‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 106 sur 120 · I.ÜKKAINE · texte numérisé non relu

I.ÜKKAINE

villes impériales indépendaDles. Le dac Charles III, irrité de ces prétentions, rérlatna auprès de l’Empereur et de son suciesscnr Maximilien II , cl envoya le bailli des Vosges retirer les annes de l'Empire de tous les endroits où les Dames les avaient fuit placer. On enrerma l'abbesse et les religieuses dans leurs maisons , et, après quelques heures seulement de celte réclusion, elles se décidèrent à donner satisraclion au duc et à le reconnaître pour leur souverain. Cet épisode est connu dans l'histoire de la Lorraine sous le nom de tjuerre des panonceaux. Quelques années après , Charles vint è Itemircmont , et fit avec le chapitre une transaction délinitive qui régla désormais la position à l'égard des ducs de Lorraine ( 1579). De 1012 à 161 'f; l’abbesse Catherine de Lorraine tenta de réformer les chanoinesses , mais tous ses efforts échouèrent devant la résistance du chapitre et de la noblesse du pays.

Pendant la guerre de trente ans, Louis XIII s'empara de Kemiremont, dont il flt raser les fortifications ( t037 ). Le duc de Lorraine , Charles IV, vint y assiéger en personne les Français; ceuv-ci ayant épuisé leurs dernières ressources, menacèrent, si on ne les admettait pointé une honorable composition, d'enfermer les religieuses dans l'église et d'y mettre' le feu. Les chanoinesses épouvantées réclamèrent si énergiquement auprès du duc, que celui-ci accorda aux assiégés ce qu’ils lui demandaient. L’année suivante, Turenne investit la ville; mais, quoique les murailles fussent en mauvais état, et que la garnison . composée de trente soldats seulement, manquât à peu près de muniliuns, l’abbesse prit si bien ses mesures, que le général français fut obligé de lever le siège, au bout de six jours, après trois assauts et l’ouverture d’une brèche ; il y perdit huit cents hommes. En 1727, sur un bref du pape Benoit XIII, le cardinal de Kohan tU ta visite apostolique du chapitre de Kemiremont. Scs règlements furent homologués à la cour souveraine de Lorraine et approuvés par le souverain pontife. Le chapitre avait la haute justice et la police de la ville ; le tribunal , appelé le ressort supérieur, fut supprimé en 1751 par le roi de Pologne et remplacé par uii autre siège intitulé la justice commune.

Le chapitre de Kemiremont n'élait composé que de Dames de haute noblesse : elles devaient foumip des preuves de quatre quartiers, des rétés paternel et ma-^ lerncl. Ces preuves étaient si rigoureusement exigées, qu'une lille de France ne put être admise i cause de l’intrusion des Médicis. Les chanoinesses pouvaient pos.sédcr plusieurs prébendes, et se perpétuaient en adoptant comme nièces des jeunes personnes qui leur succédaient. L’abbesse appartenait toujours à une famille princière de France ou d’Allemagne. Après elles, venaient deux autres dignitaires ; la doyenne et la secrète, ensuite une sourière, une auroénière, divt autres ofâcières et quatre chanoinesses-chantres. L'abbesse, princesse d’Eropire, avait comme une cour formée des dames de son chapitre. On portait devant elle, dans les cérémonies, le pallium , la crosse et l'épée. Lorsqu'elle entrait pour la première fois à Kemiremont, elle y était reçue avec une pompe presque royale. La milice urbaine se mettait sous les armes, et quelques chanoinesses, déléguées à cet effet , allaient la recevoir i une petite dislance de la vide , aux portes de laquelle l’attendaient le bailli , ses oflicicrs et les députés des maîtrises et des corporations qui la complimentaient ; au lieu des clefs de la ville on lui eu offrait les

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vins dans une riche coupe qu'elle portait à aes lèvres. Elle se rendait ensuite à l'église où l'attendaient les cbanoinesscs, rangées selon leur ordre, revêtues de leur costume, décorées de leur cordon moiré bleu et de leur médaill»; après avoir pris possession de son siège, elle était conduite sous un dais emprunté au palais abbatial. Ce palais, autour duquel étaient grou|)ées les maisons particulières des chanoinesses, bâties avec goût et meublées avec élégance, répondait à sa destination princière. Construit en 1752, par la princesse Anne-Cbarlotte de Lorraine, d'après le goût italien , il présentait une longue suite d’appartements somptueuv , décorés avec la plus grande magniHcence et resplendissants de glaces et de sculptures. L'abbesse y déployait un lu\e oriental. Telles étaient I.t grandeur et la beauté de l'édiliec, qu'il résista aux efforts des démolisseurs ré\olutionnaires et qu'en ce moment il renferme à lui seul la mairie, le tribunal, le collège, la'bibliothèquc et le théâtre de la ville.

Les Dames de Remireinont , qui n’étaient point astreintes par des rceux à une vie régulière et commune, acquirent de bonne heure une heuivuse influence sur le pays soumis à leur domination. Les habitants étaient renommés pour l'élégance de leurs moeurs et leur urbanité. II y avait dans les Vosges quatre chapitres de chanoinesses où la noblesse étaR également exigible. Néanmoins on disait dans le pays : les Dawes de Remircinont, les caignes de cirimbre d'Ëpinal; les servantes de Poussai, les ruchèrrs de Bouxières.

Remiremont, aujourd’hui chef-lieu de sous-préfecture du département des Vosges , est situé au pied des munlagnes , dans une des situations les plus pittoresques des Vosges; les riches villages répandus dans la vallée et les eaux limpides de la .Moselle égaient le pSysage. La ville offre eHc-mème uil aspect attrayant; les maisons en sont propres, peu élevées et presque toutes è arcades; de nombreuses fontaines y entretiennent la propreté, et les habitants ont tous cet aspect de santé et de gaieté que donne le bien-être en général. Outre l’ancien palais et l’hOpital, le mieux doté des Vosges, on y remarque l’église, charmant édifice dans le style du xv* siècle, à ogives et absides, dont les voûtes grandes, souples et légères reposent sur de fines colonnettes , sans ornements et sans sculpture. Dès le xvr siècle, Remiremont passait, du reste, pour une ville fort agréable. Son importance datait de loin ; l’empereur Rodolphe, qui avait épousé; en 128V' la fille de Hugues, duc de Bourgogne, et deux ducs de Lorraine, y étaient morts, l’un, Gérard d'Alsace, en 1070, et l’autre, François I", en 15i5; on fit è cè dernier des obsèques magnifiques. Montaigne, qui s’arrêta â Remiremont, lors de son voyage en Italie et en Allemagne, nous a laissé de son séjour une curieuse relation. I-a doyenne et les chanoinesses firent à l'iflnstre visiteur le plus aimaMe accueil et lui envoyèrent des artichauts, des perdrix et on baril de vin.'

L'arrondissement de Remiremont renferme 68,100 habitants, et ce chef-lieu de sous-préfectiirc un peu plus de .5,000. Là se concentre le commerce de toutes les montagnes voisines, dont les principaux articles sont le fromage façon Gruyère cl celui de Gérardmer on de Jéromée. Il y a dans la ville des fabriques considérables de toiles de coton siamoises et mousselines, et dans l'arrondissement des fabriques d'acier et des forges. Remiremont a donné naissance à Pierre Biaise, savant mathématicien du dernier siècle; à Hexon, le collaborateur de

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LORRAINE

BufToii , et au général HumLert. C’est aun environs (|u'habitenl 1rs h'ieurot, du valdAjut, famille célèbre de renoueurt, uu chirurgiens, qui depuis plusieurs siècles possèdent, de père en fds, un merveilleux talent pour la guérison des fractures et luxalions. Ils emploient leur science avec le plus parfait désintéressement. Les armoiries de Remiremunt étaient de gueules à deux clefs d’argent en sautoir.

Les bains reiiommt'S de Vlotnbirres , Ptumières uu Plumeires ont été connus des Romains, qui y avaient ramassé les eaux chaudes et fondé un ébiblissement fréquenté. On y voit encore quulqu(>s traces de leur passage, quoiqu'il ne soit fait mention de ces bains dans aucun des géographes ni des historiens de l'antiquité. Les plus vieilles maisons de l'endroit ne datent que de l'an 1500, un incendie ayant, en 1198, complètement détruit le village. La seigneurie de Plopibières appartenait aux dames clianoinesses de Remiremont, sous la souveraineté des ducs de Loiraine. Pendant une longue suite de siècles , les bains restèrent dans un oubli profond. Il parait cependant que les eaux de Plombières avaient déjà de la réputation, puisqu'en 1292, Ferry III fit bdtir dans le bourg un château pour la sûreté des baigneurs. Il était réservé au roi de Pologne, Stanislas, de restaurer cet établissement thermal : sa sollicitude et scs soins en firent , pour ainsi dire, une création nouvelle dont les pauvres surtout devaient proOter, car son inépuisable bienfaisance commença par y fonder un hôpital, ou, à chaque saison , une soixantame de malades indigents des deux sexes venaient rerouvrer la santé et bénir son nom.

Depuis ce temps, l'importance et les agréments de Plombières, situé dans une vallée très-resserrée, au milieu des montagnes les plus pittoresques des Vosges, et traversé [lar le torrent de l'Eaugronne, n'ont fait que s'accroître de jour eu jour. Tout, du reste, y rappelle la mémoire du royal fondateur de la ville: la reconnaissance des liabitants a donné le nom de Stanislas à l'un des bains, lesquels sont au nombre de quatre, à une promenade charmante et à une fontaine qui .est un but de pèlerinage agréable. Plombières compte environ 1 ,890 habitants; ses maisons à balcons, propres et jolies, sont élevées seulement de deux étages. Le séjour en est attrayant et justilie la réaction qui , depuis plusieurs années , a ramené la foule aux établissements de bains du royaume. Plombières a particulièrement gagné à ce revirement d'opinions : ses eaux, dont les propriétés stimulantes activent la circulation , ont le précieux avantage d'étie de deux sortes, froides et thei-roales : une plus grande variété de malades y trouvent donc la guérison de leurs maux. Le mouvement annuel des baigneurs peut être évalué à près de mille personnes.

Il serait trop long de donner la liste de tous les hommes célèbres ou de tous les seigneurs qui ont visité les bains de Plombières. Les ducs de Lorraine s'y rendirent souvent avec, leur cour. Montaigne y chercha vainement un reméde^à l'affcftion chronique dont il mourut; il dit dans son Voyage d'Italie que les liains de France « qui onf le plus d'aménité de lieu, sont ceux de Bagnères et de Plombières ». Stanislas avait décoré la ville et ses environs de plusieurs embellissements pour recevoir Mesdames de Franco, pendant les différents séjours qu'elles

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REHHREMONT. — PLOMBrÉKES.

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J Brent. Le chevalier de BonfRera, OHeal du prince, célébra ces lieux dana quelques-unes de ses plus charmantes productions : on voit encore les inscriptions qh'il fit graver en divers endroits ; elles sont consacrées toutes é de chers souvenirs. '

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