‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 11 sur 120 · VIENNE. U · texte numérisé non relu

VIENNE. U

du fleuve, pourrait encore mériter aujourd'hui l'épithète de pukhra, qui lui fut décernée avec raison dans l’antiquité latine. Couronné par les ruines d'un chAtcau du moyen âge, le mont Salomon vient ajouter à l'effet pittoresque produit par la vaste ceinture de collines et de montagnes qui sert d’encadrement A la ville ; mais l’intérieur de la cité moderne, ses rues tortueuses et ses maisons mal bâties feraient bientdt éprouver une fâclieuse déception à qui viendrait visiter l’ancienne ' . métropole viennoise avec l’imagination pleine des récits descriptifs que nous en a laissés le duumvir Trebonius Iluflnus, auteur de l'histoire de cette ville sous les douze Césars.

Vienne, appelée Kienaa par tous les historiens et géograpites latins, était autrefois la capitale du pays des Allobroges; selon Étienne de Byzance, une colonie de Crétois l’aurait fondée. Par une supposition tout aussi invraisemblable, la chronique de l’arcbcvéque Adon, qui écrivait sous le régne de Charlcs- Ic-Chauve, en rapporte l’origine à un banni africain, nommé Venerius, lequel la bâtit vers l'an 806 avant l’ére chrétienne. Dans ce conflit d’opinions contradictoires, dont nous ne rapportons qu’une partie, la plus proltable est celle de Strabon , qui attribue aux Allobroges cuz-ménies la fondation de Vienne. Sa situation avantagcnise, sur le Rhône et sur la rivière de Gère, dont les eaux sont excellentes et fort poissonneuses, justillc suffisamment le choix de ce lieu ■'

par les habitants do pays.

Ce fut à Vienne, centre du gouvernement national qui régi.ssait l’Allobrogie , que Brennus tint un grand conseil, accompagné de sacrifices solennels au dieu Ilésus, avant d’accomplir .sa fameuse expédition en Italie. Longtemps après, quand les Romains, vengeurs de l'insulte faite au Capitole par ce chef gaulois, curent conquis l’Allobrogie, ils comprirent tout le parti que leur domination encore 'récente pouvait tirer d’une place aussi avantageusement située que Vienne. Ils l’entourèrent donc de murailles aussi hautes que solides, y construisirent des aqueducs, et comme la colonie latine n'était pas assez nombreuse pour peupler la ville, les vainqueurs permirent aux anciens habitants d’y consener leurs demeures. César, à peine arrivé dans les Gaules, fit de Vienne un vaste entrepôt d’armes et de munitions, y établit un procurateur chargé de l’administration , et fonda un sénat qui , par reconnaissance , décida que la colonie viennoise serait appelée Julienne, du prénom de son bienfaiteur.

Mais les bonnes relations des vainqueurs et des vaincus ne tardèrent pas A s’altérer. La trahison des deux chefs allobroges, Ægus et Roscillus, qui abandonnèrent les aigles de César pour suivre celles de Pompée, vint exciter la défiance et l’animosité du gouverneur romain contre les habitants de Vienne (an 48 avant Jésus-t]hrist). I>es vieilles haines de rare se réveillèrent, et, sous le prétexte d’éviter un soulèvement général, le procuratenr força tous les habitants d’origine allobrogique â sortir de la ville au nombre de cinq mille familles. I.orsquc ces malheureux bannis, chassés de leurs foyers domestiques, forent arrivés h trois milles de Vienne, ils s’arrêtèrent en pleurant avant de dire un dernier adieu h leur ville natale, et le champ où se passa cette scène fut appelé la Plaine des Gémissements (an 44 avant Jésus-Christ). Or, la mesure cruelle prise contre les exilés viennois excita précisément, dans toute l’Allobrogie, l’insurrection natio-

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nnle qu'elle avait eu pour but de prévenir^ Jm ville fut bientôt bloquée par une armée considérable d'insurgés, et la famine qui se déclara parmi les assiégés i la nouvelle de la mort de César, suivie de la révolte des esclaves publics , obligèrent les Romains à se rendre. Forcés, eux-mémes, de prendre la route de l'evil auquel ils avaient condamné les Allobroges-Viennois, ils quittèrent la cité, et remontant le Rhône jusqu'au confluent de la Saône, ils y fondèrent quelque temps après une autre colonie qui fut le berceau de la ville de Lyon.

Pendant le second triumvirat. Vienne, qui malgré sa révolte avait été déclarée ville libre, grâce au crédit de Cicéron, vit admettre plusieurs de scs habitants dans le sénat romain. Sous le règne d'Auguste, de nombreux privilèges lui furent accordés, en récompense des services quelle avait rendus h l'armée de Terentius Varron, envoyé pour châtier les Salasses, peuple dont le territoire était situé au pied des Alpes. Ces faveurs du gouveriu'mcnt impérial attirèrent à Vienne de nouveaux habitants. En môme temps s'élevèrent des temples, des théâtres, des thermes, et après qu'Augustc eut visité la métropole viennoise, un palais impérial fut bâti sur remplacement choisi par le prince; un forum fut aussi construit dans la basse-ville, et il servit de centre de réunion aux philosophes et aux rhéteurs qui, de Marseille , avaient été appelés â Vienne pour y répandre les lumières de la civilisation. Des débris importants de ces monuments élevés pendant la période romaine se retrouvent encore aujourd’hui, soit sur place, soit au musée établi maintenant dans un petit temple antique qu'on a bien déliguré à l’époque où il fut converti en église. A côté de groupes charmants en marhre, on y trouve des fragments de statues, de colonnes et de chapiteaux aux proportions véritablement gigantesques ; ces restes précieux, ainsi que les ruines des anciens murs, du théâtre et des aqueducs romains qu’on rencontre dans d'autres parties de la ville, donnent la plus haute idée de la grandeur de ce peuple.

L'état florissant de Vienne qui, au commencement de l'empire, s’était étendue au delà de ses remparts, entre le Rhône et la voie Domitienne, n'cmpôcha point des troubles civils d'y éclater, et pour les apaiser Tibère y fut envoyé par Auguste. D’autres discussions fort graves, survenues entre les Viennois et les habitants de la colonie lyonnaise, qu'une secrète inimitié avait toujours divisés, furent terminées par une sentence rendue à Rome en faveur des premiers ; leur ville obtint de nouvelles prérogatives du successeur d'Auguste. A son retour de Lyon, Caligula voulut aussi la visiter et lui imposer la charge d'une onéreuse hospitalité; mais les habitants échappèrent à la rapacité de l'empereur par l'adresse de Valérius Asiaticus, patricien viennois fort distingué, qui était membre du sénat romain et que la vengeance de Messaline lit périr sous le règne de Claude (an 48). A la fin de celui d'Othon, les Viennois, s'étant déclarés contre Vitelius, furent, â l'instigation des Lyonnais, leurs ennemis, assiégés et mis â contribution par les légions de Valens, qui soutenait le parti du nouveau César.

Sous les empereurs, jusqu'à l’avénement de Constantin, Vienne se ressentit des troubles qui, à diverses époques, agitèrent la Caide. Julien, avant d'aller repousser les peuples de la Germanie, s’arrête tout un hiver dans cette ville, dont le séjour lui était fort agréable. Mais bientôt la Viennoise tombe au pouvoir de Ciondioc, fils de Gondicairc (438); Vienne devient alors la capitale du nouvel

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