‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 14 sur 120 · LA TOUR-DU-PIN.- BOURGOIN · texte numérisé non relu

LA TOUR-DU-PIN.- BOURGOIN

La Tour-du-Pin a joué un rôle important à l’époque des temps féodaux ; clic était le siège d'une baronnie considérable que le Rhône bornait à l'ouest, la Savoie à l'est, le Dauphiné au sud, et qui se prolongeait fort avant au nord dans la Bresse et le Bugey. Plus de soixante villes ou bourgs, parmi lesquels Bourgoin tenait un rang distingué, se trouvaient disséminés sur ce territoire. Le premier des barons de (.a Tour-du-Pin dont le nom soit parvenu jusqu'à nous est Berlion ou Berilion , qui vivait au commencement du xii* siècle. (> seigneur, son fils Géraud et son petit-fds Albert P' sont désignés dans quelques chartes de donation, seuls monuments qui les aient sauvés de l'oubli. Leurs ancêtres tenaient probablement des rois de Bourgogne des fiefs considérables, dont ils consommèrent l'usurpation à l'époque où l’héritage de ces rois fut recueilli par les empereurs. Le mariage d'Albert P' avec Béatrix ajouta à leurs domaines de vastes possessions sur la rive droite du Rhône; celui de Humbert 1" avec Anne, tille aînée de Guigues VII, les rendit maîtres de tout le Dauphiné. Iji moitié de la baronnie de La Tour-du-Pin et la châtellenie de Bourgogne furent constituées en dut à la princesse.

Les ancêtres de Humbert, Humbert lui-méme, s’étaient reconnus feudataircs des comtes de Savoie ; mais, après une alliance si considérable, celui-ci refusa de leur prêter plus longtemps hommage : de là d’interminables contestations et des guerres sanglantes qui épuisèrent le trésor delpliinal. Humbert, pour faiix; face aux circonstances, eut recours à des exactions si odieuses qu'elles lui attirèrent les censures ecclésiastiques. Il voulut dédommager ses peuples, lorsque la paix eut été conclue, en les exemptant de tous subsides extraordinaires. I.a ’four-du- Pin eut une large part dans ces franchises. Jean II, successeur de Humbert I", se montra plus libéral encore; il déclara, dans une charte, que les habitants de cette

1. Les CotnmctUaireê de César. — Géographie de Strahoii. ~ TrélNnnus BuUnus. — Antiquités de Vienne. — Chorier, Recherches sur les antiquités de Vienne. — CItarvet, Histoire de la sainte égliss de Vienne. — Mermet, Histoire de ta ville de Viettne. — Rey, Aperçu sur les monum«n/« anciens et modernes de Vismie.

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DAUPHmÉ. ' •

ville étaient ses bourgeois, et qu’il les prenait sous sa protection et garde (1315)'. Humbert II améliora de nouveau leur position , et Gt , en outre , réparer le château, ainsi que l'enceinte où se trouvaient plusieurs brèches. Iji Tour-du-Pin était alors, en quelque sorte, le chef-lieu de toute la Juiverie du Dauphiné. La haine et la jalousie du peuple contre les Juifs étaient si grandes, qu'â l'époque de la peste noire , il les accusa d'avoir empoisonné les fontaines ; Humbert II les Gt arrêter en masse et se saisit de leurs biens, qu'il distribua à divers particuliers

En 1353, le comte de Savoie assiégea La Tour-du-Pin ; la viGe occupait alors le sommet de l'éminence au pied de laquelle elle est assise aujourd'hui ; le château et plusieurs tours élevées en rendaient l’accès li-ès- dilGcile. Le gouverneur Maleurti ou Mnlartie se défendit de manière â Aler aux assaillants tout espoir. Les fortiGcations furent sans doute détruites, en partie, pendant les guerres ou les troubles qui se succédèrent dans la province, sous le règne de Chartes VI , de Charles Vil et de Louis XI, puisque François I", passant par cette ville en 1536, en ordonna le rétablis.sement. Elle devint dès lors une place importante dont les protcstarvts et les catholiques se disputèrent bientflt la possession, (te fut toutefois sans coup férir que le baron des Adrets s’en empara en 15C2; les catholiques, sous les ordres de Cordes, lieutenant -général du Dauphiné, l’occupèrent en 1567.

(Quoique I.a Tour-<lu-Pin soit située sur le bord de la rivière la Bourbre , et traversée par la grande route de Lyon à Chambéry, on y compte à peine 2,500 habitants; l'arrondissement dont elle e.sl le chef-lieu en renferme 132,960. Cette ville n’est plus, dit le baron d'Haussez, « qu’une réunion de maisons construites en pisée et jetées avec fort peu d’ordre sur les deux espaces irréguliers et boueux que l’on est convenu d’appeler des rues. »

A quatre lieues de La Tour-du-Piu , on trouve Bourgoin , le Bergusium des Tables de l’eutinger et de l’Itinéraire d’Antonin. La population de Bourgoin, en y ajoutant celle de Jallieu, qui n’est, h proprement parler, qu’un de ses faubourgs, s’élève A 7,500 âmes. Aussi, malgré les réclamations des habitants de Ijt Tour-du-I’in, a-t-on maintenu dans ses murs le siège du tribunal civil. Celte ville passe , avec raison , pour l’une des plüs jolies du département : ses maisons sont toutes en pierre ; mais elle n’a d’autre monument public qu’une Ivclle fontaine. Elle possédait, avant la révolution, un couvent de moines augustins qui se consacraient A l’éducation de la jeunesse du pays [schola bergitsiensis). Bâtie sur la Bourbre et traversée, comme La Tour-du-Pin, par la route d’Italie, Bourgoin est , en outre , baignée par deux autres rivières qui alimentent de nombreuses usines; il existe encore dans les environs plusieurs marais, d’où l’on extrait de la fourbe en grande quantité. La vallée pittoresque où la ville est située a un singulier attrait pour les esprits méditatifs. On se rappelle que J.-J. Itousseau, exilé par le parlement après la publication de l’Kmile, alla se cacher A Bourgoin; l’hdtesse de l’auberge de la fontaine montre encore avec complaisance aux étrangers la chambre qu'il y habita.

Les Tables de Peutinger et l'Itinéraire d'Antonin parlent, avons-nous dit, de la ville de Bourgoin, dont l’ancienneté, par conséquent, ne saurait être dou-

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