‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 12 sur 120 · VIENNE. W · texte numérisé non relu

VIENNE. W

État fondé parles Bourguignons. En ^89, Gondrbaud, l'un des successeurs de tiondioc, assiège et prend cette ville dont il avait été dépossédé, puis il y fait mourir deux de ses frères qui s'étaient ligués contre lui. Dans la guerre que Chlodwig fit ensuite à Gondeliaud, pour venger les parents de sa femme CIdutilde, le ixii des Franks fut soutenu en secret par les évôques du pays, notamment par saint Avite, évéque de Vienne, qui , à cette époque, joua dans les annales gauloises un rôle politique et littéraire fort remarquable. La capitale du royaume des Bourguignons ayant été confiée par Chlodwig à la garde de Gondigésile, troisième frère de Gondebaud, celui-ci assiège cette ville une seconde fuis, s'en empare, et fait périr dans les flammes Gondigésile et sa femme. En 517, sous le règne de Sigisraond, cinquième roi de Bourgogne, un concile, présidé par saint Avite et où furent réunis vingt-quatre évôques, est assemblé à Epaonc, qu’on croit être aujourd’hui le bourg d' Albon, situé à six lieues de Vienne. Quelques années après, Sigismond est jeté dans un puits avec toute sa famille, par les ordres de Chlodomir, et ce môme fils de CIdutilde ne tarde pas ù expier sa cruauté en succombant à la bataille de Vésèronce, livrée aussi à quelque distance de Vienne. Cette ville, dans Je partage qui fut fait ensuite du royaume de Bourgogne entre les enfants de Chlodwig, échut à Chlotaire, et non à Childebert, comme l’a prétendu Charvet dans son Histoire de l'Église de Vienne; cessant dès lors d'ôtre la capitale du royaume des Bourguignons, elle perdit beaucoup de son importance, quoiqu'elle conservât son sénat, qui survécut â la dynastie de Gondebaud, et que son évê<|ue prétendit toujours à 1a suprématie sur les autres prélats de la Gaule. Aux perles qu'elle éprouva sous le rapport politique, elle trouva donc une compensation dans l'innucncc religieuse qu'elle acquit, l'nc foule de monastères s'élevèrent lüors autour de ses remparts, ce qui nous est attesté par ce passage d'une homélie de saint Avite : « Les belles avenues de Vienne sont environnées d'un rempart de temples sacrés. » Au nombre des abbayes fondées en ce temps, il faut distinguer celles de Saint-Pierre, de Saint-André-le-Haut et de Saint-André-le- Bas, dont une vieille charte rappelle la fondation, en 5k3, par le duc Ancemond qui gouvernait la ville de Vienne.

La situation fiorissaute de l'église de Vienne, autour de laquelle étaient venus se grouper tant de pieux monuments, est bientôt troublée par les dissensions qu'occasionne l'élection de saint Didier au siège de cette ville. Ce choix, fait par le peuple et le clergé de Vienne, déplut à la reine Brunchilde, qui donna d'abord nn rival à Didier et finit par le faire assassiner, en 607, ajvrès avoir provoqué sa déposition au concile de Chàlons-sur-Saône. D'autres malheurs aflligcnt encore Vienne à l'époque de l'invasion des Sarrasins, qui prennent et saccagent les deux parties de la ville appelées Vienne la Jtiche et Vienne ta Belle ; mais ils échouent deviAt les remparts de Vienne la l'orte, dont les habitants se défendent avec le plus grand courage (7:17). Dans les guerres civiles de Louis-le-DébQimaire avec ses enfants, Barnard, archevêque de Vienne, dont les intrigues avaient déjà contribué à faire déposer le trop faible empereur, ouvre, en 83V, les portes de la ville aux troupes de Lothaire, qui y commettent toutes sortes d'excès. Le partage qui a lieu ensuite entre les fils du successeur de Charlemagne donne à Lothaire la ville de Vienne avec le Dauphiné, et l'archevêque Agilmar retoit le titre d’arcAi-^

chancelier de l’EmpiiT. .\ la'morl de Lothaire, son (ils ('harlcs obtient une partie de l'ancien royaume de Bourgogne et llic sa résidence à Uantaitle, chAteau situé à six lieues de Vienne.

Vers cette époque, c’est-à-dire en 856, il est fait mention d'un comte de Vienne, appelé Gérard, qui restitue à la cathédrale différents liefs ecclésiastiques. Ge fut la femme de ce même Gérard , qui, sous le régne de Charlcs-le-t'hauve, défendit vaillamment la ville que le roi voulait occuper avec son armée ; mais, après une longue résistance, la place fut forcée de capituler. Le commandement en fut donné par le roi à son beau-frère Boson, qui aux différents titres qu'il possédait déjà joignit celui de comte de Vienne , jusqu'au moment où le concile de Mantaille, tenu en 879, lui décerna la couronne royale; alors la ville et le comté de Vienne furent incorporés au nouveau royaume de Bourgogne, pour n'étre réunis de nouveau à la France que cinq cent soixantc-onze ans plus tard.

Boson fut couronné roi à Vienne, daas la cathédrale de Saint-Maurice, par l’archevêque Otram, et (|uelque temps aprrà, en 880, les rnis Louis, Garloman et Charles-le-Gi'os s’avancèrent contre la capitale du nouveau itii qu'ils regardaient comme un usurpateur. Le siège dura deux ans, et les princes s'en étant successivement retirés, il ne resta sous ses murs que Richard-le-Justicier, frère de Boson, qui s'empara de la place, livrée depuis longtemps à toutes les horreurs de la famine. Le vainqueur détruisit les vieilles et fortes murailles romaines, qui tant de fois avaient été la sauve-garde de la cité : et le renversement des terrasses, qui divisaient Vienne en ville basse, ville moyenne et ville haute, en changea complètement l'aspect extérieur. Cependant, la paix ayant été conclue, Boson la mit à profit pour relever la ville de ses ruines et s'y faire construire une habitation royale appelée le Palais des Canaux, sans doute à cause des aqueducs antiques au-dessus desquels il était bâti. Ce roi mourut à Vienne, le 11 janvier 887, et fut enterré à Soint-Mauricc où l'on voit son épitaphe. Il est resté de lui quelques chartes curieuses et des monnaies frappées à Vienne, sur lesquelles on trouve la légende : VienHa slat tiberuta, ou simplement Ft'enno cicilas.

A la fin du ix* siècle, un concile, présidé par deux légats du pape, est assemblé dans cette ville, qui est désignée sous le nom glorieux de métropole de la Gaule. Au commencement du siècle suivant, Louis l'Aveugle, fils de Boson, vint passer à Vienne les dernières années d'une vie pleine d'infortunes; il y mourut en 928. Cinq années après, dit la chronique de Frodoard, cette ville, longtemps disputée par plusieurs prétendants, fut remise au pouvoir de Rodolphe roi de la Bourgogne transjurane. En 945, le roi Hugues, revenant d'Italie, prit l'habit monastique dans l’abbaye Saint-Pierre de Vienne qu'il avait fait rebâtir lorsqu'il n'était encore que comte de Provence. Après sa mort, Charles-Constantin, (ils de Louis l’Aveugle, s'empara de Vienne, en 947 et il y reçut Louis-d'Outre-mer, qui venait lui demander un asile à la suite de sa défaite par Hugues-le-Grand et le comte de Vermandois. En 993, le roi de Bourgogne, t'.onrad-le- Pacifiqi.e, qui avait fixé sa résidence à Vienne, y finit ses jours, et Rodolphe son (Ils lui succède; mais ce pbince, surnommé le Fainéant, reconnaissant lui-même son incapacité, cède volontairement scs États à son neveu, l'empereur Henri II (1018). Mécontents de cette donation, les seigneurs se révoltent, et tous, laïques ou ecclésiastiques.

Page 1