IV
à Vienne en 1-275, réunit l’éréché de Die à celui de Valence, afln d’augmenter la puissance des évéques et de les mettre en état de tenir tête aux comtes avec les forces combinées des deux diocèses. Le premier qui fut investi de cette double prélature fut Amédée de Roussillon, personnage hautain et d'une humeur belliqueuse ; toutefois, la guerre n'en continua pas moins comme au|>aravant entre CCS rivaux acharnés, et ces déplorahics luttes désolaient le pays qui, d'un autre cété, était ravagé par des bandes armées, connues sous le nom de compagnies, auxquelles la malheureuse population ne pouvait opposer de résistance. Les habitants de Valence résolurent aloi-s d'implorer contre les routiers la protection du roi de France (139G) , et, à cet effet, ils envoyèrent à Paris des députés qui furent présentés à Charles VI. Ce monarque accueillit avec bienveillance les plaintes des Valentinois ; il ordonna k Jacques de .Montmaur, gouverneur du Dauphiné, de leur prêter aide comme à ses propres sujets. Les Valentinois s'obligèrent, en retour, à contribuer au\ subsides et inipéts royaux, tels qu'ils étaient établis dans la province; ils s'engagèrent, en outre, à fournir au roi et à scs successeurs une compagnie de cent hommes de pied, armés de toutes pièces, qui devaient être entretenus aux frais de la ville pendant un mois de l'année ; le roi pouvait prolonger la durée du service, mais dans ce cas, la solde des cent fantassins était à sa rharge. L'état de démence dans lequel Charles VI était tombé rendit malheureusement sa protection illusoire, et la condition des Valentinois ne devint pas meilleure.
Toutefois, les choses ne tardèrent pas à cliangcr de face, |mr la cession que Louis II de Poitiers Qt du comté de Valentinois à Charles VII encore dauphin (1419). Les habitants de Valence prêtèrent serment de Qdélitè au jeune prince, et en devenant sujets du royaume ils furent exemptés de l'impét du marc d’or qu'ils payaient annuellement au roi de France, pour en obtenir une protection purement nominale. Par l’acte de cession du Valentinois, le Dauphin était tenu de payer à Louis II de Poitiers cinquante mille écus d'or ; faute par lui de remplir cette condition, le comté de Valentinois devait appartenir au duc Amé de Savoie. Le Dauphin, soit négligence, soit pénurie, n'ayant pu payer la somme exigée, Amé se saisit du comté de Valentinois et y établit un gouverneur. Mais son fib Louis, circonvenu |>ar les agents du Dauphin, lui céda tous scs droits sur le comté, et reçut de lui en retour la seigneurie directe et l’hommage du Faucigny (1445). Le Valentinois, cependant, devait encore être trois fois détaché de la France : Louis XII le donna, en 1498, au fameux César Borgia, bétard du pape Alexandre VI, et, peu de temps après, l'érigea, en sa faveur, en duché. Diane de Poitiers, la maltresse de Henri II, fut nommée par ce monarque duchesse de Valentinois, en 1548; cnQn, Honoré Grimaldi , prince de Monaco, reçut, en 1641, la pleine propriété de ce duché, dont Louis XIII Dt l'année suivante un duchépairie.
La réunion du Valentinois à la couronne de France porta un coup mortel à la puissance des évêques, qui depuis lors alla toujours en déclinant. Déjé, en 1425, les prétentions de la commune s'étaient réveillées, et Valence était parvenue à reconstituer son organisation municipale , qui avait été presque entièrement détruite dans ses luttes contre ses évêques. Pour mettre leur constitution muni-
Valence. 69
cipale à l'obri des entreprises de leurs seigneurs spirituels, les V'alentinois leur faisaient jurer de maintenir leurs franchises, lorsqu’ils prenaient possession du siège épiscopal. Les consuls, placés à la porte de la ville au moment où le nouvel élu y faisait son entrée, s'avançaient au-devant de lui et recevaient son serment, qu'il pronouçait la main étendue sur l'Évangile. Ces consuls représentaient la commune ; ils occupaient la troisième place aux états-généraux du Dauphiné. Leur pouvoir s'exerçait dans la ville, simultanément avec celui de l'évéque, ce qui faisait naître entre eux de fréquentes querelles. Le dauphin Louis, qui fut plus tard Louis XI, porta les derniers coups à l’autorité épiscopale déjù fortement ébranlée : en ti56, il obligea l'évéque de Valence à se reconnaître son vassal pour le temporel de son église, et il reçut l'hommage de ce prélat.
En 1536, Charlcs-Quint s'étant emparé du Piémont, François I" alla s'établir à Valence pour y veiller de plus près à la garde des frontières de ses États que l'Empereur se proposait d'envahir. Il fit entourer cette ville de nouvelles fortifications et y réunit un grand nombre de troupes ; ce fut là qu’il apprit la mort du dauphin François, son fils aîné. Valence fut la première ville du Dauphiné où la religion réformée s’introduisit et fut prêchée publiquement, grâce à la tolérance de l’évéque Jean de .Montluc. Ce fut en 1560 qu’eut lieu la première cèue publique à laquelle participèrent près de cinq mille personnes; ce qui peut donner une idée des progrès rapides qu’y avaient faits les doctrines nouvelles. Valence devint bientôt le théâtre de la lutte des protestants contre les catholiques.
I.C lieutenant-général de la province, Maugiron, qui avait été envoyé dans cette ville, y sévit avec \igueur contre les réformés. Trois des plus zélés d’entre eux, Mar<|uet et les ministres l.ancelot et Soûlas, furent condamnés, le premier à périr par la potence, et les doux autres à être décapités. Leurs têtes restèrent exposées durant plusieurs jours devant les églises où ils avaient prêché, et leurs membres sanglants furent di.spersés et traînés dans les divers quartiers de la ville.
Hector Pardaitlan de Lamotte Gondrin, qui remplaça Maugiron comme lieutenant-général du roi en Dauphiné, se montra plus imiritoyable encore envers les réformés de Valence. Non content du supplice du ministre Duval, décapité par son ordre, il lit saisir, contre la foi des traités, et pendre aux barreaux d'une fenêtre de son hôtel, le châtelain Gay, homme d’une haute intégrité, qui s'était acquis une nombreuse clientèle. Cet acte odieux excita une indignation générale, et les amis du malheureux châtelain jurèrent de le venger. S’étant approchés quelque temps après de la ville avec le secours du bai’on des .Adrets qui avait déserté le parti catholique, ils y pénétrèrent au moment où Ijimotte Gondrin présidait à l’élection des consuls, l’attaquèrent à l’improviste et le forcèrent de se réfugier avec quelques-uns des siens dans une maison voisine. Ne pouvant s'y défendre contre ses nombreux assaillants, il tenta de se soustraire à leur poursuite. en fuyant de toits en toits ; mais il fut aperçu, forcé de descendre et frappé de mille coups. Il respirait encore, lorsque quelques-uns des plus furieux, soulevant son cadavre, allèrent le pendre à la fenêtre de sa demeure.
L’édit de pacification du 19 mars 1563 ramena Valence sous l’obéissance du roi , et y rétablit pendant quelque temps la tranquillité ; mais de nouveaux troubles y éclatèrent bientôt , à la suite des massacres de la Saint-Barthélemy I,es
so DAUPHINÉ.
protestants se soulevè-rent, et Montbrun tenta à deu\ reprises de s'emparer de Valence , où il s’était ménagé des intelligences secrètes. Il avait dirigé son attaque du côté de la porte Saunière, et déjà les échelles étaient dressées contre les murs, lorsque le cri d'alarme Jeté par une sentinelle attira la garnison, qui eut le temps de repousser les assiégeants. Aux maux de la guerre vinrent encore se joindre d'autres fléaux : des pluies abondantes détruisirent les moissons et engendrèrent une quantité innombrable de chenilles, qui dévorèrent les récoltes et inrestèrent les habitations. On eut recours, pour se débarrasser de ces hôtes incommodes, à un expédient dont nous avons déjà rencontré quelques exemples dans l'histoire des villes de la Bretagne et de la Picardie : le grand-vicaire de Valence flt citer les chenilles devant lui, et leur donna un procureur pour les défendre. iJi cause fut plaidée en forme; mais, malgré l’éloquence de leur avocat, ces insectes furent condamnés à vider le diocèse. Or, comme ils ne se bâtaient pas d’obéir, on songea à lancer contre eux les foudres de l’eirommunicatioii. Deux théologiens et deux jurisconsultes furent consultés à ce propos ; mais ils en dissuadèrent le grand-vicaire, et les choses en restèrent là. Ce fléau fut suivi de maladies épidémiquv^s qui firent de grands ravages dans la population de Valence, sans y éteindre, toutefois, le feu des discordes civiles. Gessans, qui commandait alors dans cette place au nom de la Ligue, la perdit par son impnidence. Il avait invité à un banquet le duc d’Éperuon ; celui-ci s’y rendit avec une suite nombreuse, et, profitant de l’aveugle confiance de son amphitryon, il se saisit de sa personne au milieu même du festin, désarma la garnison , qu’il remplaça par des troupes royales, et soumit la ville à l’autorité du roi Enfin, les guerres religieuses, qui avaient si longtemps désolé Valence , s'éteignirent peu à peu sous le i-ègne de Henri IV, et depuis lors le repos de cette ville ne fut troublé que par la révocation de l’édit de Nantes, qui lui enleva un tiers de sa population.
I.es annales modernes de Valence présentent encore quelques souvenirs intéressants. Le fameux connétable de Lesdiguières y termina sa carrière glorieuse, en 16i6, à l'àgc de quatre-vingt-quatre ans. C’est aussi dans cette ville que le pape Pie VI est venu mourir, en 1799. Napoléon, n’étant encore que simple officier d’artillerie , demeura quelqut; temps en ganiison à Valence ; il y fréquentait la maison de madame du Colombier, femme d'un rare mérite, qui recevait chez elle l’élite de la société valentinoise. Cetle dame s’était prise d’amitié pour le jeune sous-lieutenant; elle avait deviné son génie et prédit ses hautes destinées.
Valence est située sur la rive gauche du Rhône; ses vieilles murailles existent encore en partie, mais elles sont dans un état complet de délabrement. On y remarque surtout la citadelle qu'y fit construire François I"; la forme en est triangulaire, et ce qu'il y a d'étrange, c’est qu'elle n'est Ivastionnée que du côté de la v ille. Le Champ-de-Mars est une vaste place plantée d’arbres et l>ordée d’un parapet soutenu par de hautes murailles, d'où la vue s’étend sur la belle vallc^ du Rhône. Un beau pont, qui avait été jeté sur ce fleuve, fut détruit pendant les guerres de religion. Il est remplacé aujourd'hui par un pont suspendu, construit en 1828; c’est un ouvrage fort remarquable. L’église cathédrale de Saint-Apolli-
, C'nogle
ROMANS— SAINT-MARCELLIN. -MONTÉLlMAh. 6l naire est peu vaste, mais assez belle; on y voit dans le chœur le mau.sol^e de Pie VI. N'oublions pas le palais de justice et la bibliothèque, riche de quinze mille volumes. L'ancienne université de Valence avait été fondée, en par Louis XI, encore dauphin. Parmi ses professeurs les plus distin|;ués, on cite Cujas, un des hommes les plus érudits de son siècle. Valence est le chef-lieu du département et du premier arrondissement de la Drôme, qui comptent, l'un 31t,551 habitants, l'autre 14i,tïG. Dans ce dernier chiffre, la population de la ville fiRure pour un peu plus de 11,000 «mes. On trouve à Valence des filatures de soie et de coton, des fabriques de gants et de toiles peintes, des teintureries, des tanneries, des corderies, des scieries de marbre et des fours à chaux. Les principaux articles de commerce sont les soies, les cuirs, les papiers, les huiles d'olive et de noix , les fruits du midi et les vins de la cote du Rhône. Parmi les personnages célèbres originaires de cette ville, nous citerons L. Joubirl, un des plus savants médecins du xvi* siècle ; l'illustre général ChampionnrI , mort à Nice, le 9 janvier 1800, et dont le cœur est déposé dans rancienne église de Saint-Huf; et M. Bérenger de la Drôme, membre de la Chambre des pairs. '