sujets. Du reste, le droit public, le droit civil et le droit criminel , y sont mélés et confondus sans ordre. A côté des impôts, des corvées, des exigences excessives du seigneur, on y trouve de bizarres châtiments. Ainsi, par exemple, il y est dit que si l'on surprend un homme dans le jardin d'un autre, il perdra [oreille, ou paiera cinq sols Isabelle , petitc-fllle du comte Frédéric, et .Simon de Koiières, son mari , vendirent Mirecourt, en 1284 , à Ferri III , duc de Lorraine.
Mirecourt changea plusieurs fois de maître, pendant la guerre de .succession qu'Antoine de Vaudemont fit au duc René I". Le peu d'importance de ses fortifleations , qui ne lui permettait pas de soutenir un siège régulier, en rendait d'ailleurs la réduction assez facile. En 1438, la prise de Mirecourt par Fort-Épice,
I. Vzldenaire, Hûttirt de Rtmtrmonl. — E. de BUielaire , Promtnadei dont U$ Votgtt. —
Ctiarton , Revue dte Voeget. — D. Calmet , Notice de la Lorraine. — Coup-d'ceil eur Plombières, par un voyageur. — Voyage à Plombières, par P. n. C. — Une saison a Plombières, jar le baron de M. — Notes manuacrtlea.
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lorrain K.
capitaine du parti du comte de Vaüdemont, alarma tellement le maréchal de Lorraine, qu'il appela è son aide plusieurs guerriers renommés de la France. La Hire, Puthun, Blanche- Fleur, répondirent à cet appel. Peu de temps après. Mirecourt rentra sous la domination de René : le capitaine Kloquet , gagné par cinq mille salus que lui donna l'évêque de Metz , abandonna les intérêts du comte de Vaüdemont et remit la place aux Lorrains. Mirecourt tomba au pouvoir des troupes de Charles-le-Téméraire à l'époque de ses démêlés avec René II ; mais , en H76, les soldats du Bourguignon en Turent chassés par les Lorrains.
Les ducs de Lorraine régnèrent sur la ville depuis cette époque , sans contestation, jusqu’au règne de Charles IV. Elle éprouva alors à peu près les mêmes vicissitudes que les autres cités de la province. Le malheureux Charles vint, en 1633, SC réfugier dans cette place, après l'occupation de Nancy par les troupes de Louis XIII. Il y passa l'hiver, attendant du sort un avenir meilleur. Le 20 aedt 1611, .Mirecourt Tut investie par cinq cents mousquetaires français, sous les ordres du sieur de Folleville; la garnison du fort, qui avait d'abord résisté, se voyant menacée de la mine, capitula le lendemain à sept heures du matin.
Après la paix des Pyrénées, en 1659, la Lorraine ayant été- rendue au doc t'.harles IV, à condition que Nancy serait démantelé, ce prince se retira de nouveau è Mirecourt ; il .s'y livrait , dU la chronique , nu divertissement de la chasse. Comme il allait souvent à l'abboyc de Poursas ou Poussai, il y fit connaissance de la comtesse Isabelle de Ludres, connue sous le nom de la belle comtesse de Ludres , et en devint si éperdument amoureux qu’il résolut de In prendre pour femme. Mais ce projet de mariage ne se réalisa point. Après la nouvelle rupture du duc avec la France et sa sertie de ses états, en 1670, le maréchal de Créqui surprit Mirecourt et cnTit raser les murailles qui ne devaient plus être relevées.
Cette ville avait pour armes de tinople à la face d'or. Il y avait autrefois à Mirecourt quatre couvents , dont le phis ancien était celui des Cordeliers , bâti en Itvli ; les Capucins , les religieuses de le Congrégation et les religieuses de Sainte- Claire y avaient été établis dans la première moitié du xviP siècle ( 1609-I63i). On cite l'hôpital au nombre des étaUissement de ce genre les plus beaux et les mieux tenns. Le duc Léopold, par sa déclaration de 1724, avait imposé h toul testateur l’obligation de faire à cette maison hospitalière un legs proportionné à sa fortune. Il n'existe qu'une église à Mirecourt. Comme l'une des sous-préfectures des Vosges, la ville est le siège d'un tribunal de première instance et d'un tribunol de commerce. Sa population est de 5,385 habitants, et celle de l'arrondissement de 73,276. Le père Pierre Fourier, réformateur des chanoines réguliers de Saint-Augustin, de la congrégation de Saint-Sauveur en Lorraine, et instituteur des religieuses de la congrégation de Notre-Dame ; le jurisconsulte Elienue-Charlet Abram et le sculpteur Lupot, naquirent à Mirecourt. Le savant jésuite Nicolas Abram est sorti de Xaronval, village situé à une petite distance de la ville. '
1 . Dom CaUiiel « Hittoirê de Lorraine. — Hesseln , Dictionnaire univeriei de la Fronce,
NEUFGHATEAU.
Kn suivant le cours de la Meuse^ on rencontre sur la rive droite de cette rivière, li l'endroit où elle reçoit les eaux du Mouron, une éminence, sur laquelle s'élevait jadis un clndedu forlifié, entouré de fossés et flanqué de tours. Ce manoir dominait, dès le moyen âge, plusieurs groupes d'iiabilations. Le rliûteaii et ses dé|>endances portaient le nom de l\'rnffhnleav. Nous ne discuterons point si l'origine de celte cité se rattachait â l^xistence de l'ancien Keomai/iis, ville ou station située sur In voie roiTmine qui allait de Metz, à l.nngres. C'est une opinion fort contestable, et à l'appui de laquelle on n'a pu donner aucune preuve salisfaisanlc. Il n'est pas non plus démontré que NeurdiAteau ail eu des comtes particuliers, comme le croit le savant dom Calrnel , bien que ses nnnes -fussent i)’or, à la bande de r/ueulei, clinrfiée de trait tourt d'argent.
Jusqu'au xi' siècle, l'histoire garde un silence complet sur N'eufchâteau; il n'en est question , pour la preinière fois, qu'en 1097, à propos de la fondation faite par un certain l'rsus, dlun prieuré de l'ordre de Saint-Benoît, lecpiel fut uni au moiustèré de Saint -Mansui de Toul Dom Caluiet entend sans doute parler de cette même fondation, lorsqu'il dit : « l.e duc Thierry fit faire un naureau faubourg ou une nouvelle ville a N'eufcluHeau , et y érigea une église en l'honneur de saint Nicolas, dont il fit présent à l'abbaïe de Saint-Mansui. L'évèque l’ibon la dédia et la déclara indépendatite de la paroisse de Saint- Christoplic de la même ville, en 1097. » S'agil-il ici de la fondation du château ou d'un agrandissement de la vitleî Nous n'osons Iram-her celte question. Ailleurs, dora Calmet dit encore ; « Dans le château se trouvait une église dédiée à saint Nicolas, l.e duc Thierry l'avait fait bâtir, sous l'ihon, ('■vêque de Toul. La mort ne permit pas il Thierry d'achever cette éjjli.se; elle fut terminée par le duc Simon,, lequel lit aussi bâtir un raonaslére, joignant l'église, pour des religieux de Saint-Mansui de Toul. l.e monastère se trouvant trop resserré, le duc 9imun et la duchesse Adélaïde en construisirent un nouveau, au dehors du château, pour ces religieux, qui furent mis en possession de l'é-glise Saint- Christophe et des terres de sa dépendance. F.n 1123, l'évêque Pibon confirma les dispositions prises par le due et par la duche.sse. » Cette citation, outre qu'elle confirme l'existence du château, en 1097, prouve , aussi qu'à la même époque les ducs de Lorraine en étaient maitres. Nous connaissons dès lors avec certitude l'histoii-e de la ville, puisque tous les historiens s'accordent à dire qu'à partir du xii' siècle les ducs de Lorraine tenaient en fief des comtes de r.hampagne la seigneurie de Neufehâteau avec scs arrnexes, savoir : MontforL Frouart et la moitié de (irand. En efi'ct, le duc Matthieu II, dans un acte daté du 30 juillet 1220, déclare avoir reçu Neufi hâteau en augnienlatiorr du fief, porp’ lequel il avait déjà rendu honnnage au comte Thiéhout , fils de lllarrchedc Navarre; et à la mort de Matthieu, Ferry III, son sucrusseur, obtient dans un autre IV. • 7.">
591 LORKAINK.
acte la confirmation des droits tant des seigneurs que des bourgeois de IVeu/e/iâteau.
I*hili(ipe lc-Bel, devenu par son mariage avec Jeanne I", comtesse de Champagne et reine de Navarre (1-284), suicrain de la ville et de ses dépendances, ordonna, dans des lettres-patentes du 22 janvier 1-297, que les habitants seraient reçus aux foires de Champagne. Quelque temps après, néanmoins, il renonça à tout droit de souveraineté et de ressort sur Neufchflteau et sur ses autres fiefs situés au delà de ja Meuse ; mais les lettres relatives à cette renonciation n’ayant point été enregistrées au parlement, Thibaut, fils du duc Kei-ry, fut obligé de prêter hommage æu roi de France pour ce fief que son père lui avait donné en mariage. En 1300, Philippe-le-Kel accorda divers privilèges au nouveau titulaire. Sous Charles VI , un arrêt célèbre du parlement de Paris condamna Charles, duc de Lorraine, à remplir l’obligation du serment, dont il avait refusé d’abord de s’acquitter (1399). La même formalité fut successivement accomplie par tous les princes de la maison d’Anjou, dans laquelle tsabeau, fille du duc Charles, avait apporté la Lorraine. Ou ne voit point, toutefois, que le duc René, fils d’Iolandé d’Aragon, ait reennnu les rois de France comme suzerains de Neufchàteau, ni même que les officiers royaux aient dirigé contre lui aucune poursuite. La souveraineté de tous CCS lieux resta pleine et entière aux ducs de J.orraine, pendant près de deux cents ans : ce n’est qu’en 1681 que la chambre royale de Metz, dite <le réunion, les incorpora au domaine de la couronne, leur seigneur ayant encouru la commise et la confiscation desdils fiefs, par défaut d’hommage au roi de France, à cause du comté de Champagne. Le traité de Rysuick annula l’arrêt de la cour de Metz, et rétablit le d«c Léopold I" dans la souveraineté de Neufchàteau (1697).
Dès le XIII' siècle, les habitants de cette ville s'étalent associés aux efforts que firent alors les cités les moins populeuses de la lorraine pour arracher à leurs maîtres des franchises et des privilèges : nous les voyons , en 1225 , se racheter de la servitude, et, à force d’énergie et de persévérance, obtenir ensuite différentes immunités , tantôt de leurs propres seigneurs, tantôt des rois de France eux-mêmes, dont, au reste, la sollicitude tonte paternelle s’attacha constamment à les garantir du despotisme des princes lorrains. Le château ducal était situé dans le haut de la ville : le duc Raoul .y fonda , dans le xii* siècle, une chapelle , en l’honneur de la Vierge et de Saint-Julien, et affecta à l’aumônier une rente annuelle de cent sols petits tournois, percevable sur le tnhelUonnage de i\'eufchâteau et autres Heur. Le duc fit, d’ailleurs, de son chiHeau une espère de citadelle, avec fossés et pont-levis, comme il appert d’une plainte que les bourgeois présentèrent, à ce sujet, au roi de France, en 1352. La duchesse douairière , CIn-istierne de Danemark, y assembla, le 5 novembre 1545, les États de Lorraine et de Rarrois. En 1641, la bourgeoisie de Neufchàteau, bien disposée pour I.ouis XIII, se barricada contre les soldats de la garnison qui voulait la contraindre à poser les armes. Le comte de (îrancey en ayant eu avis, marcha aussitôt sur la place, avec l’évêque d’Auxerre, commandant de l’armée française. gar- Hiisi>n fut forcée de se retirer dans le château et ensuite dans la grande église. Le reste de scs troupes étant arrivé, l'évêque d’.àuxcrre dressa des batteries contre la citadelle dont le gouverneur fut contraint de capituler.