‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 13 sur 120 · VIENNE · texte numérisé non relu

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clierchent h se faire la meilleure part. Le clergé de Vieune ne s’oublia point dans ce partage des dépouilles de Rodolphe ; une charte de ce dernier, datée du 14 septembre 1023, donna à l'archevêque Burcard le titre de comte de Vienne, avec la souveraineté temporelle des Oefs qui en relevaient Ainsi, après avoir été la capitale d'un royaume assez considérable, cette ville fut réduite à n'étre plus que le chef-lieu d'un comté. Les temps qui suivent cette révolution, survenue dans la fortune de Vienne, sont d’abord remplis par des discussions interminables entre scs archevêques et le chapitre de Saint- Maurice. Les chanoines de cette cathédrale pouvaient en effet soutenir la luHe contre le métropolitain , car ils étaient fort puissants; ils avaient le droit de battre monnaie, possédaient des chflteaux forts et exerçaient une juridiction particulière sur certains quartiers de la ville, voisina de la cathédrale, et qu’on appelait le Ban des Cloîtres.

Mais au conunencement du xii’ siècle la puissance des archevêques triomphe dans la personne de l’un d'eux, Guy de Bourgogne, qui finit même par s'élever au trdne pontifical. Élu pape en 1119, sous le nom de Calixte II, il est solennellement couronné à Vienne le 9 février de la même année, et confirme la suprématie de son Église sur sept provinces de la Gaule. Cependant les archevêques voient de nouveau s'élever contre eux de puissantes rivalités. Ce sont d’abord les comtes de Mécon, qui, prétendant descendre de Charles-Constantin, fils de Ixvuis l’Aveugle, se fondent sur ce titre pour prendre celui de comtes de Vienne et braver l'autorité archiépiscopale, malgré l’appui que lui prêtent les empereurs d'Allemagne. I.es comtes d'Albon viennent ensuite, et avec plus de succès , disputer aux archevêques les droits de leur suzeraineté féodale ; ils s'intitulent aussi de leur cété comtes de Viennois. Sans nous arrêter ici à leurs longues querelles avec les archevêques de Vienne, remarquons pourtant que ces derniers conservèrent toujours une sorte de souveraineté sur le pays , puisque, dans le cours du xiir siècle, nous voyons plusieurs fois les dauphins rendre hommage à l'église de Vienne pour les terres qu’ils possédaient entre le Rhêne et l'Isère.

Le 16 octobre 1311, un concile œcuménique est réuni, à Vienne, par l’ordre du pape Clément V; il s'ouvre dans l’une des salles du palais archiépiscopal que l'on nomma depuis la salle des Clémentines. Dana le discours d'ouverture que le souverain pontife prononça devant une assemblée de plus de trois cents évêques, il exposa le triple objet de la convocation do concile ; 1° l'aCfaire des templiers ; 2* le projet de croisade ; 3° la réforme de la discipline et des mœurs ecclésiastiques. Les conférences n'eurent d'abord aucun résultat ,■■ mais , pendant le carême de l’année suivante, le roi Philippe-le-Bel, accompagné de ses trois fils, étant venu à Vienne pour presser la condamnation des templiers et du pape Boniface VIII , Clément V, dans la seconde session qui se tint le 3 avril, prononça l’abolition de l’ordre du Temple, condamna les eiTeurs des béyuards et des béguines, et ensuite confirma l’institution de la fête du Saint-Sacrement.

En 1328, la vieille rivalité entre Vienne et Lyon se rallume, et les églises de ces deux villes se déclarent la guerre. Dans cette lutte, Philippe VI, irrité de ce que le chapitre de Vienne avait refusé de partager avec le roi son prédécesseur la souveraineté du bourg de Sainle-t'olombe , se déclare contre les Viennois, et IV. 7

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leur fait prendre par le bailli de MAcon plusieurs cbAteaux-rorts. L'archevêque Bertrand de la Chapelle finit par transiger avec le roi de France, et soulève par là une violente opposition de la part du chapitre et du dauphin Humbert II; mais, celui-ci ayant plus tard , en 13V9, cédé scs États à la France, le nouveau dauphin Charles vint prendre possession de ses domaines, et dans la salie capitulaire de Vienne il fit hommage à l'église de cette ville pour les comtés de Vienne, d'Albon, et le lief de Saint-Quentin sur l’Isère (1330). Mais les privilèges de la métropole de la Gaule Turent sérieusement compromis par la donation que l'empereur Charles IV fit au fils aîné du roi -de France Charles V, lors de son Voyage a Paris en 1378 : par cet acte, il accorda au jeune prince le litre de vicaire de l'Empire dans le Viennois, et révoqua en sa faveur la juridiction que l’archevé(iue et son chapitre e\ei\‘aient dans la ville.

Dans les années iVt.v et 1118, la ville de Vienne reçoit tour à tour l'empereur Sigismond et le dauphin, qui Tut depuis Charles VU. Plus lard, le fils de ce même roi SC fortifie dans Vienne contre son père, et fait relever les ri'roparls du château, situé sur le àloiil-Salumun. Le roi envoie contre le Dauphin rcl)clle une armée commandée par Antoine de Chabannes, comte de Dammartin; mais le jeune prince s'échappe, et en Ü56 Charles Vil se rend à Vienne, où ayant fait assembler les États de la province , il reçoit d'eux le serment de fidélité.

\ l’époque où éclata la réforme. Vienne, la ville ecclésiastique par excellence, devait se signaler dans la réaction catholique et les persécutions dirigées contre les partisans des idées nouvelles. Sous l'épiscopat de Jean Palmier, élu en 1328, un procès criminel fut intenté contre Michel Servet, auteur de plusieui's ouvrages contre le mystère de la Trinité. Il fut condamné à être brûlé en effigie, et ce fut à la suite de cette sentence que fiervet alla se réfugier à Genève, où l’attendait le bûcher allumé par son co-religionnaire Calvin. Les actes de rigueur exercés par les autorités catholiques attirèrent bientôt sur Vienne de sanglantes représailles. En 1362, le baron des .Adrets s’empare de la ville, cl se signale par ses cruautés contre les habitants, en même temps que par la dévastation des monuments religieux; mais, la même année, la place est reprise par Maugiron, lieutenantgénéral du Dauphiné. Elle reste au pouvoir des catholiques jusqu'en 1367, époque à laquelle les prntestanLs parviennent encore à occuper Vienne, et y commettent plus d'excès que la première fois. I.a statue en bronze doré de saint Maurice , qui s’élevait entre les deux tours de la cathédrale, fut renversée, et d’autres statues élégamment sculptées, riches ornements du grand portail, ne fiirent pas respectées davantage. En apprenant cette nouvelle et désastreuse occupation de Vienne par les calvinistes, le duc de Nemours vint au secours de la ville et finit par la leur enlever une seconde fois. Le gouvernement en fut confié par le loi à Scipion de Maugiron, qui, plus tard, mécontent de ce que la cour lui avait préféré Alphonse d'Uniano pour la lieutenance générale du Dauphiné, se jeta dans le parti de la Ligue, et livra Vienne au duc de Ncmoui's, dont toute l’ambition était aiors de se créer un État indépendant dans les provina-s du sud-est de la France. Vainement Lesdiguières , à la tête des troupes royales, se présenta pour Fy a.'-siéger ; il fut contraint de le laisser maître de la place; mais, en 1393, le coniiélabit! de Montmorency vint encore pour reprendre Vienne au nom du roi ,

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et il y réussit, après s'étre ménagé de secrètes intelligences avec le gouvenieur. La perte de cette ville fut si sensible au duc de Nemours, qu'il en tomba malade et mourut quatre mois après.

A partir de cette triste période de nos guerres civiles et religieuses dont Vienne ressentit, plus que toute autre, les funestes conséquences, les annales de cette ville ne présentent plus aucun fait intéressant. Remarquons seulement que, pendant le cours du xvii* et du xvin' siècles, le siège archiépiscopal de Vienne fut recherché et occupé par les personnages appartenant aux plus hautes familles. Dans le dernier siècle surtout, il reçut un grand lustre des archevêques Armand de Montmorin et Henri de La Tour d'Auvergne, qui, intimement unis pendant leur vie , furent tous deux renfermés, après leur mort, dans un même tombeau de marbre placé dans le chœur de la cathédrale. En 1790, la vieille métropole de la Gaule, l'ancienne capitale du royaume de Bourgogne, devint le chef-lieu d'une des sous-préfectures du département de l'Isère.

Cette ville possédait autrefois, tant dans l'intérieur qu'en dehors de son enceinte, un grand nombre d'abbayes et d'églises, dont les principales, outre la cathédrale, étaient Saint-Sévère, Saint-Jean, Saint-Pierre et Saint-André. De cette dernière église il reste encore la tour, qu'on peut regarder comme un chefd'œuvre de légèreté et de gracieuse élégance. Quant à la cathédrale , d'abord simple oratoire dédie aux frères Machabées, elle fut ensuite consacrée au martyr saint Maurice, et sa reconstruction, commencée en 1052, ne fut complètement achevée que vers le milieu du xvi' siècle. Cette église, malgré le peu d'harmonie de son plan intérieur, est pourtant un monument fort remarquable par sa masse imposante , sa situation pittoresque et les détails extérieurs de son architecture. C'est de la renaissance que date le grand portail , qui appartient au style ogival fleuri, et dont les charmantes sculptures portent encore la trace des mutilations du terrible baron des Adrets. Près de la cathédrale , on voyait anciennement un cloître orné de belles tombes du moyen fige, et le palais arebiépiscopal, qui était primitivement l'une des demeures des rois de Bourgogne. Conrad, l'un de ces princes, le donna aux archevêques, et, parmi ces derniers, Jean de Bournin le fit en partie reconstruire de 1221 à 1266.

L'histoire de l'église de Vienne offre de l'intérêt autant par son antiquité que par les noms illustres qui brillent sur la liste de ses prélats. Le premier évêque de cette ville fut, dit-on, saint Cresrent, disciple de saint Paul. Après lui , saint Zacharie, second évêque , fut martyrisé par les ordres de Pompée , préfet de Vienne. Sous l'empereur Marc-Aurèle, d'autres martyre viennois, parmi lesquels on remarque l'héroïque Blandine et son jeune frère Ponticus , scellèrent aussi de leur sang leur fermeté dans la foi chi étienne. La lettre célèbre écrite par les fidèles de la Gaidc à leurs frères de l'Asie, lettre conservée par Eusèbe , nous donne tous les détails de cette persécution en même temps qu'elle atteste la haute antiquité de l'église de Vienne. Son titre de métropole des Gaules, qu'elle avait reçu de l'empereur Constantin, lui fut disputé par l'église d'Arles au iv' siècle, et le différend, porté devant le pontife de Rome, fut décidé d'abord en faveur de Vienne; mais cette discussion sur la suprématie se renouvela plus tard , à différentes époques. Au nombre des évêques et archevêques de Vienne, il faut distinguer saint

Mamert, qui fonda ta procession des Rogations en 666; saint Avlte, de qui nous avons déjà parié, et qui, poëte, orateur, théologien, composa un grand nombre d'ouvrages dont il nous est resté des lettres et deux poëmes; saint Adon, auteur d'une chronique sur Vienne, et dont il a été aussi déjà fait mention; Gui de Bourgogne, qui, au xii* siècle, fut pape sous le nom de Calixie II ; enfin, Angelo Cattho , homme habile , qui fut l'un des conseillers de Charles-le-Téméraire , puis aumônier et médecin de I.x>uis XI, auquel il prédit la chute et la mort de son rival le duc de Bourgogne. A ces personnages qui autrefois illustrèrent le siège de Vienne, ajoutons les noms de ceux qui, à diiférentes époques, reçurent le jour dans cette ville. Nous citerons tour à tour Claudien Mamert, frère du saint archevêque de ce nom , auteur d'un traité sur la Nature de l’Ame , et que Sidoine Apollinaire regardait comme le plus beau génie de son temps; le jurisconsulte Gui-Pape, qui fut chargé de plusieurs missions par le roi Louis XI ; l’historien Nicolas Chorier, né en 1609, qui nous a laissé une Histoire générale du Dauphiné et des Hecherches sur les Antiquités de la ville de Vienne; les frères Lériget de Lafaye, connus, au xviii* siècle, l’alné, comme mathématicien, le plus jeune, comme poëte ; enfin , parmi les contemporains, M. Mermet , connu par une Histoire de la ville de Vienne qui n'a pas été achevée, et M. Ponsard, auteur de la belle tragédie de Lucrèce.

Des vieux monuments qui la décoraient dans les siècles passés, et parmi lesquels figurait le palais des rois de Bourgogne , Vienne n'a conservé que le souvenir avec quelques débris. On voit encore les ruines d’un ancien pont sur le Rhône, qui conduisait au bourg de Sainte-Colombe, et à l’entrée duquel s’élève une tour carrée du xiv* siècle. Ce pont, renversé pour la première fois en 1667, fut alors réparé au moyen d’impositions extraordinaires , ordonnées par l'empereur Sigismond et le roi Charles V. Non loin du bourg et dans le lieu dit le Miroir, on a trouvé des statues antiques et des fragments de sculptures bien dignes de fixer l'attention des archéologues et l’admiration des artistes. Dans un autre champ, hors de la ville, se voit encore debout te Plan de t Aiguille, qu'on nomme aussi le Tombeau de Pilate. C’est un monument carré , percé de quatre arcades ornées de piliers et de colonnes brutes, et qui est surmonté d'une pyramide quadrangulaire haute de dix-sept mètres. Près d'une des portes de la ville, la tour dite de Pilate rappelait également le nom de ce gouverneur de la Judée, qu'une tradition populaire prétend avoir fini ses jours à Vienne.

A la place des monuments presque entièrement détruits dont nous venons de parler, s’élèvent aujourd'hui plusieurs constructions modernes : ainsi, du milieu d’un lM‘au quai qui s'étend le long du Rhône, un pont suspendu s'élance pour unir les deux rives du fleuve et faciliter les communications de la ville. Les bords de la rivière de Gère sont le centre de l'industrie locale. On y trouve un grand nombre d'usines , telles que taillanderies , fonderies de fer, de cuivre et de plomb ; fabriques de carton laminé, de papiers, de verrerie, de produits chimiques; les manufactures de draps, de ratines et de toiles de lin, ont surtout une haute importance. En t819 , on comptait à Vienne deux cents fabricants d'étolfcs de laine; cette industrie , qui employait alors environ quatre mille ouvriers, en faisait vivre plus de six mille en 1839. En une seule année, il est, en outre, sorti des fabriques

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de cette ville plus de (rente mille cuirs ou peaux de (xpofs, de moutons, de veaux et de chèvres. La culture de la vigne est aussi l’une des richesses du pays , et le riant aspect des champs et des coteaux couverts de vignobles vient égayer çi et là le site parfois trop sévère et trop nu des environs de Vienne. L'accroissement de la population s'est ressenti de cette prospérité industrielle : Vienne renfermait, en 1819, 12,761 habitants; elle en contenait, à l'époque du recensement de 18V1, 16,A77. L’arrondissement dont elle est le chef-lieu n'a pas moins de 151,193 habitants.'

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