Falru, Put de i}folinity ili( iino rliarti* de 1H
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Ainsi, en dépit de cette double extinction de la race masculine on voit s’accroître constamment la splendeur de cette ramille , et son alliance avec la maison royale devenir de plus en plus éli'oite. Sous la première branche , dite de Itonrbon-r Ancien, nous avons vu le comté du Bourbonnais se former; mais ce n’est que sous la seconde, celle des Hourbon-Dampierre, qu’il arrive au premier rang des grands fiefs du royaume, rang qu’il ne quittera plus désormais ju.squ'A ce que, sous le fameux connétable de Bourbon, il en vienne à constituer un État dans l’État , et à traiter d’égal à égal avec la royauté. Kans ces sicVIes d’anarchie, où chacun des vassaux de la couronne tire à lui un lambeau de son autorité ou de ses dépouilles, la maison de Bourbon semble confondre sa cause avec celle de la monarchie, dont la rapprochent de continuelles alliances. Son accroissement ne lui vient que par des voies paeifl(|ues, des donations royales ou des mariages. Sous l’empire de ses comtes, le Bourbonnais, grâce à sa position centrale, (■■chappe prwquc toujours aux orages que la féodalité et l’invasion étrangère dérbaluent sur la France. Dès cette ti'iste è|KM|ue, son caractère national se prononce, avec celle facilité de iiururs, et celte douceur indolente qui ne fait pas les grands peuples , mais qui fait les peuples heureux ; les sires de Bourbon , non moins Iwtailleurs, mais moins pillards, moins factieux que les autres grands barons féodaux , semblent ne former, avec leui-s sujets, qu’une famille bien unie, où l’autorité même a quelque chose de paternel , et où l’obéissance est tempérée par l’affection. A l’ombre de leur duminalion, des villes s’élèvent partout à cdté des monastères, et les sires de Boui’bon ne sont pas plus avares de franehises pour la commune que de donations pour l’église. Iles cluirtes datées tour à tour de llourlvon, de.Svuvigny. de Moulins, de Montlucon et d’Ainay, prouvent que les seigneura du Hoiirbonnais n’avaient pas encore de siège fixe pour leur résidence. .Mais leur cour, fondée à l’instar de celle du monarque, n’en est pas moins somptueuse. Comme tous les grands vassaux de la couronne, ils ont une cliaiicellerie, un sénéchal, une cour de haute justice avec le droit de battre moniuiie ; ils donnent des chartes ii leurs sujets , chartes locales, mieux observi'es que celles de plus d’un grand empire. A celle époque de inar«iueterie judiciaire et politique, chacune des dix-sept chîltellenies du Bourbonnais se régit d’après ses u.sages spéciaux. I.a cour du sénéchal juge en dernier ressort, mais d’après la coutume de chacune, coutume rarement écrite et qu’il faut demander au souvenir des veillards.
Le Bourbonnais n’avait point alors d’évéebé qui siégeât dans son sein : il se parbigeait entre trois diocèses , Bourges , Clermont et Autun , suivant les anciennes divisions de la Gaule. Chaque diocèse à son tour se divisait en archidiaconats, pass»yanl chacun son rituel différent de celui du voisin. Enfin, les moluistères, toujours tendant à s’affranchir de la tutelle épiscopale, avaient encore leur ressort distinct et compliquaient ce chaos de juridictions temporelles et spirituelles ; les évèviues n’avaient sur le clergé de leurs di.strirls d’autre action que celle de l’institution canonique ; les cures étaient abandonnées à des prêtres sécu-
1, Dci>iiis Aimar, lu iireniier site tic Bourlion, en SlS.jiisiiuà la mort il'AgnetdeBourlKHi-DamliltTre, en usa, ilans un espace He 375 ans, un roinple Ireile nénéralions el quinze seigneurs ou
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MOULINS. t37
liiMS, à p<'iiu: rétribués , l'I tenus dans une dure dépendnnee |inr leurs suzerains ee<'lésiasti(iues.
Après ee <’Oup d’œil rapide sur la situation intérieure du Bourbonnais du ix' au XIII' siècle , reprenons le fil de son histoire. Le mariage de Béatriv . héritièi'e du Bourbonnais, avec un fils de saint Louis, Koluirt , comte de r.lerinont en Beniiloisis, avait encore rehaussé l’éclat de cette maison priiicière. Beatrix, issue elleinémc du sang royal , apportait à son é|>oux , outre le Bourbonnais , le rertilc comté de Cliarolais et la seigneurie de Saint-Just. Robert, à peine Agé de ipiatorze ans lorsqu'il perdit son père devant Tunis, s'était de bonne heure distingué par son courage et son goût pour les exercices clicvalcresqiii-s ; mais un coup qu'il reçut sur la tête dans un tournoi , en 1278, coupa court à tout son avenir en frappant le jeune comte d'imbécillité. Presque toujours absent de ses domaines, il vécut depuis lors à la cour dans une perpétuelle enfance , et le Bourbonnais ne gagna à cette union que le stérile honneur d’appartenir à un fils de Fi-ance. Béatrix, qui l'administrait en son nom et en celui de son mari, y mourut en IIIOO, et Robert, huit ans après elle, termina à Paris sa triste existence.
Louis I", dit le Grand , fils aîné de Robert , gouvernait déjà de fait le Bourbonnais depuis la mort de sa mèi'e. Doué du courage héréditaire dans cette noble famille de saint Louis, ce prince, armé chevalier à dix-sept ans par le roi Philippe-le-Bcl , avait pris aux cruelles guerres de Flandre une part active et glorieuse. A la tvataille de Furnes, il avait arraché aux Flamands son frère d'arpaes, Philippe d'Artois, mortellement blessé; à la bataille de Gourtray, tombeau de notre noblesse , sa froide valeur avait sauvé les débris de l'armée. Enfin , à Moiisen-Puellc, glorieuse revanche de Courtray, il avait contribué au gain de la bataille. Le roi reconnut tant de services en lui conférant la charge de grand chamhrier de France, K’une des quatre premières de la couronne, et qui devint après lui héréditaire dans la maison de Bourbon. En 1311 il avait épousé Marie, fille de Jean II , comte de Ilainaut , l’un des plus puissants princes de son temps. .Ayant pris, en 1317, possession du Bourbonnais, Louis I", alors dans toute la vigueur de l'Age et du talent, continua de siéger au premier rang dans les conseils du monarque. Mais le titre de comte ne suffisait plus à une si haute fortune, et le titre de duc et pair, que lui décerna Charlcs-lc-Bel , atteste assez le vol élevé qu'avaient pris, depuis un siècle, les destinées de la maison de Bourbon. Pour rappeler son origine royale , le nouveau duc ajouta sur son écu les armes de France à celles du Bourbonnais. Par un calcul habile , il échangea son comté de Clermont en Beauvoisis contre d’autres domaines plus à sa porté-c , tels que le comté de Iji Marche, avec la plus riche portion de la Limagnc d’Auvergne. Après une vie laborieuse, toujours mêlée aux négociations et aux guerres de son temps, le duc de Bourbon, le vassal le plus dévoué que pos.sédàt la couronne, mourut en I3VI , à temps pour ne pas voir les malheurs qui allaient accabler les dernières années de ce règne. Décoré du nom do grand qu’il mérita, et auquel on aurait pu joindre celui d'hrurru r, Louis I" assit sur des fondements solides la puissance de sa maison. Il enrichit de nombreuses fondations le domaine de ses pères. On lui attribue les premières constructions du château actuel de Moulins, élevé sur les ruines d’un autre plus ancien. \ tous les titres de ce prince, il faut joindre IV 18
BOURBONNAIS.-BERRY. — MVERNAIS.
celui de roi de Tliessaloniquc que. dans une tentalive de croisade, avortée heureusement pour la France et pour lui , il acheta du comte de Bour)(ngne.
Louis I" laissait deux flis , Pierre I" qui lui suc’céda , et Jacques , comte de l,a Marche et de Ponthieu , qui depuis mérita l'épée de connétable. I,e jeune duc avait épousé, en 1336, Isabelle de Valois, et se trouvait ainsi beau-frère du roi Philippe. Celte alliance et les services de son père l'appelaient au premier rang parmi les princes du sang. Presque étranger au Bourbonnais qu’il visita rarement, sa vie se passa tout entière à la cour ou sur les champs de babiille. Nommé « souverain-capitaine » de toutes les provinces au delà de la Loire, Pierre I" fut dangereusement blessé à la bataille de Crécy, en 1346. I.e roi s'acquitta envers le duc en faisant épouser sa fille aînée à son petit-fils, qui fut depuis Charles V. (,)uant à sa seconde fille , Blanche, mariée à Pierre-le-Criiel , roi de Castille, elle devait expier par une longue captivité et par une fin sanglante l'éclat de ce mariage, et laisser à l'Espagne un nom qui vil encore dans les refrains de ses llummiri'x.
Oncle du roi Jcan-le-Bon et beau-père de son fils, le duc Pierre joua à la nouvelle cour un réle plus éminent encore ; non content de cette part légitime d'influence, il SC laissa entraîner à prendre part aux intrigues de Charles-lc-.Mauvais, roi de Navarre, le fléau de la France. .Mais, dévoué comme toute sa maison au service de la royauté, I.ouis fit oublier sa faute par de nouveaux services, et Unit par la laver dans son sang en succombant, avec la fleur de la noblesse française, sur le champ de bataille de Poitiers, en 1356. Son fi’ère, le connétable, et son fils naturel, Jean de Bourbon, y furent blwsés et faits prisonniers avec le roi Jean. Pierre I” n’était Agé que de quarante-cinq ans; il laissait après lui un fils, I,ouis II, qui lui succéda, et sept filles dont l’alnée, Jeanne, devait monter sur le trône de France.
Ainsi, chaque génération apportait un progrès à celte illustre maison de Bourbon, dont la puissance allait s'accroître encore sous Louis II, dit le Grand et le Bon , et auquel on ne contestera pas du moins le .second de ces titres. Le premier acte de la vie du jeune duc fut de répondre, en engageant tous ses biens , des dettes de son père, et de racheter son corps, resté en gage dans l’église de Poitiere, et privé de séjiullure. Au moment où Louis succéda à son père dans le duché du Bourbonnais, et où Charles-le-Sage suppléa le sien sur lu trône, jamais la France n'uvail été ni plus abaissée m plus malheureuse. Ses plus bi'llcs provinces appartenaient aux Anglais, et le brigandage et l’anarchie désolaient les autres Au milieu des sanglantes horreurs de la Jarquerie, Louis, uni au Dauphin par les liens du sang et de l’amitié, se dévoua tout entier à son service et se montra le bon génie de la monarchie, comme Gharics de Navarre en était le mauvais. Après avoir négocié la mise en liberté du roi Jean, Louis fut choisi pour un des otages qui devaient remplacer A l.ondres le roi prisonnier; et les retards apportés à l’exécution du traité de Bréligny l'y retinrent près de huit ans. Proche parent de la reine d’Angleterre, il y fut traité avec de grands égards, et eut le royaume pour prison, et la loyale franchise de son caractère l'y fit surnommer a le roi d’honneur et de liesse ».
lÆuis ayant pleigé le roi de France pour une somme de cent mille florins , ses vassaux s’empressèrent de la lui envoyer, cl les Anglais de la recevoir ; mais le
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royal otage n'en olitinl pas pour cela sa liberté, qu'il ne recouvra qu'en 13G8. A peine délivré , il courut en Bourbonnais remercier ses fidèles sujets, qui venaient encore de lui fminiirun autre subside de cent quarante mille livres. Il trouva la province dans le plus triste état : tous les nobles, endettes pour acquitter sa rançon , s'étaient payés aux dépens de ses domaines ; les bourgeois et les cultivateurs étaient ruinés. Les Anglais, maîtres de toutes les petites places du pays, le désolaient de leurs excursions, et venaient jusqu’aux portes de Moulins. Heureux de revoir ses compagnons d’armes , le bon duc les accueillit en fi-éres encore plus qu'en vassaux, o Depuis sept ans, leur dit-il, onc ne fus aussi lie (joyeux) comme jemetreuve entre vous; car je suys en la compaignic où je veulx vivre et mourir, n ■Après avoir traité splendidement pendant trois jours tous ses barons et clievaliers, qui, cliarmés de son accueil, s'écriaient : a Béni soit Dieu, car nous avons seigneur et maître! » il les réunit à Moulins, le l" jour de l'an 1369. I,à, le duc, pour les élretinrr, fonda un nouvel ordre, dont les insignes étaient une ceinture, avec le joyeux mot : Espérance; à quoi l'un d'eux répondit : « Très-redouté seigneur, véez ici votre clievalcrie qui vous merde très-humblement du bel ordre et grands dons que vous leur avez départis, lesquels ne savent que vous donner en cettuy premier jour de l’an, fors qu’ils vous offrent leurs corps et leurs biens, qu'il vous plaise de les agri'-er. » Et le duc attendri répliqua : n J’ay reçu au jour d'Iiuy les plus belles étrennes que onc seigneur ail obtenues, quand j ay reçu le cœur de tant de nobles chevaliei's. » De son côté, le chancelier du prince, Iluguenin, voulant aussi lui offrir ses drenn», lui apporta un registre où il avait consigné tous les emprunts que chacun de ces féaux chevaliei's avait faits aux domaines de son suzerain, pendant sa longue absence. Personne ne se senhnit sur ce point la conscience bien nette, l'inquiétude était sur tons les visages; mais le Ihui duc, se retournant vers son chancelier : « Iluguenin , lui dit-il d'une voix sévère, avez-vous tenu compte au.ssi des services qu’ils m'ont rendus? » Et il jeta le livre au feu sans l’ouvrir.
Le premier soin de Louis fut de recouvrer les places de son duché qui étaient encore aux mains des Anglais, et bien qu’on fdt au cœur de riiiver, toutes furent reconquises en un mois. Dans la même année , le duc épousa l'héritière du dauphin d'Auvergne, Béraud II , qui lui apporta en dot le Forez et le daiiphiné d'Auvergne, apanage séparé de cette maison princière. Mais bientôt, la guerre s'étant allumée entre l'.Vngleterre et la France, le duc de Ponrhon quitta sa femme et son duché pour aller payer sa dette nu roi riinrles V. C’est alors qu'il se lia d'une étroite amitié avec le connétable Bertrand Duguesclin, qui venait de venger sur Pierrc-le-Crucl In mort de l'infortunée Blanche de Bourbon. Durant toute cette guerre, le duc entretint à ses frais mille hommes d’armes, et endetta encore son duché, déjà fort obéré. Toujours entouré des chevaliers les plus braves, le duc Louis mointenait sa mai.son sur un pied royal, et en avait fait une école de chevalerie renommée dans toute l’Enropc. .Ainsi dans un p is d'armes qui eut lieu près de Vannes en Bretagne, entre cinq chevaliers anglais et cinq de l'hôtel du duc de Bourlwn , l'honneur de la France fut dignement soutenu, et les chevaliers anglais sortirent tous blessés de la joilte.
Lue trêve étant venue suspendre cette guerre acharnée , le roi de Castille ,
Ko BOURBONNAIS. — BERRY. - NIVERNAIS.
Henri de Translamarc, fil inviter le duc Louis à entreprendre une croisade contre les SaiTazins d'Espagne. Le duc n'iM'-sitn pas à st? rendre à celte invitation, tout à fait dans l'esprit du temps, et passa les Pyrénées à la tète décent chevaliei-s. Mais le roi de Castille ayant voulu lui fiiire comlrattre les Portugais an lieu des Sarrazins, le duc s'y refusa et revint en France sans avoir tiré l'épée. Les Anglais pos.sédanl encore plusieurs places dans le Limousin et le Velay, Duguesclin fut chargé de les en chasser. En passant à .Moulins, il y reçut la cordiale hospitalité du duc Louis. Après quelques jours de fêtes, les deux frères il'armes se séparèrent, et le connétable ayant reçu du duc un superbe hannap d'or, en souvenir de leur entrevue, s'en alla faire le siège de Château-Neuf de Randon, dont les clefs dt-vaient bientôt reposer sur son cercueil. Chai’h's V suivit de pri's son connétable au tombeau , et le duc de Bourbon fut chargé, de moitié avec le duc de Bourgogne, de la tutelle du jeune roi Charles VI. Celte mission délicate , remplie pai' le duc de Bourbon avec une parfaite loyauté, ne l'empècha pas de défendre la Fi'ance contre les Anglais, qui protitaient pour l’envahir de la faiblesse de son gouvernement, l'ne trêve ayant suspendu les hostilités, le duc , ennemi du repos, entreprit pour son compte une croisade à Tunis à la tète de huit cents chevaliers. Cette expédition ayant avorté faute de vivres et de munitions, le duc , après avoir campé quelques jours sur la plage où était mort saint lavuis , s'en retourna en France, ne rapportant de sa campagne que des dettes cl une gloire stérile.
Nous ne raconterons pas en détail toutes les guerres auxquelles prit part le duc de Bourbon, pendant la minorité du jeune roi , id sa seconde expédition en .Afrique , plus longue et aussi infructueuse que la première. Bientôt le triste accident qui enleva la raison à Charles VI vint déchaîner sur la France de nouvelles misères : au milieu des intrigues qui div isèrent la famille royale, le duc de Bourbon , le seul de tous les princes du sang qui oubliât ses intérêts pour ceux du pays. embn.sa contre le duc de Bourgogne le parti du du<- d’Orléaas. Mais bientôt, dégoûté du speclacle de celte monanhie au pillage, le duc Louis quitta la cour jmiir .se retirer dans ses terres. Lâ, son premier soin fut de mettre l'ordre dans sa fortune gravement compromise ; la sage administration qu’il y établit et les ressources i|u’il treuva dans l'affection de ses sujets , eurent bientôt réparé le mal causé par son absence, et, en deux ans, toutes ses dettes se trouvèrent payées. Ses revenus moulaient alors a quatre vingt mille livres, somme énorme pour le temps; la inoilié était consacrée à l'entretien de sa maison, un quart aux aumônes ou fondations pieuses , parmi lesquelles il faut compter 1'égli.sc de Notre- Dame Il .Moulins , et un quart à des constructions nouvelles. Les douze mille livres de sa place de ijraml chamhrirr et dix-huit mille de pension sur le trésor royal servaient à renirelien des compagnies d'hommes d'armes, qu'il tenait toujours prêtes pour le service du roi. Bientôt, par des acquisitions successives, ii ajouta au Bourbonnais le Beaujolais et la principauté de Doinlics. Il maria, en lAOO, son fils , le comte de lülermont , à la fdlc unique du duc de Berry, i|ui reçut pour dot le duché d’Auvergne , réversible à la couronne à défaut d’hoirs nullcs issu de cette union.
L'assassinat du duc d’Orléans ayant ravivé les haines qui séparaient les deux
ni
Moi: UNS.
maisons (le Bourgogne et de Bourbon , Jean-sans- Peur envahit le Bourbonnais et s'y rendit maître de quelques places , dont aucune n'essaya de lui ivsister. Bien ([u'age- de soixante-onze ans, l.ouis retrmua loule sa vigueur pour venger cet affront, et se mil lui-mtfme à la Ic'tc d'une arnu-e qui repoussa les Bourguignons. Fatigué dt'S alTaires , et songeant déjà à se retirer dans un couvent , il refusa de s’associer à la ligue que forinnit bv jeune d'Orléans pour venger l'assassinat de son père. Mais la mort vint éviter au bon duc la triste nécessité de prendre part à la guerre civile qui s<; pré|>arail. Ses dcrnieis moments furent ceux d'un chrétien et d'un sage : « Mes amis , dit-il a ses serviteurs qui fonilaivmt en larmes, je regratie Dieu qui m'a prêté vie telle que j'ai vécu , et certe la mort ne me déplaît pas ; mais si au Créateur souveraing eût pid ainsi , j'eusse volontiers veu la santé de monseigneur le roy, l'union des princes des Flenrs-de-Lys , et la paix de cettuy très désolé royaume de France. Je y ay de mon pouvoir besoigné à le pacifier, et cuydois m'y employer encor : mais pour ce qu’aller je n'y puis, je recommande l’affaire à Dieu tout-puisssant. » .Vvant de mourir, il ordonna <iue ses funérailles fmsent faites sans pompe et qu’on donnât aux pauvres l'argent qu’elles auraient coûté. Le plus bel ornement de son convoi , ce furent les larmes de l'imm(‘nse multitude qui, de tous les coins du Bourbonnais, accourut pour y assister. O Ha , ha , mort , s’iicriait ce peuple éploré , tu nous as osté en ce jour notre soutènement, et celui qui nuusgarduit de toutes oppressions. C’étoit notre (onfort, notre duc, le plus prudbomme, de la meilleure conscience et vie que l’un sfdt onc trouver « (août U 10).
A une pareille oraison funèbre un n’a rien à ajouter. « Ses vertus , » comme l'a dit un de s(vs historiens, « consoKvrent la France du malheur du légne de t;harles VI , et coiitrastcrent avec les vias des oncles paternels de ce raonaiviue ; Ses états furent, en France, les seuls heureux sous ce triste ri'gne; son cœur était comme son palais, l'asyle de l'bonneur, du courage et de toutes les vertus. « Au.ssi dévot que brave, et toujours revêtu d'un cilice sous ses habits, il rouvrit tout le Bourbonnais de fondations pieuses, sans parler des nombreux rbàteaux qu’il y fit construire, t’.'esl à compter d(v celte épovpic que .Moulins prend rang parmi les villes importantes du royaume, et le duc Louis, à son retour d'Angleterre, en fil sa résidence et la capitule du Bourbonnais. I-a ville, enloun'-e de murs, était alors beaucoup moins étendue qu’aujourd’liui ; on y entrait par quatre portes, flanquées chacune de deux tours et d'un pont-levis. Trois belles allé(>s plantées d'arbres ont remplacé cette ancienne enceinte, abattue en 1081 , et dont les fossés ont été comblés. On en devine encore le, dessin, en forme d’iiémicycle allongé (|ui venait des deux cétés aboutir au cbàbvau. Quant aux faubourgs, rejetés en dehors des murs, ils prirent peu à peu une extension bien supérieure à celle de la ville même, et de grandes croix de bois marquent encore aujourd'hui leurs limitt's.
Jean I", l'unique fils de Louis II, n’hérita ni de la prudence ni des vertus de son père. Sous sa courte domination , le Bourbonnais , livré à toutes les horreurs de la guerre civile, qu’attira sur lui l’adhésion du duc au parti d’Orléans, regretta amèrement le repos dont il avait joui sous le bon duc Louis. Jean I", ayant été fait prisonnier a la Ivabville d’.tzincourt , en I 'tir>, les dix-huit ans qu’il
ivâ Boi'KBONNAis. — BERRY,— Nivernais.
vi'cut (•iHorc s(! pnssrrctit dans la captivité. Rclitclié sur parole, pour venir en Fiance travailler à la paix, il échoua dans son entreprise, et retourna loyalement reprendre ses fers; mais, impatient de les briser, il ne craignit pas de souscrire, pour se racheter, un traité honteux, qui livrait aux Anglais les plus fortes places du Kourbonnais et de l’Auvergne. Tout en refusant de payer sa liberté à ce prix, son lils et ses vassaux n'épargnèrent rien pour le délivrer, et lui firent passer à divei'ses reprises cent mille écus , que les .Anglais acceptèrent sans rendre le captif en échange. Il inoiirut à I.ondres, en l'iS.’I, âgé de cinquante-trois ans, et son fils, Charles I", qui gouvernait sous son nom le Bourbonnais, depuis dix-huit ans, .succéda au titre et aux États de son père. Dévoué nu parti du Dauphin, le duc, sous ce long et désastreux règne de Charles VI, rendit d’immenses services à la monarchie et au pays. Quand Charles VII, à la mort de .son père, prit enfin possession d'un royaume dont l’etranger occupait au moins les deux tiers, le Bourbonnais, le Berry et l'Auvergne, situés au cu'iir de la France, lui servirent de refuge, et l’héréditaire dévouement du duc de Boiirlion l’aida a reconquérir .son royaume.
Mais si le sire de Bourbon rendait des services à la monarchie, il les lui faisait bien payer, ’f iiteur impérieux du roi, qui essayait en vain d'échapper à son joug, il se lit suriiomnier le Fnau des fiivoiis, en éloignant du monarque tous ceux qui avaient su gagner scs aflections. l’his tard, lorsqu • le mi de liourijes changea ce nom pour celui de roi de France, le duc, maître de l’esprit du Dauphin, qui fut depuis Louis XI , ne craignit pas d'armer le fils contre le père, et d’organiser avec lui la fameuse Ligue, dite du Inrn public. .Mais l^harles VII , étant venu à la tète d’uiie armée, chercher en Bourbonnais le Dauphin qui s’y était réfugié, la plupart des villes ouvrirent leura portes au roi; toutes celles qui résistèrent fiirant pillées sans pitié. Les rebelles, trop faibles pour lutter, linirent par se rendre a merci, et Charles, père et nionarque trop indulgent , se liiUa de pardonner. Le duc se vengea de ce pardon, en s’cnrélant, en t4Vi, dans une nouvelle ligue que l’habile modération du roi parvint à dissiper. Mais lassé enfin de toutes ces intrigues, le duc de Bourbon finit par se retirer dans ses domaines, où la clémence du roi le suiv it encore ; car Charles, oubliant ses torts pour ne se rappeler que scs services, donna en mariage sa fille Jeanne au fils du duc, le comte de Clermont. Le jeune comte, fidèle aux traditions de sa race, prit part è la longue et glorieuse guerre , où Charles reconquit pied à pied son royaume. Quant au duc de Bourbon , les dernières années de sa vie se passèrent il Moulins , où il mourut, en l'»56, à l'ùge de cinquante-six ans, et son fils, Jean II , échangea, pour le litre de duc de Bourbon , celui de comte de Clermont que portaient les aînés de In famille.
La mort de Charles VII, en HGI, et l’avéïicment de Louis XI, son fils, semblaient ouvrir un nouvel avenir au jeune duc, le beau-frère et fanclen allié de Ixjiiis dans ses révoltes contre son père. La place de connétable était vacante, et le duc Jean crut pouvoir la réclamer, en homme qui l’avait gagnée sur plus d’un champ de bataille; mais la politique de Louis XI aimait mieux s’acheter des amis nouveaux que payer les anciens. L’épée de connétable fut donnée è un autre , et le duc Jean, au lieu de la récompense qu’il attendait, se vit retirer le gouverne-
MOri.INS.
meut (le la (luycnne, reronquise par lui sur les Anglais. Le duc ne pouvait rester insensible à un pareil affront; il s'en venpea en conspirant, cl suscita contre le roi une autre lisue du bien jiub/ic. Louis marclia sur-le-cliamp vers le üourbonnais, foyer de lu r(-volte; la guerre civile c-tait iinmimuite (l'rCj), niais la duchesse de Bourbon, sœur de Louis, s'interposa entre hs deux partis. Des négociations s'ouvrirent, et Louis, voulant di'laclier à tout prix le duc de l'alliaiH-e du comte de Chaiolais, t:liarles-lc-T('‘inéraire, (pii marchait sur Paris, .si- hfUa de traiter avec lui. La bataille de Montihéry, gagnée par le comte de Charolais, vint, il est vrai , ébranler la fidélité du duc de Bourbon , et le détacher encore une fois du parti du roi; mais il ne larda pas à se faire acheter sa soumission, nu prix d'une forte somme et de domaines en .Auvergne. Ilattaché, depuis lors, à la muse royale , qui gagnait chaque jour du terrain , le duc de Pourbon refusa de tremjver dans les intrigues qui conduisirent à l'échafaud les plus illustn-s repri'-sentants de la noblesse de France. Betiré en Bouillonnais, le duc Jean y cniitinua une opposition de paroles, plus irritante ipie dniigemise pour Louis \l, qu'elle harcela jusipi'au dernier moment de sa vie. lai r('*gence, ayant été confié-e par le roi mourant, en 1A83, à sa sœur Anne et à son mari, le sire de Beaujeu, Irérc du duc de Bourbon, ce dernier se liAla de sortir de sa retraite pour faire valoir ses droits à l’épée de connétable qui lui fut enfin accordée. .Mais blessé de ne pas Jouir, sous le nouveau régne, de tout le crédit qu'il avait espéré, le duc se rallia nu parti du duc d'ürh'ans, depuis Louis \II, contre Anne de Beaujeu, et prit part à cette guerre, si bien nommée guerre /ollr, qui se termina par la défaite et lu soumission du duc d’Orli'ans. Aucun autre événement ne signala les dernières nniiées de sa vie, terminée à .Moulins en 1^87.
Marié trois fois, le due Jean ne laissait pas de fils légitime; son frère, le cardinal archevêque de Lyon, se trouvait, à la mort de Jean, l’ainé de la maison; mais madame Anne de Beaujeu obtint, non sans peine, son désistement ; le cardinal céda, moyennant une pension de vingt mille livres, s(>s droits (i son frère Pierre II, et madame .Anne de Beaujeu, sous le nom de son mari, régna sur le Bourlionnais , comme elle régnait déjà sur la France, au nom du bon /irlil roi Lharles VIII. Le nouveau dur n'était pas sans talents; mais, à côté d'une femme telle que la sienne et d’un roi tel que Louis XI , le second rôle devait naturellement lui échoir. Ce|Huidant sa prudence lempr-ra plus d'une fois les emportements de son épouse;, et son esprit de conciliation lui ramena ceux qu'elle avait frois.s('*s. Tous deux privé-s d'enfants, et sans espoir d’en avoir, substituèrent, avec l’agirment du roi, leurs biens à la branche cadette de Itourbon-.Monlpensier. Mais, plus lard , une fille étant née de leur mariage, cet arrangement fut détruit par un acte postérieur. Apn'-s avoir marié C.harles A’Ill avec Lhrisline de Bretagne, Anne de Beaujeu, voyant son pupille échapper à sa tuti-lle, s'était retirée en Bourbonnais avec son mari. Pendant la funeste expédition de l'.harics A'III en Italie, vainement combattue ivar la prudence des deux époux , le jeune roi leur confia la reine sa femme, et remit aux mains du duc de Bourbon la lieutenance générale du royaume. Sous le ré-gne de Louis XII , ennemi personnel de la duchesse, elle et son mari pouvaient redouter les justes ressentiments de ce prince, longtemps ]M'rsé‘cuté par elle; mais celui-ci prouva bienliH (pie « le roi de France ne savait
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BOUKBON.NAIS— BEKKY-. — NIVERNAIS.
pas vcn^t'i' les injiiivs du dur d'Orlriius, » ru assurant à la fille unique du duc de llourbun le riche lirritafje de sa famille.
I.C reste de la vie de Pierre II s'écoula à .Moulins, que sa femme cl lui s'occupèrent à embellir. Le plus beau présent qu’ils lui firent , ce fut la rédaction de sa (aiulume, commencée sous le duc Pierre en l.'iOO, et termini’-e vingt ans après, par les soins de sa veuve. En 1503, le duc, Agée de soivantc-iiii ans, mourut à Moulins, regretté d'un pays qu'il avait enrichi, et où son liumeur conciliante lui avait mérité le lieau nom de « Prince de la (loiicorde et de la Paix. » Il fut inhumé à Sonvigny avec une pompe extraordinaire. Avec lui s'éteignit la branche aînée de la maison de Bourbon , qui depuis Robert , fils de saint Louis, possédait ce pays, sans interruption de la ligne directe. La duchesse douairière fut in.stituée , par son époux , héritière de ce duché et de tous ses biens , qui devaient, après sa mort, retourner à sa tille. Pour ne pas priver la branche cidlatérale de cette riche succession, le duc avait songé à concilier par un mariage aver- fainé des Montpensirrles droits de cette branche avec ceux de sa lille, et il faisait élever auprt'-s de lui le cadet, C.liarles de .Monlpensier, qui devint plus tard le chef de la famille et le trop fameux connétable de Bourbon.
L'histoire de la vie de cet homme célèbre, plus malheureux encore que roupable, a été écrit!' si souvent qu'il suffira d'en rapporter ici ce qui se rattache aux annales du Bourbonnais. Charles de BouriMin , le second fils de Gilbv'rt de .Monlpensier, était l'arrit''re-pelit-lils du duc Jean I" de Bourbon. Son la'-re, viceroi de Naples, étant mort de la peste à Pouxxoles, le duc Pierre II, son oncle, recueillit auprès de lui le jeune Charles , alors âgé de douze ans , et eut [tour lui tous les soins d'un père. A la mort du duc, sa veuve Anne hérita de sa tendre.s.se pour l'orphelin, qu'elle lit élever sous scs yeux. La position du jeune Charles était singulière : comblé des lionlés de la duchesse, il n’en aspirait pas moins à faire itToniiallre scs droits à la succession du duché de Bourbon et à en dépouiller la lille de sa bienfaitrice. Ces prétentions rivales furent soutenues de part et d'autre, sans que la bonne harinonic entre la duchesse et son pupille en fvlt alti'rée. I.e fait,bizan'c en lui-mènic, s'explique par l’arrière-pensée qu'avait déjà la duchesse de terminer tous ces débats par un mariage entre sa fille et son neveu. En effet, la jeune héritière de Bourbon, laide et contrefait*', n’en i-lail que plus sensible aux attentions de son cousin , l'un des plus accomplis cavaliera de fépo(|uc. Les habitants du Bourbonnais, attachés à ce jeune prince, élevé parmi eux , et portant un nom qui leur était cher, faisaient hautement des vieux pour qu'il devint leur seigneur. Enfin , la duches.se douairière , avide de duminalioii, espérait gouverner le Bourbonnais, sous le nom de son neveu , ets'indeinniser par sa tutelle de celle de la E'rancc , qui lui avait c'chappé. Tout se réunissait donc pour amener le procès vers ce pacifique dénouement , et la duchesse, pour écarter un dernier obstacle, racheta, au prix d’un dédit de cent mille livres, le désistement du duc d'Alençon, fiancé avec sa fille.
Le roi Uvuis XII donna sans peine son consentement à ce mariage, et se chargea de la rédaction du contrat. Les deux époux se firent donation mutuelle de leurs biens , |iour étouffer dans l’avenir tout germe de querelle. A défaut d’enfants issus de relte union, leur succession était dévolue à François de Munl|Hii-
MOULINS
lis
sier, frère de Charles , et le roi renonçait pour lui et ses successeurs aux droits réservés à lu couronne sur l’héritage de Bourbon , en cas d'extinction de la ligne niascniinc. duchesse douairière, comme présent de noces, lit don aux deux époux des comtés de Cicn et de Chatellerault et de la Basse-Marche. Le mariage fut célébré en grande pompe , à Moulins, en mai 1505 ^ et le jeune Charles , hier orphelin avec son nom pour toute fortune , se trouva tout d’un coup possiesseur d'un des pins beaux duchés de France et de revenus égaux à ceux d’un roi.
Cette fortune inespérée , Charles de Bourbon la devait à sa belle-mère , et il l'en paya par une déférence toute liliale. Sa cour, peuplée de l'élite de la noblesse du duché, luttait d'éclat avec celle du monarque, et roi dans scs domaines plus que Louis sur son trône, Bourbon voyait s’ouvrir devant lui le plus magniliquc avenir. .Mais, pour une âme de cette trempe , avide de toute espèce de distinctions, celles du rang et de lu fortune ne sufiisaient.pas. Ixvuis, par son expédition contre Gènes, vint fournir à l’impatient courage de Charles l’occasion de se signaler. Nous ne le suivrons pas dans ces belles et imprudentes guerres d’IUdic où, formé à l’école des La Pal’usse et des Bayard il llnil par égaler .ses maîtres, et compter i-armi les plus grands capitaines de cette époque qui en a tant produit. Mais la gloire et des dettes furent les seuls fruits de ces campagnes. Déjà même on voit percer la défiance qu'inspirait au roi la puissance d'un pareil vassal ; « il n'y a pire eau que l'eau qui dort, » répétait quelquefois Louis, justement effrayé de l'ambition contenue de Bourbon et de son air taciturne. Quand Gaston de Foix périt, eu 1512, à Kavennes, tout le monde s’attendait à ce que Bourbon fût appelé à sa place au commandement de l'armée. Il n'en fut rien pourtant ; et cette première injustice déposa dans son coeur le germe des ressentiments qui devaient éclater plus tard.
Dans f intervalle de ses campagnes, le duc Charles revenait en Bourbonnais, auprès de sa femme et de sa belle-mère, donner quelques soins à l’administration de son duché. On cite de lui à ce propos un mot qui l’honorc : « J’enlends préserver mes dits sujets de tout trouble et exaction, mêmement de mes juges et ofliciers, dont les méfaits tombent sur la conscience du seigneur qui les y souffre. » Bientôt ses talents apparurent sous un jour divers et nouveau, quand le roi , forcé enfin de leur rendre justice, lui confia le gouvernement de la Bourgogne, menacée par les Suisses. Bourbon, grand homme de guerre, se montra, de plus, un grand administrateur. Il soumit partout les rebelles, organisa la défense des frontières, réprima lus. brigandages des troupes, et fit plus et mieux que de repousser l'invasion , il la rendit impossible. Après de si éminents services , Louis n’avait plus de prétexte pour lui refuser l’épée de connétable, et la mort seule l’empécha de la lui accorder. François 1" paya la dette de son prédécesseur, et l’un des preniiei-s actes de son régne fut de nommer Bourbon connétable de France. Il conlirma, en outre, le duc dans le gouvernejnent du Languedoc et dans toutes ses charges et pensions l.a; duc, reconnaissant, s’empressa de rendre hommage au roi , et parut à son sacre avec une robe de drap d’or de douze aunes , dont chaque aune coûtait deux cent quatre-vingts écus d’or au soleil.
Dans l’expédition du Milanais, en 1515, le connétable commandait l’avantgarde ; il soutint le premier, à .Marignnn , l’effort de 1a redoutable infanlerie IV. 19
suisse , et on lui dut en partie le gain de la bataille , où son frère périt à ses cAtés. La soumission de l’Italie fut le résultat de cette victoire ; mais ce que les armes avaient gagné fut bientét reperdu par la diplomatie , et l'astuce italienne prit sa revanche de la valeur française. Le duc, laissé à Milan comme lieutenantgénéral , lutta avec habileté et courage contre les difficultés de sa position, et fut rappelé par une intrigue de cour, premier symptôme d'une disgrAre que son juste dépit allait envenimer encore. Bientôt François I", à l'instigation de sa mère, la duchesse d'Angoulérae, rebutée par Bourbon, et de son favori, le chancelier Iluprat , compatriote et vassal du duc et .son mortel ennemi , refusa de l'indemniser des dépenses faites par lui pour le service du roi , et tous scs traitements et pensions lui fuient letirés à la fois. Abreuvé de dégoûts , Charles allait les oublier à Moulins et à Chantclie, où sa femme venait de lui donner un fils, événement qui répandit la joie dans tout le Bourbonnais. Le roi , sur la prière du TOimétable, consentit à tenir cet enfant sur les fonts de baptôme; des fêles somptueuses, et des joiltes qui durèrent quinze joiii's , furent donm’H-s à Moulins, sur ' la place d'Allier. Le faste qu'y déploya le duc , entouré de cinq cents gentilshommes, ses vassaux, tous vêtus de velours, tous parés d'une chaîne d'or à trois tours autour du cou, blessa François I", jaloux de voir la cour d'un sujet effacer la splendeur de la sienne. « l'n roi de France n’en (lourrait pas faire autant!» Tel est le mot qui lui échappa, mut qui résumait tous les torts du connétable envers lui. François I" quitta Moulins, moins disposé que jamais à payer ses dettes ë un vassal qui menait si grand train tout en se plaignant d'ètre ruiné; et, malgré cette apparente réconciliation, tout marcha vers une rupture.
Iæ duc s’en vengea par des sarcasmes contre le roi, ses favoris et la reinemère , dont l’amour méprisé se changea en mortelle rancune, t'ependant Charles, malgré tant de dégoûts, accourut en sujet'fldèle à l'appel de son roi pour défendre la Champagne, envahie par Charles-Quint ; et bien que, par un nouvel affront, on lui enlevât le commandement de l’avant-garde, qui lui appartenait de droit, comme connétable , il n'en serv it pas moins avec son courage et ses talents ordinaires. La campagne finie, il se retira à Moulins, où son fils venait de mourir, et où sa femme, par une couche malheureuse, se vit ravir l'espoir de lui donner d'autres héritiers de son nom. Toujours languissante depuis cette époque, elle mourut, en 1521 , après avoir fait à son époux, comme par un pressentiment de l’avenir, donatiim de tous ses biens
Iji reine-mère, en voyant Bourbon libre, eût volontiers terminé par un mariage toutes les querelles qu’allait soulever cette riche succession ; mais, trompée dans son espoir, elle ne garda plus de mesure , et la femme offensée se trahit tout entière dans son acharnement à poursuivre l'homme qui l’avait dédaignée.
Un procès fut intenté au duc au nom de la reine douairière, plus proche parente que lui de sa défunte femme , Suzanne de Bourbon , et qui ë ce titre prétendait lui succéder. Le contrat de mariage où les deux époux se faisaient donation mutuelle de leurs biens , le testament de la duchesse qui léguait à son mari tout ce quelle possédait, enfin tous les titres incontestables du dur à l’héritage de sa femme, furent battus en brèche par l'implacable chicane des avocats de la cou- I
ronne. Ce procès, que nous nous garderons bien de rapporter en détail, dura i
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pri^ de deux ans, et il n'élait pas terminé quand la duchesse douairière de Ihmrbon. dont il avait abreuvé d'amertume les dernières années, termina sa vie à Chaiitelle, en IÔ-22, en léguant tous ses biens à son malheureux gendre. Mais cette arme nouvelle fut impuissante contre la haine de ses ennemis, et, la sentence tardant trop à leur gré, le séquestre fut mis par ordre du roi sur les domaines du connétable.
C'est alors que, poussé i bout, attaqué è la fois dans son amour-propre, dans sa fortune, dans son honneur même, les premières pensées de trahison se glissèrent dans rame de Bourbon ; c'est alors qu'il prêta l'oreille , pour la première fuis, aux offres de Charles-Quint, dont l'habile politique savait si bien exploiter les fautes de François l'^ L'Empereur fit offrir au duc la main d'une de ses soeurs, avec deux cent mille écus de dot, et la promesse de créer pour lui un royaume indépendant dans le midi de la France. De toutes ces offres, la dernière, la moins sincère de toutes, fut celle qui éblouit le plus l'imprudent Bourbon. Après de longues hésitations, il consentit A traiter, et promit de se prononcer aussitôt que le roi de France et son armée auraient passé les monts pour entrer en Italie. François I*' avait annoncé l'intention de confier, pend,mt son absence, la régence a .sa mère, et au connétable lu lieutenance gér.érale du loyaume : mais, averti des projets du duc et se refusant à les croire réels, François, pour couper court à toutes ses trames, lui envoya l'ordre de le suivre en Italie. Ikmrbon, déconcerté, feignit d'être malade pour se dispenser d'obéir. Le roi, voulant es.saycr, avant de sévir, toutes les voies de conciliation, se rendit lui-même à Moulins, où le connétable le reçut au lit, en s'excusant sur sa santé, qui ne lui permeltail pas de le suivre. Le roi, qui se sentait des torts envers lui, mit dans toute cette affaire beaucoup de modération ; il refusa d'en croire l'avis de scs ministres, qui lui conseilliiicnl de faire arrêter le rebelle : « On m'assure , lui dit-il, que vous trailex avec l'Empereur; mais je me fie à vous : vous êtes de la maison de France et de la race de Bourbon , qui n'a jamais produit de traîtres. » Le connétable se justifia de son mieux, et le roi, convaincu ou feignant de l'être, partit pour Lyon , en laissant près du prétendu malade un de ses gentilshommes pour surveiller ses démarches.
A peine le roi fut-il parti de Moulins, que Bourbon monta à cheval, et se rendit èChantelle, qu'il mit en état de défense. Le roi, eu apprenant sa trahison, fit marcher sur-le-champ contre lui quatre compagnies d'hommes d'armes, avec ordre de le lui amener mort ou vif : « Le perfide! s'écria-t-il; ma bonté aurait dû lui crever le cœur; mais, puisquji veut périr, qu'il ivérisse! » Une lettre, où le rebelle sommait le roi de lui rendre les biens de la maison de Bourbon, vint apporter au monarque le défi de son vassal; mais bientôt le connétable, craignant de se laisser enfermer dans Chantelle, se dérida à fuir la France pour aller chercher un asile sur la terre étrangère. nuit du 7 au 8 septembre 15-23, Bourbon se mit en route pour ce triste voyage , déguisé en domestique et suivi d'un seul gentilhomme de sa maison. .Montés sur des chevaux ferrés à rebours, afin de dérouter ceux qui les poursuivaient, ils parvinrent, après des peines et des dangers infinis, à gagner la frontière de Savoie, d'où le duc se rendit en Italie pour y attendre la répoase de l'Empereur.
H8 BOURBONNAIS. — REIlRV. — MVKRNAtS.
I.c rosie do la vie du cotinolalilc de Bourbon n'apparlieiil pins à noire sujet j c’est à riiistoire ii conter ses amères déceptions, les linmiliations et le mépris partout cachés sous les vains honneurs dont Charles rentourait pour se dispenser de tenir ses promesses; les pnisnantes paroles île Bajanl mourant au connétable qui le plaignait; sa tentative inutile pour s'emparer de Marseille, capitale de celle Provence où il devait régner; la prise et le sac de Rome par l'armée d'aventuriers qu'il traînait à sa suite, plutùt en souverain indépendant qu'en lieutenant de l’Emia-reur ; enfin sa mort, en 1527, sous les mni's de celte Rome, dévastée par lui, et qn’il voulait, dit-on, donner à François I", avec, le royaume de Naples, pour acheter de lui son pardon. Ijî procès du duc de BourlMin, suspendu pendant sa vie, fut repris après sa mort : déclaré atteint et convaincu du crime de félonie et de lèse-majesté , tous ses biens, meubles ou immeubles, furent confisqués, tous ses domaines, y compris le Bourbonnais, réunis h la couronne, et ce magnifique apanage s'absorba, comme tant d’autres royautés féodales, dans la monarchie dont l’histoire, depuis lors, est devenue la sienne.
Quant à la conduite du connétable, nu point de vue national, il ne peut y avoir qu’une manière de la juger, et l’histoire doit flétrir sans réserve l’homme qui a porté les armes contre sou pays. Mais au point de vue féodal, fort difféit'iit de l’autre, le crime , car c’en est toujours un , admet |)cut-étre quelques eveuses , au moins dans les idées de l’époque. Tout le moyen Age fourmille d’evemplcs de vassaux mécontents qui prennent les armes contre leur souverain, et s’allient pour le comlwttre avec l’étranger. Poussé à bout par une série d’injures froidement calculées pour exaspérer ce bouillant caractère, Bourbon, le plus puis.sant vassal de la eouronue de France, habitué à trancher du monarque dans ses domaines, crut sans doute, en déclarant la guerre à son roi, agir, non pas en sujet qui se rév<dtc contre son maître, mais en souverain indépendant qui se venge d’un de ses égaux. Quant à tirer l’épée contre sa patrie, l’idée de patrie fut-elle jamais comprise de ces puissants seigneurs féodaux, dont l’existence même était une éternelle protestation contre le nom de France et l’unité nationale? Nous ne disons pas ceci pour justifier BourlK)ii, nous le disons pour faire comprendre comment un caractère généreux td lier, qui, dans des temps plus heureux, aurait pu être l’honneur de son pays, en devint la honte et le fléau, commvmt eidin le nom du connélable est resté à jamais souillé d’une tache que Uondé, plus heureux , devait un jour se faire pardonner.
AlouUiis, sous le duc Charles de Bourbon, semble être arrivé à son plus haut point de splendeur. Son ChAteau , résidence habituelle des ducs , formait une suite de bAtiments de deux cenl-soixante mètres de longueur sur soixante de largeur, construits. Il est vrai, sans symétrie, dans divers styles et A diverses époques, mais dont reiisemble, toutefois, ne manquait pas de grandeur. Les anciennes descriptions du Bourbonnais nous donnent une haute idée du luxe de cette habitation princière , où dix générations de ducs de Bourbon avaient épuisé tout leur faste. Le dernier et le plus fastueux , le connétable , le fit décorer à l’intérieur de riches peintures par des artistes italiens; sur les murs démantelés ou noircis par l’incendie, on voit encore les armes du connélable, le cerf ailé et les épées fiamboyantes, avec sa devise si hardie o /wnetrnèit » et la menaçante interprétation
MOrl.INS.
qu'il lui donna aprca sa i<->olU! : « Pour fuir la France , j'ai ru besuing de la t ilessc « (lu cerf, j'auray le fer et la flamme pour y rentrer. » .Après avoir passé sous un arcade triomphe qui pivcédait un pont de pierre, avec pont-levis, jeté sur un vaste fossé, on franchissait une porte garnie de créneaux , et l’on entrait dans les cours intérieures; à l'ouest, sur la pente douce qui d(‘.scend vers l'Ailier, se trouvaient l'orangerie et d(? vastes jardins. Vu de ce côté, le chdteau présentait uu(! immense façade, eom;K)5ée de la chnpeHe, des corps de logis , de la grosse tour, de la porte méridionale et de l’enceinte de la ville qui venait s'y laltacher. Ihv tout ce majestueui ensemble il ne reste aujourd'hui qu'une haute tour à sept étages , dite hi mal coiffée, et uu charmant pavillon, bâti par làitlmrine de Mt'dicLs dans le style de la renaissance, et qui sert de caserne à la gendarmerie.
Ajoutons, pour terminer cette histoire du duché de Bourbonnais, que, réuni à la couronne en lâtll , il en fut détaché plusieurs fuis pour constituer un apanage à divers princes de la maison royale jusqu'en IG22, où il échut enfin .à la maison de Condé , qui l'a possédé jiis(|u'à nos jours. Sans échapper complètement aux orages des guerres de religion , le Bourbonnais resta toujours fidèle à la cause du catludic'isme. C'est dans la fameu.se assemblée de Moulins, convoquée en 1.506 par Charles l\ et C.atherine de Mé-dicis, que fut rendu , sur la demande du chancelier de J.'Hi5|iital, l'ordoninncc du même nom, qui (Mail aux gouverneurs de provinces le di'oil d’accorder des lettres de grâce et de lever d(‘s impèts sans l'autorisation du roi. L'avénement de Henri IV au trône rendit la paix à cette province comme au reste de la France. En I59j, le Béarnais lit son entrée solennelle dans Moulins, où son père et sa mère avaient été mariés; apportant les bienfaits de la paix i\ ce pays qu'il aimait , et dont il portait le nom , il y fut reçu avec transport. C'est de son règne que datent plusieurs des fondalions religieuses de la ville. Ainsi le couvent des Capucins dut son origine à l'obligation imposée au Béarnais, lorsqu'il abjura le protestantisme' , de fonder plusieurs monash'‘rcs. l.e couvent des jésuites fut également établi par lui en 100.5; les religieux de cet ordre (ditiurent de Henri la direction du collège, institué par lui, en 1.591, dans In ville de Moulins. Apn'‘s l'expulsion de fordre, cet établissement, transféré dans le bâtiment qui sert aujourd'hui de pnlnis-de-justice, fut conlié à une congrégation de doctrinaires, qui le dirigèrent jusqu'en 1789. Enfin, apivs la révolution, il fut transformé en collège royal , et transporté dans les vastes bâtiments du couvent de la Visitnlion, fondé en 1616 par sainte Clianlal , l’illustre pénitente de saint François de Sales. C'est dans ce monastère que la duchesse de Montmorency, née princesse des l’rsins, vint pa.sser le reste de sa vie, lorsque son mari eut fini la sienne sur l'échafaud , en 1632. Iji chapelle, visitée par tous les étraiigei-s, renferme le splendide tombeau que la duchesse lit élever à lu mémoire de son mari , monument plus remarquable par la richesse des ornemenis et l’effet imposant de l'easemblc que par la pureté du style. Enfin, le couvent des Minimes, fondé en 1615 par Henri de Bourbon, premier prince du sang, est aujourd'hui occupé par la belle institution primaire supérieure fondée par M. Guyot.
A dater du xvii' siècle, le Bourbonnais n’a plus d’histoire ; ses annales se confondent depuis lora avec celles de la monarchie , et la paix profonde dont il jouit n'est pas même troubli-c par les orages passagers de la Fronde. Mais, son histoire
tio BOIRRONNAIS. —BERRV. — NIVERNAIS,
terminée, il nous reste un mot n dire de ses institutions': nous avons déjil parié de l'oi'j^nnisation judiciaire pendant le moyen dge. En l.>57, un présidial , composé de deuk présidents, un lieutenant civil et criminel , dix-huit conseillers, un procureur et deux avocats du roi, y avait remplacé l'ancienne sénéchausscv. Henri III , duc d'Anjou, avait eu le Bourlvonnais dans son apanage; devenu roi , il voulut y établir un parlement ; mais ce projet, repoussé par les étals de Blois, en 1576 , n'eut pas d'autre suite. Le bureau des rinances qui succéda à la chambre des roinples des ducs de Bourbon, fut insülué en 1587 ; de la même époque date la généralité de Moulins ; la ville avait été adminislri'-c jusque là par des consuls d'abord, puis parut) maire et quatre échevins élus par les bourgeois; mais ce droit d'éieclion leur Int enlevé par les intendants établis en làCO. la généralilé de àloulins c mprenait dans son ressort le Bourbonnais, une petite portion de l'Auvergne , la moitié de ta Marche et prest]uc tout le Nivernais. Elle se divi.sait en .sept élections, chacune avis' son tribunal, et vingt-sept subdélégations. En 1780, à l'époque où la monarchie aux abois demandait à la liberté des expédients pour i‘chnppcr à sa ruine, une assemblée provinciale fut instituée dans la généralité de Moulins ; elle se composait de trente-deux membres, huit du clergé, huit de la noblesse, et seiie du tiers-étal. En 1788, un évêché fut créé à Moulins-, mais la révolution vint à éclater, et le nouvel évêché fut entraîné dans la ruine rommune à toutes les institutions religieuses. Moulins, avant cette époque, avait toujours fait partie du diocèse d'Autiin ; lu ville fut ensuite comprise dans ndiii de C.lennont ; et ce n'est qu'en 182.7 qu'elle est devenue enfin un siège «'•piscopal. Du reste, les établissemciiLs iH'clésiastiqiies y ont toujours été en grand nombre; et puni tant, chose étrange. Moulins, à la lin du xiv'siéclc, n'avait pas encore de paroisse dans ses murs , et jusque dans les derniers temps les églises qu'elle possédait n'étaient que les succursales de deux cures de campagne, Vzeure et Saint-Bonnet, l'e fait, dont on trouve plusieurs exemples en Bourbonnais, atteste l'opiniàti'e fixité des institutions ecclésiastiques, qui, en dépit des changemeiiLs opérés par le temps, u'en admettent aucun dans les circons)'riptions une fois établies.
Moulins, riche en couvenbs, ou détruits, ou détournés de leur destination primitive, ne l'est pas également en églises. La cathédrale actuelle, naguère église collégiale et succursale de Souvigny, est dédiée à Notre-Dame. La première pieri-e en fut posée en 1786, et les dix chanoines, dotés chacun de ti'cnte livre,s de rente, devaient faire confirmer à Souvigny l'élection de leur doyen. La construction avança lentement, car le chœur ne fut commencé qu'à la fin du xv siècle , où le duc Pierre II et sa femme, Anne de Krance . amenèrent la cathédrale au point où elle en est restée, c'est-à-dire aux deux tiers de su longueur totale. Cet édifice , inachevé, appartient à la troisième et à la plus belle période du style ogival, et se fait remai'quer par la légèreté de ses proportions. Ses splendides vitraux ainsi que les stalles et les grilles du chœur ont été détruites pendant la révolution; mais on y admire toujours les voûtes de la grande nef, l'entrelacement gracieux des nervures des voûtes , et surtout une tourelle avec escalier à jour du plus gracieux effet. Ce tronçon de cathédrale, sans cdocher, sans basse-nef, et où le chœur constitue à lui seul presque toute l'église, forme encore, par sa hauteur.
MOULINS
un édiBix' imposant. Les autres églises de Moulins, les Larmes et les Jacobins, ii'ofTrtmt rien de remarquable. La Uharireusc, située hors de la ville, et qui, magniliquement construite et pauvrement dotée, avait été surnommée U belle Gueuse, a complètement disparu, ainsi que les nombreux couvents dont plusieurs rues portent encore le nom.
Les hdpitaux, en revanche, sont nombreux è Moulins; l'Hétel-Dieu ou hospice Saint-Julien, que nous avons vu fonder dès U290, fut réuni à relui de Saint-Nicolas, élevé par le bon dur l^is IL Anne de France, la bienfuilrice du llourbonnnis, les lit transférer tous deux à Saint Gilles, hospi<;e nouveau et plus vaste qu'elle bétit et dota richement; ce dernier subsiste encore, il est consacré aux aliénés, en attendant le bel établissement que le département va faire construire dans ce but hors de la ville. L'hôpital général, fondé en t65S, sert a la fois d'asile aux pauvres iniii-mes et aux enfanis-lrouvés ; on y a réuni l'hôpital Saint- Joseph, destiné aux malades et fondé par la durhess** de Montmorency.
Les monuments de .Moulii s sont en |ietit nombre; nous avons déjà parlé des priiK'ipaux : In tour de l'hurloge, située sur la place de ce nom, en face de l'hôtel de ville, est une grosse tour carrée ou beffroi, qui doit dater du xiv' siècle; l'hôtel de ville, récemmeut bâli, comme la salle de spectacle, est un édifice a.sseï cori'ect, mais d'un style un peu lourd. La bibliolhcqiie est riche en manuscrits précieux ; on y admire surtout une magnifique Bible du xii.' siècle , enrichie de pnk-ieuses miniatui'es. Ix pont de .Moulins, par sa hardiesse, sa longueur et sa solidité, peut compter au nombre des plus beaux de In France. Après de nombreuses tentatives pour jeter un pont sur ce lit si large et si mobile de l'Ailier, car, de U80 à 1681, on n'en compte pas moins de quatre, aussitôt emportés que construits, l'ingénieur Régemorte, en 175V, après d'immenses travaux, parvint à asseoir le pont actuel sur un solide massif de maçonnerie fondé sur pilotis. Il a le mérite, rare à cette époque , d'ètre de niveau d'un bout n l'autre, et n'a pas moins de treize arches et de trois cents mètres de longucui- sur quatorze de largeur. Sa solidité, éprouvée par un siècle de durée, a résisté aux plus grandes crues du fleuve. De belles levées, plantées d'arbres, l'entourent des deux côtés, et mettent Moulins à l'ubri des inondations. Ix magnifique caserne, construite sur la rive gauche de l'.VIIier, en face de la ville, complète l'aspect monumental qu elle présente de ce côté.
L'instruction publique, naguère fort négligée à .Moulins et dans le département de l'Ailier, y n reçu, grôce aux soins éciniri'-s de son préfet actuel, M. Edmond Méchin, une impulsion active. On y compte, parmi les établissements de ce genre, un collège royal en voie de prospérité, une école normale récemment établie pour les institutions primaires , et dotée de trente bourses ; une vaste école primaire supérieure, l'une des plus belles de France; une école communale de frères, une école mutuelle, un grand séminaire , construit sous la restauration avec un luxe peu proportionné au petit nombre des élèves; deux petits séminaiies, plusieurs institutions religieuses ou la’iques pour les deux sexes ; enfin trois salles d'asile fondées et soutenues par la charité éclairée des dames de la ville. Moulins, avec ses magnifiques boulevards, ses rues propres et gaies, ses anciens hôtels, construits en briques à losanges de dilfércntes couleurs , offre un
BOrBBON NAIS. — BERRY. - NIVERNAIS, aspect piquant et qui plaît au regard. Son cours de Bercy, planté, en 1681, par l'intendant de ce nom , sur une longueur de mille mètres, est l'une des plus belles promenades qui existent en Krance. I.es voyageurs ont, de tous temps, vanté avec Nicolaï <i l'assiette de la ville, belle et délectable » et l'humeur liante de ses habitants. Moidins, ville de loisirs et de ma'ui's élégantes, n'n ni la raideur gounnée d'une ville parlementaire, ni les allures un |>eu rudes d'une cité commerçante : déchue de son ancienne splendeur sous sw ducs héréditaires, elle se souvient encore d'avoir été le centre d'une cour brillante, et en garde les penchants sociables et la politesse recherchée. I.a population qu'elle renferme s'élève à 13,85V habitants: celle de l'aiTondissement est de 90,323, et le département en compte 31 1, 361. 1.e commerce de Moulins, as.sei borné du re.ste, consiste en grains, vins, bois et charbon; et la seule branche de son industrie, <pii mérite uim mention particulière, est sa coutellerie très-estimée. L'établis.seraent d'une voie de fer dans le bassin de l'AHier pn-paix; pour les dé|)arlemenls do centre , si oubliés jusqu'ici, une véritalée révolution. Moulins, destiné par sa positioti a devenir le point de jonction qui unira le chemin de fer de l'Ailier à celui de la l.oire, (Mir Roanne, Saint-Étienne et I.yon, voit donc s'ouvrir devant lui un magnifique avenir, grâce à cette double artère qui ré|vandra la vie dans tout le coeur de la Krance.
Panni les hommes illustres auxquels cette ville a donné naissance, nous citerons le maréchal de YiUan, qui sauva la France à Itenain ; le maréchal de Herwick, l'un des plus grands généraux de Louis XIV ; enlin, le comte ürHuU de Tiac'j, qui tint, parle caractère comme par le talent, un rang si honorable entre les écrivains du xviii* siècle. '