‹ Histoire des villes de France (volume 3)Chapitre 50 sur 120 · SAINT-PIERRE-LE-MOUTIER · texte numérisé non relu

SAINT-PIERRE-LE-MOUTIER

Pierre-le-Moütier, dont le ressort comprit d'abord l’Auvergne cl le Nivernais, puis le Bourbonnais et le Berry. Les baillis royaux , sous divers prétextes, et proOtant de toutes les dreonstames, empiétèrent bientôt sur la justice des comtes, comme les préiôls avaient empiété sur celle des moines. « Enfin, dit Guy Coquille , les juridictions furent tellement diminuées, que ce sont corps sans Ame et sang. » Suint-Pierre-le-Moùtier avait une enceinte, llanquée de tours rondes, dont la construction remontait au xiii' siècle. Ces fortdications lui ont valu une |>age dans l'histoire des troubles et des gucires intérieures de In Erancc. En 1121 , la ville était tombée au pouvoir des Anglais ; neuf ans après, Jeanne d'Arc entreprit de les eu chasser. Suivie d'une partie des troupes de Charles VII, qui s'était avancé vers la Loire avec son armée, la Pucelle se présenta sous les murs de Saint-Pierre. Elle fit investir la place, et, en peu de jours , une brèche assez considérable lui permit de tenter une première atta(|ue. Scs efforts échouèrent d'abord contre la vigoureuse résistance de la garnison : scs soldats découragés se retirèrent, la laissant derrière eux avec cinq ou six hommes il'armes. Tous les traits des Anglais étaient dirigés contre Jeanne et ses bi’aves compagnons. Son écuyer, appelé Doloii ou d'Aulon, s'approcha d'elle pour In presser de revenir au camp; mais elle s'y refusa, et lui répondit; « J’ai cinquante mille de mes gens avec moi, et d'ici ne veux partir que n'aye pris la ville, a Par son ordre, on apporta des claies et des fagots pour combler les fosst%. Tant de résolution enflamma le courage des assiégeants; ils revinrent à la charge, et la ville fut prise ( ti30 ). Mais après que Jeanne d'Arc eut quitté Saint-Pierre, les Anglais s'en saisirent de nouveau ; ils ne tardèrent pas , toutefois, à l'évacuer. Pendant les guerres de religion, un parti de protestants, venus d'Allemagne, se rendit maître de cette ville : à peine y étaient-ils entrés, qu'un renfort de troupes catholiques, arrivant d'Auvergne, les contraignit à l'abandonner (lûG9). I.O!S ligucui's s'en emparèrent, en 1590, et furent également obligés, au bout de quelques jours, de se retirer devant les troupes du roi.

En 155t, le roi établit un présidial à Saint-Pierre-le-Moûtier. Transportée dans le siècle suivant à La Charité (1650), puis à Nevers, cette cour de justice fut enfin réintégrée li Iji Charité, avec défense de changer désormais de résidence. Elle n'avait pas, du reste, une bonne renommée dans le pays ; on disait d'elle proverbialement : A Saint-Pierre-te-Moûlier, aujourd'hui pendu ,jugé demain. Les habitants de Saint-Pierre eurent de bonne heure une commune et des franchises; ils suivaient 1a coutume du Nivernais. La révolution imposa à leur ville le nom de . ürutus-lc-Magnunime. Saint-Pierre offre aujourd'hui un aspect assez triste ; le paysage qui l’entoure est peu remarquable, et le dessèchement de l'étang, dont les eaux baignaient les vieux remparts, tout en assainissant la cité, lui a fait perdre encore de .son caractère. Ses principaux monuments sont une belle église, dans le st^le bysantin, et les anciens bdtiinents du monastère attenant à cette .église Lu population monte è environ 2,500 Ames; elle fait le commerce des grains, du fourrage et des bestiaux.

La Ferté-I.angcron, comme la plupart des villes, au moyen dge , dut sans doute son nom de i.a Ferté \JerHus) ■'i su po.>ition et à sa forteresse. On l'appela d’abord V 3.1

La Ferlé Chauderon, du nom de ses premiers seigneurs : elle passa successivement dans les maisons de Bourbon, de Jaligny, de ChAte^u-Vilain, de Guiehai-d- Dauphin et de Montagu ; elle appartint aussi aui ducs de Bourgogne et d’Auvergne, à des membres de l'illustre maison de Vienne, et cnlln à Gaspard de Sault-Tavanncs, qui joua un si grand rôle dans la tragédie de la Saint-Barthélemy. Les seigneurs d'Andrault, entre les mains desquels elle tomba, au xvir siècle, changèrent son nom de Chauderon en celui d'un autre Oef dont ils étaient possesseurs, et la nommèrent La Ferté-Langeron.

L'histoire ne nous apprend presque rien sur cette ville : Bussy-Rabulin seul , qui, pendant la Fronde, s’en empara au nom du roi, en dit quelques mots dans ses Mémoires (1652). Son importance n’en est pas moins réelle ; car, jusqu’en 1789 , elle a toujours été la première baronnie du Nivernais. Le baron de La Ferté-Miigeron s’intitulait maréchal et sénéclral île cette province. En temps de guerre, il jouissait du privilège de commander l’avant ou l’arrière-garde, suivant que l’aimée marchait en avant ou battait en retraite ; le jour de bataille, il choisissait de droit le meilleur cheval après le comte; dans toutes les cérémonies, il avait le pas sur les barons du Nivernais, excepté sur celui de Châtillon-cn-Bazois, avec lequel il marchait sur le même rang; en outre, il recevait double paye de baronnet, et pouvait battre monnaie. Un des vassaux du baron de I.a Ferté, le sire de Beaumont, devait venir chaque année baiser le perron de son château et lui oITrir un œuf qu’il avait amené sur un char chargé de foin et traîné par quatre bœufs blancs : le bailli du liaron recevait l’œuf sur un plat d’argent, et le char et son attelage s’en retournaient. On ne sait 6 quelle cause attribuer ce singulier hommage. La terté-Langeron est située sur la rive droite de l’Ailier, et renferme de 1,000 à 1,100 habilants. C’est une petite ville silencieuse, déserte, qui dort à l’ombre des ruines de l’ancien château buronial, dont les tours, quoiqu'â moitié détruites, la dominent encore'.

CHATEAU-CHINON. — MQULINS-ENGILBERT.

Château-Chinôn est une des villes les plus pittoresques du Niverna’is. Assise sur le liane d’une montagne, nu milieu du Morvand, l’nne des contrées les moins connues et les plus curieuses de la France , elle est dominée par une autre montagne, au sommet de laquelle on aperçoit encore les ruines d un château-fort, qui passe pour être d’origine romaine. Du haut de ce plateau, le regard embrasse les montagnes granitiques du Morvand , les immenses prairies toujours vertes du Bazois, les champs plantureux des Arnognes; et, plus loin encore, è l’horizon, les montagnes bleues du Forez et du Bourbonnais qui semblent se confondre avec

1 Gatlta ChritUana. — Giiï-Ooquille. — Soooussc , Ordonmmeet dei rot» de France. — Mnns- IrclL-l.- Villarel. nitloire de France. -CharU-s.lu Ucn u ll.!, Ilùloire dri guerres de religion. — CaiMSI;(iic, Histoire de Philippe-Auguste. — Fr. Née de Ij Boeliello, Histoire du département il la Nièvre.

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CHATEAU-CHINON. — MOULTNS-ENCILBERT. 259 le ciel. On croit, sans pouvoir pourtant i'afnrmor, que Château-Chinon evistait du temps de Jules César : cette conjecture est à peu prés justifiée, non-seulement par l'étymologie du nom de la ville {Cas/rum caninum, château des chiens, rendez-vous de chasse, sans doute, du général romain), mais encore par les trois voies antiques dont la montagne, au versant de laquelle elle est située, ofTre aujourd'hui des traces faciles 5 reconnaître. Quoi qu'il en soit, l'histoire garde le silence sur Chàteau-Chinon jusqu'aux \i< siècle. La ville, à cette époque , était assez considérable pour qu'on en eût fait le siège d'une paroisse; son territoire apparlenait à f Église d'Autun, et le seigneur qui la tenait en Hef donnait à l'Église d'Auxerre , on ne sait en vertu de quelle convention , trente livres de cire par an. Plus tard, Chèteau-Chinon eut pour seigneur direct Philippe-Auguste, qui le céda au comte de Nevers. De cette maison souveraine, le fief passa dans celle de Mello, où il resta jusqu'en 1319; il fut ensuite possédé tour à tour par La Trémouille, Charles-le-Téméraire , duc de Bourgogne, et Maximilien d'Autriche. Louis XIII facheta de Henri de Bourbon, prince de Condé, et le vendit à M. de Mascorini, dont la famille en était encore propriétaire en 1789. Pendant les temps féodaux , cette seigneurie avait été érigée en comté. Cinq bailliages en relevaient, ainsi que plusieurs grands fiefs, entre autres ceux de Lormes et de Luiy. Les cas royaux étaient porlé-s à Saint-Picrre-le Modtier.

En 1412, les Armagnacs s’emparèrent de ChAteau-Chinon. I.a duchesse de Bourgogne, à qui la ville appartenait, accourut aussitét pour la reprendre; mais les .Xrmagnacs se défendirent si vigoureusement, que la duchesse dut s’estimer heureuse, apres plus d’un mois de siège, d’entrer dans la place, moyennant cinq cents livres données au commandant , et sous la condition expresse de démolir les fortifications. Toutefois Charles VU, en 1431, appréciant fimportance de cette position, jeta une forte garnison dans la ville, tandis que Philippe-lc-Bon chassait les Anglais du Hainaut. Charles-le-Téméraire, n'étant encore que comte de Charolais, voulut, en 14C9, se saisir de Chiitcau-Chinon, dont il était devenu seigneur par alliance, et vint mettre le siège devant scs murs, accompagné de cinq mille Anglais qu'il avait pris è sa solde. Les habitants, malgré une résistance énergique, ne purent soutenir l'assaut; la xille, prise de force, subit toutes leshoiTcurs du sac et du pillage. Elle mit plus d’un siècle à réparer ses pertes. En 1549, nous la voyons, en effet, solliciter de François I" la permission de prélever certains droits sur les ventes et achats de bestiaux, afin de pouvoir reconstruire scs murailles, dont l’enceinte restait inachevée faute d'argent; plus tard, elle sollicita, pour la même raison, du prince de Condé, f autorisation de se servir des pierres de son ch&teau qu'il laissait tomber en ruines.

Les habitants de ChAteau-Chinon, quoique vassaux d'un prince protestant, s'étant déclarés pour le parti de la Ligue, refusèrent de reconnaître Henri IV. Le maré'chal d'Aumont forma le siège de la place, avec le duc de Nevers, l'emporta d’assaut et la livra è la fureur du soldat (1591 1. Dix ans après ce désastre, ChAtcau-Chinon fut ravagé par une peste des plus terribles ; le fléau n'épargna que deux notables; une fontaine, près de laquelle' on déposait les malades, est désignée aujourd'hui encore sous le nom de fonlaine des pestiférés.

Ce n'est que sous l’Empire que ChAteau-Chinon , compris dans le département

de la Nièvre, a été érigé en chef-lieu de sous-préfoctir e ; sa population est de 4,01(0 Ames emiron ; on évalue celle de l’arrondissement à plus de GG,000. Le commerce des habitants roule sur les bestiaux et sur les bois ; ils exploitent îles manufactures de toiles, auxquelles leur extrême blancheur, duc aux sourri"s d'eaux vives qui entourent la ville, ont fait une grande réputation. ('.liAleau-Oliinon a mi naitre le grammairien Itazal, très-renommé dans le xviii' siècle, ainsi que l’abbé Ciissier, précepteur du prince de Conti et auteur d’un volume de poésies imprimé à Bruxelles en 1744.

A quelques lieues au sud-ouest de ChAteau-Ohinon, nu pied des montagnes du Morvand, est bâtie la petite ville de Moulins-Engilbert ; malgré li's médailles et les poteries antiques, trouvées dans le voisinage, il est fort douteux que son existence remonte jusqu’au temps de la domination romaine. Aloulins-Engilbert doit son nom à de puissants seigneurs, appelés Angiliert, lesquels établirent, au moyen Age, sur les petites rivières du Guigiian et duéîaza, de nombreux moulins A moudre le blé. On ne sait rien sur celte ville, avant le xiiT siècle; elle fut vendue, en 1210, avec toutes scs dépendances , à Hené , comte de Novei’s, qui l’incorpora au Nivernais, dont elle a loujoui-s fait partie depuis celle époque. On ignore en ipielle année eut lieu l’érection de son église collégiale ; quelques aiiteni-s pensent, mais sans en fournir aucune preuve, que ce fut vers la lin du xiv' sii'-cle. Même incertitude, quant A la date de l’établissement de sa commune. Ce qui donnait autrefois de l'importance à AIoulins-Kiigilbert, c’est que, se trouvant situé presque au centre de lu province , il était surtout désigné comme lieu de réunion, soit pour les assemblées provinciales, soit pour les fêles où avait été convoquée la noblesse. En 1290, par exemple, Louis de Flandre y épousa la tille du comte de Rèthel, et, en 1424, les noces de Bonne d’.trtoiset de IMiilippe-le-Bon, duc de Bourgogne, y furent célébrées avec grande pompe. C’est encore à Moulins-Engilbert que les étals provinciaux de 1463 et de 1490 ri'digèrent la coutume du Nivernais

En 13:tG, Marguerite de Flandre, femme de l*hilippe-le-llnrdi , permit aux liourgeids de .Moulins-Engilbert de relier leur ville à .son cliAleau et de bâtir des muraitles d’enceinte. Ceux-ci l'entourèrent alors de fortes tours A créneaux ; après quoi ils la déclarèrent imprenable : ce qui n’em|)êcha pas Charles-le-Téméraire de rnllu(|ucr et de s’en enqMirer assez facilement (1 471 ). Le but du duc de Bourgogne, on jetant une garnison dans celte place, était de se mettre en communication avec la noblesse du Nivernais, dont quelques seigneurs, entre autres celui de Clülillon-en-Bazois, s’étaient engagés à l’aider dans la nouvelle gueri’e qu’il faisait alors à Louis XI ; mais sou espoir fut dé^•u : il rencontra peu de sympathie dans le Nivernais, et aussitèl que son lieutenant, le comte de Roussy, eut été battu par le sire de Combroude, la ville elle-même tomba au pouvoir du duc Gilbert de Bourbon (20 juillet 1475). Louis XI vint, peu de temps après, à Moulius-Engilberl et y demeura quelques jours.

La justice était rendue à Moulins-Engilbert par un lieutenant du bailli de la province, dont les jugements ressortissaient en appel à la |inirie de Nevers; quant aux cas royaux, ils étaient portés, comme dans tout le Nivernais, au bail-

CtlATEAU-CHlNON. — MOULINS-ENGILÈERT. 261 liage royal de Saint-Pierrc-lc-Moùtier. En 1501, Autun, <jui tenait pour la Ligue, ayant chassé de ses murs tous les royalistes, Henri IV transporta son bailliage à Moulins; mais il le lui rendit, en 150(i, lorsque les habitants curent reconnu son autorité. I.a population de Moulins-Engilbert est de 3,.500 habitants. Son commerce, comme dans tout le Morvand , roule principalement sur les bestiaux et sur les bois. Dans les environs on voit des carrières de marbre noir, qui jadis ont servi aux Komains pour construire les bains de la montagne Saint-Honoré, dont on a découvert, il y a quelques atinées, les magni(i({ues ruines. .Moulins a produit plusieurs hommes remarquables, entre autres Sdllonnier, que Henri IV félicita dans une lettre de sa l>elle invention du flottage par trains sur la rivière de l’Vonne; MicM Alhurij, docteur en Sorbonne, mort en exil à Saint-Mdio, (mur avoir résisté à la bulle Unigenitus; et le chevalier de Chnuvetin , garde des sci>aux de France, secrétainscrÉlat au département des alTaires étrangères, sous lo ministère du cardinal de Fleury , et mort dans une honorable disgrâce , en 1762. '

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