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Le Berry, ainsi que le Bourbonnais, se divi.sait en haut et bas pays; mais ces subdivisions territoriales n'avaient point de dénominations politiques. I,es habitants du Bas-Berry le partageaient, en outre, en pays de Bois-Chaud, de Champagne et de Brenne. Quant au Nivernais, il se composait de plusieurs petites agrégations : c'étaient les vaux ou vallées de Nevers, le Donziois, les vallées d' Vomie, le Morvant, le Bazois, le pays d'entre Loire et Allier, et les vallées de Montenaison.
La constitution géologique de l'Ailier, qui comprend presque tout le Bourbonnais, oOre une étonnante variété : le même canton, quelquefois le même champ, renferme jusqu'à dix espèces de terres différentes. Iles bois d'une lielle venue, des vignobles, dont les prwluits sont estimés sans être d'une qualité supr-rieure, des pâturages, des plantes oléagineuses et des céréales de toute espèce, revêtent ce pays d'une végétation abondante. Les coteaux y sont généralement peu élevés; cependant, vers les frontières du Forez, plusieurs cantons sont couverts de montagnes, qui contrastent par leur Apre caractère avec la phvsionomie quelque peu uniforme du département. Sablonneux et léger, dans le canton de .Moulins, le sol , dans celui du Montet, est assis sur une base granitique, et riche en charbons de terre. .\ cétc des plaines fertiles de l'arrondissement de Montluçon s'étendent des terrains vagues appelés Branden, où il ne pousse que des bruyères, des joncs et des genêts. Dans les arrondissements de Cannat et de La Palisse, on rencontre des terres tantêt faites et profondes, sur un fond argileux, tantdt argilo-calcaires et singulièrement fertiles, tantôt sablonneuses et pauvres. I,a surface du Haut et du Ras-Berry, correspondant aux départements du tôlier et de l'Indre, est encore moins accidentée que celle du Bourbonnais : là, point de transitions brusques, point de montagnes élevées, point de vallées profondes; mais des coteaux de vingt-cinq à quarante mètres de hauteur, rarement escarpés, et s'abaissant presque toujours en pentes douces. Comme on l'a fort bien dit, heureuses de séjourner dans ce pays, si uni , si reposé, a les rivières et les ruisseaux y promènent leurs eaux plutôt qu'ils ne les roulent. » Cette nature n'est pas sans charme, et, par son influence sur l'esprit, les goûts et le caractère des populations, elle a sans doute c vntribué à produire la frappante analogie qu'on remarque dans le Berry entre le sol et les hommes ; image de cette vie contemplative , de cette mollesse de l'Ame, de cette mélancolie douce, de ces vagues rêveries, et de cette passion contenue et cependant énergique, que nous a si admirablement dépeints George Sand , l'écrivain le plus illustre du Berry.
Le soi du département du Cher présente tous les signes auxquels on reconnaît les terrains primitifs et les terrains de transition. Le défaut d'espace ne nous permet pas d'en énumérer les divers éléments : cette nomenclature géologique remplirait plusieurs pages. Nous regrettons aussi de ne pouvoir reproduire les savantes observations de M. Fabre sur les deux lacs dans les bassins desquels le département du Cher a été originairement enclavé. On trouve dans l'un d'eux, le lac supérieur, toutes les formations et une grande variété de dépôts. .M. Fabre ajoute qu'on peut regarder les limites méridionales de ce vaste bassin, qui s'élèvent de quatre cents à six cents mètres au-dessus du niveau de la mer, « comme les derniei-s gradins des montagne.s de l'Auvergne, o Quoi qu'il en soit, les ter-
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rains du Cher sont très-fertiles, è part quelques cantons peu favorisés, et la longue suite de sables stériles et de bruyères qui régnent au nord ; ils abondent en bois, grains de toutes sortes, en blés, en riches vignobles, en fruits, chanvre, lin, etc. On en peut dire autant de l'Indre, quoique ce département renferme un grand nombre de terres incultes. Le pays désigné sous le nom de Brenne, et qui comprend une portion des arrondissements de Chèteanroux et du Blanc, forme une espèce de plateau tout parsemé d'étangs, et dont le fond est U ou une argile, ou une marne, ou un tuf gréseux, recouvert par un sable lin terrilié mêlé de décompositions végétales. » Dans la Brenne, comme dans la Champagne et le Bois-Chaud , qui embrassent en tout ou en partie les arrondissements d'Issoudun, de Chàteauroux, du Blanc et de La Châtre, on classe le sol en terres fortes ou grosses; en terres de beauce, de groailles, de bornais; en terres sableuses, luCfeuses, argileuses et pourries. La terre de groailles présente à sa superficie une grande quantité de pierres calcaires; on connaît celle de bornais à son mélange d'argile et de sable ; la caillouteuse , à son fond argileux au silex répandu sur sa surface; la sableuse , aux substances argileuses et grenelées dont elle se compose ; en6n la tuffeuse , à l'alliance de l'argile et du sable qui la rend imperméable à l'eau.
Les plaines sablonneuses du Mveniais et de la Mièvre reposent sur une base granitique. On pourrait délinir ce département , où les bois ont pris un accroissement si prodigieux et dont les richesses minéralogiques sont si grandes, une vaste forêt entrecoupée d'usines, l'n de ses arrondissements, celui de Chàteau- Chinon, mérite particulièrement d'être étudié par les géologues. Là s'étendent les montagnes du pays de Morvan ( Vorrinut pagus), ainsi appelé d'un village du nom de .Vunennum, qui a existé autrefois non loin de Servon et du hameau de Cusy, sur le chemin de Corbigny à Lormes. C'est une chaîne de montagnes granitiques servant de limites naturelles aux bassins de l'Yonne et de la Loire. Les plus hautes sont celles de Prenag et de la Gravetle qui s'élèvent, la première, à huit cent quatre-vingt-sept mètres, et lo seconde à sept cent quatre-vingtdouze mètres au-dessus du niveau de la mer. Les masses de basalte qu'on rencontre dans le Morvan font supposer que cette région montueuse a été bouleversée par des volcans à une époque fort reculée.
L'n réseau de rivières et de ruisseaux, dont les flis liquides se multiplient à l'intini, s'étend sur le Bourbonnais, le Berry et le Nivernais. I.es principaux cours d'eau du département de l'Ailier sont : l'-Mlier, A'/a/rr, Ateiiui, A/erit, He/eritis, Heleris, qui y coule du sud au nord, et se jette dans la Loire, en face de Nevers; ta Loire, par laquelle il est longé sur une partie de ses limites ; la Bèbre, la Rouble, la Sioule, qui vont grossir ces deux rivières. La nomenclature hydrographique du Berry est surtout fort riche. Le Cher, Caris, Carus, en coulant dans cette province du sud-est à l'ouest, la divisait en haut et en bas, comme il la partage encore aujourd'hui en deux circonscriptions départementales; l'Indre, Ingtr, sillonne du sud-est au nord-ouest le département auquel il donne son nom et le sépare en deux sections presque égales. Viennent ensuite l'Yèvre, l’Auron, la grande Sauldre, la Creuse, la Loire, etc. Parmi les rivières du Nivernais, nous nommerons la Nièvre, l'Acolin, l'Abron, la Cressonne, l'Yxeure, laColatre, la
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Nouaiii, etc. Iji Nièvre, iVii.pmis, est le plus impnriniit île ces petits cours d’eau; elle descend des montagnes du Morvan, se dirige vers le sud, et va se perdre dans la Loire à Nevers. Quant aux communications iluviales des trois provinces , elles sont malheureusement très-bornées : l'Ailier et la Loire sont navigables pendant une grande partie de l'année ; mais le Cher ne porte bateau qu'à partir de Vierzon , durant six ou sept mois ; et l’Indre, la Creuse et la Nièvre ne jouissent pas même de cet avantage. Ces rivières rendent toutefois d'immenses services aux campagnes, dont elle transportent les bois par la flottaison.
Le climat du Bourbonnais se ressent beaucoup des différences qui naissent des accidents du sol. Autant on le trouve tempéré dans les vallées et les terres basses, ou la végétation est précoce et la neige rare, autant on le sent sc refroidir à mesuie qu’on monte vers les parties hautes. Le voisinage des montagnes du Forez et de l'Auvergne y amène aussi de subits changements dans la température, ce qu’on explique par l'action glaciale des sommets neigeux de ces masses granitiques sur les vents du midi. L'Allier n'en est pas moins un des pays les plus sains de la France. Les départements du Cher et de l’Indre doivent à leur isolement des hautes montagnes, un climat encore plus doux et plus tempéré. Les neiges y blanchissent à peine la terre ; le froid y est modéré comme la chaleur; mais les rivières, les ruisseaux, les étangs, les bois, y attirent les pluies. Sur douze mois de l'année, sept sont humides. Oci est surtout vrai du Cher; dans l'Indre la température est moins égale ; la chaleur et le froid s'y font plus vivement sentir dans le Bois-Chaud que dans la Champagne ; et la Brenne y souffre cruellement d'un air toujours humide, variable et malsain. A quelques modifleations près, on retrouve encore dans la Nièvre la zone tempérée de l’Allicr, du Cher et de l'Indre : le climat, subissant l'influence de ce pays de forêts, de plaines et de montagnes, y est moins sec que pluvieux et plutèt froid que chaud.
Fresque tous les savants s'accordent à reconnaître que les habitants actuels du Bourbonnais descendent des Boiens ( Bo/i ), l'un des peuples de la Celtique dont le nom seul jetait l’épouvante dans les armiies romaines. Ambigat, roi des Bitiiriges, que Tite-I.ive fait contemporain de Tarquin l’Ancien, dominait alors (comme chef de la confédération des principaux États de la Caule) sur le Nivernais et le Bourbonnais; mais cette dernière province n’était point encore habitée par les Bo'iens, et n'avait même pas de nom particulier (GOO ans avant J.-C. }. Les Boïens, dont nous ne pouvons positivement indiquer le berceau, quoiqu'ils paraissent avoir habité primitivement une partie du Nivernais, suivirent la grande émigration gauloise, que Bellovèse et Sigovèse, neveux d'Ambigat, conduisiient en Germanie et en Italie. Ils se divisèrent, après avoir été cha.ssés par les Romains des rives du Pô, et s’établirent, les uns en Pannonie et en lllyrie, où leur destruction par Bœrebistes, roi des Gètes, laissa un vide que Pline appelle Oesertu Bmorum; les autres dans la Norique d'abord, et postérieurement sur les bords du Rhin, dans le voisinage des Kauraques (plus tard, \ évêché de Bâle). Strabon ne manque point de les mentionner, en parlant des llelvétiens et des Sé<iuanais. N’omettons point qu’une fraction de ce peuple s’était arrêtée en chemin, à l'emhouchure de la Garonne , dans le pays de Bach, dont le nom indique le séjour
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qu'ils y ont fait. Les RoFens de la Norique s’allitTeiil aux llelvétiens , lorsque reux-ci, abandonnant leurs foyers, voulurent s'emparer d'un eanlon de la Caule qui fût plus à leur convenance. A celte époque, la puissance des Ililuriges avait bien déchu; ils étaient sous la protection di‘s Eduens, Jiiluonim in fiile, dit César. Leur territoire présentait encore cependant une étendue considérable, puisqu’il correspondait à l’ancien diocèse de Bonrges, lequel comprenait une portion du Bourbonnais et de la Touraine, l'ne moitié du Nivernais obéissait aussi aux Eduens, l'autre moitié aux Sénonais; mais le pays n’avait ni individualité propre ni limites. Ces Eduens, elnrissimi Cr.Uarum, selon Pomponius Mêla, étaient les plus vieux alliés de Rome : César ayant vaim'u l'armée d'Arioviste, leur permit de recueillir chez eux les débris des Bolens échappés au fer des batailles , et de les incorporer à leur cité. La nouvelle colonie occupa la partie méridionale de la région appartenant aux Eduens entre la l,oire et l'Ailier, et située sur leurs frontières; formant ainsi pour eux un avant-poste très-important contre les Arvernes, leurs rivaux déclarés et leurs éternels ennemis. Les Bolens, prolitant de la paix dont ils jouissaient sous le patronage des Eduens , fondèrent la ville de Gergovia.
Le pays des Boïens (depuis Bourbonnais, Iraclus Iturbonensis), demeura sous les lois de Rome, à partir de César jusqu'A l’empereur Julius .Nepos (l’an 475). Uonorius l'avait, en majeure partie, compris dans la première Aquitaine ; le reste, placé entre l’Ailier et la Loire, dépendait de la première Lyonnaise. Les Visigothsen dépouillèrent les Romains, l’an 476, et les Franks à leur tour l'étèrent aux Visigotbs, en 507. Il appartint, après Chlodwig, aux rois d'Orléans et de Bourgogne, et revint sous la domination franque, lorsque Clotaire I" eut réuni tous les États de la monarchie. Les ducs de la première Aquitaine y firent ensuite reconnaître leur autorité; mais, au commencement du x* siècle, 1a province fut replacée sous la mouvance immédiate de la rauronne [000-92:21. N'oulilions pas de dire que Pépin-lc-Bref s'était emparé de la ville de Bourbon, en 7.52, et que de cette époque date, selon queli|ucs historiens, ce qu'on est convenu de nommer l'ére des Bourbons en Bourbonnais.
I.c premier sire authentique du Rourlmnnais est un des fidèles de C.harles-le- Simple , nommé .Aimar ou Adhémar, descendant de Childebrand 1", fri-re de Charles -Martel (912 ou 913). Adhémar, à qui Cbarles-le-Simple avait donné plusieurs fiefs dans f Auvergne, le Charolais et l’Aulunois, peu distinct alors du Bourbonnais, bâtit le château de Molinis, origine de la ville de Moulins. On ignore l'année de sa mort. Il eut pour successeurs, d’abord (iiii son frère, le seul qui ait pris le titre de comte : puis Aimon , son fils aîné, et Arcliamband I", son petit-flis , lequel attacha son nom au château seigneurial de Bourbon, résidence habituelle des sires du Bourbonnais et chef-lieu de la province. Viennent ensuite .Archambaud U, qualifié de prince par la chronique de Vezelay, â propos d'un comliat livré, en 990, entre l'Ailier et la Loire ; Archambaud III , dit du Montel, de Monticulo; Archambaud IV' et Archambaud V, dont les moines du monastère de Souvigny, lieu de sépulture de leurs ancêtres, éprouvèrent tour â tour la libéralité et la violence (1064-10961 ; Aimon II, que Louis-le-Cros assiégea dans le château de ('■ermigni et amena prisonnier â Paris , en II 1.5, pour le punir d’avoir usurpé sur
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son ncvou Archnmbaud VI le fief de Bourbon; Arcbambaud VII, flis d'Aimon It, l'un des compagnons d'armes de Louis le-Jeune, dans son expédition de la Terre- Sainte (1117) ; et Arcbambaud VIII, fds du précédent, à la fidélité duquel Philippe-Auguste confia, l'an 1-200, In garde de ses conquêtes dans les comté et dauphiné d'Auvergne , et qui fut le dernier rejeton de la branche masculine d'Adhémar. En 1196, Mahaut, fille d'Archambaud VIII, porta le Bourbonnais dans la famille des sires de IJampierre, en Nivernais. A Gui de Dampierre et Mahaut succédèrent Archamtoud IX et Arcbambaud X, leur fils et petit-fils. Ce dernier s'était croisé avec saint Louis ; il mourut dans l'tle de Chypre, en 12V9, ne laissant que deux filles, Mahaut et Agnès, dont l'une avait épousé Eudes et l'autre Jean, tous les deux fils de Hugues IV, duc de Bourgogne. A la mort de Mahaut (1-262), Agnès et Jean furent investis de lasirerie de Bourbon. Ils n'eurent qu'une fille, Béatrix, mariée, en 1272, à Robert de France, comte de Clermont en Beauvoisis , et sixième fils de saint Louis. L'héritier de Robert et de Béatrix fut lx>uis-le-Grand , surnommé aussi le Boiteux , premier duc de Bourbon , lequel sauva les débris de l'armée française à Courtrai (1302), et, deux ans après, prit une part glorieuse à la bataille de Mons-en-Puellc. Pierre l'% son fils , coraballit taillammenl à Crécy, à côté de Philippe de Valois, et périt à la funeste journée de Poitiers, en faisant au roi Jean un bouclier de son corps contre les coups de l'ennemi (1356). Louis-le-Run, qui lui suiréda, fut un des quatre princes du sang luteui-s de Charles VI, pendant sa minorité; Jean 1", son fils, eut le malheur designer le traité désastreux par lequel Henri IV d'Angleterre devait être mis en possession des provinces qui avaient été cédées aux Anglais par le traité de Brétigny.
Charles I", fils aîné de Jean, n'étant encore que comte de (îlermont, abandonna le parti du duc de Bourgogne, son beau-père, (vour senir le Dauphin, depuis Charles VII; mais la jalousie qu'il nourri.ssait contre le connétable de Kichemont, et son attachement pour le duc d'Orléans, le firent entrer deux fois dans une conspiration que la promptitude et lu sage.sse du roi purent seules déjouer (lil0-li'»2). Jean II , son fils aîné, jouissait déjà d'une grande réputation militaire, quand il hérita du duché de Bourbon (l't.56). Nommé par Louis XI lieutenant-général de plusieui-s provinces entre le Lyonnais et le Poitou, il battit, en 1575, les Bourguignons à Gy, prés de Chàteau-Guyon, et, pendant la minorité de Charles VIII , fut revêtu de la dignité de connétable par la régente, Anne de Beaujeu (1183). Il mourut sans postérité, en 1588, lais.sant scs États à son frère, Pierre II, dont le fils et snc esseur fut le célèbre Charles III, connétable de Bourbon, tué sous les remparts de Home, le 6 mai 15-27. l'n arrêt du parlement, en date du 16 juillet de l'année suivante, confisqua le duché de Bourbon; François P' le donna à sa mère, Louise de Savoie, duchesse d'Angoulême, et, à la mort de cette princesse, le réunit au domaine de la couronne (1531). Nous n'insisterons pas ici davantage sur les seigneurs du Bourbonnais. Il nous suHira de rappeler que le connétable Charles III de Bourbon et Henri IV, roi de Navarre, descendaient en ligne masculine, l'un nu sixième degré, l'autre au huitième, de Louis I", fils de Robert , comte de Clermont, et pclil-lils de saint Louis. Le père d'Henri IV était, comme on sait, Antoine de Bourbon, deuxième duc de Ven-
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HISTOIRE GÉNÉRALE. 127
dôme, lequel descendait lui-même de Jacques I", comte de la Marche, fils puîné de Louis I" duc de Bourbon.
Nous avons dit que les Bituriges avaient été l'un des peuples les plus puissants de la Gaule, mais qu'ils étaient singulièrement déchus lorsque César conquit la Celtique. Ils avaient autrefois renforcé de nombreuses troupes d'émigrants l'expédition conduite par les neveux d'Ambigat; l'une d’elles, accompagnant Sigovèse de l’autre côté du Rhin , et s'enfonçant dans la forêt Hercynie, avait pénétré jusqu’aux rives de l'Elbe et de la Vistule. C'est , i ce que prétendent quelques historiens , la même nation qui reparut dans les Gaules , au iv* siècle , sous le nom de Franks. Quoi qu'il en soit, les Bituriges, demeurés dans la Celtique , opposèrent une vive résistance à César. On appelait ceux du Berry Bituriges- Cubi , pour les distinguer des Vibisei qui habitaient le canton désigné plus tard sous le nom de Bordelais. L’empereur Auguste ayant classé le Berry dans l'.Vquilaine, éleva sa principale ville, Àvarieum , au rang de métropole ; telle est l’origine du titre de primat d’Aquitaine qui a été longtemps attaché à l’archevêché de Bourges. Sous llonorius, le Berry formait l’une des trois grandes divisions de celle vaste province Les Visigoths s'y établirent , vers i75; ils en furent expulsés par les Franks, après la bataille de Vouglé (307). Chlodwig et ses successeurs donnèrent le gouvernement du pays à des comtes amovibles qui rendirent bientôt leur dignité héréditaire. On ignore le nom de ces premiers comtes , que les ducs d'Aquitaine eui-cnt longtemps sous leur dépendance immédiate. Chunibert est le seul sur lequel l'histoire s'explique d’une manière précise : Pépin-le-Bref le vainquit et le retint prisonnier avec sa famille, pour lui ôter tout espoir de ressaisir l’autorité (763).
En 718, Charlemagne nomma Humbert comte de Bourges ; le Berry fut compris ensuite dans la Neustrie, lorsque les fds de Louis-le-l)ébonnaire curent partagé son héritage (8V0). De Humbert à Guillaume le-Jeune, on a la lisie de huit comtes de Bourges; leur biographie n’offre d'ailleurs qu’une série de petites guerres et de petites violences, sans originalité comme sans intérêt. Ijs seule particularité digne de remarque , c’est que parmi ces comtes de Bourges ou de Berry, plusieurs furent en même temps comtes de Provence ou d’Auvergne, et quelques-uns même marquis de Gothie, ducs d’Aquitaine et comtes de Poitou. A la mort de Guillaume- le -Jeune (927), le roi Raoul supprima le comté de Berry ; Bourges obéit alors à des vicomtes héréditaires, dont le sixième et dernier, Eudes-Arpin, vendit son Bef, avan’. de partir pour la Terre-Sainte, au roi de France , rhilip|>e I", pour la somme de soixante mille sous d’or (1101). Le Berry resta dans le domaine roy al jusqu'à l'année 1360 ; le roi Jean l'ayant érigé en duché-pairie, en investit alors Jean de France, son troisième Bis. En H16, mort du duc Jean et réunion du Berry à la couronne. Charles Vil le cède ensuite à Charles, son second Bis ( t V33) ; celui-ci l’échange contre la Normandie ( 1165), à l'instigation de son frère Louis XI, qui, tout en l’incorporant déBnitivement à la monan-hie, le constitue cependant tour à tour en apanage pour Franf ois , son troisième fils, et pour Jeanne, sa Bile. Jeanne meurt, en 1501, et le Bercy fait encore une fois retour à la eoiironne. A dater de celte époque , la province de
Berry compte successivement au nombre de ses apanagisles plusieurs princesses ou princes du sang : entre autres Marguerite, soeur de François I", Marguerite, sieur de Henri II , et Louise de lorraine, veuve de Henri III ; le duc d’Alençon, fr^re de Henri III, et un petit-fils de Louis XIV, Charles, marié h Élisabeth , fille du duc d'Orléans. Plus récemment, Ixiuis-Auguste de France, depuis Louis XVI, et le fils puîné du comte d'Artois, Charles-F'erdinand de Bourbon, tombé sous le couteau de Louvel, le 13 février 1820, ont également porté le titre de duc de Berry.
Parmi les clients des Eduens, auxquels étaient soumis les Roi'ens et les Bituriges, on a vu qu’il fallait compter aussi les peuples du Nivernais [Ambnrres, Ambivaretes ou l’iiilicatt/'t] , dont la capitale, appelée, du temps de César, i\oviorfunum Æduorum , prit ensuite, de la rivière Aircrl», le nom de Aepimiim , IS'evernum ou ISevedunuin . Sous Honorius, Nevers n’avait point encore le rang de cité, et le Nivernais se trouvait enclavé partie dans la première Lyonnaise, partie dans la Sénonaise. Les Burgondes qui avaient enlevé ce pays aux Romains, en furent bientôt dépossédés parles Franks. Louis-le-IK’bonnairc le donna, en 817, avec l’Aulunois et l’Avalonais, à son fils Pépin , qu’il créa en même temps roi d’Aquitaine On ne connaît point de comte particulier du Nivernais, antérieur au X' siècle. L’histoire de ces scigneui-s ne présentant, avant le xi*, aucun détail d’intérêt général, nous nous contenterons de les nommer; ce sont : Ratln’er, Séguin, Olhon, bindri , Renaud , Ciuillauine I" et Renaud II. Le fils de celui-ci, (iiiillanine II, fut à la fois comte d’Auxerre, de Nevers et de Tonnerre (1089'. (iiiillaume III, son aîné, qui lui avait succédé seulement dans les comtés d’Auxerre et de Nevers, mourut, l’an 1101, laissant trois fils, dont le premier. Guillaume IV, réunit de nouveau les trois comtés et les légua é Gui, son frère puîné (1108). Guillaume V, fils de Gui, n’eut que l'.Xuxerrois et le Nivernais, sa mère, Maliaut, avant gardé le Tonnerrois pour son douaire. Agnès, smur de Guillaume V, hérita d’Auxerre et de Nevers, par la générosité de Philippe- Auguste, auquel ces deux comtés pouvaient revenir, à défaut d’hoirs milles. Ixv roi la maria à son cousin, Pierre de Courlimay, petit-lils de Louis-le-Gros ; de ce mariage naquit .Maliaut , qui épousa , en 1199, Hervé IV, baron de Donzi.
Pierre de Courtenay, appelé par les barons de l’Empire au tnlne de Constantinople, étant mort dans 1a prison où l’avait enfermé riiéodore Comnène, prince d’Épire, Hervé et .Maliaut, déjà maîtres du comté de Nevers, réussirent à se mettre en posse.ssion du Tonnerrois et de l’Auxerrois, malgré les réclamations de Philippe de Namur et de son frère Robert , tons deux fils de Courtenay (1220). Le comte Hervé se signala dans la croisade contre les .Vlbigeois. Maliaut lui survécut, et une tille, quelle avait eue d'Hervé, étant morte, en 1225, elle se remaria, l’année suivante, à Guignes V, comte du Forez. Ce second mariage fut stérile, et la succession de la comtesse passa, en 11.57, à Maliaut II, tille d’Arcliainbaud X, sire de lloiirbon. Recueillant l'Iiérilage de Maliaut I", sa bisaïeule, celle-ci réunit à lu fois les trois comtés d’Auxv'rre, de rounerre et de Nevers, auxquels elle ajouta, du chef de son père, la sirerie de Bourbon, et du chef de sa mère, Yolande de Cliàlillon, les deux baronnies de Itonzi et du Pcrclie-Gouel.
HISTOIKE GÉNÉRALE.
Maliaut II mourut sept ans avant son mari , Eudes de Bourgogne ( 1262), laissant trois tilles, Yolande, Marguerite et Alix , entre lesquelles, apri-s un long procès , furent répartis le Nivernais, le Tonnerrois cl l'.Vuxerrois ( 1273) : ce dernier pays n'avait eu qu'un seul et même seigneur, depuis l’an 1015. Yolande, à titre d'alnesse, eut, en outre, la baronnie de Donzi, qui dès lors appartint aux comtes de Nevers ; mais , par persuasion ou par ronirainle , elle et ses deux sœurs abandonnèrent la sirerie de Bourbon à Agnès, leur tante maternelle. Yolande de Bourgogne, veuve de Jean Tristan, fils de saint Louis, épousa, en 1272, Robert de Dampierre. Louis I*', leur fds, hérita des biens de sa mère, en 1280, sous la tutelle de Robert : celui ci retint cependant le titre de comte de Nevers, et ne le quitta qu’en 1305, lorsqu'il fut devenu Robert III, comte de Flandre. louis, ainsi que son père, fut aausé par Pbilippe-le-Bel d’avoir provoqué la révolte des Flamands. Le roi le fit enfermer d'abord à .Moret, puis au Châtelet, d’où il s’échappa. Réconcilié, plus tard, avec Louis-le-llutin, il reparut à la cour de France, sans discontinuer néanmoins ses secrètes menées (ontio son suzerain (13161, et en 1317, se joignant à la ligue du dur de Bourgogne, qui disputait à Philippe-lc-long le droit de succession au trône, il entra dans la province de Cluimpagnc à main armée, et y commit de grands dég,1ts. lu arrêt du parlement le dépouilla de toutes ses seigneuries ; le comte de .Nevers en fit alors hommage nu roi de France, qui révoqua la confiscation. Louis II, fils de Louis I*', avait été marié, en 1320, i la fille de Philippe-le-Long ; il recueillit presque en même temps la succession de son père et de son ateul, c’est-à-dire les comtés de Nevers et de Réthel, avec la baronnie de Donzi et le comté de Flandre (1322). Les historiens l'ont surnommé Louis de Crécy, parce qu’il fut tué à la bataille de ce nom (26 août 1356).
Louis III, son fils, dit de Male, du lieu de sa naissance, situé dans le voisinage de Bruxelles, obtint de Philippe de Valois des lettres-patentes qui constituaient en pairie viagère, pour sa mère et pour lui-même, les comtés de Nevers et de Réthel avec la baronnie de Donzi (27 août 1357). Marguerite I", sa fille unique .apporta œs trois domaines , ainsi que le comté de Flandre, à Philippele-Ilardi, duc de Bourgogne, son époux (1385). Philippe-le llardi fut comte de Flandre et de Nevers, conjointement avec sa femme, qu’il fit consentir à transmettre, de son vivant, ce dernier comté à l'ainé de leur Ois, Jean de Bourgogne. Celui-ci le céda, en 1505, à Philippe, l'un de scs frères, dont le concoui's ne lui manqua dans aucune de ses guerres, suit contre la maison d’Orléans , soit contre les Liégeois, et qui, rentré plus lai'd en grâce auprès de Charles VI, se montra l’un de ses plus fidèles officiers, et périt à la bataille d’Azincourt (25 octobre 1515). Après lui, le comté de Nevers fut possédé successivement par ses deux fils, Charles et Jean. Ijn premier rendit à la France un signalé service, en réconciliant Charles Vil avec Phili|)pe-le-Bon, duc de Bourgogne (153.>); le second ne laissa qu’une fille, nommée Élisabeth, unie à Jean I", duc de Clèves. Engilbert, issu de Jean et d'Élisabeth, fut à la fois comte d'Auxerre et de Nevei'S, d'Eu, d’Ëtampes et de Réthel (1591). François I", son petit-fils, premier duc de Nevers, passe , à juste titre , pour l’un des plus illustres capitaines de son temps ; c’est lui qui rallia et s.iuva les débris de l’armée française vaincue IV 17
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à Saint-Quenlin (1557). Henriette, sa fille, ayant hérité de ses deux frères, François II et Jacques I", morts sans enfants mâles, épousa l.ouis de lionza^ue, fils de Frédéric II, duc de Mantoue ( 1562-1565). I.c duché de Nevers resta dans cette maison ju.squ'en 1659, époque à laquelle Charles III, petit-fils de Charles II , fils de Louis de Gonzague, le vendit, avec tous ses autres domaines de France, au cardinal Mazarin , qui le donna par testament au marquis Jules-Philippe Maiirini, son neveu. Du nouveau titulaire, substitué aux nom et armes de Mazarin , sont descendus lc*s derniers durs de Nevei's ou de N'ivemais, dont quelques-uns ont joué un râle assez impoidant à la fin du xriC siècle et dans le courant du XVIII’. Jules-Philippe Mancini joignait â beaucoup d’esprit et d'amabilité une instruction assez solide et beaucoup de goût pour les iH-lles-leltres : les traits satiriques décochés contre lui par Despréaux n’einpéchent point qu’il n’ait été l’un des poètes les plus agréables de la cour de l.ouis XIV. .Son petit-fils, l.ouis- Jules Barbon Mancini-Mqzarini , dernier duc de Ne\ers, tour à tour ambassadeur à Rome, â Beriin et à I.ondres , s'est fait , comme lui , un nom dans la littérature badine et In poésie légère, auxquelles il consacrait tous les loisirs que lui laissait la diplomatie, llépouillé de la majeure partie de ses biens par la révolution , il se rt^igna sans effort à la médiocrité de sa nouvelle fortune, et mourut, en 1798, laissant la réputation d’un véritable philosophe et d’un homme de bien.
Le Bourbonnais, le Berry et le Nivernais, sous le gouvernement des seigneurs dont nous venons de tracer un tableau rapide , et depuis celte époque jusqu'après la révolution de 1789, ont été le théâtre d’événements importants que nous nous réservons de raconter avec détail dans les notices consacrées aux principales villes de ces trois provinces. Il nous semble cependant indispensable de compléter notre Introduction par un aperçu collectif des faits qui dominent toute celte histoire : ce sera comme un coup d’œil jeté de haut sur cet ensemble, pour marquer en quelque sorte les points saillants ou l’attention doit surtout se reposer. Ainsi, par exemple , se présentent d’abord les invasions normandes , qui , au vin' siècle , désolent le Ih’rry, le Nivernais et une partie du Bourbonnais. Six siècles se passent, et les Anglais, déjà maîtres des provinces placées à la circonférence du royaume , s’efforcent de ranger encore la région du centre sous leur obéissance. En U22, Charles VII, déshérité, proscrit, se retire dans ces contrées, où il se trouvera , en quelque sorte , hors de l’atteinte de ses ennemis. La province du Berry, quoique pauvre et la moins belliqueuse peut-être de toutes celles de la France, à cause même de sa situation géographique, lui fournit toutefois des hommes et de l’argent. Charles, il est vrai, grâce à l’appui du duc de Bourbon, peut disposer des ressources du Bourbonnais, de l’Auvergne, du Forez et du Beaujolais, sans compter la Touraine, le Poitou, le Lyonnais, le Dauphiné et le Languedoc, où, excepté quelques places fortes occupées par les Anglais et les Bourguignons, son autorité est demeurée tout entière. Il se fait sacrer à .Méhunsnr-Vèvre en Berry, petite ville située aujourd’hui dans l’arrondissement de Bourges; ses amis, les d’.Armagnac, le conduisent ensuite à La Rochelle, d’où il se rend â Poitiers et se montre au peuple la couronne en tête; mais bientôt la perte de la bataille de Crevant , livrée par ses capitaines pour rouvrir les commu-
HISTOIRE Générale. I3i
nications entre Rourges , la Picardie et la Cliampagne , l'isole complètement des * autres provinces qui lui sont restées fidèles (1^23). C'est alors que l'Anglais, partout vainqueur, peut avec raison appliquer à l'héritier du roi de France la qualification dérisoire de roi de Bourget, (iharles est près de succomber, quand Jeanne d'Arc, le prenant par la main , le conduit de viçtoire en victoire dans cette voie où il ne doit plus s'arrêter qu’après avoir reconquis son royaume.
Pendant les guerres de religion du xvi* siècle, le Nivernais et le Berry se prononcèrent pour la Ligue ; mais les protestants n'en trouvèrent pas moins dans ces contrées, où Calvin commença à prêcher ses doctrines, de nombreux et intrépides adhérents. Deux villes de ces provinces, Sancerre et La Charité, furent au nombre de leurs principales forteresses, et ils y soutinrent plusieurs sièges mémorables; celui de Sancerre, en 1578, a eu surtout un retentissenient terrible dans les fastes militaires du xvi' siècle. Le Bourbonnais, plus sage ou plus modéré, ne se laissa entraîner ni par l’un ni par l'autre parti. Sous la régence de Marie de Médicis, le Berry et le Nivernais se ressentirent plus faiblement des troubles occasionnés par les intrigues des princes. La ville de Nevers, où la duchesse avait résolu de se défendre, tandis que le duc, son époux, soulevait contre la reine-mère son gouvernement de Champagne, n'ouvrit ses portes au maréchal de Montigny, commandant les troupes royales, qu'à la nouvelle de la mort du maréchal d'Ancre. Quant à la Fronde, elle fut accueillie avec indiff-^rence |>ar les provinces du rentre, et le grand Coudé lui-même ne put soulever le Berry, dont il était le gouverneur. De cette époque au règne de Louis XV’I , nous n'avons aucun fait considérable à enregistrer. I-e gouvernement royal, en faisant alors dans le Berry l'essai d’une assemblée provinciale, y imprima aux esprits un mouvemeut extraordinaire , qui réagit sur les provinces voisines. Nous ne donnerons pas la liste des députés aux États-généraux nommés par les bailliages et les sénéchaussées des contrées dont nous esquissons l'histoire ; ils étaient au nombre de douze pour le Bourbonnais, de seize pour le Berry, et de huit pour le Nivernais. Parmi ces représentants, un seul, le comte Destutt de Tracy, a laissé un nom illustre dans les sciences et les lettres.
Le Berry fut une des provinces où la lutte des partis, que fit naître la révolution de 1*89, se traduisit en guerre civile, lîn mouvement insurrectionnel, concerté par les royalistes pour transporter la chouannerie au centre de la France, y éclata en 1796. L'insun-ection devait s’étendre a la fois aux départements de Loir-et-Cher, de l'Indre, du Cher, do la Nièvre et du l.oirct. An mois d'aM’il, deux mille insurgés, rassemblés par Pheiippeauv, envahirent Sancerre et son territoire. Le gouvernement directorial , instiniit, par l'administration du département, des progrès des royalistes, prit des mesures énergiques pour lépr n er la révolte. Tandis que les troupes républicaines arrivaient de tous lûtes, le général Desenfants se porta sur SanceiTC avec quinze ci nts hommes. Il n'eu fallut pas davantage pour jeter le découragement au milieu des insurgés, qui évacuèrent la ville après l'avoir occupée pendant une semaine, l'ne de leurs petites divisions fut (omplétement battue, h Sens-Heaujeu, par un détachement de soixante républicains. Phelippeaux et les principaux chefs royalistes parvinrent à gagner Blois et Orléans. Ije ministre de la guerre envoya sur les lieux le général Cheziii
iSi BOURBONNAlâ. - BEHR Y. — NI VERNAIS.
pour rerlirrcher les rauses de l’insurrection, et des coniniissions niililniros furent établies pour en juger les auteurs. On traita les insurgés avec une iiidulgcnrc peu commune; les plus coupables échappèrent i la mort par des évasions succissives, que semblait favoriser- la politique du gouvernement.
Le Bourbonnais, d'après la statistique générale d'Herbin , renfermait, avant la révolution, 28"i,800 ,^mes; le Berry, 47V,5iG; et le Nivernais, 273,890; ce qui donnait un total de 1,031,210 habitanis. Des portions de ces trois provinces se trouvant comprises aujourd'hui dans les départements de la Oeusc, du Loiret, de la Vienne, de la Haute-Vienne, du Puy-de-l)rtme, de l’Vonne, et ceux de l’Ailier, du Cher, de l'Indre et de la Nièvre, n'étant pas non plus exclusivement formés de ces contrées, dont ils ont cependant absorbé la plus grande partie, il nous est impossible d'établir quelle est de notre temps leur population collective. On ne peut douter toutefois qu'elle ne soif considérablement augmentée depuis soixante ans. En ce qui touche l’administration de la justice , le Bourbonnais , le Berry et le Nivernais ressortissaient du parlement de Paris. Tous trois jouissaient chacun d'une coutume écrite : celle du Bourbonnais datait de l’année 1.520; celle du Berry de 1539; celle du Nivernais de 1490; mais celte dernière n'avait été mise en vigueur qu’en 1534. Il y avait en Bourbonnais, un bailliage et une sénéchaussée dont le gouverneui' général était de droit président. Le Berry n'avait qu'un grand bailli , assisté de six lieutenants , lesquels rendaient la justice en son nom dans les six bailliages de Bourges, Issoudun, Méhun, Dun-le-Roi, Vieraon et Concrcssault. Le Nivernais était partagé en deux grandes juridictions : le bailliage, sénéchaussée et présidial de Saint-Pierre-le-MoiUiers, et le bailliage de Nevers. Quant aux finances, il dépendait de la généralité de Moulins en Bourbonnais, où se trouvait une élection, celle de Saint- Ainand, qui était comprise dans la généralité de Bourges. Celh'-ci embrassait presque tout le Berry dont une portion relevait, en outre, de la généralité d'Orléans. L’étendue du Boiirlvonnais, du B«Try et du Nivernais, considérés comme gouveniemenis généraux militaires, s’arrêtait aux limites même de chacune de ces trois provinces. '
1. I.iîs Commentairea de César. — Pline. — Géoyrapaie de Slrabon. — Pom|Mvnius Mêla. — rr.Xiiville . fer t’ancicHne Gaule. — L'Art de vérifler lea itatea. — Coiflicr-nesmorels,
Hiatoire du Hotirtionitaia, S vul. in-8. — La Ttiaumassièix*. Hiatoire du Berry. — .Mémoirea aur le Berry, par .Nicholas Caliii-riiiot. — Pallet, ‘Sonvetle hiatoire du Berry. — Le iVicernoii hiatoriyue et pittoreaque , publié par MM. Mnrellel, Barat et Biis.siéR‘. — Née de La RïM'belle, .Mémoirea ; oor aervir à i'hiatoire, fl la géographie et à ta aiatiatique. de la JS'iévre. — Dalphonso, Mémoire ataliatigue aur te département de t'indre, i vol. In-fol. , an XII. — J.-M. Fabre, Mémoire pour aeriùr a la aiatiatique du département du Cher. — llerbin, Statiatique de ta Frauee. — Peiirliel et Chaidaire, Statiatique de ta France. — Annuaire! de t' Allier, de iindre, du Cher, et de la îSiévre.
MOULINS
« I.e Bourbonnais, » dit (îuy Coquille , l'ancien historien du Nivernais, «est province nouvellement formée en marqueterie et comme en mosaïque de pièces rapportées. » .\vant la conquête des Romains, sa population relève à la fois de tous les peuples qui rentourent : les Eduens possèdent Nevers et la rive droite de r Allier; les Arvernes et les Bituriges se |>arlagent la rive gauche. I.e Bourbonnais, A cette époque, n'a ni nom, ni limites, ni territoire qui lui soient propres. Tout te que lions savons de lui, c'est qne , sii cents ans avant Jésus-Christ, à l'instant où la première lueur historique vient poindre sur ces ténèbres , .Ambigat, roi du Berry, régnait sur les deui rives de l’Ailier et sur les deuv tiew de la (jaule. Pendant cinq siècles, l’histoire ne nous apprend rien sur ce pays , où elle n’est pas encore entrée à la suite des annes romaines, lais Gaulois sont partout , eveepté en Gaule ; mais , en 128, Rome, qui cherche à venger sur les Gaulois sa vieille injure, s’allie aux Ëduens, en guerre avec les Anernes; elle sème la division nu milieu de ces peupladi's, qui n’auraient pas trop , pour lui résister, de toutes leurs forces réunies ; et les Eduens, par cette alliance impnidente , frayent la voie A la conquête. Quelques années après, le flot de l’inviision ('.imbrique, avant de se jeter sur l'Italie, vient balayer la (iaule : le laissin de l'Allicr et l’.Arvcrnie sont mis A feu et A sang; mais .Marins les délivre de ce fléau, et pendant ses longues et sanglantes guerres avec Sylla, la Gaule respire, et goûte en paix Us loisirs que lui font les malheurs de Rome. Enlin, l^ésar, appelé par les Éduens dans ce pays, où il intervient en despote. pluWt qu'en allié, fixe comme un avant-poste de sa domination une colonie de Boiens ' entre la Ij>ire et l'Allicr, et une nouvelle Gergovie s'élève non loin de l’emplncenient que devait plus tard occuper Moulins.
Nous n’avons pas A raconter la longue lutte que soutint contre César le héros gaulois, Vercingentorix , roi des Arvernes. I.e bassin de l’Ailier, seule voie par où l’invasion puisse entrer en Auvergne , est désolé dans toute sa longueur. La ville nouvelle, Gergovie des Boiens, est assiégée par Vercingentorix, qui dispute pied A pied au conquérant chaque étape de la conquête. I.a Gaule succombe enfin, après avoir montré dans les terribles sièges de Gergovie des Arvernes, d’.Avaricum (Bourges) et d’Alesia (Ali.se) tout ce que le désespoir peut enfanter de courage. I.a domination romaine n’étouffa point ce vieil esprit d’indépendance. Aux terribles révoltes de Sacrovir et dos Ëduens, de Vindex et des.Arvernats, de Civilis et des Rataves, succède celle du Boien Maricus qui réveille contre Vitellius les vieilles superstitions nationales, et paye de sa vie cette impuissante tentative. Plusieurs siècles après , le pays des Ëduens se trouve encore
1. Part^i toutes les |>cii|)la(lcs do la tiuulc, les Boiens tâtaient réputés braves entre tons les braves {(ialtorum omnium feroeûiimi ); co|Kmdant leur nom sciiihlo aimoucer des babitudos attricolos ou lin moins pastorales : boii, boiorii, tioiiviors; on boion, en fialois bourbonnais.
i3i BOURBONNAIS. — UERR Y. -NIVERNAIS,
cnvdnppé dnns In {guerre Bn^iudes, paysans gaulois révoltés qui sont vaincus par Maximiun Hercule, en 2l)-2. Comme une compensation pour tant de misères, saint Urcin, le premier évéque gaulois, porte, vers 250, l'Évangile cher les Bituriges et sur les bords de l'.VIIier.
A la chute de l'empire, le Visiguth Eurich s'empare de tout le pays depuis Toulouse jusqu'à la Loire; Eduens, Boiens, Bituriges, tous ces vieux noms disparaissent pour se perdre hientôt dans le nom commun de Franks, que Hlodwig, vainqueur des (lOtlis, impose , en 507, à a (îaule asservie. Hâtons-nous de sortir de ce chaos, pour arriver à l’histoire moderne du Bourbonnais, depuis l'époque où cette province, conquise par l>épin-le-Bref, vers 7.50, commence enfin à vivre d'une vie qui lui est propre. Alors aussi se dessitve nettement ce partage, indiqué par la nature, entre la (îaule du midi et la Ciaule du nord, les peuples au delà et en deçà de la Loire, la Langue d’ Hoc enfin, et la l.angue-d'Oil. Iji ligne de démarcation qui les divise quittant la Loire à l'embouchure de l'Ailier pour remonter avec lui vers Clermont, le Bourboniwis, à cheval sur celle limite, se trouve ainsi appartenir aux deux races qu'il sépare ; la rive droite devient France ou Bourgogne, et la rive gauche devient terre romaine. Mais, en dépit de celte démarcation arbitraire , le Bourbonnais, (xvmme nous le verrons plus loin , appartient à la France du nord par scs habitudes, par sa langue et par son aspect tout entier ; la France du midi , avec ses dialectes cadencés et ses populations ardentes comme son ciel, ne comment» qu'au sud du Bourbonnais, entre Gannüt et Clermont.
Ju.squ'au x' siècle, il est impossible de trouver rien d'authentique sur l'origine des premiers sires de Bourbon. Mais, en 913, (îharles-le-Simple , comme il a été dit dans notre introduction, donne à sou fidèle, le comte Adhémar, en Auvergne et sur les bords de l’Ailier, quclt|ues fiefs, première souche du fiilur comté de Bourbonnais. IK'ux ou trois ans après, Adhémar fonde, à quelques lieues de l’Allicr, le prieuré de Souvigny, si célèbre dons les annales de ce pays. Enfin, le tratament du comte, en 923, est daté de son château des Moulins (de Mulinis), bâti par lui sur les btvrds de l’Allicr, à l'endroit où s'éleva plus tard la ville de ce nom ; car âtoulins, ville moderne, si on la compare à Clermont sa voisine, l'antique Augiisiuiemi tuin , n’a aucune prétention à faire remonter son origine aux Romains ; ses annales se rattachent à c.dles de ses comtes, et ne s'en séparent pus pendant tout le moyen âge. Nous ne suivrons pas la longue et obscure filière de ces comtes ou barons pendant les trois premiers siècles de leur histoire ; tout re que l'on sait d’eux, c’est qu’ils enrichirent de leurs dons le monastère de Souvigny, objet spécial de dévotion , et lieu de sépulture de leur famille. Souvent en guerre avec leurs voisins, parfois même avec les moines de Souvigny, reprenant d’une main ce qu’ils leur donnent de l’autre, les sires de Bourbon ne se distinguent en rien des autres barons du moyeu âge. L’un de ces sires, Aimon II, en 1115, attire sur lui la colère de Louis-le-Gros, qui vient en personne l’assiéger dans un de ses châteaux , et le faire prisonnier , et donne , quelques années après, sa sœur en mariage au fils du rebelle.
Une race aussi dévote et aussi guerroyante devait payer sa dette à la croisade : ArchambaultVl, le beau-frère de Ix)uis-le-Gros, prend la croix à Vexelay, et suit