I.OItUAINE
Ilourgogiio , riVlamn-l-il les i')ii)tcmi\ et forteresses il'Ainniire, Briey, r.lermonl en Bnssigny, Conflans, ChAtilInn, I^nmarelic et leurs appartenances. Pour ne pas irriter ce puissant voisin en lui refusant net ses demandes, René s’obligea par serment & lui en foire hommage un mois après que le duc de Bourgogne ferait apparaître, par bons titres, que ces places étaient de son fief de Bourgogne. ÏM négociation en resta là, faute de preuves ; mais Charles-le-Téméraire s’empressa de reprendre les prétentions de son père. Après avoir déclaré la guerre A René If, il tomba sur la ville de Briey (tr«T5). L'écuyer Gérard, qui la défendait, ayant eu le bras emporté d'un coup de serpentine dés l'ouverture du siège, les bourgeois se rendirent à l'armée bourguignonne. En considération du vieux roi René , à qui Briey appartenait , Charles lit grâce A tous les gentilshommes , et leur permit de se retirer où ils voudraient; mais il fit pendre impitoyablement quatre-vingts soldats allemands (|ui faisaient partie de la garnison.
Ce fut encore sous le règne de René II , que le roi René donna A Jean, bâtard de Calabre (H89), les comtés, terres et seigneuries de Briey, Sancy et Perpont, raclietables pour trente mille florins du Rhin , en récompense des senices qu'il lui avait rendus dans la conquête du royaume d'Aragon. Partageant plus tard les vicissitudes de la Lorraine, Briey fut une des villes dont la France commença par s’emparer, et qu'elle ne rendit qu'au traité de Riswick au duc Léopold. Ce prince y établit un couvent de ('.ordeliers qu’il logea dans l'ancien château des comtes. Stanislas , par son édit de 1751 , supprima la prévèté de Briey pour ébiblir A sa place un bailliage royal, l'un des plus vastes du duché et comprenant quatre-vingt-dix villages dans son ressort ainsi que les célèbres abbayes de Saint- Pierremont et de Jnstèmont. \ cette époque, il y avait à Briey environ 300 habitants, une seule paroisse ayant saint Getigou pour patron, un bétel de ville, une maîtrise des eaux et forêts, et une recette des finances et des bois. Son bailliage ressortissait de la cour souveraine de Nancy, et la coutume de Saint-Mihiel régissait tous les lieux de sa dépendance , excepté le village de Bronvaui qui suivait celle de Lorraine. Briey possédait , en outre , un bépital qui faisait partie de la fondation de la commandcric de Saint-.\ntoinc de Bar.
Cette ville, située sur le Wagot, petit alBuent de l'Drnain, couchée dans la gorge de deux montagnes et divisée en ville haute et en ville basse, portait d’azur, à trois pals pointés d’or. Elle a aujourd'hui une sous-préfecture et un tribunal de première insliinrc ; sa population est de 1,95.5 âmes; celle de l’arrondis.semcnt s'élève à 65,527. Briey jouit d'une grande industrie alimentée par le voisinage de Metz , et fabrique des draps et des molletons. Parmi les personnages remarquables qu’elle a produits on peut citer : Hérault- Berra.\lel, auteur ecclésiastique et poète ; Vaquesnoy, publiciste , membre de l’Assemblée constituante cl délégué du tiers-état du Barrois. '
I. Dom Calmet* Hittoire civile et eeelétiaslique de la Lorraine. — Lnn^uonie, Deieription de la France. — De Vlville , Dictionnaire du déparlement de la Motelle. — Chevrier, Hittoire militaire et civile de la Lorraine. — Uèiïiii , Uiographie de la .Moselle. — Verroiiuais , Ànnuairet de là Moselle.
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AGRICIILTDRE. — INDDSTRIE. — COMMERCE. — CARACTÈRE. MOEURS. — IDIOME. — ANTIQUITÉS.
L’aRricnltnre a reçu, dans les vingt dernières années de ce siècle, de notables amélinrntinns en Lorraine, grâce à la création de la ferme modèle de Roville, fondée par le célèbre agronome Matbicu de Dombasic. De cet établissement sont sortis plusieurs élèves distingués qui n’ont pas peu contribué à répandre en France les bonnes méthodes agricoles. A cette ferme modèle sont annexés environ deux cents hectares de terres en culture, et des ateliers où l’on construit des instruments aratoires perfectionnés. Chaque année , deux comices agricoles se tiennent à Roville; l’établissement, pour mieux propager l’instruction, a une revue publiée, sous le nom A’ Annales, par le directeur de la ferme et dans laquelle sont consignés les résultats de toutes les expériences nouvelles. Nous l'avons dit déjà, l’ancien duché de Lorraine comprenait les départements de la Meurthe et des Vosges , et une partie dos départements de la Meuse et de la Moselle. Dans la Meurthe, on compte ’actucllemcnt 305,000 hectares de terres labourables, 216,000 en forêts, 16,500 en vignes cl 5,000 en prés. Dans les Vosges, on évalue les terres en culture et les prés à environ 250,000 hectares ; les forêts à 221,000, et les vignes à 4,000 seulement. Il serait diflicile d’établir les chiffres correspondants pour les parties lorraines de la Meuse et de la Moselle. Les productions varient nécessairement selon la nature du sol. Ainsi les terres des cantons de Château-Salins cl de Lunéville peuvent être mises au rang des plus productives de la France ; les bords de la Meuse et de la Alosclle sont garnis de magnifiques prairies d’où l’on tire d’excellents fourrages. Quant aux Vosges , ce sont les prairies qui font leur principale richesse territoriale; la production en froment n’y sufHt pas à la consommation locale; mais on en exporte chaque année de l’avoine. La culture des céréales est si répandue dans le département de la Meurthe, qu’elle y dépasse d’un sixième les besoins des habitants. Enfin dans les environs de Ramberviilcrs , la culture du houblon est très-développée.
Les vins du pays sont estimés généralement ; nous nous bornerons à citer les vignobles de Thiaucourt, dont on transforme les produits, pour la plupart, en vin mousseux, dit de Champagne, et le vin de Bar, si justement prisé des gourmets. Nous n’en dirons pas autant des vins du Toulois : leur médiocre qualité a donné sans doute naissance au dicton lorrain suivant, contre la première partie duquel on a, du reste, le droit de s’inscrire en faux :
Femmes du Barrois Vins du Toulois Ne valent pas le charroi.
Les vins de la Moselle se recommandent par un goût agréable , mais on est forcé de les consommer généralement presque tous sur place , parce qu’ils ne suppor- IV. 78
LORRAINE
(cnt pas facilement le transport. Enfin les vins de Mirecourt et de NeufehAteau jouissent de quelque réputation, lise fait une abondante récolte de fruits h noyaux dans tous les vergers : couëtches, reines-claudes, mirabelles, merises ; ces dernières servent, dans le département des Vosges, à la fabrication en grand du kirscliwasser. Aux environs de Bar et de Ligny la groseille est cultivée avec soin , et ses produits deviennent ces délicieuses oônfltores de Bar si renommées.
L'élève des bestiaux est très-bien entendoe dans toute l'ancienne Lorraine. Ainsi la Meurtiie compte 80,000 chevaux , 75,000 bêtes .à cornes et 100,000 moutons. Chaque année, ce seul département produit 136,000 kilogrammes de laines. Les Vosges renferment 4.5,000 chevaux, 110,000 bétes .à cornes, 90,000 chèvres, 40,000 porcs et 35,000 moutons. Les chevaux de la Afeurtbe sÀDt d'une petite taille, d'une tournure médiocre ; mais doués d’une très-grand« énergie, ils résistent bien à la fatigue. Dans les Vosges tous les animaux domestiques sont d'une qualité inférieure; néanmoins la fabrication des fromages a pris dans les montagnes une assez grande extension. Le gros gibier est devenu assez rare dans tout le pays; le cerf en a totalement disparu, mais on y trouve encore des sangliers et des chevreuils. Quant au petit gibier, il diminue chaque année , grdee au goût de la chasse, un des principaux pa.ssc-temps des Lorrains. Le rouge-gorge n’a point encore cependant déserté le pays, car il s’en fait annuellement une consommation énorme. Les rivières sont d’ailleurs assez poissonneuses : on estime beaucoup les truites des Vosges et les écrevisses de la .Meuse, dont il se fait de nombreux envois pour la capitale.
L’industrie manufacturière et commerciale s’est développée sur une trèsgrande échelle. La Meurthe fait un commerce considérable de verrerie , de faïencerie , de poterie , de toiles , d'étoffes de laine , de cuirs et peaux , et d'instruments de musique. Les broderies de Nancy ont une réputation européenne. Pont-à- Mousson fabrique une quantité prodigieuse de pipes et de poterie commune. Phalsbourg exporte d’excellentes liqueurs, et la verrerie et cristallerie de Baccarat doit à la bonté de scs produits un remarquable état de prospérité. Le département des Vosges, où les cours d’eau sont fort multipliés, possède des usines de toute espèce : hauts-fourneaux , forges , fabriques d'acier, de fer-blanc et de tôle, ateliers de coutellerie, papeteries, scieries de marbre et de planches, verreries, faïenceries, tréfderies, clouteries, filatures, tissages et fabriques d'étoffes. Parmi les produits les plus estimés du département, nous nous bornerons à citer les papiers dits grand-raisin des Vosges, la coutellerie de Bruyères, les instruments de musique de Mirecourt, la clouterie de Neufehâtcau , la carrosserie et l'imagerie d’Épiual ; la boisselleric et la sabottCrie sont encore deux de scs industries les plus considérables. Le département de la Meuse exploite à peu près les mêmes sources de richesses que celui des Vosges. Nous citerons avec distinction les usines de fer de Thonnelle et de Stenay, les Glatures de coton de Bar, la papeterie de Jean-d’Heurs et la fabrication de bois de brosses et de rouets h filer de Clermont en Argoiine. Jametz a une industrie toute particulière à cette ville : scs habitants tricotent des bas dont ils répandent , chaque année , plus de six mille paires dans le commerce. Les industries en voie de pro.spérité dans le département de la Moselle, sont les forges, la draperie, la
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broderie, la poterie, la raïenccrie, la verrerie et la papeterie : nous citerons comme usines de la plus haute importance les forges d’Uayange, de Mojeuvre et de Jamailie ; la faïencerie de Sarreguemines et la verrerie de Saint-Louis. Les tabatières de Sarreguemines sont aussi très-renommées.
Les Lorrains sont en général bons et hospitaliers, braves, actifs, sobres et industrieux. L'ancien proverbe, Lorrain, vilain, traiire à Dieu et à son prochain, ne serait plus aujourd’hui qu'une indigne calomnie. Si autrefois ce dicton populaire fut répandu, cela tient à ce que le gouvernement ducal, sans cesse harcelé par ses puissants voisins, sans cesse en butte aux mauvais vouloirs des grands états, entre lesquels il se trouvait englobé, dut souvent avoir recours à une prudence voisine de la duplicité pour maintenir son indépendance toujours menacée. C’est surtout chez les habitants des Vosges que les qualités estimables que nous venons d’énumérer, comme formant le caractère général des Lorrains, sont portées à un point remarquable. Fæs Vosgiens ont des mœurs sévères et pures ; la tolérance religieuse est très-grande chez eux, bien que chacun tienne fermement à la foi dans laquelle il est né. Aussi , catholiques, protestants, anabaptistes et Israélites vivent-ils cdte à céte dans une parfaite intelligence. Les habitants de la montagne sont en général robustes , d’une bravoure à toute épreuve, mais un peu sauvages, s’il est permis de s’exprimer ainsi. Pour eux, la famille est tout, et l’isolement ne leur donne aucun souci. Dans quelques parties de la Lorraiue il existe encore un usage fort ancien et qui se retrouve dans le pays Messin. Voici un quoi il consiste : lorsqu’un jeune garçon a fixé son choix sur la jeune Olle dont il veut faire sa compagne, si ses hommages sont agréés, tous les deux prennent le nom do Valentin et de Yatenline; dès lors ils sont fiancés et paraissent toujours ensemble dans les fêtes et aux danses villageoises ; les autres jeunes gens du pays les proclament « Valentins , » et reçoivent d’eux quelques petits présents : à partir de ce moment, leur union devient, pour ainsi dire, indissoluble. Le langage des villes est le français, caractérisé par une prononciation un peu chantante qui n’est pas toujours agréable. Les habitants des campagnes parlent en général le patois lorrain , lequel ne manque pas de grice, bien qu’il sonne assez durement A l’oreille : ainsi, dans quelques cantons, il est modifié par de rudes aspirations qui affectent la prononciation de certaines lettres. Cette observation n’est pas, du reste, applicable au patois barrois. DiO'érent de celui de la Lorraine et de la Champagne , il est plus doux , plus harmonieux. Dans toute l’ancienne Lorraine allemande, c’est-h-dire vers Bitche, comme aux environs de Sarrebourg et de ChAtcau-Salins , l’idiéme actuel est un allemand corrompu.
La Lorraine , quoique riche en souvenirs des temps |iassés , n’nffre que des monuments assez rares de la période gauloise : eependant on retrouve dans les montagnes, et notamment au sommet du Donon, des traces non équivoques du culte druidique. Évidemment la religion de nos pères alla chercher en ces lieux un dernier asile. On y voyait encore, il y a quelques années, un assez grand nombre de figures de divinités gauloises taillées en bas-reliefs sur dt*s sortes de stèles votives. Lue enceinte parallélogrammique, formée d'énormes pieri es de taille , ajustées avec le même soin que celles du mur de Sainte-Odile, en .ti.sace ,
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se reconnaît fort nettement sur le plateau m6me de la montagne; et parmi les rochers où s'élève le signal géographique placé sur le Donon , comme sur l’un des , points les plus importants de la triangulation qui a donné le lever exact de la chaîne, on pouvait voir un bas-relief, qu’on a eu le tort d’enlever depuis peu d’an- ’ nées pour le transporter à Strasbourg : il representait un lion acculant un sanglier à un précipice. Les deux ligures d'animaux étaient accompagnées, la première du mot BELLICCVS (i«c) et là deuxième du mot SVllHVK. Cette clouble inscription et le sujet du bas-relief lui-méme ont longtemps exercé^a sagacité des antiquaires, sans qu’ils aient jusqu’à ce jour trouvé l’explication satisfaiMiite de cette espèce d’énigme. EnGn, la vallée de la Seille renferme un singulier monument de l’industrie gauloise , et dont nous avons eu déjà occasion de parler : c’est le briquetage de Marsal qui a servi à solidifter le sol des prairies boueuses à travers lesquelles coule la rivière. On rencontre asseï frt'quemment des torabelles gauloises dans le pays. Les Romains y ont laissé dos traces nombreuses de leur passage; mais c’est surtout dans la localité nommée aujoiird’liui Tetrquinpol, laquelle occupe le terrain de Decem pagi, et au hameau de Charpagne, qui a remplacé Scarpona, que l'on retrouve des suhstructions, des médailles, des sculptures et des inscriptions constatant l'existence de villes assez ilorissantes. Dans les Vosges, la petite commune de Grand offre les vestiges très-reconnaissables encore d'unamphithéâtre. A Soulosse, on a retrouvé bon nombre de monuments funéraires, et d'inscriptions qui démontrent que là était la ville romaine de Solimariaea. Tout le monde connaît les belles découvertes faites il y a quelques années dans . 1rs fouilles exécutées à Naix , l’ancienne Nasium ; aujourd'hui encore le sof de Naix est une sorte de mine inépuisable que tous les antiquaires du pays explorent à l’envi. enceintes fortiOées auxquelles on donne le nom de camps romains , abondent dans l'ancienne Lorraine : on en trouve des traées incontestables sur plusieurs points comme au camp d’Afrique , près Nancy ; à Jaillon , prés Toul; au Hieraple, près Sarregnemines; au TiMberg, près Long^ y, etc.
Les ruiue's des châteaux-forts du moyen âge sont fort nombreuses et plusieurs d’entre elles méritent d'étre visitées. Nous citerons entre autres les châteaux de Preny, dont le nom servait de cri de guerre aux I>orrains ; ce cri était : Preny! Preng! aide au bon duc t'ernj! Dans le donjon était placée une cloche d'alarme , dont le battant n’était ébranlé que lorsque le duc de Lorraine déclarait la guerre à quelque puissance voisine. On appelait cette cloche le mande-guerre. Mentioii- . nous encore les châteaux de Mousson, où l’on remarque dans la chapelle castrale de précieux fonts baptismaux du xi' siècle; de Liverdun, place forte des évêques de Toul; de Sierck, de Meinsberg, de Frouart, de .Saint-Biaise, de Deneuvres, de Mussy, etc., etc. Les bords de la Meuse, de l’Orne et de l'Ornain sont aussi parsemées des ruines d’un grand nombre de châteaux et d'abbayes. '
1. Dom CalimH, Witoire fi yoticf dt lorraine. — AII>ert MoïKcmuiil , Atlas statistique de la France. ^Mémoires des académies de Metz et deMancy.
Fl.X Dt TOME (QUATRIÈME.
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