VALENCE
L'origine de Valence, comme celle de la plupart des villes anciennes, est environnée d'obscurité; la même incertitude règne â l'égard du peuple qui en habitait le territoire. Selon quelques historiens, c'étaient les Ségalauniens; selon d'autres, les Cavarcs (hommes aux longues lances), nation qui occupait le pays situé sur la rive gauche du Khéne, depuis la jonction de ce fleuve avec l’Isère
1. Lâs Tables ds Pentinger. — l' ttiniraire d’Antonin. - CborÛT, Histoire du Dauphiné ~ Yttllioiiiiabi, Histoire du Dauphiné. — Vi> de J.-J. Rousseau , |Kir Miis.sâ‘l-Palhay. ~ Lo baron iPHnniKt'Z » À'ouuenlrt sur le département de l'tsère.
jusqu'à Cavatllon. Les érudits ne sont pas plus d'accord sur l'étymologie du nom de Valence : les uns le dérivent de trois mots celtiques qui sigiiilient habitatio» pleine de sourcei, et ils prétendent que cette ville fut i^mmée ainsi des eaux abondantes qui en arrosent les environs ; d'autres voient dans le mot Vatenlia une dénomination caractéristique dont il faut chercher l'explication dans le courage des liahitants de cette ville. Quoi qu'il en soit, il est à présumer que Valence n'act|iiil (|uclquc importance qu'à dater de l'invasion romaine. Elle prit un rapide nccrnissemenl depuis relie époque; mais ce ne fut que sous Auguste qu'elle obtint le titre de colonie romaine. Cet empereur changea le nom de celte ville qui, en langue givcque, signifiait vaillance, en celui de /«/ta Vaimtia, sans doute en mémoire de Jules César, et il la peupla de vétérans invalides. Auguste avait établi dans le pays des Cavares un proconsul qui résidait à Valence. Plus tard, cette cité se trouva comin ise successivement dans la Narlionnaise et dans la première Viennoise. Elle fut alors gouveniéc par un commandant militaire ou par un magistrat civil, suivant le besoin et les circonstances; elle avait aussi des juges et des ofliciers choisis parmi ses habitants.
Pendant la longue lutte des Romains contre les Barbares, Valence tomba plusieurs fois au pouvoir de ces derniers, et elle eut à essuyer de grands désastres. Le christianisme s’y était introduit dès la tin du ii‘ siècle ; mais ce n'est qu'en 37A qu'on voit apparaître dans l'histoire son premier évéque. En A08, Sarus, général de l'empereur Honorius, vint assiéger le tyran Constantin dans Valence; mais, peu de jours après, il fut obligé de lever honteusement le siège, et Constantin demeura en possession des Gaules. Poursuivi jusque dans les Alpes par Ébodech, un des généraux de Constantin , Sarus ne parvint à lui échapper qu'en abandonnant son butin et tout son bagage. Quelques années après (412 et 413), les Visigoths, sous la conduite d’Astaulphe, ayant envahi la Gaule norbonnaise, vinrent assiéger Valence, où Joviuus et Sébastianus avaient pris la pourpre. La ville fut emportée de vive force, et les deux prétendants à l'empire tombèrent au pouvoir d'Astaulphe, qui les flt décapiter et envoya leurs tètes à Honorius, leur rival. Dix-sepl années plus tard ( 430 ), les Alains, à qui Aétius avait abandonné tout le pays qui forme le littoral du Rhône et de la Loire, vinrent 6xer leur établissement A Valence, en ravagèrent le territoire, et réduisirent toute la contrée A la plus affreuse misère. Après eux, cette ville fut rançonnée por les Franks et les Lombards dans leurs fréquentes incursions sur le sol de la Gaule méridionale. Ces derniers, commandés par Zahan ou Zabanus, assiégèrent Valence, qui, dans cette extrémité, dut son salut au patrice Aiummol ( 405] ; mais environ un siècle et demi après, elle fut prise et piliée par les Maures (737), puis incendiée par Ctiarles- Hartel. Ce ne fut pas, du reste, le dernier désastre que Valence eut A subir ; vers le milieu du siècle suivant [ 860 ) , les Normands et les Danois vinrent à leur tour saccager la malheureuse cité.
Après la destruction de l’empire romain. Valence avait été soumise aux Bourguignons; elle passa ensuite sous la domination des rois franks, et tit successivement partie des royaumes de Bourgogne et d Arles. Lors du démembrement de celte monarchie, les comtes de Provence, puis les comtes de Toulou.se, se rendirent successivement maîtres de cette ville, qui releva tantôt des Dauphins et tantôt
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des Empereurs. Enfln elle tomba au pouvoir de sus évt^ues, à qui die avait été solennellement concédée par l’empereur Frédéric I*’. Cette concession, et les privilèges que les évoques obtinrent plus tard de l'Empire , furent une source de guerres sanglantes entre ces prélats et les comtes de Valentinois. Pendant la domination de ses évéques, Valence tenta plusieurs fois de recouvrer sa liberté, ijt première révolte des Valentinois éclata sous l'épiscopat d'IfumU'rt de Miribel, homme austère et violent, qui avait voulu abolir leurs privilèges. Il s'ensuivit entre eux et l’évèque une guerre cruelle qui fut enfln te: minée par la médiation des seigneurs voisins. Une seconde insurrection eut lieu sous Guillaume de Savoie. Les Valentinois, lassés de la tyrannie de ce prélat, prirent les armes, et le chassèrent de leur ville, où ils établirent un gouvernement démocratique. Tous les citoyens avaient droit de suffrage, et s'assemblaient avec leurs magistrats dans un vaste batiment appelé la Maison de la Confrérie. Quant aux ecclésiastiques et aux religieux qui refusèrent d’approuver cette révolte, ils furent chassés de la ville, et l'un pilla leurs maisons. Enfln les Valentinois, voyant leur èvèque armer contre eux , et trop faibles pour résister, consentirent à traiter avec lui par l'entremise du sire Basset de l'.russol ( 1-229 ). Il fut stipulé par ce traité que la Maison de la Confrérie serait rasée , et que les l'alentinois ne pourraient s’assembler à l'avenir sans le consentement de leur évêque, auquel ils s’obligèrent, en outre, à payer une amende de six mille marcs d’argent. Telle fut l'issue de cette tentative d'affrancliissement.
Comme nous l'avons dit, les évêques de Valence avaient de redoutables adversaires dans les comtes de Valentinois. Ces derniers seigneurs, de la seconde race, descendaient «l'un fils naturel de Guillaume IX, comte de Poitiers, appelé Aymar, auquel la comtesse de Marsanne, une des grandes foncières du pays, avait donné sa tille en mariage avec toutes ses terres, afin de le récompenser de l'avoir secourue contre les prélats de Valence et de Die gui lui faisaient forte guerre. Aymar mourut , après s'être emparé de plusieurs villes et châteaux situés dans les diocèses des deux évêques et avoir fondé, de ces acquisitiorrs et de l'héritage de sa femme, le nouveau comté de Valentinois (lt35). Guillaume 1*'', flis d'Aymar, perdit une partie du domaine de son père, par la donation que l'empereur Frédéric Barberousse fit, en 1157, de la seigneurie de Valence à l’évêque Eudes, qui dès lors s'intitula comte de Valentinois ; mais Aymar II , fils de Guillaume, obtint du comte de Toulouse, Raymond V, tout le domaine que celui-ci possédait dans le Diois et répara ainsi les pertes de Guillaume. En 1316, Aymar V, dit Aymaret, fils d’Aymar IV, arrière-petit-fils d’Aymar II, se démit, entre les mains du roi de France, de ses comtés de Diois et de Valentinois, qu'il reprit ensuite en fief et pour lesquels il lui prêta hommage. Cependant le dauphin Humbert II, prétendant que le comte lui devait hommage-lige, le contraignit, en 1338, à s’acquitter envers lui de cette soumission qu'il avait différée aussi longtemps que possible. Louis I*', fils d’Aynur V, mourut en 13'»5, laissant un flIs, Aymar VI, suniommé le Gros, lequel transmit les comtés de Valentinois et de Diois à son cousin -germain Louis II de Poitiers.
Ce fut pour mettre un terme aux guerres des seigneurs spirituels du pays contre ses seigneurs temporels, que le pape Grégoire IX , par une bulle donnée