‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 3 sur 120 · II. ' ■] ■• , iWiî'i raiee · texte numérisé non relu

II. ' ■] ■• , iWiî'i raiee

Qigilijestby^îoogle

JlùBl

de Brutus dans les murs de Mcalène, il revint sur ses pas et franchit de nouveau l’Isère (l’an iV avant Jésus-Christ). Sous Auguste, on construisit une grande route, partant de Cularo pour aboutir à Vienne et de Vienne à Suze, où elle se reliait à la voie romaine. Cette communication fut très-utile à la colonie; bientôt les voyageurs et les marchands y aflluèrent. Toutefois Cularo ne fut considérée comme ville qu’à l’époque où l’empereur Maximien, de retour de son expédition contre les Bagaudes, l’eut agrandie, sur la rive gauche du fleuve, et entourée de murailles percées de deux portes, dont l’une, celle de Rome, fut appelée Juvia, et l’autre, celle de Vienne, Uerculta, en l'honneur des deux Auguste dont elles glorifiaient ainsi le surnom {DiocUtianus Jovius et Meurimianus Herculeus] '. Cularo jouissait, d’ailleurs, des droits du municipc; comprise dans la province viennoise, elle était administrée judiciairement par dix décurions, dont les fonctions équivalaient à celles de sénateure ; il y avait, en outre, deux duumvirs et un messager impérial, chargé de la publication des décrets de l’empereur. Un questeur levait les impôts, trois triumvirs veillaient à l’entretien des routes; enBn le premier magistrat municipal était revêtu du titre de dictateur.

Vers la fin du iv* siècle, l’empereur Gratien vint à Cularo ; il en fit réparer les fortifications et y fonda un siège épiscopal (377|. Des chorévéques, suffragants de Vienne, gouvernaient auparavant cette église ; c’est alors que l’ancien nom de Cularo fut abandonné pour celui de Gralianopolû, ville de Gratien. Certains auteurs ont bien contesté cette étymologie, prétendant que la véritable est Graforuntpolii ville des Grecs, Granorvmpolis, ville des grains, ou Gratianim polis, ville des grêces, paixe que les armes de Grenoble sont d'argent à trois roses de gueules épanouies , posées deux el une; mais le premier sentiment a prévalu avec raison. L’évêque que Gratien avait institué se nommait Domninus ; il assista au concile de Nicée, où l'on condamna deux partisans des doctrines d’Arius. Un de ses successeurs fut Ceratus, que les Ariens contraignirent à quitter son diocèse, en 43G. Ijà Viennoise fut envahie par les Bourguignons, en 467 ; sous la protection de ces barbares, leurs co-rcligionnaires, les Ariens dominèrent à Grenoble jusqu’en 470; toute cette période fut un chaos de guerres, de disputes, de ravages, auxquels une famine, sans cesse renaissante, venait ajouter scs horreure. La chronique raconte, à ce sujet, que le patrice romain Ecdicius retiré à Grenoble, où son père, l’empereur Avitus, avait également choisi sa résidence, après avoir abdiqué l’empire, nourrissait, lui seul, de ses deniers, quatre mille pauvres de cette ville.

En .'>70, les Lombards, rentrés dans la province viennoise, d’où Gontran, roi d’Orléans, les avait chassés, se dirigèrent vers Grenoble et investirent la place. Iæs assiégés furent secourus à temps par le gouverneur de la Bourgogne, Mummol, qui leur li>ra bataille et tailla en pièces leur armée : cinq cents hommes à peine, dit-on, échappèrent au massacre. Dès cette époque, cependant, les évêques commençaient à balancer par leur crédit et leur autorité l’exercice du pouvoir temporel ù Grenoble. Le pli n’était pas encore pris, il est vrai, et le seigneur lalque écoutait volontiers, pour s’y soustraire, les conseils de la violence. En

t. La Porlc de Rome, ou Jovia, devint, au moyen Sge, la Porte Traîne, par contraction de Aomoinr, et celle de Vienne, ou Hereutea, la Porte d> r£«<c4S. La premièra a dtê démolie en ISSI , la seconde on ISOi.

G83, Ébroin, maire du palais do Boôrgognc, fit assassiner et jeter dans un four h chaux l’évAque Ferjus ou Fergéulus, qui, dans un concile, lui avait opposé une énergique résistance. Quelques auteurs ont à tort prétendu que Fergéolus fut tué par les Sarrasins, gente paganâ. Cette nation païenne n'élail autre que les Hongres ou Avares , dont l’invasion ne date que du x' siècle. D'ailleurs les Sarrasins n'ent jamais pu séjourner dans le Graisivaudaii : Charles-Martel, qui les poursuivit jusqu'à Narbonne, ne les y eût assurément pas laissés tranquilles. Grenoble donc n'a été occupée par eux ni au viii' ni au ix* siècle, comme (Æorier l'avance trop légèrement sur la foi du Cartulaire de saint Hugues, faute d'en avoir bien compris le sens.

En 773, Charlemagne, allant en Italie au secours du pape Étienne contre les l.ombards, passa par Grenoble, où il bâtit le palais épiscopal , près la porte Viennoise, ainsi que l'église Saint-Vincent, contre laquelle l'église cathédrale fut plus tard ado.ssée par l’évéque Isarne. Dès cette époque, Grenoble devint le rendez-vous ordinaire des pontifes romains et des rois franks lorsqu'ils eurent à conférer ensemble sur les ulfaires générales de la chrétienté, comme nous l’apprend une lettre de Huguos-Capet au pape Jean XVII : Oralianopolis, civiliu in confinât Galtiœ et Uatiæ sila est, ad quant romani pontifices, Francorum regibus occurere soliti fuerunt. Hoc si vobis placot iterare posslbilitas est. Grenoble fut aussi le séjour habituel de l’empereur Lothaire. En 847, il nomma à l'évéché de cette ville Hébon , neveu d'Hébon, archevêque de Reims; nouvelle preuve que les Sarrasins n'étaient point alors maîtres de la Viennoise. Cet évêque assista, en 853, dans le château de Salmorenc, h une de ces assemblées appelées Placita, lesquelles étaient spécialement convoquées pour traiter des affaires de la province, et )• rendre la justice. Nous voyons également figurer un évêque de Grenoble, Remarius, dans le concile de Monleillan, qui proclama Boson roi de Vienne et de Bourgogne ( 13 octobre 879). Bernarius «'était montré l'un des partisans les plus chauds de la royauté nouvelle : aussi Boson, en récompense, lui soumit-il le prieuré de Saint-Donat. Un peu plus tard, Louis, fils de Boson, conservant le souvenir du zèle qu'avait déployé le prélat pour les intérêts de son père, confirma tous les privilèges accordés à l'église; de Grenoble (894).

Vers 954, une armée de Hongres ou d' Avares, voulant rejoindre ceux de leur nation que Bérenger, marquis de Piémont, avait appelés en Italie pour y soutenir ses prétentions à l’empire, traversa la Bourgogne, se répandit comme un torrent dévastateur dans le Graisivaudan, et s’empara de Grenoble, dont les habitants ne purent lui opposer aucune résistance. L'évêque Isarne , obligé do prendre la fuite devant ces barbares, se cacha pendant quelque temps dans le Viennois, d'où il revint ensuite à la tête d’une troupe dévouée qui l'aida à expulser les Hongrois de Grenoble et de toute la province. Le prélat victorieux profita de l’ascendant que son courage et son bonheur lui avaient donné sur les populations, pour accroître son autorité temporelle dans tout le diocèse. D'empiétement en empiétement, il en vint bientét à déposséder le faible Conrad, roi de la Bourgogne transjurane, de tout le pays dépendant de son évêché. C’est lui qui constitua la puissance civile et politique des évêques, et régularisa le gouveniement de ce petit État. Un conseil nommé par le clergé, les laïques et les gens de guerre, jouissait de la

Grenoble. la

juridiction la plus étendue ; ses membres remplissaient les fonctions d’une magistrature souveraine, isarne fut d’ailleurs un des prélats les plus instruits de son église , au milieu de ce siècle de confusion et de barbarie. Grenoble lui dut la construction de sa cathédrale et l'agrandissement de la cité du cété de la porte Viennoise. Au surplus, le territoire acquis par l’évêque en franoalleu, relevait toujours du royaume de Bourgogne ; il avait les mêmes limites, à peu près, que le Graisivaudan , et se prolongeait, en outre, au nord, dans la Savoie, jusqu’à Chambéry.

L’intégralité de cette seigneurie fut transmise, «avec tous ses droits royaux, « en 976, par Isarne, à l’évéque Humbert, dont le frère, nommé dans l'acte de fondation du prieuré de Moirans (1019), était un certain comte Guigues, qualifié par plusieurs historiens comte de Graisivaudan ; mais ceci n’est qu’une erreur, attendu que, du vivant d'isame et de Humbert, il n’y eut jamais aucun seigneur qui portât le titre de comte dans le pays. L’année même de la fondation du prieuré de Moirans, Humbert augmenta son domaine par la cession que lui fit Manassés, comte de Maurienne, de siX' villages et de deux »ta>, situés sur les frontières du Graisivaudan, en échange de plusieurs terres dont l’église de Grenoble avait la jouissance dans le Génevois. Le successeur de Humbert fut Mallenus, sous lequel commença le démembrement de la seigneurie ecclésiastique de Grenoble.

Rodolphe lit, ou le Fainéant, était mort en 1032, laissant la Bonrgogne à l’empereur d’Allemagne. Bientêt après, la guerre avait éclaté entre le Pape et fEmpereur. Au milieu de ces troubles, les anciens États de Rodolphe étaient déchirés par les gouverneurs et les évêques qui s’en partageaient les lambeaux. C’est alors qu’un seigneur, connu sous le nom de Guigues-le- Vieux , usurpa plusieurs seigneuries dans le voisinage de Grenoble. Il dépouilla Mallenus de ses redevanœs, de ses jardins, de ses condamincs, de sorte qu’en très-peu de temps l’évêque n’eut plus, dit le cartulaire de Saint-Hugues, un seul mas entier dans tout le diocèse. Guigues-lc-Vicux s'intitula, dès 1010, comte de Graisivaudan, et, en 1030, prince de la province de Grenoble. Il prenait aussi le titre de comte d’ Alton, nom d’une de ses terres dans le Viennois. La déchéance successive des évêques peut donc se placer vers le milieu du xi’ siècle, ainsi que la fondation de la dynastie des Dauphins de Viennois, dont les possessions réunies ont formé plus tard la provinee de Dauphiné. A cette époque, tout le pays était occupé par des seigneurs, dont les plus puissants, entre autres celui de Sassenage, et le comte de Savoie lui-même, se déclaraient feudataircs de l’église de Grenoble. I-cs comtes de Graisivaudan ne réussirent jamais , toutefois , à confisquer complètement les droits temporels des évêques. Ceux-ci ne cessèrent point d’élever des réclamations et conservèrent toujours comme une ombre de souveraineté. Sous Humbert H, le dernier des Dauphins de la troisième race, l’église métropolitaine n’avait encore perdu aucune de ses prérogatives; le prince rendait hommage au prélat, pour tout ce qu'il tenait dans la ville et dans son territoire, en fief et en juridiction commune. Il y avait, en effet, à Grenoble un tribunal commun, curia communie, dont les officiers, choisis conjointement par le comte et l’évêque, administraient la justice en leur nom. L’emblème de cette alliance était représenté sur le sceau

Î)AÙPHINÉ.

de la cour, dans un même champ, à" droite, par l’efligie d'un évégue crosse et milré; à gauche, par une croix fleuronnée, que remplacèrent «ne tour, d'abord, et enfin un dauphin couronné d une tour.

Guigues-le-Vieux abdiqua en 1057, et embrassa la vie monastique i Cluny, où il mourut en 1075. Son fils, Guigues-le-Gras, ne lui sunécut que cinq ans. Il eut pour héritier Guigues-le-Gomtc , à qui l’évèque Hugues I" voulut, par ses vives instances auprès du pape, arracher In restitution de tous les droits dont avoient joui ses prédécesseurs. Guigues, après avoir expulsé le prélat de son diocèse, finit cependant par lui céder, en 1008, toutes les églises du Graisivaudan et du Viennois, avec leurs cens, dîmes et redevances. Nous remarquerons, ici, comme une particularité curieuse, que sa femme est qualifiée, dans quelques actes, de re/ne hlathilde. Le fils et successeur de Guigues-le-Comte fut Guigues- Dauphin, lequel eut un différend avec le comte de Savoie, nu sujet de In délimitation respective de leurs frontières, et mourut des suites d’une blessure reçue au siège de Montmcillan. Guigues V, son fils, épousa Béatrix, fille du marquis de Montferral, et parente de l’empereur Frédéric, selon les termes du contrat de mariage, consanguineam ipsius Imperaloris L’Empereur, h cette occasion, investit Guigues V de tous les droits et privilèges qui lui avaient été transférés à luiinéme sur le comté de Vienne, par Berthold-Zeringhen , duc de Bourgogne, et c’est depuis lors que les comtes de Graisivaudan s’intitulèrent comtes de Viennois (1155).

Guigues V n'avait eu de son mariage qu’une fille, appelée Béatrix comme sa mère. En 1 163, elle épousa Guillaume-Taillefer, fils de Raymond IV, comte de Toulouse, et vingt-un ans après elle convola en secondes noces avec Hugues III , duc de Bourgogne, lequel, ainsi que Guillaume-Taillefer, gouverna le comté comme régent. Guigues-André, fils de Hugues et de Béatrix, est le promicr comte de Graisivaudan qui ait porté le titre de dauphin, soit en mémoire de son bisaïeul, Guigues-Douphin, soit à cause de l’ornement particulier reproduit sur son scel et sur son armure. Ce nom, comme il a été dit dans notre introduction, fut ensuite appliqué à ses successeurs, et s’étendit même à tout le pays, qu’on n’appela bientôt plus que Dauphiné. Naturellement doux et pacifique, Guigues-André s’étudia surtout à faire fleurir le commerce et ù protéger les lettres ; il ne négligea pas, néanmoins, de se prémunir contre les attaques des princes si remuants de la maison de Savoie, et conclut, dans ce dessein, une ligue offensive et défensive avec la république de Turin. Son fils, Guigucs-le Jeune, fit, en 12i4, accepter à l’évèque Pien-c un traité relatif à la juridiction de Grenoble , dont il se réserva le ressort supérieur. A Guigues-le-Jcune succéda Jean l*'’, mort sans postérité en 1282, et à celui-ci Anne, sa sœur, dont le mari, Humbert, Iiaron de la Tour-du-Pin et seigneur de Coligny, fut te chef de la troisième race des dauphins de Viennois.

Humbert I", inquiété, dès son avènement au trône delphinal, par la mère de Jean, Béatrix, appelée la Grande-Dauphine, et par Robert, duc de Bourgogne, son cousin au deuxième degré, dont Philippe de Savoie appuyait les prétentions, se délivra de ces deux concurrents en leur faisant l’abandon de quelques teiTCS. Le fils de saint Louis avait offert sa médiation; le traité fut signé à Paris, le 25

Digilizod by Coogle

janvier 1285. C’est la première lois que, par un sentiment tout offlcieui, on voit intervenir le roi de France dans une querelle particulière au Dauphiné. Le souvenir de ce senice aura, dans moins d'un siècle, les plus heureuses conséquences. En t292, Humbert est à Paris, où il se garantit, par une alliance solennelle avec Philippe-le-Bcl, contre l'ambition incorrigible des comtes de Savoie. Jean II, son fils, obtient, en 1307, le renouvellement de cette alliance précieuse, et Philippe- Ic-Bcl lui promet, pour son lils aîné, la main d'une petite-flile de France. Jean II, à sa mort (1318), laissa deux fils en bas-dge, qui lui succédèrent tour à tour. L'ainé, Guigues VIII, hérita de son oncle Hugues, second fils de Humbert I", la baronie de Faucigny, et accrut son domaine de toute la dot de sa femme, la princesse Isabelle, consistant en plusieurs fiefs mouvants du comté de Genève. Engagé dans une guerre injuste, que lui faisait le comte de Savoie, malgré la médiation du roi de France, il périt au siège du cbâtoau de la Perrière, frappé d'un coup d'arbalète qui l'avait atteint dans l'ais.selle gauche (1333). Sun frère, Humbert II, homme d'un esprit médiocre et d'un caractère inconstant, montra toujoui's la plus grande versatilité dans sa conduite il abolit et rétablit les anciennes charges, substituant un pronotaire au chancelier et un chanrelier au pronotaire; il proscrivit la chasse dans le Graisivaudan, et ensuite l'autorisa jusque sur les terres du domaine delphinal ; il se Qt accorder, par l'empereur Louis de Bavière, le titre de roi de Vienne et renonça bientôt à tirer aucun parti de cette investiture, se contentant de la qualiQcation nominale de comte palatin de ta ville de Vienne et «Tartkisénéchaldes royaumes de Vienne et d'Arles; il brigua le commandement en chef de la croisade préchée par le pape Clément VI, en 13U, et supprima dans ses États les joùtes, les tournois, les passes-d'armes, tout ce qui retraçait, en un mot, fimage de la guerre. Sa seule habileté politique fut de se maintenir en paix avec le comte de Savoie, par la détermination exacte de leurs frontières respectives.

Les Dauphinois lui furent pourtant redevables du « Statut solennel , » connu sous le nom de Statut delphinal, et de quelques bons règlements. Il coupa court à l'usure en soulageant les juifs des taxes énormes qui pesaient sur eux. Il s'occupa du paiement de ses dettes et de la refonte des monnaies. Il réorganisa l'université de Grenoble , et fixa dans cette ville le siège du conseil judiciaire qu'originairement il avait établi ù Saint-Marcellin. Mais toute sa bizarrerie, toute son indécision reparurent bientôt jusque dans le chagrin, si profond, que lui inspira la mort précoce de son Dis André ' ; jusque dans le projet de se choisir un héritier, au lieu et place de cet enfant bien-oimé, et de s'enfermer dons un cloître pour y terminer scs jours. Enfin , après avoir hésité longtemps entre le pape et le roi de France, vera lequel les conseils et les prières de l'évèque de Grenoble le Orent pencher, il signa, le 16 juillet 13V9, à son retour de l'expédition contre les Turcs, l'acte de transport du Dauphiné è Charles, fils aîné de Jean duc de Normandie, fils aîné lui-méme de Philippe de Valois; et le lendemain, il endossa le froc de dominicain dans le couvent des Frères-Prêcheurs de Lyon. Mais inconséquent

1. On a raconté qu’un }oiir Humbert II tenant son jeune tils André entre ses bras, près d’une fenêtre du |talaU delpliinal de Gnmobic, le lak^a toinljcr dans l'Isérc. Le fait est faux : André motinit de maladie, en oeinbro 13.'I5, an rhAlenii de Beauvoir en Royans. ( Voir VHiitoire du Daude Yalbonnais, 1. ii.)

même sous l’habit monastique , il ne tarda pas à regretter le monde. Peu s’en fallut qu’il ne tentât de ressaisir la couronne delpliitialc : toutefois le général des chartreux, Jean Birel, triompha de cette révolte du vieil esprit; il parvint à engager définitivement Humbert dans la vie religieuse, en le décidant à faire une profession pubiique. Dès lors ce prince ne quitta plus la robe mi-partie noire mipartie blanche du dominicain : il la portait à Grenoble, le 10 décembre 1319, quand le nouveau dauphin Charles y lit solennellement son entrée et y jura suites évangiles de maintenir les privilèges de la province. Humbert vécut encore six ans. Le pape amusa sa vieillesse, en lui conférant de sa propre main les ordres sacrés à Avignon, où il célébra la messe, et en le nommant patriarche latin d’Alexandrie. Il mourut, le 22 mai 1355, à Clermont en Auvergne.

A l'abdication d’Humbert finit la domination des Dauphins de Viennois et commence l’histoire modeme de Grenoble; mais, avant d'entreprendre le récit des faits qui se rattachent au gouvernement des Dauphins de France, revenons un moment sur nos pas, afin de compléter le tableau analytique du passé. Rien de plus curieux que l’étude des institutions civiles, politiques, militaires et religieuses du Dauphiné sous ses anciens souverains ; on y trouve un sentiment de libéralité vraiment remarquable et dont il faut chercher surtout l’explication dans le caractère indépendant des Dauphinois. A leur insu , peut-être même par une disposition naturelle, les Dauphins aiaient subi finiluence de cet esprit généreux de liberté, qui était descendu do la montagne sur les villes.

Le statut delphinal, donné par le dauphin Humbert 11, le II mars 1319, quatre mois avant qu’il ne transfér.U délinitivement la souveraineté de ses États à Charles, fils aîné de Jean, duc de Normandie, est en quelque sorte la rodifleation de toutes les lois civiles et criminelles en vigueur dans le Graisivaudan et le Viennois, un exposé des coutumes féodales de ces deux pays, des libertés, franchises, immunités, tant aneiennes que mmvclles, successivement octroyées aux habitants par les comtes des trois races, depuis Guigues-le-Vieux jusqu à llumlert. Le Dauphin y montre une sollicitude non moins grande pour les droits et les intérêts de tous que pour ceux du prince. On sent que, prêt à abdiquer, il veut, avant de SC dessaisir du pouvoir, laisser à scs sujels une telle marque d affection et d’éclatantc générosité, qu’elle leur rende longtemps sa mémoire précieuse. Ainsi, par exemple (art. /F), il prend l’engagement, pour lui et scs successeurs, de laclieter tous les barons, nobles, ou autres Dauphinois, qui auront été faits prisonniers dans une guerre à laquelle ils auront participé sur sa convocation ou sur celle de son bailli ; {art. V) il supprime toutes les gabelles de vieille ou de fraiche date, introduites dans le Dauphiné ou les autres terres de son domaine, depuis Humbert I*', son aïeul; [art. XVt) il ordonne que nulle information ne pourra être suivie pour un crime non avéré, si un légitime accusateur ne se présente point, et s’il se présente, qu’avant de sommer l’accusé de répondre, on lui remette copie de l’enquête ;{ art. XVII) il complète la disposition précédente, en annonçant que nul sujet du Dauphiné ou des autres États du dauphin ne pourra être traduit que devant une cour de justice dauphinoise, dans le ressort de laquelle aura été commis le délit, objet d’une poursuite; [art. XLI) il accorde aux plus proches parents des pupilles la faculté de faire dresser l’inventaire des biens qui sont leur

propriété, comme aussi des meubles ou immeubles de toutes les successions auxquelles ces pupilles peuvent prétendre. Dans dilTérents autres articles, réglant tour à tour l'ancien droit féodal et le droit nouveau établi par les franchises des communes, il s'oblige à indemniser des frais de séjour et de voyage les nobles du Dauphiné, toutes les fois qu'il les convoquera pour ses affaires, et à leur donner, en outre, un cheval, s'ils ont perdu celui qui leur appartenait, sans qu'il y ait eu faute de leur part; il leur conQrme la liberté, reconnue depuis longtemps à chacun d'eux , de refuser au prince le service militaire pour toute autre guerre que celle du Dauphiné; il prescrit que, désormais aucuns hommes-liges des églises ou des nobles ne seront contraints de faire des corvées ou de payer des tailles, à lui ou à ses successeurs, si ce n'est pour cause d'utilité publique ; enfin, abolissant la mainmorte dans ses domaines et dans ceux des seigneurs, il les avertit que, si l'un d'eux prétendait la maintenir, lui, le comte, la maintiendrait aussi à l'égard de l'opposant. La menace attachée à cette dernière clause mérite surtout notre attention ; elle est une preuve manifeste qu'en Dauphiné la mainmorte n'atteignait pas seulement les roturiers, mais bien encore les nobles euxmêmes, quand ceux-ci s'étaient avoués hommes-liges de corpore et periond.

Les Dauphins s'étaient constamment appliqués à soumettre l'administration de la justice, è une règle commune. Les évêques de Die et de Vienne, comme ceux de Grenoble, avaient des juges nommés correarii, mistrales (courriers, ou mistraux) ; les seigneurs temporels, des magistrats qu'on appelait vicarii [vicaires, ou vehiere). Pendant longtemps, les sentences portées par ces officiers, surtout par ceux des seigneurs des terres de franc-alleu, furent sans appel; ils infligeaient à leur gré, ou suivant la coutume du lieu , des peines corporelles ou pécuniaires , aux criminels; ceux qui ne pouvaient pas payer les amendes étaient condamnés aux châtiments les plus barbares; souvent même, dit Yalbonnais, a on les jetait dans l'eau après les avoir enfermés dans un sac. > Les Dauphins tirent cesser ces cruels abus, en autorisant leurs vassaux et ceux des seigneurs spirituels ou temporels à se pourvoir par voie d'appel devant les quatre tribunaux supérieurs du Dauphiné, i savoir ceux du juge-mage de Graisivaudan, du juge des secondes appellations, des mailres rationnaux et du grand conseil. Cette dernière cour de justice fut établie par Humbert II, en 1337, comme nous l'avons déjà dit, pour , rendre la justice en dernier ressort ; « elle mit tout le Dauphiné sous une même loi, D fait obsener un savant historien, a et un y trouva, dès lors, un refuge assuré contre l'injustice et l'oppression. » En effet, à peine la puissante intervention de la cour delphinale se fait-elle sentir que l'évêque de Grenoble se plaint amèrement qu'elle « anéantit entièrement sa juridiction, et constitue le Dauphin arbitre général de toutes les justices des seigneurs et de celle de sa ville épiscopale en particulier» (13^3). Humbert II, par ses lettres .patentes du 1" août 13i.|, en avait fixé le siège à Grenoble; il lui soumit postérieurement la juridiction des comptes et la dota d'up sceau particulier portant l'empreinte d'un dauphin. Ses membres étaient le chancelier du Dauphiné, un président, un procureur flscal et quatre jurisconsultes, deux en droit civil, deux en droit canoni<|ue.

Tout nous porte à croire qirè Grenoble avait hérité des droits de l'ancien inunicipe romain de Cularo. .Mais en travei-sant tant de crises et de révolutions, la IV. 3

municipalité grenobloise avait été, sans doute, plus d’une fois modifiée, détruite ou reconstituée par l’intérét et la politique de ses seigneurs spirituels ou temporels. Sur tous ces points si importants, nous sommes réduits à faire des conjectures. Cependant, dès le commencement du xiii' siècle, l’évèque de Grenoble, Soffrey, et le Dauphin Guigues-André concédèrent aux habitants de cette ville des libertés qui supposent l'existence d’une organisation communale. Au mois d'aodt , Guigues-le-Jeune et l’évèque Pierre confirment ces mêmes privilèges, exemple que suivent encore, en 1204, Guillaume II, le seigneur spirituel de Grenoble, et le dauphin Humhert I". Les articles les plus curieux de la charte de 1244 concernent les adultères, les débiteurs et les étrangers. L'homme surpris criminellement avec une femme était passible d'une amende de cent sols ; le tribunal , faute de paiement, lui infligeait la peine qu'il jugeait la plus convenable. Le créancier n'avait point la faculté de citer son débiteur; mais si, après trois avertissements, satisfaction ne lui était point accordée, il portait plainte au tribunal, qui sommait le débiteur de s’exécuter, et le condamnait à payer une amende de sept sols pour la contumace. Tout étranger convaincu de voies de fait ou d'insultes graves envers un Grenoblois, ou bien d'un crime commis sur le territoire de la ville, était exposé à la vengeance des habitants. Ceux-ci, dans le cas où le délinquant se serait échappé, pouvaient le poursuivre à main armée dans sa retraite, jusqu’à ce qu’on le leur eût livré, ou qu’ils eussent obtenu une réparation sulDsahte. En confirmant les privilèges des Grenoblois, l’évèque Guillaume II et Humbert I*' y ajoutèrent que o tout habitant fournissant caution ne pourrait être emprisonné pour dette » (1294). Jean II, en 1316, les affranchit de toute imposition ordinaire ou extraordinaire, de toute espèce de mainmorte, et réduisit de six à trois les cas impériaux , c'est-à-dire les dons gratuits obligatoires en certaines occasions.

Comme on le voit, les Dauphins, en habiles politiques, s'associaient à tous les actes par lesquels les évêques donnaient une nouvelle sanction aux libertés grenobloises; ils s'en constituaient même les protecteurs lorsqu'elles étaient attaquées par ces prélats. En 1309 , une sédition éclate à Grenoble contre l'évêque Guillaume , hostile aux privilèges de la ville : le i>euple prend les armes, enfonce les portes de l'évêché et maltraite les officiers de l'église; Guillaume, profondément irrité, commence l'instruction de l'affaire; mais Jean II, à son retour d'Italie, où il avait accompagné l'Empereur, s’en fait rendre compte et.anéaidit toute la procédure. La commune se constitue même bientôt, malgré l’opposition de l’autorité épiscopale ; les corps d'état, les corporations et les confréries élisent des consuls qui sont chargés de veiller au maintien des libertés de la cité, à la confection du rôle des impôts et à la répartition des dépenses publiques.

Telle était la situation du Dauphiné, lorsque le petit-fils de Philippe-de-Valois en prit possession. Le nouveau Dauphin, par déférence pour les anciens droits de l'Empire, demanda encore à CliarlesIY l'investiture de cette province (1356). L'Empereur fit, d'ailleurs, acte de souveraineté, en confirmant, le 15 juillet 1365, les libertés de la capitale du Dauphiné, et en confiant au prince, à l’évêque et au gouverneur, la garde des privilèges de la ville. Comme presque tous ses prédécesseurs, Charles fut obligé de combattre le duc de Savoie ; la paix ayant

D" ’ . ■•jCyL'.e ..vglc

été rétablie entre eux, il fut convenu que dorénavant le Rhdne et le Goiers serviraient de limites aux deux principautés (1355). A l'avénement du Dauphin au tréiie, son fils Charles lui succéda; et quoique celui-ci fût encore enfont, l’Empereur le nomma son vicaire dans le royaume d'Arles (1378). Vers le même temps, les routiers s'étant répandus dans la province, on prit des mesures vigoureuses pour réprimer leurs brigandages. Depuis sa réunion à la France, le Dauphiné était devenu un pays d'états; les trois ordres, convoqués par le gouverneur, ordonnèrent une levée générale de deniers pour subvenir & l'entretien des troupes. Les villes de Grenoble et de Romans furent imposées chacune à cinq cents florins d'or, celle de 'Vienne h six cents. Le danger une fois passé, on demanda au gouverneur Bouvillc le compte de la dépense des deniers publics ; les réclamations prirent même un tel caractère de récrimination, que le gouverneur SC crut personnellement offensé; par son ordre, des députés de l'Oi.sans, qui s'étaient prononcés avec beaucoup d'énergie, furent arbitrairement arrêtés. L’évêque de Grenoble, Rodolphe Cbissay, s'éleva alors avec force contre l'atteinte violente portée aux privilèges du pays dans la personne de ses représentants. De plus en plus exaspért';, Bouville fit attaquer la maison de l'évêché, d'où - Rodolphe parvint cependant à s'échapper et à gagner Chambéry. On porta l'affaire devant le roi de France, qui mourut avant d'avoir pris une décision. Rodolphe revint à Grenoble, et fut peu de temps après élevé au siège archiépiscopal de Tarantaise (1378-1386).

Dans un pays où l’esprit d’indépendance était si grand, les idées de réforme religieuse devaient trouver de nombreux prosélytes. Vers la fin du xii* siècle, le Dauphinois Pierre Vaido, qui , né dans le village de Yaud, en avait pris le nom, commença è prêcher, parmi les habitants de Lyon , la doctrine dont il s'était fait l'apôtre ; « il enseignait, d dit Chorier, a que tous les chrétiens étant frères, tous les biens devaient être communs entre eux , et qu’ils ne devaient prétendre à la possession des choses que pour l’usage. » Vaido, forcé de se réfugier dans les montagnes du Dauphiné et de la Savoie, y trouva d'ardentes sympathies. Sa doctrine, ajoute Chorier, y « jeta de si profondes racines, que jamais elle n'en a pu être arrachée » (1180-1200). Un religieux de l'ordre des fi-ères Mineurs, Guillaume-de-Soint-MarcI, essaya vainement de convertir les Vaudois par la voie de la douceur (1260). On taxa son humanité de faiblesse et, dans le siècle snivant , on fit peser toutes les terreurs de l'Inquisition sur les hérétiques. Les deux inquisiteurs, François Bourelli de Gap et Bertrand-de-Saint-Guillaume, remplirent de leurs cruels émissaires la province ecclésiastique de Vienne et le diocèse d'Embrun, duquel le Graisivaudan faisait partie (1.369). Les poursuites du tribunal de l'Inquisition établi à Grenoble firent tant de victimes, que les prisons de la ville ne purent contenir tous les prisonniers et que, pour assurer leur subsistance, on fut obligé de faire des quêtes publiques. Vingt années de persécutions ne purent lasser la constance des Vaudois ; deux cent trente périrent dans les flammes, de 1380 à 139è. Toutefois, avec la flamme des bûchers ne s’éteignit point cette invincible foi, qui, du Dauphiné, se répandit dans les provinces environnantes et jusque dans le I^nguedoc. Sous le règne de Louis XII, les Vaudois bravaient encore les supplices de l'Inquisition dauphinoise ; enfin ce prince ,

par arrêt da 22 octobre 1501 , Bt cesser les poarsnites dirigées contre eut.

L'empereur Sigismond visita le Dauphiné au commencement du xr* siècle. Il y disposa de tout en souverain, confirmant les anciens titres, privilèges et droits' des villes, de l'église et des seigneurs , ou leur en concédant de nouveaux. Sigismond se montrait d'autant plus prodigue de ces faveurs royales, que par là il croyait ressaisir une autorité qui, en réalité, lui échappait pour toujours. Nous ignorons s'il nsa de la même libéralité à l’égard de Grenoble ; il y arriva , le 11 février, avec une nombreuse suite, et on lui donna pour demeure le palais du a gouvernement, » résidence ordinaire des Dauphins. Il était temps qu'une main ferme rompit les derniers liens de cette vassalité étrangère et unit plus étroitement le Dauphiné à la France. Louis XI, qui Bt, comme Charles V, l'apprentissage de la royauté à Grenoble, accomplit cette tâche. Il faut voir ce génie puissant à l'œuvre. Sous sa domination, le pouvoir souverain s'affermit, et tout se constitue et prend une forme régulière; on pressent déjà ce qu'il fera on jour pour la France. Depuis l'Age de quatre ans, Louis était Dauphin de Viennois (1^28); mais, pendant sa minorité, des gouverneurs ou des lieutenants du roi avaient administré la province. I.C Dauphin s'y retira, vaincu et amnistié par son père, après la guerre de la Praguerie. Un dissentiment de plus en plus profond anima Louis contre Charles VU; l'un feignit de craindre quelque attentat de la part des favoris du roi contre ses jours, tandis que l'autre, avec plus de raison, se croyait sérieusement menacé dans son autorité ou son existence par l'ambition d'un jeune prince qui ne connaissait aucun frein. Louis se Bt une principauté indépendante du Dauphiné, où il entretint un état militaire considérable : il rechercha l'alliance du duc de Savoie, et épousa la princesse Charlotte, sa fille, enfant de six ans ( 1A50-1A51). La patience de Charles VII était à bout; il s'avança avec une armée jusque dans le Forez, décide à mettre son Bis à la raison et à porter la guerre dans la Savoie; mais la médiation du cardinal d'Estouteville légat du pape, rétablit la paix entre les trois princes (5 octobre H52).

Comme gage de leur réconciliation apparente, Charles VII avait cédé A son fils la province du Dauphiné avec tous scs revenus; mais il avait stipulé que les officiers nommés par lui ne pourraient être révoqués, et que le sceau du comté resterait entre les mains du chancelier de France. Louis, par un coup d'état, n’en dépouilla pas moins de sa charge Étienne Guillon , président du conseil delphinal et un des serviteurs les plus dévoués de la couronne. Ce magistral , accusé du crime de lèse-majesté pour avoir exhorté les Dauphinois à ne point se laisser entraîner à la révolte par l'exemple de leur prince, fut condamné au bannissenaent et à une amende de cent marcs d'or. Le succès de cette audacieuse violation de ses serments encouragea Louis dans sa rébellion contre son père; il ordonna aux tribunaux de rendre la justice en son nom, et mit toutes les charges publiques aux enchères.

Le voilà donc roi de fait dans le Dauphiné et libre de donner carrière à son génie politique. On ne tarda pas à le reconnaître ; tout plia sous cette jeune main. D'abord, par un édit du 10 décembre 1132, il abolit le droit de guerre, auquel aucun de ses prédécesseurs n'avait osé porter atteinte; ordre fut donné aux seigneurs de ne faire, à favenir, ni armements, ni coursea, ni entreprises particu-

GRENOBLE. ÎH

livres: c'était à la fois détmire le droit le plus important de la noblesse et briser l’épée de la féodalité. Louis donna ensuite tous ses soins à la reconstitution du conseil delphinal. AOn de fortiOer encore l'autorité de cette haute cour de justice, il l'érigea en parlement, dans le mois de juin tA53, et Charles VII, le k aoàt suivant, approuva par ses lettres patentes la création de la nouvelle cour souveraine. Composé, dans l’origine, d’un président, de six conseillers, d'un procureur général et d'un avocat fiscal, le parlement du Dauphiné fut augmenté, en 1541, d'un second président. Les états de la province attirèrent aussi l'attention du Dauphin, qui leur donna une organisation nouvelle. Jusqu'alors ils s'étaient assemblés sur la convocation du gouverneur du Dauphiné; l.ouis se réserva d'en provoquer la réunion par lettres closes. Il arrêta, en outre, que les états tiendraient leurs cessions à Grenoble, et que l’évéque de cette ville en serait le président-né, ou bien, en son absence, l’abbé de Saint-Antoine. Les archevêques, les évêques et les commis du clergé occupaient le premier rang dans l'assemblée provinciale; après eux venaient, à la tête de la noblesse, les quatre barons députés-nés de la province, Clermont-Trièves , Sassenage, Bressieu , et Mauhec alternativement avec Montmaur; puis, au-dessous encore, siégeaient lus consuls de Grenoble, Vienne, Valence, Romans, Embrun, Gap, Die, Saint-Marcellin, Crest et Montélimart. Ces cités formaient ce qu'on appelait les dix villes du Dauphiné, lesquelles, indépendamment de leur participation aux états, avaient aussi leurs réunions particulières. Enfin, Louis augmenta les libertés des Grenoblois et reconstitua leur municipalité. Par son édit du iS juillet li53, il déclara que > les habitants de Grenoble et de son territoire ne pourraient jamais être distraits de la juridiction de leur juge particulier, pas même pour cause de crime. » D'après une autre ordonnance du Dauphin , tous les membres du conseil de ville furent renouvelés, chaque année, par voie d'élection, le jour des Rois, et furent exemptés des tailles pendant la durée de leurs fonctions : c'étaient quatre consuls représentant, le premier, les gens d'épée et de robe , le second les gens de loi , le troisième les marchands , le quatrième les habitants de Sahit-Laorcnt ; c’étaient deux députés du clergé, l'un du chapitre de la cathédrale, l'autre de celui de Saint-André, les quatre consuls sortants, deux gentilshommes, deux députés du tiers-état, deux juges politiques, favocat et le procureur de la ville. Louis régla , de plus, la composition du conseil des quarante ou des notables, qui n'était guère qu'une extension du Conseil de ville. Du reste, les jours où les membres de l'une des deux assemblées devaient se réunir à la maison commune, ils étaient convoqués « à voix de trompe. •

Nous n'en Bnirions pas si nous voulions signaler tous les actes du gouvernement du Dauphin. Observons seulement que sa prédilection pour le tiers-état se manifeste déjà par les libertés dont il gratifie la commune de Grenoble , dans le temps même où il travaille à l’abaissement de la noblesse. D'utiles travaux d'un autre ordre témoignent d’ailleurs qu'aucun détail de l'administration n’échappait à sa vue perçante. La capitale du Dauphiné est, comme nous l'avons dit, inégalement partagée par le cours de l’Isère, qui, après avoir parcouru la vallée du Graisivaudan et traversé la ville , incline vers le nord-ouest et va se réunir au Drac, en face de la Buisserate; cette demi^ rivière, dont le lit a été déplacé

2i DAUPHINÉ.

dans le xiv' siècle ( 13T7), coulait autrefois près des remparts et projetait même une de ses branches dans le quartier auquel on a donné depuis le nom de Saint- Ix)uis. Toutes deux, sujettes è des crues subites, ont souvent porté la désolation dans la plaine et dans la ville. Au xv* siècle, on gardait encore le souvenir de l'inondation des eaux du lac de Saint-Laurent qui submergea, en 1219, une partie de la population de Grenoble et emporta les ponts de l'Isère et du Drac (14 et 15 septembre). Louis, voulant prévenir le retour de res désastres, imposa indistinctement tous les habitants du bailliage de Graisivaudan pour subvenir aux travaux de la réparation du Drac et de la construction des chaussées destinées à en contenir les eaux. Ce prince fit aussi bâtir à Grenoble le palais-de-justicc dont Louis XII et Charles IX ordonnèrent par la suite l’agrandissement.

Depuis l'année Uifi, Louis n’avait pas paru h la cour de France ; il s’en tenait éloigné avec une obstination qui irritait profondément son père. Toutefois, cette situation aurait pu se prolonger plus longtemps , si le Dauphin, pour entretenir ses troupes , composées de sept compagnies d’ordonnance , n'edt pas voulu prélever une taxe de deux gros sur chaque feu. Il en résulta un mécontentement géqéral qui , à Grenoble, se manifesta même par une opposition ouverte à l’imétabli par le Dauphin. Celui-ci, résidant tantôt à Romans, tantôt à la C.ôte ^Sabit-André , était alors éloigné de sa capitale ; nu moyen de secrètes intelli- .■"‘ÎT^nw^xiu'il avait conservées dans la ville, par l'intermédiaire de l'évéque, il • tenta, sans succès, d’y n-ntrer par une surprise. Les Grenoblois se réunirent â ■Ht toute la province, pour invoquer l'appui du roi. Louis essaya de conjurer l’orage par de belles paroles, dans lesquelles on n'avait déjà plus foi ; mais, ayant appris que le roi s'était avancé en personne dans le Bourbonnais, et que, par son ordre, le comte de Dammartin avait franchi la frontièi'c du Dauphiné, il prit la fuite, cl parvint, à la faveur d'un déguisement, à gagner la Savoie, d'où il passa dans les États du duc de Bourgogne {1.155-1456). Louis XI , en montant sur le trône, à la mort de son père , se souvint de ceux dont il avait reconnu le dévouement dans cette circonstance , comme de ceux qui s’étaient déclarés contre lui ; un de ces deniiera, Jean Baile , président du parlement de Grenoble, ressentit les effets de l’esprit vindicatif du roi : sous le poids d’une accusation de lèse-majesté, il fut mis en jugement et condamné A quitter le Dauphiné, dans un délai de dix jours , sous peine de mort. On le contraignit A verser dans le trésor tons les honoraires et les traitements qu’il avait reçus depuis la retraite du Dauphin A la cour du duc de Bourgogne.

Pendant les guerres d’Italie , le Dauphiné devint la grande route des armées françaises. Charles VIII, qui avait déjà traversé Grenoble en 1489, y revint en 1494; les habitants, outre la subvention générale accordée an roi par les états réunis dans leur ville , lui présentèrent une somme d’argent assez forte. Charles , voulant se former un conseil de justice , se fit accompagner en Italie par quelques membres du parlement ; l’un d’eux, le conseiller Fléard, fut nommé chancelier du royanme de Naples et de Sicile. Le 27 octobre suivant, le roi, de ivtour de son expédition , rentra dans la ville , aux fiambeaux. Louis XII passa jusqu’à trois fois par Grenoble, en 1502, 1507 et 1511 ; un des conseillers de la cour souveraine du Dauphiné, Jaffrey Caries , fut nommé par lui président du

Digilized by Googk;

tribunal de Milan. François 1", qui avait visité aussi cette ville au temps où il n'était encore que duc d’Angouléme , obtint des états deux mille écus d’or pour la rançon du Dauphin [1529]. En 1548, son successeur, Henri II, traversa Grenoble en se rendant dans le Piémont. Les fêtes données à l'occasion du passage de tous ces princes furent troublées, en 1632, par une- peste, qu'une épouvantable famine vint encore compliquer. Quelques dilférends de peu d'importance firent éclater la gueiTe, vere le même temps, entie la France et la Savoie ( 1533-1535) : ce duché, ainsi que le Bugey et la Bresse, ayant été conquis par nos troupes, on réunit les trois provinces au gouvernement du Dauphiné, dont elles firent partie jnsqu'à la paix de t^teau-Cambrésis (1559).

Les Grenoblois citent avec orgueil lt>s noms des capitaines Antoine Darces, .Maugiron, Jacques Aistiard, Mollard, Albert Rosset, Bouttières et Bayard, qui, tous sortis du Graisivaudan, se distinguèrent dans les guerres d'Italie et y perdirent la vie pour la plupart. I.a mémoire du chevalier Bayard lui appartient, d'ailleurs, à plus d'un titre. Pierre du Terrail naquit dans le château de ce nom, è quelques lieues de la capitale du Dauphiné, au fond de la vallée du Graisivaudan (t476). 8on oncle maternel, Laurent Allemand, évêque de Grenoble, «un des plus sainetz et dévotz personnages que l'on sceust, >> le fit élever dans les écoles de cette ville, et le conduisit à Chambéry, où il le présenta au duc de Savoie, qui l'admit au nombre de ses pages. On sait de quelle gloire impérissable se couvrit l'illustre chevalier en Italie, et quel éclatant prestige il y répandit sur le nom français : il n'est pas donné à une nation de produire deux hommes tels que Bayard. Ce vaillant capitaine eut ta satisfaction d'être investi du titre qui devait le plus flatter en lui l'amour du pays et les affections de famille. Louis d'Orléans, duc de Longueville, gouverneur du Dauphiné , le nomma son lieutenant-général, le 20 janvier 1515, et ce fut en cette qualité qu'il lit son entrée à Grenoble le 17 mars suivant. Plusieurs marchands et notables bourgeois allèrent à sa rencontre, et les artilleurs de la ville {arliltierii) « du consentement des seigneurs-consuls, * de la commune, lit-on dons le registre de scs délibérations, tirèrent dix-huit coups de canon, « en signe de joie » ( in signvm JocoiUalit). Lorsque cette noble vie s'éteignit, en 1524, dans toute sa grandeur, sa simplicité et sa vertu, Grenoble fut saisi d'une douleur aussi profonde que si quelque fléau eût fait périr la moitié de ses habitants ; il semblait , dit le président d'Ëxpilly , « que le peuple du Dauphiné n'attendait que ruine prochaine , car on ne faisait que pleurer et larmoyer, et pendant un mois les fêtes a-ssèrent. a On transporta le corps du « ( hevalier sans paour et sans reproche » à Grenoble , où il fut enterré devant le grand autel de l'église des Minimes-de-la- Plaine.

Les luttes de la réforme religieuse dans le Dauphiné présentent un intérêt tout particulier. Comme si le génie novateur de Pierre Vaido eût encore plané sur ses vallées et sur scs villes, le protestantisme y trouva des convictions dévouées, énergiques, enthousiastes ; on eût dit que l'attente et la concentration avaient encore développé la tendance innée de ces fortes natures à secouer le joug de l'autorité spirituelle et à déserter une église qui n'avait plus leur respect, leur conflanceet leur amour. D'un autre côté, les catholiques montrèrent peut-être pour la déflüise de la religion de leurs pères une fui encore plus passionnée, plus abso-

lue et plus puissante. Des deux cdtés, l’esprit d'indépendance des Dauphinois mêla bientôt à ces sanglants démêlés un sentiment de liberté ; il serait, en effet, diflirile de dire qui, des ligueurs ou des caMnistes, professèrent les opinions politiques les plus hardies. Au commencement des troubles, le duc de Guise était gouverneur du Dauphiné, et Pardaillan son lieutenant-général; les Dauphinois ne leur pardonnaient point d'étre, l’un et l’autre, étrangers à la province par leur naissance ; car, d'après scs anciens privilèges, tous les gouverneurs du pays devnient être choisis par la couronne parmi ses enfants, les religionnaircs étaient alors beaucoup plus nombreux dans le haut que dans le bas Dauphiné ; taudis qu’ils SC trouvaient en minorité à Gi'enoble, ils avaient la majorité pour eux à Valence, l’n des traits distinctifs de cette guerre, c’est que les calvinistes, et souvent les catholiques eux-mêmes, nommaient leurs chefs par voie d’élection. Le choix des protestants tomba d'abord sur François de Beaumont, baron des Adrets. Ce capitaine, qui se souilla par tant de cruautés, et que le mépris et l’horreur des hommes de son parti flnirent par jeter dans les rangs des catholiques, ouvrit la campagne, le avril ir>62, par la prise de Valence; Pardaillan, dont les calvinistes avaient promis de respecter la vie, y fut lâchement assassiné. Les protestants de Grenoble, à la nouvelle des événements de Valence, prirent les armes et contraignirent les consuls à leur livrer les clefs de la ville. I.es premiers prêches s’étaient faits l’année précédente, dans la maison du notaire Pierre-Girard Corderj et dans celle du marchand Bernardin Curiat; parmi les classes moyennes, les idées nouvelles avaient trouvé un grand nombre de prosélytc's; un consul, deux conseillers au parlement, Remy et André Ponal, avaient embrassé la réforme. Cependant les protestants grenoblois, réduits à leurs propres forces, étaient trop faibles pour dominer dans la cité. I.cs habitants, pour la plupart, et presque tous les membres du consulat et du parlement étaient de zélés catholiques. Cette haute cour de justice fit dresser des potences dans les rues et dans les carrefours pour contenir les religionnaires par la terreur. On en vint à une première transaction, dont les résultats ne furent point heureux et qui devait être, sans plus de succès, suiv ie de beaucoup d'autres. L’église du couvent des Cordeliers, livi-ée aux protestants, devint le premier temple dota réforme religieuse à Grenoble; mais ceux-ci, encouragés par cette concession dans leurs entreprises audacieuses, dévastèrent le couvent et en expulsèrent les moines; ce fut le signal du pillage général des églises de la ville ; les calvinistes n'épargnèrent ni la cathédrale, ni la chapelle delphinale de Saint-André; ils abattirent les images des saints et brisèrent les tombeaux des anciens Dauphins de Viennois. L’arrivée du baron des Adrets, avec des troupes, le 11 mai 1653, exalta encore la fureur des religionnaires ; des titres et des papiers précieux, trouvés dans les archives de l’évêché, furent brûlés avec ie corps de saint Hugues sur la place Notre-Dame. Des Adrets s’applaudissait de ces désordres. Après avoir défendu au clergé catholique de célébrer la messe, sous peine de mort, il s’avisa, par une barbare fantaisie, de contraindre les membres du parlement d'assister au prêche; il leur enjoignit, par arrêt du 6 juin, de s’y rendre en corps, sous peine, pour chacun d’eux , d’encourir une amende de seize cents livres ; on s’y résigna , et toutes les coui-s de justice parurent , le lendemain, dans l’ancienne église des C.ordeliers. Des Adrets avait, du reste, de

Dii)iii.^^ûc! fcy Cüoj^Ii;

grands projets sur Grenoble ; il songea un moment à la fortilier, pour en faire la plaee d'armes de son parti dans le liant Daupliiné. D'autres préoec u|>alions le forcèrent à renoncer à ce projet; il fit transporter à Valence les plus belles pièces d’artillerie de la place, et il ne tint i>as h lui que le siège du parlement n’y fût aussi transféré.

Grenoble était d'une trop haute importance pour que les deux partis ne s’en disputassent point la possession par la force des armes. Le lieutenant-général du Dauphiné, Laurent de Maugiron, parut sous ses murs et s’en fit ouvrir les portes, le 14 juin 1562 ; des Adrets, après la prise de Saint-Marcellin, y rentra le 25 ; il était accompagné de six mille hommes qu’il logea chez les habitants. Tandis que les gouverneurs du Gapen^ois et du Brianconnois faisaient des incursions dans le Graisivaudan, deux lieutenants de Maugiron, Sassenage et Vinay, tentèrent inutilement de reprendre Grenoble. Maugiron lui-inème ne réussit pas mieux, en l.''»65, (|uoiqu'il se filt présenté avec huit mille hommes et six jrièces de canon. Iji pacification de la province ayant remis la place sous la main du roi, le 19 mars de cette année, ce fut le tour des chefs des protestants, lorsque les hostilités éclatèrent de nouveau, de diriger tous leurs efforts vers la réduction de la capitale de la province. Charles Dupuis, seigneur de Montbrun, et Lesdigières essayèrent successivement de surprendre ou de réduire Grenoble (156C-I570). I.e premier de ces capitaines, fait prisonnier par les catholiques près de Ponlaix, dans les environs de Die, fut conduit dans la ville contre les murs de laquelle il avait tant de fois échoué. Accusé du crime de lèse-majesté, et condamné à mort, il y périt par la main du bourreau, le 12 août 1575. Remarquons, en passant, que le sort de Grenoble dt’qvendait en grande partie de celui des chétcaux qui la couvraient ; ces places étaient continuellement en butte aux attaques des religionnaires : c’étaient La Buissière, Vizille, La .Mure, le bourg d’Uisans, Corps, Mens et Ambel.

Des trêves et des traités de paix avaient souvent, de part et d’autre, amené la suspension des hostilités; mais , après un intervalle plus ou moins long, la guerre éclatait de nouveau avec acharnement. Après, le supplice de Montbrun, I.esdiguières avait été investi du commandement de la provinc»', dans une assemblée générale tenue à Mens : il faut surtout attribuer à son génie militaire les avantages qu'obtinrent les protestants par la paix publiée à Grenoble, le 28 juin 1576. On assigna des places de sûreté aux calvinistes, on réhabilita la mémoire de Montbrun, et on créa une chambre mi-partie dans le parlement. Mais Lesdiguières n’avait point posé les armes; il continua les hostilités, scs troupes firent même des courses, en plein jour, jusqu’aux portes de la capitale. Cet état de choses ne cessa qu’à la paix de 15'i7. Malgré la conce.ssion de la liberté de conscience, f.esdiguières n’en resta pas moins sur In défensive. Catherine de Médicis essaya vainement de le séduire dans une entrevue qu'elle eut avec lui, en 1579, pendant son séjour à Grenoble, où elle était venue pour ménager un accommi dément. Averti par le roi de Navarre de se préparer à la guerre, le nouveau clief des réformés traîna l’alfaire en longueur et ne donna jamais à la reine-mère que des réponses évasives, k cette même époque , les députés des il x villes, appuyés par Faure, un des consuls de Grenoble, présentèrent à Catherine de Médicis, au IV. 4

26 DAl^PHIKÉ.

nom dn tiers-état, des remontrances au sujet des tailles dont le clergé et la noblesse réirasaient. I-a reine, craignant d’indisposer les esprits, ne voulut point prendre une résolution; un grand nombre de catholiques se déclarèrent alors contr<! la cour; les mécontents formèrent plusieurs corps sous le nom de « défenseurs de la cause commune, n et la guerre ne tarda pointé se rallumer (1580). Ia's lallioliques, se sentant trop faillies contre leurs adversaires, demandèrent des secoui-s à Henri lit, qui leur envoya successivement des tioupes sous les ordres du duc de Mayenne et de Lavalctle , frère du duc d'Kpcrnon. Grenoble appartenait encore au roi, mais il n'y jouis.sait plus d'aucune inlluence; en 1583, il lit demander aux étals un subside de vingt-seiH mille écris qu’oii lui refusa. I.a l.igue gagnait cliar|ue jour du terrain dans le Dauphiné: elle trouva un puissant appui dans le chef-lieu de la province I.a guerre prit, dès lors, un nouvel aspc-ct : protestants, ligueurs, royalistes, puiTiit se rcconnaili'e et compter leurs forces; la situation .se dessinait plus netlemirnt. t.es premiers avaient toujours Lesrliguiéres |K)ur chef; le duc de Nemoiii's commandait aux seconds, et Ornano, nommé lieuli'iiant-général du Dauphiné, représentait le |Miuvoir royal dans le [Miys ( 1589 ). Ce dcrniei- vestige d'autorité échappa bientiU même à la cour. Chassé deGi-enoble, sous prétexte qu'il se montrait trop favorable aux protestants, le lieutenant-général se réfugia à Voiron Les Iroubh's étaient fomentés par le duc de Savoie, Charles Emmanuel, qui convoitait la louronne de France : ses prétentions l■rhouél■enl devant la fermeté des états, l'éunis à Grertoble; ils répondirerrt qu'aux élats-gérréraux seuls appartenait le droit de remplir la vacance du Irène, lin conseil général des rrotahles habilatrls de la ville s’associa à cette décision. Grenoble rte se montra pas moirts jalouse de l'iudépcndartce de la province ; comme le duc de Savoie s'était saisi d'une place dans le Dauphiné , ses consuls en exigèrent impérieusement la destruction.

A ia mort de Henri III, les royalistes s'unirent aux protestants. Lesdiguières , par ses talents et ses services, avait acquis un tel ascendant sur les esprits, qu'on pouvait déjà prévoir le jour ori il ferait triompher la cause de Henri IV dans la province. Le point essentiel était de s'entparer de Grenoble; tousses efforts terrdirertt vers ce but. Dans la nuii du 21 au 25 novembre 1590, U s'avartfa contre cette place : ses troupes escaladèrent les remparts, et, dès la première attaque, réussirent à s'établir dans un quartier. Le lendemain, les assiégeants s’emparèrent de la tour Kabot; Lesdiguières , alors, désirant que la reddition de la ville fét volontaire, se contenta de la serrer de plus près, et, IHUidant ce temps , emporta l'un après l'autre tous les châteaux-forts du voisinage. Toutes ses mesures avaient été si bien prises que, le 20 décembre , les assiégés, ne cunsei-vant plus aucun espoir, offrirent de lui rendre Grenoble sous certaines conditions, entre autres la lilvorté de quitter le pays pour tous ceux qui ne voudraient plus y demeurer. Lesdiguières y consentit, et, deux jours après la capitulation, il prit possession de la ville au nom du roi.

C'est ici que commence la période la plus curieuse peut-être de l'histoire de Grenoble, sous le gouvernement de cet homme extraordinairc, dont l'indépendance illimitée se conciliait avec le dévouement le plus absolu é la couronne. A )KÙne est-il maître du Graisivandan, qu'il .songe ,i punir la ridicule ambition du

duc de Savoie. Il lui enlève le fort des Échelles ; il bat , quoique inftTieur en nombre, ses deux généraux à Pontccharra ; il envahit la Maurienne, et prend le fort Barraux , que Charles-Emmanuel avait fait construire sur la frontière du Graisivaudan (1591-1598). Depuis 1595, cependant, les ligueurs avaient été complètement expulsés du Dauphiné ; Lesdiguières sollicita et obtint , en dépit de quelques opposants dans le conseil du roi, la lieutenance-générale de la province, soumise et paciflée grèce surtout A sa puissante intenention. Henri IV, en 1600, allant attaquer chex lui le duc de Savoie, passa par Grenoble : on remarqua que dans une procession, il cédait le pas au conseil de ville, qui, de temps immémorial, précédait dans les cérémonies publiques le gouverneur, le parlement et les autres éorps de justice. Grenoble, à cette c])oque, avait déjà beaucoup gagné en étendue : son accroissement datait de 1591 . [.esdiguières l’enferma dans une enceinte percée de quatre portes ; il bâtit de nouveaux remparts du côté de la plaine, et relia la ville à la montagne au moyen d'un mur de circonvallation. Ensuite il s'occupa, avec une incroyable activité, de son cmiM-llissement. Les principaux ouvrages, d'agrément ou d'utilité dus à son administration, furent le Pont-dc-Pierre et le Pont-de-Glaix, d'une seule arche, admirable de hardiesse (1611); la maison commune et le jardin public ( I6i0-1622). Ix'sdiguièrcs agissait en vrai souverain dans son gouvernement : de quelque dureté , d'ailleurs , qu'aient trop souvent été entachés certains de ses actes» on ne pent nier que ce despotisme même n'ait consolidé le rétablissement de l'ordre; et l'on devrait le louer encore quand il n'aurait eu que le mérite de maintenir en paix le Dauphiné pendant les troubles qui agitèrent le règne de Louis XIII. Son autorité affermie, sanctionnée par la victoire et par le temps, avait jeté de si profondes racines dans la province, qu'à l'époque du soulèvement des calvinistes en Guienne (1622) le conseil du roi, craignant qu'il ne cédât peut-être à l'entrainement de l’exemple, décida qu'il fallait l'abattre ou le rallier tout à fait au nouveau règne , en lui persuadant d'abjurer le protestantisme. Soit ambition, soit lassitude ou penchant naturel vers les idées du pouvoir, le vieux duc comprit la nécessité de se convertir à la religion dominante. Il repoussa donc toutes les sollicitations des réformés, et, en ré-compense, fut promu à la dignité de connétable, pour avoir toujours été vainqueur et n'avoir jamat* été vaincu, comme s’exprimaient les lettres de sa nomination. lii ne se bornèrent point, au surplus, les honneurs que lui faisait In royauté. Louis XIII, au retour de la campagne de Guienne, étant venu à Grenoble, le 29 novembre 1628, lui rendit ensuite visite dans son château de Vizille. Le connétable mourut à Valence âgé de quatre-vingt-quatre ans ; son cœur fut enterré à Grenoble dans une chapelle de l’église du couvent de Sainte-Claire, et son corps transporté au château des Diguières, près de Saint-Bonnet, où il était né [septembre 1626).

Les guerres d'Italie et de Savoie donnèrent à Louis XIII l’occasion de revoir Grenoble ( 1629-1630). On agrandit par scs ordres la citadelle de Lesdiguières, et l'on construisit du cèté de la plaine huit gros bastions à courtine d'après le système du chevalier de Ville. Le Dauphiné perdit, sous le règne de ce prince, le privilège d'assembler scs états (1628). On avait remarqué du reste, aux étatsgénéraux de 1610, qu'ils n'y formaient point un corps particulier; et bientôt fut

28 DAl'PHINÉ.

fonsommôc l'assimilation de ee pays aux autres provinces de la Franco. L'histoire de (Ircnoble ne présente, ptmdant les premières années du règne de I.ouis XIV, d'autre particularité qu'une inondation presque aussi désastreuse que celle qui , au XIII* siècle, avait détruit les ponts du Drac et de l'Isère, et des fondations de chapelles et de couvents (1651-1661). I.a révocation de l'éilit de Nantes provoqua le bannissement de plus de cinquante mille protestants du Dauphiné et amena l'abolition de la chambi'c mi-partie du parlement de Grenoble (1685). Ainsi toute résistance était étouffée : les états d'abord, les protestants ensnitc, avaient succombé dans leur lutte contre la monairhie. I.a lutte renaît sous Louis XV ; lettc fuis, c’est le parlement qui sc dévoue à la défense des intérêts et des dernières litiertés de la province. L’enregistrement dis éilits qu’il rc|K)ussc lui est arraché militairement (1763); enfin, une ordonnance royale l'cnieloppe dans la suppression de toutes les cours souveraines du royaume (7 novembre 1771). Rétabli sur l’ancien pied en 1775 , il ne tarde point à reprendre son opposition contre la cour. J ' Treize ans sc passent. f.e ministère prélude à la suspension des parlements , en faisant enregistrer ses édits è main armé-c. La magistrature de Grenoble fulmine contre lui des arrêtes menaçants. Le 7 juin 1788, le Imiit se répand dans la ville que des lettres de cachet ont été envoyées par le lieutenant-général Glermont- Tonnerre à tous les membres du parl(>ment. Les habitants se soulèvent aussitêt : la troupe est assaillie à coups de tuiles par le |icuple monté sur les toits des maisons, ce qui lit nommer cette journée /« journée des tuiles. Le parlement avait demandé la convocation des états-généraux du royaume, le Dauphiné le rétablissement de ses états. Ixvuis XVI acquiesça à la reconstitution de l'assemblée provinciale : les trois ordres du Dauphiné se réunirent, au mois de juillet, dans le iMvurg de Vizille, sans observer ni rang ni préséance, et y posèrent en commun une base des droits de tous, à laquelle les états-généraux de 1789 furent bientôt appelés & donner leur consécration solennelle.

Sous la République, le Consulat et l'Empire, les annales de Grenoble sont muettes : un y trouverait à peine mentionnés quelques faits purement administratifs, ou bien d'une médiocre importance. N'oublions pas de dire, cependant, que la Convention n’osa jamais y installer, comme elle en avait eu le projet, la commission d’Orange; que le pape Pic VI passa dans ses murs, le 21 juillet 1809, et le comte d'Artois , frère de IæuIs XVIII, le 17 octobre 1814. Grenoble, en 1815, fut la premltVe ville fermée qui accueillit Napoléon. I.« général Marchant avait pris la fuite avec les clefs des portes. Quand l’empereur, arriva, la garnison prisonnière et les habitants groupés sur les remparts le saluèrent, du plus loin qu’ils l’aperçurent, par des cris d’enthousiasme. En un rlin-d’œil, les portes furent enfoncées , et l’on en montra les débris à l’empereur, qui fit son entrée aux nambeaux. « Nous ne pouvons vous offrir les clefs de la ville , lui dit-on ; mais en voici les portes! » Après Waterloo, quelques compagnies de la garde nationale arrêtèrent pendant trois jours , sous les remparts de Grenoble , toute une armée de Piémontais et d'Autrichiens, et en obtinrent une capitulation honorable (9 juillet 1815). En 1816, éclata dans la nuit du V au 5 mai cette mystérieuse conspiration de Didier que le hasard seul empêcha peut-être de réussir, dont on ne connaît point encore le fauteur véritahle, et que la Restauration, dans ses terreurs.

GHENOBLE. 39

ponit par de nombreuses et sanglantes exécutions. Une partie des insurges, condamnés par la Cbur prévôtale, furent fusillés au Champ-de-Mars. Les autres périrent sur l'érhafaud ; Didier lui-méme fut exécuté le 10 juin sur la plare de Grenoble. Les insurgés des bourgs de la .Mure, Loisans et Viiillc, au moment où sur trois colonnes et nu cri de vive l'Empereur, ils débouchèrent des villages de Claix, d’Eybens et d'Échirolles, furent al)ordé*s à la baïonnette, culbutés et poursuivis pendant une lieue par les soldats de la légion de l'Isère.

Grenoble était, avant la révolution, le chef-lieu d'une généralité , d'une élection et d'une iiilendance, lu siège d'un bailliage, d'une justice seigneuriale et d'une lieutenance de la maréclinussée. Le parlement de la province y résidait, ainsi (|u'une chambre des comptes, une cour des ailles unie au parlement, et une maîtrise partirulière des eanx-et-foréts. Elle avait, en outre, un hôtel des monnaies, où l'on fabrii|uait des pièces d'argent depuis 1155, et des pièces d'or depuis • 1328; un arsenal; une des .sept écoles d’artillerie du royaume; un collège, un hôpital militaire et un hôpital civil, appelé hôpital-général, fondé en li82 à l'oi'casion d’une |ieste affreuse qui désolait la cité. L'évèque de Grenoble prenait le titre de pi’inre, en souvenir des droits régaliens dont Geoffroy, l’un de scs prédécesscui-s, avait été investi, en 1155, par l'empereur Frédéric.

L’Assemblée constituatitc déclara Grenoble chef-lieu du département de l’Isère. Elle en fit le siège d’nn tribunal d’appel , (pialifié plus tard de cour d’ap- [M-l, et enfin érigé en cour impériale par un décret de l’année 1811. Le département du Mont-Blanc., qui lui avait été assujetti depuis la conquête de la Savoie, resta sous sa juridiction jusqu'à la chute de l'empire. Il y a dans cette ville une faculté de droit, une .société des sciences et arts, une société d’agriculture et de méilecini', une académie universitaire, un collège royal qui occupe les batiments du couvent des Jé'suites, une école gratuite de dessin, des cours publics de médecine, de chirurgie, de pharmacie et de botanique; une chambre consultative des manufactures, une bourse de commerce et une direction des douanes ; un cabinet d'histoire naturelle , une collection de médailles et d'antiques , un musée riche de plusieurs tableaux des premiers maîtres , et une bibliothèque publique formée par souscription, en 1771 , du fonds de l’évèque Caulet, qui, à sa mort, avait laissé plus de quarante mille volumes. Cette ville est encore aujourd'hui place de guerre , et le chef-lieu de la septième division militaire ; son utilité défensive a diminué depuis le développement militaire de Lyon; mais ce n’en est pas moins un précieux dépôt pour tous les points fortifiés de la haute Durance. De 1825 i 1839, le génie y a fait de grands travaux, évalués à la somme de près de sept millions et demi.

Grenoble est divisée en deux parties inégales : l'une, étroite et resserrée , entre l’Isère et la montagne; l’autre, plus spacieuse, plus commode et mieux bâtie, sur la rive gauche de la rivière. Ce quartier a di- jolies places, des jardins et des promenades fort agréables. Le monument le plus ancien de la ville est l'église paroissiale de Saint-Laurent , qui donna son nom aux évêques de Grenoble jusqu'au IX’ siècle, et dont le clergé avait, avant la révolution; le pas sur relui des autres églises. Notre-Dame, la eathédrale, fondée par l’évèque Isarne et achevée par ses successeurs , offre de beaux détails dans ses différents styles d'architecture.

La popnlation du d^'partcmcnt de l'Isère s’élève à 588,660 habitants; l'arrondissement de Grenoble en compte 218,334 ; la ville , 25,626. Elle renlerme des fabriques de toiles et d'indiennes, et de ratafia très-renommé ; des ganteries de peau , des chamoiseries , des tanneries, etc. ; et l'on y fait le commerce du chanvre, des fers, des vins, des huiles de graines et de noix.

La liste des personnages célèbres auxquels la capitale du Graisivaudan a donné le jour est assez longue ; nous nous bornerons à citer : Claudine- Ale-ranJrine Guérin de Tenein; Gentil Bernard {Pierre-Joseph); Gabriel Bonnol-Mablÿ , htienne Bonnnl-CondiUae, son frère; Jacquet Vaucanton ; Jean-Joseph Maunier; Antoine-Pierre -Joseph Bamare ; Jean - Pierre Morel de Bourchenu-Valbonnait , auteur de deux livres excellents sur la province du Dauphiné ; et Jean-François Lalour-du-Pin-Gouvemet, ministre de la guerre en 1789. /;

A cinq lieues et demie de Grenoble on trouve la Grande-Chartreuse, fondée par saint Bruno, sous l'épiscopat de Hugues I"’ (1084). C’était, sons l'ancien régime, l'un des quatre chefs-d'ordre du Dauphiné. De la maison-mère étaient sortis, sous le régne des premiers dauphins de Viennois, onze autres maisons religieuses, tant d'hommes que de femmes ; et six évêques de Grenoble, Hugues H, Natalis, Othmar, Étienne i", Geoffroy et Jean I" avaient été moines à la C.liartreuse, '

Page 1